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Document clinique : M..., fileuse de laine - crises de dépersonnalisation

D 28 décembre 2003     H 15:48     A Jean Etienne Esquirol     C 0 messages


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Jean Etienne Esquirol

Le cas de M.... est exposé dans le premier tome de l’ouvrage célèbre de E. Esquirol : « Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal » ( pages 494 à 496 de l’édition de 1838 )

 

M..., actuellement âgée de 49 ans, vivant à la campagne, fileuse de laine, avait souvent entendu faire des contes de sorciers .

15 ans : menstrues spontanées.

37 ans : au moment de se marier, M... reconnaît que son prétendu la trompe, elle ne veut plus l’écouter, et un an après elle se marie avec un autre. Celui qu’elle a délaissé la menace de se venger, et l’envoie à tous les diables ; un homme de son village, qui passe pour sorcier, donne son corps au diable, sans toutefois qu’elle s’en doute.

A 40 ans : cessation des menstrues ; alors les idées de M... commencent à se déranger, mais d’une manière inaperçue par les étrangers ; céphalalgie.

42 ans : revenant d’une longue course, M... est fatiguée, se couche par terre pour se délasser ; peu après elle sent dans la tête un mouvement et un bruit semblables au bruit et au mouvement d’un rouet à filer ; elle s’effraie, néanmoins elle reprend son chemin, mais en route elle est enlevée de terre, à plus de sept pieds de haut ; rendue chez elle, elle ne peut ni boire ni manger ; elle se rappelle la menace qui lui a été faite quatre ans avant, elle ne doute plus qu’elle ne soit ensorcelée . Beaucoup de remèdes sont administrés, M... fait des prières, des neuvaines, des pèlerinages ; elle porte sur la peau une étole que lui a donnée un prêtre . Mais en vain ; le diable et ses tourments ne la quittent plus : trois ans après elle est conduite à la Salpêtrière.

A son arrivée à l’hospice, M... est d’une grande maigreur, a la peau hâlée, terreuse, brûlante ; le pouls faible, petit ; la tête penchée ; la face bouffie, le front ridé ; les sourcils, par moments, se confondant avec les plis du front, se perdent dans les cheveux ; I’abdomen dur, volumineux, la malade y porte toujours la main ; elle assure qu’elle a dans l’utérus le malin esprit sous la forme d’un serpent, qui ne la quitte ni nuit ni jour, quoiqu’elle n’ait point les organes de la génération faits comme les femmes ; elle se plaint d’une forte constriction de la gorge, elle éprouve le besoin de marcher, et souffre davantage si elle en est empêchée ; elle marche lentement, parlant à voix basse de son état qu’elle déplore ; elle se cache pour boire et manger, ainsi que pour uriner et aller à la selle, afin de mieux persuader qu’elle n’est pas un corps, mais une vision, une image. « Le diable a emporté mon corps, je n’ai point de figure humaine, il n’y a rien d’affreux comme paraître vivre et n’être pas de ce monde ; je brûle, mon haleine exhale le soufre ; je ne mange ni ne bois, parce que le diable n’a a pas besoin de tout cela ; je ne sens rien, on me mettrait dans le feu terrestre que je ne brûlerais pas ; je vivrai des millions d’années, ce qui est sur la terre ne pouvant mourir : sans cela le désespoir m’eût portée à me détruire depuis longtemps »

Rien ne peut la désabuser : cette infortunée dit des injures aux personnes qui semblent douter de la vérité de ce qu’elle affirme ; elle appelle sorciers, démons, ceux qui la contrarient ; si l’on insiste, elle s’irrite, ses yeux sortent de la tête, deviennent rouges, hagards ; « alors, voyez, dit-elle, cette belle figure, c’est-il celle d’une femme ou celle d’un diable ? » elle se frappe à grands coups de poing sur la poitrine ; elle prétend être insensible, et pour le prouver, elle pince fortement sa peau, se frappe la poitrine à coups de sabot . Je l’ai pincée moi-même, je l’ai piquée plusieurs fois avec une épingle, j’ai traversé plusieurs fois la peau de son bras, sans qu’elle témoignât la moindre souffrance ; mais elle exprimait la douleur lorsqu’elle n’était pas prévenue .

D’ailleurs, cette femme est tranquille, n’est point méchante, elle parle raisonnablement sur tout autre objet, lorsqu’on peut la distraire de ses idées : sous prétexte de la délivrer du diable, de la désensorceler, elle a été magnétisée trois fois, et je n’ai pu observer aucun effet magnétique sur elle .

 


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