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Articulation clinique : vols impulsifs, relation fusionnelle, crises d’imitation, exploitation de l’entourage

D 28 décembre 2003     H 15:41     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

 


 Introduction


 

Après l’accouchement maternel, vient une période pour la mère et son enfant de construction psychique « dyadique ». Cette construction se met en place pendant les trois premiers mois de la vie. Elle trouve sa vitesse de croisière entre les 3 et 6 mois de la vie de l’enfant. Elle se caractérise par l’établissement de relations de maîtrise réciproque. Ces relations créent un fonctionnement en tandem, dans une danse de la vie commune. Un développement remarquable de cette période de fonctionnement à deux est l’équilibre harmonieux réalisé entre le développement d’actions efficaces d’accaparement commun et l’existence de périodes de repos heureux, dans un plaisir commun de tête à tête.

 


 

L’accaparement commun, c’est la capacité de se tourner vers l’entourage immédiat complaisant pour le mettre à contribution afin d’assurer la subsistance du bébé et de sa mère, en commençant par le père (s’il est là et en phase). C’est une action commune inclusive, séductrice, où chacun des membres de la dyade peut entraîner l’autre à être tonique et à éprouver du plaisir. C’est donc une action « ternaire » puisqu’il y a le bébé, sa mère et un agent extérieur complaisant associé. Cet agent tiers va devenir le soutien de cette dyade, son supporter préféré et apprécié. Il n’est pas forcément masculin.

 


 

Les périodes de repos heureux sont, elles, intimes et duelles. C’est une sorte d’harmonie commune où les sensations de chacun servent à unir les éléments de la dyade. C’est un même plaisir d’être ensemble, au point que certains évoquent la lune de miel des amoureux, en voyant ainsi mère et enfant se regarder les yeux dans les yeux en une même émotion touchante. La distance habituelle, pour ce regard amoureux, est d’environ trente centimètres, vu les capacités visuelles du bébé. Mais, tous les sens peuvent être mis à contribution, dans ce qui exclut tout tiers et partage autre que ce tête à tête.

 


 

Dès cette période de la vie de l’enfant, on peut évaluer si une dyade est capable de construire ces éléments relationnels de maîtrise réciproque et de les équilibrer [1]. Toute situation ultérieure, qui évoquera un tel type de relation entre deux personnes, pourra être évaluée en terme de dyade. On pourra considérer l’équilibre ou le déséquilibre du fonctionnement de celle-ci. Des insuffisances d’équilibre vont entraîner un retour de la fonction trop effacée sous forme de symptômes psychiques très pénibles. Une mise en place de moyens de défense contre les douleurs des symptômes pourra aussi apparaître.

Nous envisagerons brièvement, en clinique, quel va être l’aspect de ces symptômes et des moyens de défense contre leurs irruptions. Cela se produira quand les capacités d’accaparement commun ou les capacités de fascination commune internes, vont resurgir dans une dyade constituée. Cela sera remarquable, quel que soit l’âge des protagonistes, car ces capacités relationnelles dyadiques ne sont jamais éteintes. Elles servent à établir beaucoup de relations entre deux personnes, à condition que ces relations soient assez désexuées. Notons qu’il s’agit d’une clinique très fréquente mais peu décrite, qui nécessiterait encore beaucoup d’affinement.

 

Premier tableau clinique :
 
dyade voleuse / symbiose inhibitrice

 

 


 1 - Les impulsions de prédation de la dyade voleuse


 


 

Une dyade, qui est donc caractérisée par de telles relations de maîtrise réciproque, est peu efficace habituellement dans ses capacités d’accaparement et de création de soutien à son égard par un tiers. A un moment donné, par effet de retour du refoulé, un symptôme va surgir. Un membre de la dyade va n’avoir de cesse d’entraîner l’autre à s’emparer, maladroitement et impulsivement, de ce qu’un proche possède. C’est ce que ce proche voudrait garder pour lui, en dehors de ce que ce tiers serait d’accord de partager avec la dyade. Ce vol va se faire à l’insu de ce dernier qui se retrouve grugé et peut réagir très mal. Cela peut être aussi la prédation impulsive d’un tiers qui est complètement étranger à la dyade. Cela ne manque pas de créer de graves tensions à l’intérieur même de la dyade, entre celui qui entraîne et celui qui se laisse plus ou moins facilement entraîner et avec les victimes de ses vols. Même dénoncée, la dyade voleuse ne peut s’empêcher de rapter ce qui ne lui revient pas, dans une impulsivité incontrôlable.

 


 2 - Le moyen de défense contre les impulsions prédatrices : la fascination hypnotique de fond


 


 

Pour lutter contre les envies de vol et les tensions qu’elles créent, un moyen de défense peut s’établir. Il consiste, pour la dyade, à se détourner au maximum de ce qui est extérieur à elle. Elle va renforcer le collage émotif, en donnant un aspect « fusionnel » à celui-ci. C’est la dualité développée à son maximum afin d’échapper à la ternarité insoutenable. On dirait que les membres de la dyade sont alors en transe profonde généralisée, en hypnose commune prolongée. On dirait que seule compte pour eux cette relation intime fascinatrice et synchrone. C’est une adaptation pathologique au trouble qu’apporte le symptôme prédateur mais il se fait au détriment complet des intérêts de la dyade. Cette symbiose totale ne peut rendre ses membres heureux, car elle est fondamentalement inhibitrice. Du coup, la dyade ne défend plus du tout ses intérêts.

 


 

 

Deuxième tableau clinique :
 
crises incoercibles d’imitation / dyade exploiteuse

 


 3 - Les crises incoercibles d'imitation


 


 

Le fonctionnement duel du collage peut aussi ressortir comme symptôme. Au lieu d’un aspect fusionnel de fond, on a des crises d’imitation directe, de singerie d’un membre de la dyade par l’autre de façon incoercible. On pourrait dire de ces crises qu’elles sont « mimétiques », si ce terme n’était déjà utilisé dans le monde animal, à propos des moyens de camouflage mimétique. On dirait qu’il se passe un phénomène d’écho involontaire. Ce symptôme ne fait plaisir ni à l’un ni à l’autre mais il est considérablement gênant pour les deux partenaires. Ou alors, c’est un étranger à la dyade qui devient une source irrépressible d’imitation, comme si une personne créait une dyade éphémère avec lui, imitant soudainement ses gestes, ses paroles, par des « échopraxies » et des « écholalies », en termes savants. Ce qui crée, là aussi, une grande contrariété chez le partenaire de la dyade.

 


 4 - Le moyen de défense contre les crises d'imitation : l'exploitation éhontée de l'entourage


 


 

Un membre d’un couple dyadique va vouloir, à un moment donné, entraîner son partenaire à mettre sans cesse les éléments de son entourage à leur service exclusif, afin de se détourner des risques d’imitation incoercible. C’est la fixation dans le ternaire outrancier comme moyen de défense, afin d’échapper à la dualité malheureuse. La complaisance spontanée de l’entourage va être exploitée. Cet accaparement peut devenir exagéré en quantité, de manière à étendre la prédation du couple à toute personne captable qui les approche, y compris les soignants auxquels ils peuvent avoir à faire. Cette prise de pouvoir sur autrui peut, aussi, être exagérée en qualité, de manière à réduire le prochain en esclavage par une séduction exagérée et exclusive, voire par la force si nécessaire. Ce que même le plus dévoué supporter de la dyade traduira par une impression d’abus à son encontre, puisqu’il s’agit d’exiger et d’obtenir ce que ce tiers aurait pu avoir plaisir à partager. Cela va généralement gâcher la relation avec lui et avec tous ceux qui pourraient ainsi soutenir cette dyade, mais qui se font forcer la main. Pas de bonheur dans tout cela, mais une manipulation de fond tyrannique, qui devient extrêmement pénible pour tout le monde dans ses outrances. La dyade se transforme en tyran domestique comme adaptation pathologique, mais cela ne lui apporte pas la bonheur pour autant.

Le retour du refoulé, comme symptôme d’imitation involontaire, signera l’échec de ces positions défensives.

 


 

En résumé, les deux tableaux cliniques de la relation dyadique dysfonctionnelle, entre symptômes et moyens de défense :

- dyade voleuse / symbiose inhibitrice -
- crises d’imitation incoercibles / dyade exploiteuse -

 


 

Deux autres tableaux cliniques de ces troubles fonctionnels dyadiques existent :

- crises d’angoisse / obsessions intimistes -
- fuites dans l’intime / anxiété de fond -

Ils sont décrits dans l’article : Articulation clinique : crise d’angoisse, obsession , crise d’isolement, anxiété chronique

 

 


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