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Quelles sont les conceptions du psychisme en concurrence actuellement ?

D 21 septembre 2005     H 10:45     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 


 I ) CONCEPTIONS IDÉALISTES DU PSYCHISME


 

Les conceptions idéalistes du psychisme se portent toujours bien aujourd’hui. Elles sous-entendent une énergie propre du psychisme. Celui-ci est sensé pouvoir fonctionner de manière autonome. La preuve, qui est plutôt une foi à acquérir qu’une preuve, en est souvent recherchée en parapsychologie, ou dans le spiritisme. On y met en valeur les sorties hors du corps des NDE, les apparitions de fantômes et d’ectoplasmes, les contacts avec l’au-delà, les réincarnations de type hindouiste... Le psychisme se présente comme une âme capable, au moins pendant un moment, d’être désincarnée sans perdre ses caractères propres.

Ces âmes peuvent être bonnes et bienveillantes, ou devenir malades, par tentations malsaines. Pour leur faire perdre leur mauvais penchants, il faut arriver à les “convertir” à différents modèles idéaux de fonctionnement. Le divin est considéré comme le modèle le plus idéal, en quelque sorte. Pour s’en inspirer, il faut expulser les mauvais esprits qui occupent indûment le corps d’une personne. Cela peut se réaliser par le recours à la prière, si elle est conçue comme une mise en action surnaturelle, ou par le recours aux exorcismes, aux guérisseurs, aux magnétiseurs, à l’imposition des mains, aux voyantes, aux médecines ésotériques, à la parole conçue comme une magie opératrice (« parlez et vous irez mieux ! »), à la confession. Ce sont des manières d’agir cohérentes avec ces conceptions. Celles-ci trouvent leurs origines dans le chamanisme depuis l’antiquité, notamment par le platonisme et le néoplatonisme et son influence au cours des siècles, en passant par des philosophes comme Leibniz et, plus récemment, David Bohm.

 


 


 II ) CONCEPTIONS MATÉRIALISTES DU PSYCHISME


 

Les conceptions matérialistes du psychisme réduisent celui-ci aux fonctions supérieures du corps individuel. Elles essayent de pallier aux insuffisances du matérialisme traditionnel pour rendre compte de la complexité, par les théories anglo-saxonnes de l’émergence. Le neurologique cérébral propose une série de modules imbriqués. Ils réagissent à l’environnement et, notamment, à l’environnement social, pour permettre à l’individu d’acquérir des apprentissages efficaces. A cet environnement et, déjà, au familial, de proposer des conditions adéquates de vie, auxquelles le neurologique peut correspondre et s’adapter. Des phénomènes d’émergence permettent aux fonctions psychiques de surgir. Ces fonctions « supérieures » restent dépendantes des bonnes fonctions sous-jacentes, bien paramètrées. C’est un fonctionnement par « niveaux », selon une interprétation très particulière du fonctionnement neuronal. C’est un paradigme élitiste, où les niveaux « supérieurs » doivent contrôler les niveaux « inférieurs ». Le corollaire en est la nécessité de « l’évaluation » permanente pour s’assurer de l’effet de ce contrôle sur les niveaux inférieurs, toujours soupçonnés de traîtrise.

La maladie, dans ce paradigme, résulte de conditionnements erronés, de mauvaises adaptations qui font souffrir, au lieu d’apporter de la satisfaction. Cela peut venir de ce que l’individu se trompe dans son développement. Cela peut résulter, aussi, de ce que l’environnement pervertit les capacités de conditionnement de l’individu, en ne tenant pas compte des capacités et des limites de celles-ci. Le paramètrage des fonctions de base est déficient. Sur ces déficiences, ne peuvent émerger que des capacités psychiques insuffisantes qui aboutissent à des désavantages sociaux. On peut agir sur les deux niveaux, en cas de maladie psychique. C’est même important de le faire : agir au niveau de l’individu pour le reconditionner, et agir au niveau de son environnement, pour faciliter les reconditionnements. Le traitement est forcément de type éducatif. Il s’agit de reprendre l’éducation, là où elle a failli et de trouver une éducation spécialisée aux problèmes présentés par la personne.

Il peut arriver que le social ne puisse récupérer la situation et s’adapter à l’individu et ses contraintes. Il peut arriver, aussi, que l’individu ne possède pas les capacités neurologiques nécessaires à de bons apprentissages minimaux, pour avoir des capacités psychiques suffisantes et une bonne intégration sociale. On considère son niveau social de « handicap », c’est à dire de désavantage social et on l’indemnise en conséquence, par des aides matérielles et financières. La notion de handicap est, ainsi, devenue de plus en plus une notion sociale, par l’influence de cette idéologie neuropsychologique. Pavlov, Skinner, Piaget, sont des auteurs importants dans cette conception, qu’est venue parachever la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé, y compris la santé mentale. Votée à l’ONU en 2001, cette classification a marqué le succès planétaire de ce paradigme neuro-psychologique. Même aménagé par la suite, le principe de fonctionnement par niveaux persiste dans les classifications suivantes, qui s’en inspirent toujours.

Tout cela repose sur une analogie de phénomènes physiques compris comme des manifestations du concept d’émergence. Cette conception est appliquée, par extension, au biologique et au psychique. Notons qu’il n’y a aucune preuve scientifique que cette extension soit valable. Il est, de plus, assez aisé de démonter la philosophie de l’émergence appliquée à la physique. Elle est toujours le contraire de la notion de réduction : on chauffe de la silice et un liant et on obtient, merveilleusement, l’émergence de la propriété de transparence, par la formation de verre. Ce n’est jamais envisagé comme une perte d’opacité. Cette théorie de l’émergence essaie aussi de pallier aux insuffisances des théories de la réduction, qui en sont trop restées au réductionnisme binaire de la logique d’Aristote.

 


 


 III ) CONCEPTION HOMÉOSTATIQUE DU PSYCHISME


 

Une troisième vision du psychisme se développe depuis Freud et l’existence de la psychanalyse. Elle est plutôt en retrait actuellement. Elle a été, en effet, dégradée depuis son origine, par Freud lui-même, sous certains de ses aspects. Cette dégradation s’est faite par une psychologisation accrue chez certains et une recherche d’une convergence avec les conceptions matérialistes, qui ont les fonds pour la recherche et le fonctionnement des institutions. La notion de « métapsychologie » freudienne a ré-introduit un fonctionnement par niveaux, montrant Freud ne tenant pas lui-même la cohérence de sa propre recherche, notamment celle, cruciale, de la découverte de la fonctionnalité du processus primaire inconscient. La dégradation a eu lieue, aussi, par un rapprochement, chez d’autres, avec les conceptions idéalistes du psychisme. Il y a eu un retour à la notion d’âme, plus ou moins désincarnée, et une grande ignorance de la biologie et des méthodes scientifiques, comme on le voit dans la plupart des idées utilisées par les psychothérapeutes modernes. La psychanalyse aurait pu, pourtant, satisfaire aux critères scientifiques, notamment par des modèles informatiques ad hoc, à défaut d’expérimentation possible chez l’humain. Elle aurait pu, aussi, satisfaire aux critères de scientificité, par une prédictibilité de l’évolution en clinique et par la compréhension de l’efficacité réelle des psychotropes. Or, cette conception, pour ces raisons de concurrence, a quitté la médecine et a toujours ses preuves scientifiques à faire pour le moment.

La psychanalyse s’appuie, au fond, sur la notion biologique d’homéostasie, c’est à dire d’équilibre entre des fonctions contraires. Cette conception est très importante en médecine, depuis Claude Bernard. Elle a été reprise par Freud et ses successeurs, sous diverses formes, pour le psychisme. Elle s’oppose à la conception modulaire hiérarchisée des neuropsychologues et des rééducateurs, par le fait qu’elle accorde le plus d’importance à l’équilibre des fonctions psychiques, à leur harmonie ou à leur dysharmonie. Si le psychisme utilise les fonctions neurologiques, il ne s’y réduit pas. Il les transforme en fonctions psychiques par une espèce de filtre, qui n’est pas neurologique. Cette idée de filtre est même le contraire de l’idée d’émergence, car c’est une pensée par « réduction ». L’Inconscient est un filtre réducteur, qui détermine le traitement de l’information reçue, en temps réel, par un sujet, de façon extérieure et intérieure. Mais, c’est une réduction qui reste en deçà de la réduction binaire aristotélicienne pour garder la possibilité de la complexité.

Pour comprendre comment s’établit ce filtrage psychique, cette conception a reçu un coup de pouce très important par l’éthologie, c’est à dire la science des comportements animaux, mise en valeur depuis Konrad Lorentz. En éthologie, on met, en évidence, l’importance cruciale d’une imprégnation épigénétique psychique, c’est à dire d’un héritage nécessaire avant la transmission génétique proprement dite, nécessaire pour conditionner le développement neurologique. Il y faut une influence spécifique de la mère dès avant la naissance. Il y a une expression des gènes en fonction du contexte reçu préalablement. Mais, la théorie de l’imprégnation chez l’homme ne se comprend que si l’on considère la particularité de la durée de l’imprégnation chez l’humain. Elle ne dure pas quelques heures ou quelques jours, comme chez les animaux, mais elle est incroyablement développée sur six mois, au moins, après la naissance de l’enfant humain. Elle rend compte de la constitution d’une médiation entre le dehors du corps de la personne et son dedans, essentiellement génétique. D’autre part, elle explique ce qu’on appelle, en psychanalyse, le transfert, qui est la relation d’attachement et de maîtrise réciproque du bébé avec sa mère, étendue à toutes sortes de relations humaines [1]. Cette imprégnation assure l’équilibre premier des fonctions psychiques, dans une espèce de psychisme à deux têtes, à deux corps, partagé entre le bébé et sa mère, comme une relation première. La base de cette conception est une relation mère-enfant fondamentale, créatrice du psychisme enfantin dans une relation de partage. L’éthologie permet de comprendre le partage « d’âme » pratiqué par la psychanalyse. Elle est moins réduite que celle de croire à un enfant autonome à la naissance corporelle.

Le développement ultérieur de l’enfant, va favoriser ou contrer ces équilibres premiers, qui forment la base du psychisme. Cette base fonctionnelle reste toute la vie comme un filtre inconscient, qui gère le fonctionnement psychique de l’enfant, puis de l’adulte. Freud en avait dégagé les règles comme « processus primaire », mais ce n’est pas un niveau basal d’où va se construire l’échafaudage ultérieur. C’est une réduction première indépassable, un filtrage réducteur indélébile qui n’est pas binaire, mais tétravalent, comme j’essaie de le montrer sur ce site. L’enfant acquiert, ensuite, des capacités de fonctionnement autonome psychomotrices pour se constituer en individu, en se divisant en deux en quelque sorte, en faisant sa propre mère vis à vis de ses ressentis les plus internes. L’enfant est capable, parallèlement, de s’intégrer au dehors au social, déjà dans le fonctionnement familial, où sa mère est une composante d’un ensemble plus vaste. Cela lui permet d’accéder au langage et aux relations de parenté, pour y participer. Puis, il est capable de développer des relations sexuées avec un autre différent, avec un autre qui possède un filtre inconscient analogue, sans être identique et qui révèle un manque.

Le but de la psychanalyse est donc de connaître ce que sont, pour soi, les éléments de ce filtre inconscient et comment on utilise des éléments du psychisme de l’autre, pour entrer en relation avec lui. Que depuis un siècle, des scientifiques abordant le champ du psychisme ne veulent pas connaître cela, et ce, déjà pour eux-mêmes, en découvrant leur propre filtrage inconscient, est un scandale scientifique énorme. Même si on appelle, depuis Lacan, les éléments articulés de ce filtre des “signifiants”, ce ne sont pas simplement des éléments du langage verbal. Ce sont des éléments tout aussi bien tirés du langage psychomoteur, visuel etc. A l’origine, ce sont des éléments d’empreinte, que Freud considérait comme des effets de mémoire indépassables. Ces signifiants ont une potentialité articulatoire infinie, au départ. Le rôle de l’imprégnation et du développement ultérieur de l’enfant va être de permettre un tri progressif entre toutes les possibilités d’articulation. Les signifiants perdent leur totipotence. Le psychisme va se construire sur la machinerie inconsciente, qui va construire les articulations entre ce qui est de l’ordre spontané dans le réel, et ce qui y est pré-organisé, par des règles ternaires de fonctionnement.

J’essaie, dans ce site, de promouvoir une clinique rationnelle, qui permette à une prédictibilité de la clinique de s’établir. Le filtre utilisé, qui est dynamique, pose comme principe une dégradation de la complexité des signifiants de départ, selon des règles de logique tétravalente, qui améliorent la compréhension du processus primaire freudien. Une dialectique oscillatoire psychique y fonctionne entre des pôles opposés, deux à deux, et non pas de façon trop binaire. Ce sont ces règles logiques qui nous conduisent au mieux à coller au réel, à le rendre intelligible et à comprendre ce qui s’y produit dynamiquement. Les symptômes observés sont compris comme des conséquences de troubles fonctionnels. Une clinique sert de preuve concrète à ces élaborations théoriques.

> Pour un exposé plus complet sur la nature de l’appareil psychique utilisé ici, voir l’article : La théorie unitaire du psychisme.

 

 


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[1Note de mai 2007 : Des progrès de la connaissance au sujet de l’existence des neurones miroirs apportent de l’eau à ce moulin ; cf. C. Keysers- Mirror neurons, empathy, intuition and interpretation : understanding the minds of others - Symposium 32 - 160th APA American Psychiatric Association à San Diego.

Trois communications qui s’enchainent décrivent la portée potentielle de la mise en évidence d’un système neuronal dit « des neurones miroir ». Chistian Keyser (Pays Bas) décrit un système neuronal double :
1) un circuit impliquant les aires pariétales et prémotrices, qui traduit les actions entendues et vues chez autrui dans notre propre programme moteur ;
2) un second circuit impliquant les cortex somatosensoriel et insulaire, traduisant les sensations et émotions observées (interprétées ?) chez autrui en sensations véritablement personnelles.

Lisa Aziz-Zadeh (USA) aborde les liens qu’autorise cette découverte entre le langage et le complexe moteur, les liens entre langage et représentation symbolique d’une part, et entre langage et processus sensori-moteur. Morris Eagle (USA) conclut le symposium en passant du système neuronal des « neurones miroirs » à la fonction empathie qu’il sous-tend. Il en fait un des moteurs de la mise en place des fonctions symboliques chez l’enfant (de l’internalisation des comportements observés chez autrui) ; et surtout un des médias neuronal des mécanismes transférentiels de nos patients.

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