Vous êtes ici : Accueil » LOGIQUE CLINIQUE DU MODÈLE FONCTIONNEL » Logique non-A et psychisme

Logique non-A et psychisme

D 19 avril 2005     H 09:46     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

Les partisans du conditionnement sont des partisans de la logique aristotélicienne. Pour eux, il y a des renforcements positifs et négatifs. Il n’y a pas de conditionnement qui soit à la fois positif et négatif ou de conditionnement qui ne soit ni l’un ni l’autre. Nous entrerions alors, pour eux, dans le champ des “distorsions cognitives”, c’est à dire des erreurs de jugement.

Or, il ne s’agit pas seulement de relativiser l’interprétation des événements dans le sens de ne pas être trop catégorique sur le classement en “vrai” ou “faux” ou en “bon” ou “mauvais” événements de vie. Il ne s’agit pas de nuancer. Il s’agit de pôles logiques différents, d’une logique tétravalente, à quatre pôles, d’un tétralemme ( qu’on peut formuler simplement : oui / non / oui et non / ni oui ni non ) et non d’un dilemme ( oui / non ).

En logique, on démontre que les pôles les plus opposés dialectiquement sont ceux du “oui” et du “ni oui ni non” d’une part, et ceux du “non” et du “oui et non“ d’autre part.

OUI NON
OUI et NON ni OUI ni NON

 

GIF - 32.6 ko
Cheminement de Vie - par GRAU MICHEL

 

Les partisans du conditionnement pratiquent une « abstraction sélective paradoxale » en ne considérant que les pôles logiques d’affirmation concrète : “oui” versus “non”, au détriment des autres possibles, qui sont les pôles logiques : “oui et non” et “ni oui ni non”. Ils s’enferment dans le dilemme, réduction outrée du champ psychique par rapport à son objet. Pour eux, un traitement va guérir ou pas, avec des nuances : il va guérir à 50 % si vous avez la moitié moins d’obsessions qu’avant. D’où l’importance des statistiques qui montrent où en est le patient sur la ligne entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre la réalité et l’erreur. Pousser le curseur du bon côté, du côté du bon conditionnement, de la bonne habitude à prendre pour remplacer la mauvaise, va être le but de la manœuvre des psychothérapies conditionnantes. La première bonne habitude à prendre est celle, bien sûr, de se dire guéri, tout au moins amélioré par la prise en charge. Cela améliore considérablement les statistiques !

Le problème de cette réduction logique est que cela empêche une réelle prédictibilité clinique d’advenir et donc une réelle scientificité de percer. Car il manque un pan entier du psychisme, qui est celui qui permet à un choix et à un libre arbitre d’émerger. C’est ce que les psychanalystes essaient d’exprimer en parlant de “désir”. Mais, faute d’articuler convenablement de même ces problèmes logiques, ces derniers prennent le risque de se faire identifier et de s’identifier à ce qui n’est pas logique au sens de la logique aristotélicienne. Il prennent le risque d’être rejeté dans la psychose et l’irrationnel. Le pli pris, pour la majorité d’entre eux, de dire la psychanalyse non-scientifique pour échapper au scientisme ambiant, est une erreur fondamentale. Ils donnent à leurs adversaires les bâtons pour se faire rosser et déconsidérer.

Quand aux partisans du conditionnement individuel ou social, ils s’identifient sans le faire exprès à la problématique de la névrose-perversion. Celle-ci est, justement, de pratiquer cette réduction logique aristotélicienne à outrance !

 

GIF - 46.3 ko
Le drame du Thibet - par GRAU MICHEL

 

PERVERSION / NEVROSE
 
PSYCHOSE DISSOCIATIVE / PSYCHOSE AFFECTIVE

 

 


 

En clinique, nous retrouvons cette problématique de cette façon :

1/ Dans la névrose-perversion, il y a surinvestissement des pôles logiques aristotéliciens ;

  • la névrose incarne le pôle logique du “faux” absolu (par le jugement falsifiant outré),
  • tandis que la perversion incarne le pôle logique du “vrai” absolu ( par l’action d’appropriation outrée ).

2/ Dans la psychose, il y a le surinvestissement des pôles logiques non-aristotéliciens ;

  • la psychose affective incarne le pôle logique du “ni vrai ni faux” absolu ( par l’émotion inhibante outrée ),
  • tandis que la psychose dissociative incarne le pôle logique du “vrai et faux” absolu (par l’action d’élimination outrée).

Chaque surinvestissement d’un pôle logique s’expose au retour calamiteux du refoulé dans le pôle logique opposé, sous forme d’un symptôme :

  • dans la névrose-perversion, ce seront des symptômes “psychotiques”, non-aristotéliciens, qui affoleront la personne ;
  • dans la psychose, ce seront des symptômes “névrosé-pervers”, aristotéliciens, qui viendront gâcher la vie de la personne.

Névrose-perversions et psychoses apparaîtront donc comme des radicalisations contre l’émergence possible d’un symptôme, comme des modes radicaux de défense.

 

GIF - 25.6 ko
Le ternaire - par GRAU MICHEL

 

Une prédictibilité clinique peut s’établir à partir de là. Elle prédira des émergences privilégiés de symptômes pénibles chez des personnes présentant des modes de défense de tel ou tel type. A l’inverse, on peut prédire, dans le cas de l’émergence de tel ou tel symptôme, comment va se résoudre la situation si la personne arrive à lutter assez contre cette émergence pour retrouver ses défenses d’avant et y retourner.

De plus, le fait de comprendre quel pôle logique émerge dans le symptôme permet de “prescrire” ce pôle logique afin d’arriver à le faire émerger correctement. Plus que de prescrire le symptôme, ce qui peut sembler un peu paradoxal rationnellement, il s’agit de “prescrire” le pôle logique correspondant à travers les registres psychiques concernés par le symptôme.

Je prie donc la communauté des professionnels « psy » et déjà les psychiatres, de bien vouloir s’intéresser à ces problèmes de logique et de logique tétravalente afin de construire une réelle démarche scientifique en psychiatrie. La clinique est un endroit privilégié pour identifier cette problématique et je ne peux que me féliciter des volontés de renouvellement de la clinique qui se manifestent ici ou là.

De façon plus générale, la logique tétravalente nous donne les moyens de sortir de la conception exclusive d’un monde entièrement ternaire, c’est à dire hétéro-organisé, structuré et donc prévisible. Ou alors de celle, duelle, d’un monde complètement aléatoire, spontané et singulier, auto-organisé.

 


 

Il s’agit, dans ces oppositions/relations des pôles de la logique tétravalente, d’articuler le prévisible avec l’aléatoire, le ternaire et la dualité, dans une même vibration psychique. Cela permet de définir le psychisme par cette étonnante capacité fonctionnelle de réaliser cette opposition/relation.

C’est un gain considérable par rapport au conditionnement neurologique. Les pôles neurologiques de fixation, de conditionnement opérant, deviennent ainsi des pôles psychiques de renvoi de l’un à l’autre. C’est cette déstabilisation fonctionnelle qui assure le fonctionnement oscillatoire propre du psychisme.

 

 


Popularité :
2346 lecteurs au 01/12/2013

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves