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L’hystérie revisitée

D 5 mars 2016     H 14:22     A Louÿs Jacques     C 0 messages


Historiquement, l’hystérie est un concept un peu fourre-tout. Cela concerne les crises « épileptoïdes » à la Charcot, les crises d’amnésie, de catalepsie et de « coma hystérique », les symptômes non neurologiques de l’hystérie de conversion, avec cette notion de conversion de l’anxiété, dont Freud faisait le coeur de l’hystérie. Cela évoque les discussions sur l’origine plus ou moins fantasmatique ou traumatique de ce qui est considéré, par lui, comme une névrose. Le terme hystérie fait penser, étymologiquement, à l’utérus féminin et à sa migration supposée dans la gorge, où il crée une sensation de boule bien connue. En ces temps d’amélioration du respect envers la partie féminine de l’humanité, ce terme globalisant est de plus en plus évité. Wikipédia nous rappelle l’état de la situation : Hystérie, avec la bibliographie correspondante.

Peut-on revisiter l’hystérie aujourd’hui ? C’est possible, si l’on tient compte de l’articulation logique de tableaux cliniques assez cohérents pour en dégager un point commun, qui est une fixation moïque répétitive spécifique de départ. Ces tableaux rassemblent beaucoup de symptômes, qui avaient pu être qualifiés d’hystériques au cours du temps, dans les déclinaisons de cette fixation première et dans les réductions diverses de celle-ci. Quatre sortes de tableaux cliniques vont pouvoir en découler, qui sont des tableaux fonctionnels résultant de cette fixation répétitive spécifique et de ses conséquences. Celles-ci figent la fonctionnalité dansante du psychisme. Elles provoquent, tôt ou tard, un retour du refoulé correspondant, sous la forme de symptômes. Notons que ces derniers sont, en général, bien connus des praticiens, même si leurs articulations leur échappent.

 


 1 ) Premier tableau clinique : L’hystérie perverse et ses crises de panique


 

Au départ de la vie, le petit enfant se construit une autonomie corporelle, en se projetant dans un « moi », qui est une figure corporelle imaginaire destinée à s’installer dans la réalité ambiante. Il « joue à exister » comme corps singulier, distinct de la dyade mère-enfant. A partir de là, il va stabiliser, dans le cas de l’hystérie, une image contradictoire de lui-même, faite d’opposés divers, censés co-exister sans synthèse et sans lissage. Il va s’affirmer comme quelqu’un, non pas de complexe, mais constitué, à la lettre, de contraires bruts. Il va se montrer fort et faible à la fois, courageux et craintif, beau et vulgaire, extraverti et introverti, chic et minable, en de curieux mélanges d’opposés qu’il va imposer à ses proches comme sa manière propre d’être corporellement au monde. Il va pouvoir nous en parler de façon élaborée et primaire à la fois. Il peut aussi se donner des aspects féminins et masculins co-existants, sans chercher à les rendre subtilement entremêlés, comme le ferait une personne androgyne. Il peut se rendre intrigant et repoussant en même temps. Il peut même devenir très séducteur et terrifiant à la fois, sous la forme d’une perversion narcissique caractérisée.

Ce genre de fixation moïque de départ peut devenir très outré et virer à la perversion. L’enfant va chercher, à tout prix, à ce que l’entourage le reconnaisse absolument comme une personne contradictoire et le révère ainsi. Il veut que l’autre devienne complètement partagé envers lui, comme lui même est partagé, dans son affirmation de lui-même.

Naturellement, ces fixations perverses se font au détriment de l’affect inhibiteur, de la réserve émotionnelle et de la pudeur, que l’affect entraîne normalement. Le retour du refoulé, comme symptôme, prend donc la forme, chez ces pervers si particuliers, de troubles affectifs aigus, de crises abominables d’affect déchaîné. La plus commune de ces crises est la « crise de panique ». A l’occasion d’un échec de sa stratégie d’affirmation ou, simplement, par épuisement corporel de toute origine possible, la personne se voit paralysée soudainement par un affect insupportable. Dans la panique, se montrent la peur, la haine, la colère, la tristesse, voire la gaieté irraisonnée, avec toutes les nuances possibles entre elles et le mélange de ces émotions imprévues et si pénibles. Comme la personne perverse s’affirme beaucoup d’habitude, elle va avoir, dans ces crises de panique, l’impression de disparaître presque complètement comme personne, de quasiment mourir. Au maximum, c’est la crise de stupeur émotionnelle, où la personne se fige de stupéfaction et d’évanouissement.

 


 2 ) Deuxième tableau clinique : L’hystérie névrotique et ses lâchages calamiteux


 

Voyons maintenant l’hystérie sous un angle plus spéculaire, où l’enfant élabore un stade du miroir unitaire singulier, car il est spécialement critique de ses constructions moïques contradictoires ! Il met beaucoup plus l’accent sur ces élaborations spéculaires critiques que sur son développement moïque proprement dit. Sous la forme d’une névrose, cette fois-ci, l’hystérie se caractérise chez une personne par une cognition critique outrée, un « moi idéal » exacerbé. Elle cherche à traquer, en pensée réflexive, la moindre contradiction qui pourrait surgir chez elle-même ou chez l’autre. Cela donne des dénonciateurs absolument féroces du moindre soupçon de contradictions. Il y a la construction d’un idéalisme déchaîné, qui ne se pardonne rien et ne pardonne rien à l’autre non plus. On peut penser à ces névrosés jaloux dans un couple, qui traquent la moindre hésitation chez l’autre, qui pourrait faire croire que l’autre les admire moins. La preuve présentée est que l’autre peut se mettre à regarder subrepticement une autre femme dans la rue ou un autre homme ou, pire, regarder du porno sur internet, comble des abominations modernes. Cela oblige ces hystérie-névroses à se casser la tête incroyablement sur ce genre de problème moraux. Cela les rend, d’ailleurs, souvent redoutablement intelligents, même s’ils sont plutôt nuls au niveau de l’action d’affirmation de soi proprement dite. Ils ne lâchent rien à l’autre et, déjà, à leur thérapeute.

Chez ces névrosés hystériques, dont les capacités de rétention cognitive sont si développées, qui sont dans une retenue morale si complète, des symptômes typiques de lâchage vont pouvoir apparaître. Souvent, cela se traduit par des tics de lâchage plus ou moins importants, plus ou moins bizarres et, surtout, contradictoires. Les crises de nerf à la Charcot nous montrent un écroulement massif, avec une chute du corps en entier et l’envahissement de mouvements contraires, pouvant faire vaguement penser à des contractures et des tremblements épileptiques, d’où le terme « épileptoïde ». Le névrosé peut se mettre à avoir des pertes urinaires, anales ou fécales inopinées, par exemple en sortant de chez lui. Il va s’en défendre en mettant des couches ou en ne pouvant sortir qu’à proximité d’un WC, ce qui va énormément limiter ses sorties. Il peut se mettre à toucher irrésistiblement des objets sales ou défendus, voire dangereux. Il peut lâcher aussi toutes sortes de jaculations obscènes, comme des gros mots et d’éjaculations précoces, tout à fait hors de propos. Chez ces personnes si idéalistes, cela fait un contraste saisissant. On peut comprendre leur grand désarroi devant ce qu’ils sont complètement incapables de contrôler et qui traduit de soudains effondrements de leurs capacités d’attention et de retenue.

 


 3 ) Troisième tableau clinique : L’autisme hystérique et ses symptômes dissociatifs


 

La fixation en jeu, dans ce troisième tableau clinique, est celle de l’hystérie secrète. Le petit enfant ne joue pas seulement à s’affirmer dans la vie comme un être autonome, pour se construire un « moi » affiché. Il joue aussi à se cacher pour développer un « moi discret », voire « secret ». Cette discrétion recherchée peut être source d’une fixation importante, sous la forme de ce qu’on appelle des « troubles autistiques ». L’autisme, dans le cas de l’hystérie, prend une couleur contradictoire, caméléonique, où la personne disparaît et reste complètement apparente, en même temps. Ce n’est pas comme pour la personne en recherche d’autonomie radicale, qui se cache complètement et qu’on ne voit plus du tout. Ici, elle est complètement dans le terre à terre, dans le banal de la situation, où il s’agit pour elle de ne pas se faire remarquer du tout, de rester comme impersonnelle. Elle se confond avec les murs en quelque sorte. Elle nous fait perdre l’habitude de la voir, tout en restant bien là. On peut, avec elle, parler longtemps de la pluie et du beau temps, sans jamais aborder de sujets personnels et sans jamais trop partager le regard. Elle reste opiniâtrement dans les généralités, où aucune singularité ne saurait surgir. A cause de ses caractéristiques, cet autisme hystérique est une forme d’autisme assez méconnue.

Les personnes qui vivent ainsi, à moitié cachées et banalisées, présentent des symptômes qui sont des révélations cognitives insupportables. C’est là qu’il y a surgissement de ces fameux symptômes de dissociation hystérique. Les symptômes les plus « cognitifs » sont purement « mentaux », sous la forme de dissociations du cours de la pensée. La pensée se bloque sur une partie idéale et perd, du coup, sa fluidité narrative. Cela peut donner des ruminations mentales éprouvantes comme des comptes de chiffres, qu’il faut absolument refaire mille fois de suite pour en « vérifier » l’exactitude. On peut parler aussi de scrupules moraux incessants et douloureux, où la personne se reproche d’être foncièrement « partagée ». Cela peut aussi donner des dissociations plus corporelles : ce qui surnage, c’est l’idéalisation forcée, au détriment de ce qui devient inopérant physiquement, par exemple sous la forme de « paralysies », dite hystériques. Le symptôme est dans ce qui est idéalisé et pas dans la paralysie ou l’amnésie. Il y a surinvestissement idéalisé du corps, avec une partie qui n’entre pas dans cette idéalisation corporelle forcée. On peut avoir ainsi des enfants « autistes » qui se mettent à ne plus pouvoir poser le pied par terre et qui se retrouvent obligés de marcher sur la pointe des pieds. Cela résulte des stimulations de leurs éducateurs dévoués, qui tiennent à ce qu’ils prennent une bonne allure, qu’ils se redressent et ne soient pas tout le temps à moitié courbés, le regard tiré vers le bas. La contracture persistante vers le haut nous montre la chronicité en marche du symptôme d’idéalisation. Il y a perte, par l’enfant, de son terre à terre, de sa capacité d’être absolument banal et non remarquable, en posant ses talons. Obligé de se tirer vers le haut, il ne peut plus du tout traîner les pieds par terre.

On peut évoquer, à ce propos, un genre de crises bien fréquentes, qui sont les crises d’angoisse. Ce sont typiquement des crises d’attention pure, absolument pénibles. Elles sont vides de contenu, car elles perdent complètement, comme les symptômes de conversion hystérique, le terre à terre qui pourrait les relier à quelque chose de concret. On peut mettre les crises d’angoisse dans le même panier que les crises de conversion somatiques plus habituelles. Elles ont la même origine fonctionnelle. Seulement, elles émergent, symptomatiquement, dans les capacités d’attention de la personne, qui deviennent exacerbées et douloureuses.

 


 4 ) Quatrième tableau clinique : Inhibition de fond et impulsivités agressives et captatrices


 

Le dernier tableau clinique est tout aussi remarquable. Une personne est prise dans des fixations affectives, où elle se refuse à toute élaboration moïque un tant soit peu consistante. Elle présente une inhibition de fond, opiniâtre et stérile. Le petit enfant, déjà, ne joue pas à s’affirmer, ni à se dissimuler d’ailleurs. Il ne cherche pas vraiment à gagner de l’autonomie, en s’imposant au monde ou en s’y soustrayant. Il stagne dans une mollesse sensible. Ces personnes sont généralement gentilles et affectueuses, mais on n’ose pas du tout les bousculer, tellement on sent leur fragilité.

Le retour symptomatique du refoulé, chez ces personnes molles et sensibles, c’est le retour de l’affirmation de soi par des impulsivités malheureuses. Les caractéristiques de celles-ci nous montrent le contexte hystérique qui les concerne. Ces impulsivités incontrôlées, d’aspect « borderline », ou ces obsessions impulsions, si elle sont plus ou moins retenues, sont de type « agressif-captant ». Comme symptômes, elles surgissent quand s’effondrent les capacités habituelles de fixation affective de la personne ou par surtension affective insupportable et débordement de celles-ci. Elles concernent déjà la personne elle-même. Par exemple, elles vont être très intériorisées dans des hallucinations péjoratives et affectueuses, en même temps. Ces impulsivités peuvent se porter sur le corps de la personne elle-même, dans des automutilations particulières ambivalentes. Citons ces automutilations nouvelles que sont les tatouages extensifs, qui « soulagent » par la douleur produite, dira la personne tatouée ! Enfin, les impulsivités hystériques peuvent être extériorisées dans des agressions captatrices typiques, où la personne cherche impulsivement à s’attacher quelqu’un, en l’agressant paradoxalement. Elle va cogner ou griffer l’autre pour se l’approprier, voire le tuer pour ne pas le perdre. Ce sont les contraires bruts du « moi », qui sortent en symptômes déchaînés.


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