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Document clinique : Le suicide de Mathieu Lovat, assistance par mise en scène mystique

D 29 septembre 2004     H 15:33     A Jean Etienne Esquirol     C 0 messages


 


 

 

Ce cas clinique est exposé dans le premier tome de l’ouvrage célèbre de E. Esquirol : « Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal » ( pages 545 à 546 de l’édition de 1838 )

 


 

Mathieu Lovat, cordonnier à Venise, dominé par des idées mystiques, se coupa les parties génitales et les jeta par la croisée ; il avait préparé d’avance tout ce qu’il lui fallait pour panser sa plaie, et n’éprouva aucun autre accident fâcheux.

Quelque temps après, il se persuada que Dieu lui ordonnait de mourir sur la croix. Il réfléchit pendant deux ans sur les moyens d’exécuter son projet, et s’occupa de préparer les instruments de son sacrifice.

Enfin le jour est arrivé ; Lovat se couronne d’épines, dont trois ou quatre pénètrent dans la peau du front ; un mouchoir blanc, serré autour des flancs et des cuisses, couvre les parties mutilées ; le reste du corps est nu ; il s’assied sur le milieu d’une croix qu’il a faite, et ajuste ses pieds sur un tasseau fixé à la branche inférieure de la croix ; le pied droit repose sur le pied gauche ; il les traverse l’un et l’autre d’un clou de cinq pouces de longueur qu’il fait pénétrer à coups de marteau, jusqu’à une grande profondeur, dans le bois ; il traverse successivement ses deux mains avec des clous longs et bien acérés, en frappant la tête des clous contre le sol de sa chambre, élève ses mains ainsi percées et les porte contre les trous qu’il a pratiqués d’avance à l’extrémité des deux bras de la croix, et fait pénétrer les clous afin de fixer ses mains : avant de clouer la main gauche, il s’en sert pour se faire, avec un tranchet, une large plaie au côté gauche de la poitrine . Cela fait, à l’aide de cordages préparés et de légers mouvements du corps, il fait trébucher la croix qui tombe hors de la croisée, et Lovat resta ainsi suspendu à la façade de la maison.

Le lendemain on l’y trouva encore ; la main droite seule était détachée de la croix et pendait le long du corps : on détacha ce malheureux, on le transporta aussitôt à l’école impériale de clinique. M. Ruggiéri reconnut qu’aucune plaie n’était mortelle. Lovat guérit de ses blessures, mais non de son délire. On remarqua que, pendant l’exaspération du délire, Lovat ne se plaignait point, tandis qu’il souffrait horriblement pendant les intervalles lucides.

Il fut transféré à l’hôpital des insensés ; il s’y épuisa par des jeunes volontaires et mourut phtisique, le 8 avril 1806.

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