Vous êtes ici : Accueil » CLINIQUE DE LA RELATION DE L’UN À L’AUTRE » Bilan inaugural, rapide et pratique du fonctionnement psychique 1. Le bilan (...)

Bilan inaugural, rapide et pratique du fonctionnement psychique 1. Le bilan de la relation de maîtrise réciproque

D 19 avril 2005     H 15:01     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 La mise en place des registres psychiques


 

Le modèle de fonctionnement psychique utilisé ici est un modèle fondamentalement dialectique. Il comporte des jeux d’opposition qui sont autorégulateurs, à l’instar des régulations homéostasiques en biologie.

Nous avons développé ce fonctionnement oscillatoire et réverbérant selon différents “registres”. Ceux-ci sont mis sur le même plan d’égalité. Sans revenir à la notion de stades de développement, pouvons-nous introduire une notion de chronologie dans le développement de ces registres ? Oui, si nous considérons que, s’ils sont tous présents dès la naissance, l’acmée de leur développement chez l’enfant n’est pas la même. Ainsi, il existe le registre des relations de maîtrise réciproque qui est caractéristique des relations dyadiques entre mère et enfant et de toutes les relations ultérieures interindividuelles non-sexuées. Ce registre trouve son importance maximale dans cette période si singulière de la lune de miel, à peu près entre trois et six mois de vie de l’enfant. C’est une période caractérisée par la prédominance de ce type de relation, alors que les autres sont encore balbutiantes.

Après la crise de maturation des six-huit mois de la vie de l’enfant, se développent en parallèle et deviennent prépondérant d’autres registres. Il y a, d’une part, le registre de la socialisation avec le développement du langage. Il y a le registre de l’autonomie psycho-corporelle, d’autre part, qui est le registre de l’individuation narcissique. L’un de ces registres peut se mettre en place plus tôt que l’autre, qu’importe. On se développe par ces registres-là.

Puis, une nouvelle crise des trois-quatre ans d’âge vient permettre la prépondérance de la relation d’objet et de la sexuation à travers l’apparition de l’objet sexué. Celle-ci se continue par la phase de latence, qui est une phase d’élaboration, puis par l’adolescence et la mise en route effective des relations sexuelles.

Ces trois autres registres (“sociaux”, “narcissiques”, “d’objet sexué”), vont bien sûr se poursuivre là-aussi toute la vie durant. Des remaniements restent toujours susceptible d’apparaître et vont redonner la prépondérance à l’un ou l’autre des registres, suivant les événements de la vie.

Dans chaque registre, un bilan du niveau de développement peut être effectué simplement. Il suffit de tenir compte des oppositions dialectiques caractéristiques du registre. J’utilise la notion de dualité ( deux éléments en relation ) et de ternarité ( les deux éléments avec une intervention externe tierce ) pour chaque pôle de l’oscillation dialectique. Cela permet d’affiner un peu plus la clinique des harmonies ou des dysharmonies fonctionnelles de ces registres. Cela nous donne quatre positions pour chaque registre, deux ternaires et deux duelles. Le maximum de contraste se passe entre :

  • action duelle / réaction ternaire
  • action ternaire / réaction duelle [1].

 

JPEG - 6.9 ko
Grille de notation

 

Comme nous distinguons fonctionnellement quatre registres psychiques principaux, cela nous donne seize points d’examen en tout. Cela peut sembler énorme à retenir, mais, sur le terrain, c’est simple et pratique. Cela permet d’avoir très vite, en un ou deux entretiens, une évaluation pertinente du niveau de développement atteint par un enfant ou une personne.

A partir de là, le clinicien peut comprendre logiquement, très vite aussi, l’harmonie ou la dysharmonie fonctionnelle du psychisme étudié. Il peut vite se faire une idée de la prise en charge éventuelle qui peut en découler. Cette prise en charge à préconiser, amènera à travailler l’équilibre fonctionnel psychique de la personne avec elle. Le but est d’éviter le surgissement de symptômes comme équilibration forcée et douloureuse. C’est au cours de cette prise en charge que pourra s’affiner beaucoup plus ce bilan. Celui qui est présenté ici a pour ambition de poser les premiers jalons, de déchiffrer le terrain de façon rationnelle et accessible en pratique.

Atention : il ne s’agit pas ici de la reconnaissance des symptômes qui peuvent surgir après un temps de défaillance des pôles psychiques en question et qui sont exposés dans d’autres articles du site

 


 Evaluation du registre de la relation de maîtrise réciproque ou registre dyadique


 

Nous diviserons donc ce registre, comme tous les autres, en quatre pôles : deux d’action et deux de réaction. Il s’agit de l’action et de la réaction commune que va effectuer un couple relationnel, dans une danse de couple inséparable, en commençant par la dyade mère-enfant constitutive des premiers mois de vie de l’enfant. Mais, tout couple fonctionnant sur ce modèle prédominant, où sont refoulées ou absentes les relations sexuées, va présenter un tel mode de fonctionnement.

Il s’agit d’évaluer un couple fonctionnel. C’est le point à ne pas oublier. Si c’est une personne qui est évaluée ainsi, c’est comme membre d’un tel couple qu’elle va l’être. Le psychisme est alors un psychisme commun à deux personnes. Celles-ci partagent les mêmes signifiants inconscients dans une relation de maîtrise réciproque. L’un initie la relation de maîtrise de l’autre. Chacun attrape l’autre à sa façon pour valser ensemble. Remarquons que c’est l’apparition de ce registre relationnel prédominant dans une relation psychothérapique, au détriment de la relation sexuée adulte normale, qui fera parler de “transfert” ou de “relation transférentielle” au sens psychanalytique du terme. L’évaluation se passera à l’intérieur même du couple constitué entre analysant et analyste. Cela s’effectuera, bien sûr, si l’analyste a été capable de garder la maîtrise “contre-transférentielle” de sa relation, sans pour autant nier celle-ci puisqu’il n’en serait alors pas conscient. On peut dire qu’évaluer cette relation dyadique, c’est évaluer le transfert en place.

 

JPEG - 11 ko
Les quartiers de la relation de maîtrise

 

 
1 ) Le pôle de l’action dyadique “ternaire” : constitution d’une dyade accapareuse

Il s’agit de juger du niveau d’”oralité” du couple, de sa capacité à faire équipe pour une acquisition commune au détriment d’un tiers externe. Le couple est-il capable de s’emparer de personnes ou de biens environnants pour son profit propre ? N’est-il, au contraire, qu’une équipe incapable de s’approprier quelque chose ? Reste t-il sans ressource pour contrôler la situation extérieure à lui ? Ce pôle est-il du même niveau d’intensité plaisante que son opposé, celui de la communion affective duelle ? Est-il franchement prédominant par rapport à lui ? Lui est-il bien inférieur en intensité ? Voilà des questions à résoudre dans ce bilan.

 


 

Une petite difficulté à noter : chez le petit enfant et sa mère, le premier tiers à utiliser pour obtenir quelque chose est souvent le mari de la mère ou la grand mère maternelle. Chez l’adulte, ce tiers peut très bien être sa femme ou son mari ; la dyade se prolonge alors souvent, pour la personne considérée, avec sa propre mère ou un de ses enfant etc. Il s’agit de repérer, à chaque fois, ceux qui collent ensemble réellement et celui qui est mis à contribution de façon tierce, celui qui est mis au service de la dyade et est utilisé par cette équipe bâtie sur ces relations de maîtrise réciproque .

 
2 ) Le pôle de la réaction dyadique “duelle” : élaboration d’une symbiose affective

Ce pôle est au maximum d’opposition du précédent, dont l’action était tournée vers l’extérieur, vers le tiers externe. Il s’agit, ici, du plaisir du tête à tête de la dyade. Chacun de ses deux éléments réagit d’une même façon affective à la présence intime de l’autre. Ce tête à tête intime est, là aussi, un tête à tête désexué. Ce n’est pas celui des amoureux sexués, mais il est à l’image de l’amour tendre entre une mère et son enfant, ou de la peur panique partagée par eux deux. C’est une hypnose réciproque souvent très douce. Parler de “lune de miel” à ce propos, évoque les rapports affectifs si prenants d’un bébé et de sa mère, chacun plongeant son regard au fond de l’âme de l’autre. Mais, cela risque de mener à une confusion sexuée avec le regard des amoureux. N’oublions pas, non plus, que cela peut être aussi bien un partage d’horreur commune ou d’un autre affect.

 


 

Cette communion affective à deux existe t’elle dans l’équipe fonctionnelle repérée ? Y a t’il ou non une complicité intime où chacun tient l’autre, où chacun le maîtrise dans cette dépendance même ? Ce niveau de dépendance prend-il le dessus sur l’action commune ternaire par son niveau d’intensité ? Au contraire, n’est-il pas minime par rapport à la fonctionnalité « orale » de la dyade ?

Le bilan s’attachera donc à évaluer ce pôle dyadique hypnotique, ce pôle d’amour commun ou de peur commune, ou de haine commune etc.

 
3 ) Le pôle de l’action duelle d’un nichage commun :

L’équipe dyadique est-elle capable de se créer un endroit intime où s’isoler et rêver ensemble ? Est-elle capable de mettre l’entourage à distance pour trouver un endroit où se réfugier ? Est-elle capable de “propreté”, c’est à dire de nettoyer et de préserver ce nid ou ce refuge onirique de tout élément perturbateur pouvant faire tiers ? L’affirmation de la dualité dyadique est ici normalement au comble de sa possibilité. Il s’agit de juger de son intensité et du plaisir atteint par rapport au pôle contraire, celui de l’alerte envers le tiers extérieur. C’est le jardin secret de la dyade, secret car réservé strictement à la dualité du couple.

 


 

Notons la difficulté pour un élément extérieur de juger du fonctionnement de ce pôle et de s’en rendre compte ! Il faudra généralement beaucoup de patience et de discrétion pour qu’un membre d’une dyade se confie là-dessus, à moins que la dyade évaluée ne soit celle du psychothérapeute et de son patient.

 
4 ) Le pôle de la réaction ternaire par une attention conjointe envers un signal externe :

A l’opposé de la disparition du couple dans un endroit à l’abri des perturbations externes, ce pôle nous montre la dyade réagissant d’un commun accord envers toute source de perturbation externe possible ; elle monte la garde et se tient en alerte. Ce niveau d’alerte, où l’un entraîne l’autre indistinctement, existe t’il en fait ? Est-il élaboré selon le niveau des capacités d’alerte des membres du couple ? Prend-il le dessus par rapport à l’action de dissimulation et de nichage commun ou n’est-il que faiblement présent par rapport à celle-ci ?

 


 

Les réflexes d’orientation sensorielle peuvent très tôt servir à créer ces « attentions conjointes » entre le bébé et sa mère, mais ils peuvent aussi devenir beaucoup plus construits par la suite, par exemple par une même sensibilité immédiate à une sorte de musique ou à une représentation picturale ou aux bruits du voisin. Là aussi, il s’agira de déterminer si ce pôle dyadique existe, s’il a une certaine tonicité face au pôle contraire ou s’il est peu présent.

 


 Grille de notation consécutive :


 

Personnellement, pour simplifier au maximum mon travail de terrain, je dessine un carré divisé en quatre quartiers ( voir ci-dessus). En haut, les deux quartiers ternaires ( à gauche l’action ternaire, à droite la réaction ternaire ). En bas, les deux quartiers duels ( à gauche l’action duelle, à droite la réaction duelle ).

Je note, dans chaque quartier, l’évaluation retenue : ensemble vide Ø, une + , deux ++ ou trois croix +++. Puis, je note à côté de chaque quartier, les points saillants qui déterminent la notation. Cela donne une grille de lecture très simple. Elle permet, d’un coup d’oeil, d’évaluer l’harmonie ou la dysharmonie du fonctionnement dyadique. Par exemple, à propos d’une dyade “hyperactive”, l’action est marquée de trois croix et la réaction d’une croix. Autre exemple, à propos d’une dyade “autistique”, on notera un excès d’action duelle, intime et secrète, et un très faible niveau d’attention conjointe.

 

JPEG - 5.5 ko
Cotation d’une dyade « autistique »

 

Cela permettra, très rapidement si nécessaire, de déterminer les premiers éléments de prise en charge, à savoir comment harmoniser les équilibres des pôles du registre si la dysharmonie de fonctionnement dyadique est patente, si l’équilibre est trop désaccordé. Mais, c’est évidemment un autre chapitre qui s’ouvre alors.

Notons que cette évaluation inaugurale peut se répéter et permettre de comprendre l’évolution relationnelle de la dyade. S’équilibre t’elle fonctionnellement ou augmente t’elle sa dysharmonie au fil du temps ? Là aussi, par un simple coup d’oeil sur les grilles d’évaluation successives, on obtiendra des renseignements cruciaux pour comprendre la situation clinique et agir si besoin. C’est le sens des flèches à deux têtes de la grille d’évaluation.


Popularité :
7176 lecteurs au 01/12/2013


[1Pour se rendre compte de l’articulation tout à fait logique de ces registres, voir l’article Le modèle oscillatoire de la réalité psychique : un modèle trans-niveaux

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves