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Logique clinique de la psychose dissociative

D 5 avril 2004     H 12:20     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Résumé de la clinique de la psychose dissociative :


 

 
fixation d’action duelle
symptômes en réactivité ternaire
relations de maîtrise dyadique
obsession intimiste
crise d’angoisse « partagée »
relations à soi-même
autisme
dissociations corporelles
relations sociales
effacement personnel devant le groupe
phobie « physique » et/ou « métaphysique »
relations sexuées
soulagement fantasmatique
symptôme d’amour raté

 

 


 Le modèle de psychisme utilisé


 

Le modèle oscillatoire du psychisme est un modèle “fonctionnel” : l’oscillation se passe entre actions, duelle et ternaire et réactions, duelle et ternaire. Des butées réverbérantes permettent de différentier différents « registres », qui correspondent à la nature des points de butée. Nous définissons, de cette façon, quatre REGISTRES PSYCHIQUES essentiels, où se décline la vibration psychique de base. La réverbération de chaque registre permet que l’oscillation se pérennise souplement, sauf apparition de la clinique comme trouble fonctionnel. Cette clinique commencera par une fixation à un pôle d’oscillation, avec refoulement du pôle opposé. Peut surgir, ensuite, un retour de ce pôle refoulé, dans un symptôme calamiteux et douloureux. Le symptôme est une sorte de guérison anormale du coinçage de l’oscillation. Souvent, on constate un réinvestissement défensif du premier pôle, pour lutter au maximum contre l’apparition du symptôme [1].

L’oscillation psychique se décline, selon la nature de la réverbération prise en compte, en quatre registres :

  • registre dyadique, où les relations de couple se constituent en analogie avec les relations de maîtrise réciproque d’un enfant et de sa mère ; le processus réverbérant est le champ psychique de la dyade, partagé entre deux têtes fonctionnant à l’unisson, sans doute à l’aide de neurones miroirs ;
  • registre narcissique, où se remarque l’élaboration d’un “moi” autonome, sous ses différents aspects ; le processus réverbérant est constitué par le corps lui-même, ses limites et contraintes biologiques et physiologiques, y comprises neurologiques ;
  • registre social, où la personne se retrouve faire parties de groupes sociaux plus ou moins étendus, en commençant par les relations familiales ; le processus réverbérant est constitué des limites sociales diverses auquel est soumis le sujet immergé dans ce “corps” social, entre actions et réactions socio-langagières, que l’on nomme généralement « symboliques » ;
  • registre sexué, où le sujet se retrouve à faire jouer ce registre propre, dans la singularité de la jouissance sexuelle ; c’est l’oscillation objet / sujet des psychanalystes, où l’objet est un manque ou porte toujours un manque, cause de désir.

La clinique se déroulera au sein de ces quatre registres de base du psychisme et montrera la perturbation du fonctionnement oscillatoire psychique. Un élément clinique pourra concerner un seul registre. Il pourra déborder, plus ou moins, sur les autres registres, ce qui permettra de définir des liens cliniques privilégiés et des évolutions cliniques privilégiées (en aggravation ou en amélioration). Une véritable prédictibilité, consolidant le modèle utilisé, pourra donc s’y proposer.

 


 La clinique de la psychose dissociative : généralités


 

Le lecteur ne doit pas oublier que la clinique décrite, dépend étroitement du modèle du psychisme utilisé. Nous devions un minimum évoquer celui utilisé sur ce site, afin que le lecteur en comprenne la logique. La psychose dissociative sera constituée, dans les différents registres psychiques principaux de ce modèle, par un même problème fonctionnel :

  • fixation sur une action duelle, avec refoulement concomitant d’une réactivité ternaire ;
  • surgissement symptomatique possible de cette réactivité ternaire, selon les différents registres concernés, le symptôme prenant un aspect propre à chaque registre où il va pouvoir surgir ; il est toujours très pénible, involontaire et douloureux ;
  • refoulement secondaire fréquent, par après, du symptôme, par réinvestissement défensif de l’action duelle, afin de limiter la souffrance psychique ;
  • écroulement final, toujours envisageable, par échec des positions défensives ; le symptôme envahit toute la vie de la personne.

Notons que cette clinique correspond à l’inverse exact de celle de la névrose, qui est celle du caractère névrotique, en fait. On trouvera cette clinique de la névrose à la page : Logique clinique de la névrose

 

1 / Le symptôme :

 


 

Les symptômes de la psychose dissociative sont des symptômes “dissociatifs”. Ils ont souvent été qualifiés de “névrotiques” dans la littérature, car ils ressortent dans le pôle “névrotique”, c’est à dire dans la réactivité ternaire. Mais, cela brouille plutôt les idées de continuer à les appeler ainsi. Nous nous contenterons de les qualifier de symptômes “dissociatifs” ou symptômes de la “psychose dissociative”. Le terme de “psychose” est utilisé, ici, pour les complexes cliniques où la fixation psychique est dans un pôle duel (à deux éléments) et le symptôme dans un pôle ternaire (à trois éléments) [2].

 

2 / La fixation du mode de défense :

 


 

Ici, le pôle duel exagéré est celui de l’action duelle. C’est une action qui est effectuée hors du champ des règles, permissions, pactes, conventions déclarées, lois et devoirs divers du monde ternaire, qui mettent, en jeu, un élément tiers de régulation. Avec la dualité, nous serons dans le domaine de l’indéterminable, de l’ambivalence, de l’intime se soulageant, du secret et du discret, de l’habitude et de la coutume sociale, du privé restant non-officiel, du caprice et du spontané. Ce pôle duel est normalement équilibré par une réflexivité ternaire, c’est à dire par une réflexivité structurée par un tiers élément : attention conjointe, moi idéal, conscience morale et éthique, idéalisation amoureuse. Si la réactivité ternaire fait trop défaut, le sujet s’enfonce dans la fixation à une action duelle, celle constitutive de la psychose dissociative.

Nous allons évoquer brièvement les différents tableaux cliniques selon les registres repérables, chez une personne en proie à de tels troubles psychiques.

 


 1. Obsession intimiste et crises d'angoisse « partagée »


 

Dans les relations de type dyadique, la fixation duelle prendra l’aspect d’un attachement extrême à une intimité exacerbée, entraînant toute l’attention du sujet vers la protection et la délimitation de cette intimité dyadique. On décrit souvent cette fixation comme trouble obsessionnel. Le symptôme qui surgit, si cette fixation échoue ou est entravée, c’est la crise d’angoisse. C’est une crise paniquante, où le sujet est obnubilé par l’arrivée d’un danger extérieur aussi imminent qu’irréel. Il se retrouve bloqué en alerte aiguë. C’est une angoisse qu’il doit absolument arriver à faire partager à quelqu’un, de façon transférentielle, souvent la personne la plus proche.

Voir à ce sujet l’article : Articulation clinique : crise d’angoisse, obsession , crise d’isolement, peur chronique

 


 2. Autisme et dissociations corporelles


 

Dans les relations d’un sujet à son corps et à son individualité propre, la fixation duelle prendra l’aspect d’un attachement démesuré à une action d’affirmation de soi secrète. C’est une action où s’affirme un « moi-discret » au point de devenir un “moi secret”, échappant à toute compréhension pour les autres. C’est une fixation que l’on appelle, justement, “autistique”. Le pôle opposé, celui de la réflexion structurée, de la constitution d’un moi “idéal”, resurgira dans un symptôme “dissociatif”. C’est à dire qu’une fonction physiologique ou psychologique idéale se mettra à prendre toute la place et à éteindre les autres fonctions moins idéales, à les dissocier. Ces extinctions (amnésies, paralysies, troubles de la pensée etc.) sont une conséquence du symptôme, mais elles ne sont pas le symptôme, qui est une fixation exagérée à un trait corporel idéal. Il y a utilité d’abandonner le concept « d’hystérie de conversion » à ce propos, non seulement par respect pour les utérus, mais parce qu’il donne une mauvaise habitude de la reconnaissance du symptôme de dissociation, en mettant trop l’accent sur ce qui est déficitaire. Le déficit n’existe que par excès d’investissement d’un trait idéal du corps, qui éteint ce qui ne rentre pas dans l’idéalisation forcée et incoercible. Si on ne comprend pas cela, on ne peut aborder rationnellement le symptôme de dissociation, ni le soigner, bien sûr. Le point aveugle actuel de la clinique psychiatrique à ce propos ne facilite la tâche à personne, ni à la personne souffrante, ni au soignant appelé à l’aide.

Voir l’article : Articulation clinique : dissociation de l’image idéale (conversion hystérique) et autisme

 


 3. Marginalisation et phobies sociales


 

Dans les relations sociales, le sujet se fixera à faire corps avec les fabricants de productions exacerbées de biens et de services abusifs, sans justification morale, ni utilité réelle. Cela résulte du refoulement du pôle ternaire de la légitimité sociale. On y nie l’individualisme et la contestation de l’effet de groupe que cela pourrait amener. L’action de groupe se résume à des protocoles de conduites immuables qu’on ne saurait remettre en question. Si le pôle ternaire de la légitimité refait surface dans un symptôme, ce sera principalement comme phobie sociale pour le sujet, qui devient condamné à toujours rechercher un lieu social moral jamais assez respectable pour lui. Il est obnubilé par la recherche d’un lieu où il pourrait enfin se sentir à l’aise et toujours introuvable. Cela le rend voué à se croire toujours regardé de travers, de façon insupportable, d’où l’importance de la phobie du regard dans cette phobie sociale, qui est une phobie de causes « morales ». Cette phobie prend un aspect « physique » ou « métaphysique » selon la symbolisation prépondérante de l’espace ou du temps qui s’y trouve concernée.

Voir l’article : Clinique logique des phobies : phobies d’origine physique et phobies d’origine métaphysique

 


 4. Soulagement sexuel fantasmatique et symptôme d'amour raté


 

Dans les relations sexuelles, le sujet se fixera à un soulagement sexuel fantasmatique, pour ne pas avoir à établir une vraie relation amoureuse, celle où l’on estime et admire son partenaire. Le retour du refoulé donnera un symptôme d’amour raté sous toutes ses variantes, attachements amoureux incoercibles, qui ne peuvent que rester impossibles à réaliser et qui ne peuvent que le rendre profondément malheureux. L’autre-symptôme n’est pas forcément au courant de cette fixation dramatique.

Voir l’article : Articulation clinique : symptôme d’amour raté et fantasme défensif

 

 


Popularité :
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[1Ce réinvestissement du pôle de fixation comme moyen de défense est le but des psychothérapies ré-éducatives n’ayant que comme visée la disparition du symptôme. L’utilisation des drogues et psychotropes divers, de groupes sociaux totalitaires ad hoc a, aussi, comme but principal de permettre un nouveau refoulement plus efficace.

[2Cela concerne deux grandes catégories de psychose dans cette recherche clinique : la psychose dissociative et la psychose affective. Il est navrant que le terme de psychose soit généralement utilisé sans définition précise. Je le définis de cette façon pour ce travail de recherche et j’espère bien que cela sera repris, un jour, par la communauté scientifique : psychose = fixation à un pôle psychique de fonctionnement duel, de façon primaire ou de façon secondaire, comme moyen de défense face à l’irruption d’un symptôme dans un pôle psychique ternaire

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