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La théorie unitaire du psychisme

D 14 avril 2005     H 11:06     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

La crise de la psychiatrie d’aujourd’hui est essentiellement une crise épistémologique, aussi curieux que cela puisse paraître. Les différentes écoles parlent de maladies et de troubles du “psychisme” ou du “mental”, sans vraiment définir ce qu’elles entendent par psychisme ou mental. On met la charrue avant les bœufs en parlant de dérèglement de quelque chose de non-défini préalablement ! Et chacun d’y aller de sa réduction propre, en sous-entendant que le champ partiel qu’il aborde est le vrai champ du psychisme, en tentant de faire de son modèle un paradigme.

 

 

C’est l’attitude scientifique de celui qui étudie un ongle d’éléphant sans vouloir connaître ce qu’est un éléphant, ou sans avoir la moindre idée de l’éléphant. En conséquence, chaque école anathématise l’autre comme développant une fausse science ( sous-entendu par rapport à la “vraie” qu’il représente lui-même) et développe la clinique servant à justifier son système. On peut aller fort loin pour imposer sa vision des choses, jusqu’à aller faire appel, comme garant, à l’ONU, ainsi que cela s’est passé pour la classification de l’OMS, ou pour la Classification Internationale des Handicaps.

Nous résumerons cette faute épistémologique, si partagée, comme celle du “réductionnisme idéologique”, qui accorde plus de valeur aux parties d’un champ scientifique qu’à l’articulation de l’ensemble. Il y a des intérêts économiques qui y poussent, en particulier :

  • ceux des laboratoires pharmaceutiques, à propos de la psychiatrie “biologique”, cherchant à construire avec les psychologues un paradigme neuropsychologique de psychisme isolé, inspiré du fonctionnement des ordinateurs PC autosuffisants, associant matériel de base neurologique et programme psychologique, en guise de logiciel ; c’était déjà la dérive de Freud, avec sa deuxième topique ;
  • ceux du marché de l’éducation et de la rééducation, qui veulent absorber le marché du psychisme, en commençant par celui de l’autisme et des « dys- » ; ils pérennisent la vision marxiste de la rééducation possible de la pensée, conjuguée aux bonnes mesures institutionnelles en réseau qui rendent heureux ; ils développent le paradigme collectiviste de Santé mentale, sur le mode d’internet et des réseaux de communication.

Ne parlons même pas de la force de frappe planétaire du DSM américain, qui nous ramène aux cabinets de curiosité du 17e siècle, en prétendant que le rangement pragmatique d’une collection est faire œuvre de science suffisante pour agir, sans avoir besoin de se casser, outre mesure, la tête.

Or, s’il est nécessaire et juste dans un champ complexe de réduire la réalité pour l’étudier, encore faut-il savoir ce que l’on fait, et ne pas fétichiser sa réduction comme la seule réduction valable, ou pire, ne pas arriver à se rendre compte apparemment de sa réduction.

 


 Le pari d'un psychisme unitaire


 

Le problème de fond est celui de la définition même du champ psychique. Serait-il possible que le psychisme global ne soit qu’un semblant ? Le problème se dissoudra, alors, dans l’étude de ses différentes composantes actuelles, qui se révéleront être des objets différents les uns des autres, ou provisoires. On fera voler en éclat ce qui est rassemblé outrancièrement, pour le moment, dans un même champ.

Y a t’il, au contraire, un véritable appareil psychique, dont la définition est en gestation ? Peut-on essayer, aujourd’hui, d’aller au terme de cette gestation ? Je m’engage dans cette deuxième solution. Le lecteur me pardonnera si l’accouchement est imparfait, limité aux grands traits de fond, à cause de l’urgence de la situation. Mais, cela lui permettra de comprendre comment peuvent être définies, à partir de là, les grandes réductions utilisables, et utilisées effectivement de façon si partiale, actuellement.

 


 Problème de logique


 

L’appareil psychique, pour parler de l’organisation structurale et fonctionnelle du psychisme, se révèle quelque chose d’assez étrange, une fois que l’on ne se limite plus aux réductions habituelles. Celles-ci utilisent les outils intellectuels hérités de la logique aristotélicienne du tiers exclu. Cette logique a, comme principe, que quelque chose est “vrai” ou “faux”, qu’il n’y a pas de moyen terme [1]. Elle n’accepte pas le “vrai-faux”, ni le “ni vrai ni faux”. Elle place, surtout, dans un “au-delà”, la référence tierce permettant ce choix de la vérité, celle qui permet la décision, comme un principe transcendant qui posséderait les critères supérieurs, permettant d’attribuer la valeur de vérité, ou non, à une proposition. Il faut, alors, une révolution de palais, un renversement du “paradigme” et de l’autorité divinisée l’incarnant, pour faire avancer les choses. Certains appellent, d’ailleurs, à ce renversement de paradigme, actuellement, dans le champ du psychisme, en essayant de proposer leur modèle comme le paradigme tant attendu, ou en réalisant des alliances entre partisans de modèles opposés, pour mieux évincer les autres. Nous y reviendrons.

Cette démarche paradigmatique ne serait pas sortir du principe élitiste, comme Aristote lui-même, et auquel Freud, avec sa notion de “méta-” psychologie, n’avait pas complètement échappé. Même dans la psychose, où cette référence régulatrice est radicalement mise hors circuit, elle continue de fonctionner sous cette forme d’être devenue caduque. Et, c’est là tout le problème du traitement de la psychose, à savoir : comment sortir du collage à la logique aristotélicienne, qui permet de forclore un élément référentiel essentiel dans un au-delà inatteignable. Mais, c’est celui aussi des névroses et des perversions, sous une autre forme, comme nous le verrons.

Le fonctionnement global du psychisme doit nous entraîner dans d’autres élaborations moins faciles d’accès, puisqu’il s’agit de ne plus avoir de références transcendantes, comme dans la logique aristotélicienne. Il n’y a plus, alors, d’au-delà du psychisme. Il n’y a plus besoin d’une prothèse “au-dessus”, d’un niveau supérieur qui va trancher, d’un paradigme triomphant. Cette conception aristotélicienne voit tout comme fait de niveaux successifs où le supérieur « émerge » à une conscience nouvelle et doit aussitôt se préoccuper de contrôler les niveaux inférieurs pour s’assurer qu’ils continuent de bien produire les conditions de son émergence à lui. C’est le poison conceptuel de la théorie de l’émergence qui gangrène tous les champs scientifiques actuellement. Dans le champ psychique, c’est le paradigme qui voit la conscience comme la fonctionnalité émergente suprême. Il n’est pas question pour ses partisans de vouloir prendre en considération le refoulement inhérent à cette émergence même. Ils ne veulent pas penser ce que le psychisme conscient perd de devenir, justement, conscient.

Dans le modèle utilisé ici, il y a intériorisation des références par un autre système logique, qui est tétravalent, c’est à dire à quatre pôles (et non plus à deux pôles dialectiques). Il s’agit d’élaborer un modèle fonctionnel logique “trans-niveaux“ et non “supra-niveaux”. Nous verrons que c’est la notion d’Inconscient, au sens freudien, qui permet cela. C’est dire l’effort de pensée nécessaire pour abandonner nos habitudes hyper-réductionnistes, car nous avons tous été modelés à outrance par la pensée aristotélicienne, même si l’on est devenu psychanalyste [2]

Il s’agit, dans les oppositions/relations des pôles de la logique tétravalente, d’articuler le prévisible avec l’aléatoire, le ternaire et la dualité, dans une même vibration psychique, dans une dimension intermédiaire. Cela permet de définir le psychisme par cette étonnante capacité fonctionnelle de réaliser cette opposition/relation, sans se bloquer. Le modèle du fonctionnement psychique en découlant, peut être dit chaotique et fractal, avec des pôles psychiques fonctionnant comme des attracteurs étranges, plus ou moins investis, plus ou moins « forts » et attirants, mais avec cette propriété foncière d’instabilité, donnant, fonctionnellement, des oscillations pseudo-régulières, probabilistes, entre des pôles de référence. La clinique naît du ratage des libres oscillations, par la prégnance d’un ou de plusieurs pôles psychiques, au détriment des autres.

La clinique a été, pour moi, le meilleur garant de cette élaboration nouvelle, car, si l’on construit un appareil théorique, il doit permettre, par logique, d’en déduire ses dysfonctionnements déterministes et de prédire certaines évolutions privilégiées de ceux-ci. C’est la récompense du scientifique, quand une prédiction de ce genre se réalise, car cela lui montre qu’il suit une voie féconde. La clinique est, alors, la manifestation d’une réduction déterministe du fonctionnement probabiliste psychique ; il y a échec du fonctionnement probabiliste, dans une répétition anormale. C’est le cœur de cette conception, qui rejoint celle de la compulsion de répétition freudienne. En clinique, il n’y a plus l’échappement probabiliste habituel du fonctionnement psychique, du à son fonctionnement tétravalent, quelle qu’en soit la cause, ou plutôt, généralement, les causes.

 


 Le modèle fonctionnel logique “trans-niveaux“


 

Partons, tout d’abord, d’une notion du psychisme fonctionnant par un liage de ses éléments, ainsi qu’avec ce qui crée du déliage, par un antagonisme dialectique simple. Ce modèle se rattache à des modèles analogues dans d’autres domaines. Une tension de deux fonctions contraires est courante en physiologie : si une des fonctions est trop prégnante, l’autre va se trouver renforcée par des rétrocontrôles, et va rétablir l’équilibre en un souple jeu oscillatoire, à peu près périodique. C’est le principe de l’homéostasie corporelle. On peut concevoir pour le psychisme, de même, une homéostasie, avec une “pulsion de liage” et une “pulsion de déliage”, qui évoquent, d’ailleurs, pulsion de vie et pulsion de mort freudiennes. Le mot « pulsion » comporte la notion intéressante de poussée intrinsèque, d’un moteur propre. Mais, cela ne suffit pas pour que la double poussée antagoniste devienne moteur oscillatoire de la fluidité psychique.

Une oscillation ne va perdurer que s’il y a possibilité de réverbération. Ça se cogne à quelque chose et ça se répercute, et ça se recogne et ça repart dans l’autre sens, sans fin si tout va bien. Dans le psychisme, pour qu’une oscillation fonctionne et que les pulsions contraires ne servent pas à figer l’oscillation du psychisme dans un statisme paralysant, selon la force d’un type de pulsion ou d’un autre, il nous faut des éléments internes et externes, qui assurent la réverbération nécessaire à l’entretien de cette oscillation. Et, selon la nature du dispositif réverbérant, nous aurons différents aspects de cette oscillation psychique de fond perpétuée.

Nous aurons réverbération liante, ou déliante :

  • pour des causes internes, en grande partie génétiques ou épigénétiques, puis développementales,
  • pour des causes externes, l’environnement, ses contraintes et ses accidents.

Le maximum de contraste est obtenu entre une réverbération de type “interne” et une réverbération de type “externe”, ce qui entraîne deux types bien distincts d’oscillations fonctionnelles psychiques concomitantes, entre :

  • déliage externe / liage interne : le mouvement se passe de l’externe vers l’interne
  • déliage interne / liage externe : le mouvement se passe de l’interne vers l’externe

L’oscillation psychique fonctionnelle dépendra de la fonctionnalité de chacun de ces mouvements contraires et de leur équilibre précaire, à rétablir sans cesse.

 


 L'inconscient


 

Mais, et c’est là où nous sortirons complètement de la dialectique aristotélicienne, nous prendrons en compte dans ce fonctionnement la constitution de l’Inconscient. Dans ces liages et déliages, des éléments de l’extérieur et de l’intérieur sont mis en articulation entre eux dans un même corps qui est le corps psychique. Les éléments externes ou internes sont articulés par un système de filtre fonctionnant à partir des sensations externes et des ressentis internes, et ce système de filtre va transformer des éléments “totipotents” (qui ont toutes les potentialités articulatoires) en éléments “signifiants” réellement articulés. Il va filtrer certaines caractéristiques pour en permettre l’articulation et donc les “incorporer”.

Ces articulations de signifiants vont constituer la machinerie de base oscillatoire du psychisme, la machinerie inconsciente. L’Inconscient utilise bien des éléments externes, du monde extérieur, et des éléments internes, du ressenti intérieur, mais en les transformant en “signifiants” incorporés qui, de suivre des règles logiques tétravalentes, vont permettre à la personne de jouir d’une possibilité de décidabilité, de choix, et d’une possibilité de libre arbitre, d’échappement, possibilités qui restent tout à fait inconcevables dans un système déterministe strictement aristotélicien, dépendant d’une source transcendante, même si c’est pour l’exclure.

Le système articulatoire de ce que Freud appelait des “Vorstellungsrepräsentanz”, des “tenants-lieu de représentation”, va rassembler les éléments articulés piochés dans le vécu de la personne et constituer ce corps de l’Inconscient qui est donc une interface. Il ne faut pas prendre ce “corps psychique” comme le contenant d’un contenu, mais comme une organisation tridimensionnelle d’éléments articulés, comme un ensemble mathématique qui filtre les informations passant du dehors au dedans et inversement.

Ces informations filtrées deviennent des messages par l’effet d’une transduction. Transduction vient de « trans- », qui veut dire en latin : au-delà, de l’autre côté, par dessus, et de “ductio” qui vient de “ducere” : conduire. C’est « ce qui conduit au-delà ». Cela sert en physique pour qualifier la transmission d’un signal : c’est le passage d’un message par transformation de ce message d’une forme dans une autre ( avec au moins un des signaux de nature électrique ). Récupéré par la biologie, le mot sert à qualifier les récepteurs nerveux de la peau de « transducteurs ». Ces récepteurs font passer un message physique, une pression par exemple ou un son, en un signal électrique parcourant les fibres nerveuses jusqu’au cortex. L’action d’une hormone sur ses récepteurs cellulaires est aussi une transduction, interne cette fois-ci. Par extension, les communications de morceaux d’A.D.N. entre bactéries par des bactériophages sont aussi qualifiées de transductions ainsi que les échanges entre cellules par des virus ou des pseudovirus ad hoc (pseudovirions). Le mot a été utilisé en psychologie par Piaget de façon assez dévalorisante et nous ne l’utiliserons pas dans sa définition à lui. Nous utiliserons ce terme pour qualifier au mieux cette incorporation de signifiants dans le système fonctionnel oscillatoire constitutif de l’Inconscient car les informations totipotentes des éléments externes ou internes se transforment par filtrage en des “messages”. C’est une dégradation de l’information, si l’on veut et une limitation pour l’homme de l’accès au réel, mais nous en verrons aussi les grands avantages pour lui, notamment celui de pouvoir construire un champ psychique unitaire.

 


 Quatre types de processus réverbérants


 

Remarquons que cette définition du psychisme à partir de cette constitution unique de l’Inconscient permet de comprendre comment sont placés dans un champ unitaire des éléments de vie qui pourraient sembler tout à fait disparates à première vue. Ce sont des éléments internes et externes élaborant des systèmes oscillatoires qui peuvent sembler complètement distincts. Il y a, en effet, différents types d’extérieurs et différents types de ressentis qui peuvent être articulés. Nous inspirant de la formulation des quatre discours élaborée entre l’”un” et l’”autre” par J. Lacan, nous repérerons quatre lieux principaux et structuraux où se réalisent les oscillations psychiques, mettant en jeu ces réverbérations dans quatre types essentiels différents de dispositifs réverbérants.

 

 

Les discours lacaniens utilisent quatre éléments articulés entre eux au quart de tour, ce qui donne quatre discours logiques. Nous distinguerons :

1 - la dyade mère-enfant et les relations s’en inspirant ; il y a, dans ce cas, un même psychisme partagé par deux corps qui oscillent dans une danse commune entre actions et réactions dyadiques ; il n’y a pas que des déterminismes internes ( génétiques en grande partie et épigénétiques) ; ce qui sert d’instrument externe de réverbération, c’est l’entourage de la dyade à utiliser ou à neutraliser, voire à fuir selon les cas, mais auquel se cogne la dyade ; c’est le père primitif, la fonction paternelle de base et la frustration qu’elle amène, aussi bien dans les actions que dans les réactions dyadiques ; le psychisme de la dyade évoque celui de l’empreinte en éthologie, du conditionnement des réflexes conditionnés, de la résonnance des cognitivistes aux prises avec l’énigme des « neurones miroirs », du transfert au sens psychanalytique du terme ; c’est celui des rapports de “maîtrise” formalisés dans le discours lacanien du “Maître” et des relations interindividuelles :
S1 -> S2
$......a

2 - le psychisme individuel, c’est celui de la psychologie où l’on pense individuellement entre actions et réactions personnelles, autonomes ; ce qui sert à la réverbération psychique, c’est le corps propre selon plusieurs niveaux, par exemple entre cortex cérébral et noyaux de la base, entre système nerveux central et périphérique, entre système nerveux et corps somatique, mais aussi entre le corps et son environnement externe. On commence à bien connaître les circuits neurologiques de rétrocontrôles assurant la réverbération à tous les étages ; ce psychisme est formalisé par Lacan par le discours de “l’Hystérique” ; mais il n’est pas que cela, comme on le voit en clinique ; c’est celui du corps propre en général, celui qui sert à l’élaboration du narcissisme :
$ -> S2
a....S1

3 - le psychisme “social”, c’est la relation aux autres et entre les êtres humains, entre actions collectives et inhibitions collectives relayées par le langage commun ; d’abord au niveau des relations parents-enfants et de la prohibition familiale de l’inceste ; comme moyens de réverbération externes, ce sont les organisations sociales elles-mêmes, en ce qu’elle entraînent et limitent l’individu dans leur danse collective, entre actions et réactions d’ensemble dans la construction de l’espace-temps ; la famille sert bien aussi à cela en étant une cellule sociale reconnue comme telle et pas seulement un lieu parental, intime ; il y a un “psychisme collectif”, où le complexe d’Oedipe est central même dans les différentes configurations ethnologiques ; c’est, chez Lacan, le discours de “l’Université” et du savoir :
S2 -> a
S1....$

4 - le psychisme sexué, c’est celui des relations sexuées, entre actes sexuels et réactions sexuées ; les moyens de réverbération sont la différence des sexes en ce qu’elle a d’irréductible, intérieurement et extérieurement ; l’intérieur, c’est se sentir féminin ou masculin avec ses pulsions ; l’extérieur, c’est le désir et l’intérêt sexuel de l’autre envers soi ; c’est devenu le domaine privilégié de la psychanalyse lacanienne surtout depuis que Lacan a modélisé le “discours de l’Analyste” qui formalise en fait cette relation sexuée :
a -> $
S2...S1

 


 La clinique fonctionnelle du psychisme


 

La formalisation lacanienne des quatre discours marque une date certaine dans la compréhension du psychisme humain inconscient et de son fonctionnement en articulant les éléments constitutifs des “discours” dans une permutation au quart de tour par une logique tétravalente, même si Lacan ne possédait pas la formalisation mathématique de cette logique. Cette formalisation se prouve par la clinique, c’est à dire par les dérèglements que l’on peut en déduire. Ce fonctionnement peut, en effet, défaillir et des perturbations survenir à la suite d’un déséquilibre initial, par défaut de “refoulement primaire” créant des désordres développementaux ; ceux-ci se trouveront exacerbés ensuite par un développement de la personne peu harmonique, dans un refoulement “secondaire” qui s’accompagne de la construction de moyens de défenses psychiques divers contre la menace du symptôme ; il pourra se décompenser finalement, les symptômes s’établissant alors durablement.

Une clinique psychique va pouvoir ainsi apparaître quand les éléments négligés ou refoulés du psychisme resurgiront intempestivement dans des SYMPTOMES. Ces derniers forceront le psychisme conscient et préconscient quand le fonctionnement oscillatoire inconscient du psychisme d’ensemble viendra réactiver un élément refoulé par sa force d’inertie en quelque sorte, en le faisant marcher de force par l’entraînement du mouvement d’ensemble. Mais cette réactivation va se produire aussi parce que, souvent, un élément de la vie actuelle, vient en faciliter le retour, va servir de précipitant. Les causes d’un symptôme seront toujours multiples, de fond et de circonstance, et les différents facteurs de déclenchement resteront à apprécier au coup par coup. Causes internes ou externes s’ajouteront inextricablement pour provoquer un déblocage fonctionnel imprévu et incontrôlé donnant naissance à un symptôme psychique douloureux. Il est généralement impossible de vraiment discerner ce qui serait déséquilibre latent de ce serait réactionnel sauf situation très particulière, flagrante. L’aboutissement est le même : une entrave au libre désir psychique, une atteinte de la jouissance du fonctionnement vibratoire de celui-ci et, in fine, un empêchement du choix à faire et du libre arbitre. Le mot “aliénation” est juste pour qualifier l’ensemble de ces perturbations.

 


 La valence des éléments d'oscillation


 

Nous avons été amené à compléter cette formalisation oscillatoire du psychisme afin de faire comprendre comment le tiers va être inclus dans le système même sans avoir besoin d’utiliser un référentiel extérieur paradigmatique. Pour cela, il nous faut donner une VALENCE aux éléments de l’oscillation, valence attribuée à la réverbération en jeu, entre ce qui vient de l’externe et ce qui vient de l’interne.

Ternaire et dualité vont pouvoir qualifier les éléments externes ou internes, ce qui doublera les possibilités d’oscillation à ce niveau. Dans la valence ternaire, l’activation ou l’inhibition de liage dépendra de trois composantes ; tandis que dans la dualité, ils ne seront que deux.

Un appel au ternaire devient ainsi possible par l’attribution de cette valence ternaire dans le fonctionnement même du psychisme pris dans sa globalité, dans le jeu même des oscillations psychiques. Cette fonction ternaire peut venir d’éléments tirés aussi bien de l’extérieur que des ressentis :

  • de l’extérieur, on aura tout ce qui sera potentiellement organisé et pourra donc, à travers le filtre de l’Inconscient et la transduction que cela réalise, articuler les signifiants selon une règle de fonctionnement, en vue d’une action organisée ;
  • de l’intérieur on aura, de même, tout ce qui y est potentiellement pré-structuré et pourra, à travers le filtre de l’Inconscient et la transduction réalisée constituer un réflexif structuré, en vue de constituer la pensée.

Action organisée et Pensée structurée, de valence ternaire, appartiennent au “Conscient”, notre réalité habituelle. Remarquons que l’attribution de la valence ternaire dépend de la présence en pré-filtrage d’une potentialité d’organisation. Cela n’est pas sans incidence en clinique ni en recherche.

Un appel au duel devient aussi possible dans le psychisme par l’incorporation dans ce corps psychique d’éléments d’origine externe ou interne. Tout ce qui sera non structuré dans l’externe et tout ce qui apparaîtra non organisé dans l’interne mais qui sera co-existant spontanément, va pouvoir ainsi s’incorporer et être la source d’une action vers l’extérieur cachée et spontanée, non structurée ainsi que vers l’intérieur, par la constitution d’un échappement interne : l’affect.

Action spontanée et affect, de valence duelle, appartiennent au “Préconscient” que nous appellerions aujourd’hui le conscient du virtuel (par opposition au déclaré, à l’officiel, au concret organisé). Et, de même, des éléments contigus sans organisation potentielle doivent préexister au filtrage de façon à ce qu’une dualité puisse leur être attribuée comme valence.

 


 Préconscient et conscient


 

Notons que ce sont les mêmes signifiants qui sont utilisés pour ce qui est récupéré de l’extérieur et pour ce qui est récupéré de l’intérieur comme modalités psychiques de ce réel vécu. Toutefois, une “mémoire” de cette extraction fonctionne, qui permet à la conscience d’émerger de deux façons :

  • la conscience des extraits ternaire vient réaliser le monde de la pensée cognitive concrète, du langage, des idéalisations et des actions officielles et affirmées , c’est le Conscient de Freud ;
  • la conscience des extraits duels vient réaliser le monde des émotions, rêves, fantasmes, mythes, abstractions et actions spontanées, secrètes et cachées... , c’est le Préconscient de Freud.

Il ne faut surtout pas comprendre cette différence de façon psychologique comme une différence de degré hiérarchique : en bas l’Inconscient, en haut le Conscient et au milieu le Préconscient. Les termes choisis par Freud ne sont donc pas terribles, surtout pour le Préconscient qui est le conscient de la virtualité et non une virtualité de conscience. Le Préconscient et le Conscient sont, en fait, des parties actualisées de l’Inconscient marqués par leur valence, ternaire ou duelle.

En plus, l’Inconscient, c’est à dire la machinerie articulatoire globale des signifiants constituant le psychisme par le biais de ce filtrage et de ces attributions de valence, peut devenir conscient dans son ensemble puisque c’est le but du travail de la psychanalyse. La conscience, c’est simplement un rappel de mémoire, mais ce n’est pas le rappel des éléments extérieurs ou intérieurs en eux-mêmes. Ce n’est pas la mémoire des “signifiants” , ceux-ci étant toujours actuels, dans le présent même du vécu. C’est la mémoire de la manière d’articuler ce qui vient de l’extérieur et ce qui vient des ressentis ; c’est ce qui crée les signifiants de par leurs articulations et leurs oppositions oscillatoires.

La mémoire et ses capacités de rappel a donc un rôle considérable. Il ne faut pas mettre la mémoire hors de sa fonctionnalité vis à vis du vécu en temps réel, dans le Conscient et le Préconscient, dans la réalité et la virtualité en même temps, sous peine de ne pas comprendre sa fonctionnalité principale de transduction inconsciente. C’est une mémoire logique et c’est la mémoire de la logique tétravalente, à mon sens découlant de la structure tétravalente même de la mémoire, ce qui permettrait d’expliquer les attributions de valence que nous verrons plus loin (mais les progrès scientifiques à ce niveau nous permettrons sûrement d’y voir plus clair par la suite). Cette mémoire n’est pas non plus à limiter à la mémoire neuronale au sens strict puisqu’une partie de ce psychisme se déroule, comme nous le voyons, entre différentes personnes, à deux fusionnés dans la dyade mère-enfant ou à deux “objectivés” dans la relation d’objet sexuelle, voire en foule dans le social ; s’il n’y a pas vraiment d’inconscient collectif au sens propre, on peut penser à la mémoire contenue dans le langage par exemple, qui n’est pas limitée à la mémoire neuronale. Elle n’est donc pas une mémoire strictement individuelle, bien qu’une de ses parties soit individuelle, dans des mécanisme cellulaires cérébraux encore inconnus.

Ce problème de mémoire nous amène à penser tout à fait différemment le psychisme, comme un mécanisme mnésique global d’un jeu oscillatoire d’éléments logiques où une personne se trouve participer à l’intérieur de tous ses différents types de relation qui se déroulent en temps réel, dans le présent de la personne . Parler du psychisme global est à ce prix, de perdre les champs locaux si commodes à partir desquels se sont élaborés les différents modèles actuels du psychisme. Cela revient à perdre les différents types d’inconscients envisageables, au profit d’un seul champ de signifiants dont les articulations différentes inconscientes rendent compte des différents registres et réductions possibles. Il y a un seul Inconscient qu’on approche de façon réductionniste sous des dehors individuels en neuropsychologie, ou de façon collective dans les organisations sociales en ethno-sociologie, ou dans la dyade mère-enfant pour les théoriciens de l’empreinte au sens éthologique ou dans la relation sexuelle pour certains psychanalystes.

En résumé, mettre à jour l’inconscient, en échappant au piège du paradigme, c’est avoir conscience des articulations signifiantes et de la nature de ces articulations de façon globale, même si l’on ne va pas jusqu’à formaliser ces articulations mathématiquement. Cela met en jeu la levée d’une fonctionnalité inconsciente et non la levée des signifiants en eux-mêmes qui sont toujours actuels dans le présent de la vie de chacun. Voilà une nouvelle façon de traduire la fameuse phrase de Freud : « Wo Es war, soll Ich werden ».

 

 


 Description de la fonctionnalité psychique tétravalente


 

L’oscillation psychique sera ainsi à son fonctionnement optimal, à sa jouissance maximale, quand elle se déroulera dans un contraste maximal ; et deux cas de figure sont possibles :

  • soit le déliage d’action est de valence ternaire et le liage inhibiteur est duel
  • soit le le déliage d’action est de valence duelle et le liage inhibiteur est ternaire.

Cela double chacun des 2 pôles de réverbération que nous avons vu précédemment pour leur permettre un fonctionnement tétravalent avec comme oscillations remarquables :

  • déliage “externe” duel / liage “interne” ternaire : c’est à dire de l’”externe” duel vers l’”interne” ternaire
  • déliage “externe” ternaire/ liage “interne” duel : de l’”externe” ternaire vers l’”interne” duel
  • déliage “interne” duel / liage “externe” ternaire : de l’”interne” duel vers l’”externe” ternaire
  • déliage “interne” ternaire / liage “externe” duel : de l’”interne” ternaire vers l’”externe” duel

 

 

Cette fois-ci, “externe” et “interne” sont mis entre guillemets puisqu’il s’agit des éléments récupérés de l’externe et de l’interne proprement dits pour être articulés en signifiants lors du refoulement primaire. Ce refoulement primaire, où les signifiants non incorporés psychiquement restent dans l’informatif totipotent, se produit toujours dans le présent de la personne ; ce n’est pas qu’un refoulement d’éléments passés ; cela permet à la personne d’être à la fois dans le contact avec l’externe et l’interne tout en n’utilisant que certains éléments de ces externe et interne pour les détourner, les articuler en signifiants. Si on ne comprend pas cela, on ne comprend pas la puissance de traitement du fonctionnement psychique, la capacité transductionnelle de cette interface qu’est l’Inconscient.

Ce qui sera activé dans l’action, ce sera des signifiants d’action ; ne sera agie que l’action sur certains éléments extérieurs ou internes qui auront perdus leur totipotence. De même pour la réaction.

 

 

L’oscillation entre “extérieur” ternaire et “intérieur” duel sera celle de la “pulsion orale” avec une appropriation tournée vers l’extérieur ( de valence ternaire car réglée, suivant une règle ) et une inhibition interne, celle de l’affect dont la base est la stupeur et la sidération comme échappement ( duelle car non-réglée, spontanée ).

 

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L’oralité

 

 

L’oscillation entre extérieur duel et intérieur ternaire sera celle de la pulsion “anale” avec rejet vers l’extérieur ( duel car non réglé, spontané, caché) et rétention interne réflexive ( ternaire car réglée ), la cogitation réflexive sous ses différents aspects.

 

L'analité

 


 La clinique de cette fonctionnalité tétravalente


 

Les répercussions immédiates en clinique se produiront selon qu’un élément ou un autre de l’oscillation sera exagéré ou refoulé.

Dans la psychose, ce sont les éléments duels qui sont privilégiés, exagérés, surinvestis. Ceux qui normalement “incarnent” psychiquement le ternaire, sont déclarés exclus, forclos c’est à dire non-fonctionnels. C’est comme si le trauma était généralisé, l’inarticulable externe ou interne prenant le dessus irrémédiablement et qu’on ne pouvait revenir là-dessus. Il n’y aurait plus moyen pour le psychotique d’admettre une organisation externe ou interne potentielle et récupérable. L’ordre n’y peut plus être que spontané, découlant directement du chaos et plus jamais d’une organisation récupérable. La coloration des symptômes de la psychose découlera directement de cette absence d’attribution de valence ternaire puisque ce sont les signifiants forclos qui y font retour. Il y a donc place à la fois pour des causes externes, traumatiques, développementales, et pour des causes internes (génétiques et épigénétiques).

Dans la névrose-perversion, c’est le contraire. Une exclusion de ce qui vient spontanément de l’interne ou de l’externe duel se fait au profit exclusif de ce qui vient de l’interne ou de l’externe ternaire structuré et organisé. Il n’y a plus de place pour le non-structuré, assimilé au sauvage et à l’inacceptable. Il n’y a pas la possibilité d’un ordre spontané issu du chaos. L’ordre découle forcément d’une pré-organisation récupérée. Les symptômes qui y surviendront signeront le retour calamiteux du refoulé à ce niveau de valence duelle impossible. Il y a, de même, place à la fois pour des causes externes, traumatiques, développementales, et pour des causes internes (génétiques et épigénétiques).

Le psychotique s’identifie trop au Préconscient, le névrosé ou le pervers trop au Conscient. Dans les deux cas, il y a échec partiel de la transduction, du passage du message par le système des signifiants proprement dits. Toutes les causes possibles de cet échec de la transduction seront donc des causes possibles des troubles psychiques.

 

 

Cette façon de formuler les choses rend inutile la formalisation de plusieurs catégories de signifiants comme certains ont été tentés de le faire. Nous obtenons en clinique, en détaillant ces blocages :

1 ) Dans le premier type d’oscillation, nous avons vu que le déliage d’action est ternaire et le liage inhibiteur est duel :

  • si c’est l’action ternaire qui est exagérée de fond comme moyen de défense et si c’est le liage duel qui va pouvoir surgir malencontreusement dans le symptôme comme inacceptable (l’affect) nous aurons la clinique de la PERVERSION
  • dans le cas contraire, si c’est la réaction duelle de liage qui est de fond comme moyen de défense et que le symptôme surgit comme émergence soudaine et désastreuse de l’activation ternaire (comme réel totipotent dominateur), nous aurons la clinique de la PSYCHOSE AFFECTIVE
    .

2 ) Dans le deuxième cas d’oscillation, nous avons vu que le déliage d’action est duel et que le liage inhibiteur est ternaire :

  • si la réaction ternaire ligaturante, inhibitrice, est de fond comme moyen de défense et que le symptôme ressort comme action duelle incongrue (dans une action cachée odieuse à la personne), nous aurons la clinique de la NEVROSE
  • si c’est, au contraire, l’action duelle qui est de fond comme moyen de défense et que c’est la réaction ternaire inhibitrice qui se constitue comme symptôme calamiteux (comme dissociation forcée de la structure de pensée unitaire), nous aurons la clinique de la PSYCHOSE DISSOCIATIVE.

Quatre grands tableaux cliniques articulés logiquement résumeront l’ensemble des troubles psychiques. Les termes de “perversion”, “psychose affective”, “névrose”, “psychose dissociative”, sont à ne pas détacher ici du modèle global du psychisme utilisé. Ce sont des termes anciens mais renouvelés et justifiés par cette utilisation et que j’utilise par compromis.

Nous venons de construire un modèle unitaire du fonctionnement psychique, qui n’est pas un paradigme car il ne vient pas coiffer de façon supérieure les modèles locaux mais qui les articule. Nous en voyons la fonctionnalité entre des pôles d’oppositions en équilibre dialectique tétravalent quand tout se passe bien. Sinon, nous allons de blocages ( avec surinvestissement d’un pôle de réverbération comme “moyen de défense”) en déblocages calamiteux ( par l’apparition du symptôme dans le pôle opposé ) dans la clinique des atteintes fonctionnelles de ce psychisme oscillant. Cette clinique logique a l’avantage d’être prédictive car, dans un cas de blocage particulier, on pourra prédire préférentiellement quel genre de symptôme pourra survenir. Cela suffit à la rendre plus scientifique que toutes les cliniques à base de statistiques que l’on veut imposer actuellement.

 


 L'ongle de l'éléphant


 

Nous pouvons maintenant retourner à l’ongle de l’éléphant pour comprendre les grandes réductions où sont généralement abordés le fonctionnement du psychisme et ses dérèglements fonctionnels.

Cet ongle de l’éléphant montre le professionnel essayant de se passer de l’inconscient tel que nous l’avons décrit et qui permet, seul, un fonctionnement unitaire, trans-niveaux, du psychisme, pour revenir aux champs localisés de réverbération par une réduction ad hoc et donc à un externe ou à un interne brut, sans ce traitement particulier de l’inconscient humain. Chacun va définir un inconscient partiel justifiant sa réduction.

 

 

Ces réductions scientifiques seront celles de chaque domaine de réverbération définissant de grands modèles où fonctionne le psychisme dans :

  • les relations d’attachement,
  • les relations narcissiques,
  • les relations sociales,
  • les relations sexuées.

Cela nous déterminera quatre types de réductions importantes avec la possibilité de regroupements où l’on observe des tentatives d’extension d’un champ d’étude aux champs connexes. On observe par là des alliances tactiques de partisans de champs différents aux fins d’hégémonie idéologique. Nous verrons en même temps la place singulière de la psychanalyse par ses différents courants et écoles.

 

1 ) La réduction aux relations d’attachement et aux capacités d’appariement (discours du Maître lacanien) :

 

C’est le domaine de l’éthologie animale appliquée à l’homme dont le développement le plus moderne est la relation d’aide et le coaching. C’est aussi le domaine de l’hypnose et de tout ce qui s’y rattache : relaxations, attouchements, magnétismes et initiations traditionnelles... La psychanalyse, quand elle s’occupe principalement du maniement des relations transférentielles, est à considérer aussi dans cette réduction.

 

2 ) La réduction aux relations au corps propre et aux capacités d’autonomie (discours de l’Hystérique de Lacan) :

 

Le domaine du conditionnement et de l’éducation remplit cette réduction, y compris l’éducation philosophique. Le cognitivo-comportementalisme en est la synthèse théorique. Depuis Pavlov et Skinner, il s’agit de faire que le patient, par un auto-dressage et une auto-inhibition, devienne son propre thérapeute autonome et apprenne à se corriger lui-même. La psychanalyse, quand elle est tournée principalement vers le “renforcement du moi” ou vers l’introspection et le ressenti émotionnel à contrôler, est à mettre dans cette réduction.

 

3 ) La réduction aux relations sociales (discours de l’Université selon l’élaboration lacanienne) :

 

Ramener les désordres psychiques à des désordres anthropologiques et organisationnels va être la pente des partisans de cette réduction : thérapies familiales, systémiques, psychothérapies institutionnelles, mise en institutions médico-sociales, rééducatives ou laborieuses, punitions carcérales et amendes pécuniaires, croyance à l’efficacité de la parole et aux maniements symboliques divers aux lointaines racines shamaniques. La notion de santé mentale et de handicap mental, en pleine émergence, est à mettre dans cette conception où il s’agit de considérer les troubles psychiques comme des handicaps sociaux que la société doit prévenir, prendre en charge et indemniser autant que possible par la meilleure socialisation envisageable. Tout ramener au social et déjà aux relations familiales va être aussi une réduction que certains psychanalystes privilégient à partir de la notion de complexe d’Oedipe.

 

4 ) La réduction aux relations sexuées (discours de l’Analyste selon Lacan) :

 

La sexologie comme science biologique des bonnes “relations sexuelles” instinctuelles, la psychanalyse comme science du “désir” et des pulsions qui font défaillir le “sujet barré”, occupent le terrain de cette réduction en ramenant tout à la sexualité et à son emprise sur les individus, y compris dans le fonctionnement des éléments constitutifs de l’inconscient psychique. L’individu n’est alors qu’un élément d’un mécanisme biologique de reproduction et de transmission d’information sexuelle et le psychisme est considéré comme l’aboutissement, comme la généralisation de ce mécanisme, y compris dans les questions de la transmission et de la reproduction des psychanalystes.

 


 Existence de super-modèles


 

Signalons l’importance de deux super-modèles, les partisans de chaque modèle cherchant des alliés pour faire pièce aux prétentions des collègues des autres réductions et établir un paradigme :

 

1) Le premier, c’est celui qui conjoint relations d’attachement et transférentielles aux relations sexuées ; il connaît un regain de vigueur par les développement de l’éthologie. On peut l’appeler le super-modèle éthologico-psychanalytique sur lequel s’appuient nombre de sexologues et de psychiatres (en France).

 

2) En face, nous avons le rapprochement des partisans du cognitivo-comportementalisme narcissique d’avec les partisans du social dans une alliance objective ayant pour but de remporter définitivement la partie face aux précédents. Cette alliance de mesures institutionnelles et d’injonctions comportementales à acquérir est à la base de la notion actuelle de santé mentale ; elle se retrouve bien investie en psychologie et chez les administratifs de la santé.

 

Mais remarquons que l’on peut trouver des professionnels du psychique de toute origine dans l’investissement préférentiel d’une réduction ou d’une autre.

 


 Conclusion


 

En conclusion, la psychanalyse aurait pu, par ses diverses déclinaisons, réaliser ce champ unitaire du fonctionnement psychique articulant logiquement les différentes réductions scientifiques et nous payons son échec à ce niveau. Il y manquait la base logique tétravalente qui aurait pu lui permettre cela, même si Lacan a tourné autour dans ses recherches sur les quatre discours et les noeuds borroméens à quatre brins. Sans doute, une nouvelle refonte de la psychanalyse est-elle devenue nécessaire pour lui assurer cette évolution. Il s’agit de lui permettre d’assumer cette place non pas de “métapsychologie” verticale, mais de théorie unificatrice du psychisme collant à la réalité globale du fonctionnement psychique de façon horizontale. Et le praticien devra se frotter à la logique et aux logiques différentes s’il veut pouvoir assurer cette évolution.

Ajoutons que la création d’une I.A. fonctionnant (même de façon embryonnaire) à la façon du psychisme humain permettrait, par un mode expérimental, d’avancer dans ce problème. Pour le moment, les bases mathématiques de la logique tétravalente étant posées [3], il reste à finaliser la formalisation d’un logiciel et à réaliser une simulation de ce fonctionnement.

 

 


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[1Chez Aristote, il y a rejet du terme logique « médiant », c’est à dire du vrai ET faux, et aussi rejet du terme « tiers », le NI vrai NI faux. Mais c’est au prix de placer la règle permettant de trancher les interprétations de la réalité dans un au-delà inaccessible, ce qu’a bien fait remarquer Kurt Goedel. L’intelligence supérieure selon Aristote, qui saurait décider le « vrai » du « faux », est au cœur de l’illusion que veut instaurer toute tyrannie.

[3Pour aborder les bases de la logique tétravalente, voir l’article : « Le modèle oscillatoire de la réalité psychique : un modèle trans-niveaux »

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