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Document clinique : Roland ou le fantasme masturbatoire et esclavagiste

D 2 décembre 2004     H 10:35     A Donatien Alphonse François de Sade     C 0 messages


Le Marquis Donatien Alphonse François de Sade publia « Justine, ou Les malheurs de la vertu » en 1791 . Après avoir été incarcéré à la Bastille de 1784 à 1789, il est transféré à Charenton d’où il est libéré en 1790 . Il milite alors à la section parisienne des Piques dont il deviendra le président en 1793 .

L’histoire de Roland et de Thérèse se trouve racontée aux pages 336 à 340 de « Justine, ou Les malheurs de la vertu » .

> Ce document est une illustration de l’article : Symptôme d’amour raté et fantasme défensif


 
Les choses étaient dans cet état lorsque Roland vint me chercher pour descendre une troisième fois dans le caveau.

Je frémis en me rappelant les menaces qu’ il m’ avait faites la dernière fois que nous y étions allés.

  • rassure-toi, me dit-il, tu n’ as rien à craindre, il
    s’ agit de quelque chose qui ne concerne que moi... une
    volupté singulière dont je veux jouir et qui ne te
    fera courir nuls risques.

Je le suis. Dès que toutes les portes sont fermées :

  • Thérèse, me dit Roland, il n’ y a que toi dans la
    maison, à qui j’ ose me confier pour ce dont il s’ agit ;
    il me fallait une très honnête femme... je n’ ai vu que
    toi, je l’ avoue, je te préfère même à ma soeur...

Pleine de surprise, je le conjure de s’ expliquer.

  • écoute-moi, me dit-il ; ma fortune est faite, mais
    quelques faveurs que j’ aie reçues du sort, il peut
    m’ abandonner d’ un instant à l’ autre ; je puis être guetté, je puis être saisi dans le transport que
    je vais faire de mes richesses, et si ce malheur
    m’ arrive, ce qui m’ attend, Thérèse, c’ est la corde ;
    c’ est le même plaisir que je me plais à faire goûter
    aux femmes, qui me servira de punition ; je suis
    convaincu, autant qu’ il est possible de l’ être, que
    cette mort est infiniment plus douce qu’ elle n’ est
    cruelle ; mais comme les femmes à qui j’ en ai fait
    éprouver les premières angoisses n’ ont jamais voulu
    être vraies avec moi, c’ est sur mon propre individu
    que j’ en veux connaître la sensation. Je veux savoir
    par mon expérience même, s’ il n’ est pas très certain
    que cette compression détermine dans celui qui
    l’ éprouve le nerf érecteur de l’ éjaculation ; une fois
    persuadé que cette mort n’ est qu’ un jeu, je la
    braverai bien plus courageusement, car ce n’ est pas la
    cessation de mon existence qui m’ effraie : mes
    principes sont faits pour cela, et bien persuadé que la
    matière ne peut jamais redevenir que matière, je ne
    crains pas plus l’ enfer que je n’ attends le paradis ;
    mais j’ appréhende les tourments d’ une mort cruelle ;
    je ne voudrais pas souffrir en mourant : essayons donc.
    Tu me feras tout ce que je t’ ai fait ; je vais me
    mettre nu ; je monterai sur le tabouret, tu lieras la
    corde, je m’ exciterai un moment, puis dès que tu
    verras les choses prendre une sorte de consistance, tu
    retireras le tabouret, et je resterai pendu ; tu m’ y
    laisseras jusqu’ à ce que tu voies ou l’ émission de ma
    semence ou des symptômes de douleur ; dans ce second
    cas, tu me détacheras sur-le-champ ; dans l’ autre, tu
    laisseras agir la nature, et tu ne me détacheras
    qu’ après. Tu le vois, Thérèse, je vais mettre ma vie dans tes mains, ta liberté, ta fortune,
    tel sera le prix de ta bonne conduite.
  • ah ! Monsieur, répondis-je, il y a de l’ extravagance
    à cette proposition.
  • non, Thérèse, je l’ exige, répondit-il en se
    déshabillant, mais conduis-toi bien ; vois quelle
    preuve je te donne de ma confiance et de mon estime !

A quoi m’ eût-il servi de balancer ? N’ était-il pas
maître de moi ? D’ ailleurs il me paraissait que le mal
que j’ allais faire serait aussitôt réparé par
l’ extrême soin que je prendrais pour lui conserver la
vie : j’ en allais être maîtresse, de cette vie, mais
quelles que pussent être ses intentions vis-à-vis de
moi, ce ne serait assurément que pour la lui rendre.

Nous nous disposons : Roland s’ échauffe par
quelques-unes de ses caresses ordinaires ; il monte
sur le tabouret, je l’ accroche ; il veut que je
l’ invective pendant ce temps-là, que je lui reproche
toutes les horreurs de sa vie, je le fais ; bientôt
son dard menace le ciel, lui-même me fait signe de
retirer le tabouret, j’ obéis ; le croirez-vous,
madame, rien de si vrai que ce qu’ avait cru Roland :
ce ne furent que des symptômes de plaisir qui se
peignirent sur son visage, et presque au même instant
des jets rapides de semence s’ élancèrent à la voûte.
Quand tout est répandu, sans que j’ aie aidé en quoi
que ce pût être, je vole le dégager, il tombe évanoui
mais à force de soins je lui ai bientôt fait reprendre
ses sens.

  • oh ! Thérèse, me dit-il en rouvrant les yeux, on ne
    se figure point ces sensations ; elles sont au-dessus
    de tout ce qu’ on peut dire : qu’ on fasse maintenant de moi ce que l’ on voudra, je brave le glaive de Thémis.
  • tu vas me trouver encore bien coupable envers la
    reconnaissance, Thérèse, me dit Roland en m’ attachant
    les mains derrière le dos, mais que veux-tu, ma chère,
    on ne se corrige point à mon âge... chère créature,
    tu viens de me rendre la vie, et je n’ ai jamais si
    fortement conspiré contre la tienne ; tu as plaint le
    sort de Suzanne, eh bien ! Je vais te réunir à elle ;
    je vais te plonger vive dans le caveau où elle expira.

Je ne vous peindrai point mon état, madame, vous le
concevez ; j’ ai beau pleurer, beau gémir, on ne
m’ écoute plus. Roland ouvre le caveau fatal, il y
descend une lampe afin que j’ en puisse encore mieux
discerner la multitude de cadavres dont il est rempli,
il passe ensuite une corde sous mes bras, liés, comme
je vous l’ ai dit, derrière mon dos, et par le moyen de
cette corde, il me descend à vingt pieds du fond de ce
caveau et à environ trente de celui où il était : je
souffrais horriblement dans cette position, il
semblait que l’ on m’ arrachât les bras. De quelle
frayeur ne devais-je pas être saisie, et quelle
perspective s’ offrait à moi ! Des monceaux de corps
morts au milieu desquels j’ allais finir mes jours et
dont l’ odeur m’ infectait déjà. Roland arrête la corde
à un bâton fixé en travers du trou, puis armé d’ un
couteau, je l’ entends qui s’ excite.

  • allons, Thérèse, me dit-il, recommande ton âme à
    Dieu, l’ instant de mon délire sera celui où je te
    jetterai dans ce sépulcre, où je te plongerai dans
    l’ éternel abîme qui t’ attend ; ah... ah... Thérèse,
    ah..
    et je sentis ma tête couverte des preuves de son
    extase sans qu’ il eût heureusement coupé la corde : il
    me retire.
  • eh bien ! Me dit-il, as-tu eu peur ?
  • ah, monsieur !
  • c’ est ainsi que tu mourras, Thérèse, sois-en sûre,
    et j’ étais bien aise de t’ y accoutumer.

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