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Articulation clinique : symptôme d’amour raté et fantasme défensif

D 10 septembre 2004     H 13:38     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Introduction


 

Dans la relation sexuée, la jouissance sexuelle se met en place par l’utilisation de pulsions de type « oral » ou de type « anal ». Dans ce dernier cas, celui de « l’analité », le psychisme s’équilibre par une oscillation jubilatoire entre un pôle de tension plaisante et un pôle de soulagement tout aussi plaisant :

  • d’une part, on aura la montée d’une tension interne ; il y a développement progressif d’une tension d’amour, voire apparition d’un soudain coup de foudre amoureux, où l’existence de l’autre provoque toute la mobilisation interne du sujet, dans une mise en scène typique d’adoration idéalisante ; cette tension se focalisera autour des orifices du corps, mobilisés dans cette relation ;
  • d’autre part, sera recherché par le « sujet » le soulagement de cette tension dans une production sexuelle (que le partenaire va supporter ou faciliter) ; elle se remarquera par l’émission d’un « objet » externe, libérant le sujet dans les diverses éjaculations et jaculations produites à cette occasion, y compris l’engendrement d’un enfant ; le sujet crée, alors, son objet sexuel adéquat.

 


 

La tension amoureuse peut manquer à surgir un certain temps, pour un sujet. Elle risque, alors, d’apparaître tout à coup dans un symptôme douloureux d’amour raté, tension irrésistible et douloureuse à la place du plaisir d’adoration amoureuse. Ce symptôme survient par un effet de retour du refoulé, à cause du mouvement de fond oscillatoire du psychisme, qui finit par bouleverser les blocages locaux et, aussi, de façon réactionnelle, par des causes actuelles diverses à apprécier au cas par cas.

Un mode de défense du sujet contre cette pénibilité du symptôme, ou le risque de son surgissement, peut se construire par la création d’un fantasme permettant une émission sexuelle, désamarrée de tout amour vrai. Ce fantasme nous montrera la tentative manipulatrice du sujet de rester absolument à l’abri de toute tension amoureuse possible et de la souffrance que cette tension lui amène. Ce n’est pas une manière perverse de fonctionner, mais c’est un artifice utile à un moyen de défense psychique.

Nous allons décrire brièvement ce symptôme d’amour raté et le moyen de défense fantasmatique correspondant. Ce tableau clinique est d’une grande fréquence, mais ses éléments sont rarement articulés correctement. Au pire, le fantasme est valorisé et proposé comme une « solution » sexologique, aggravant la tendance naturelle du sujet au déséquilibre psychique. Voir, à ce propos, les psychothérapies diverses où, faute de savoir reconnaître le symptôme, on va apprendre au sujet à « réaliser » ses fantasmes, c’est à dire à conforter son mode de défense !

 


 Le symptôme d'amour raté


 

Une tension amoureuse se développe inexplicablement pour un sujet qui ne se préoccupe pas habituellement de relations sexuées. Mais, au lieu du plaisir qu’il pourrait escompter, c’est une illusion d’amour sous forme de tension douloureuse et insupportable qui advient, c’est à dire un symptôme.

Quel genre de symptôme peut se décoder sous cet angle ? Cela peut être, tout d’abord, une tension amoureuse qui doit rester platonique ou secrète, purement réflexive et sans soulagement sexuel envisageable :

  • partenaire non permis socialement par les règles en vigueur d’appariement (d’un âge trop différent ou mineur ou mettant en jeu l’interdit de l’inceste) ;
  • partenaire très déconseillé ou interdit, par exemple personne inférieure ou supérieure hiérarchique, ou ennemi de classe, de clan, de nationalité ;
  • personne déjà mariée, ou devant rester vierge de par son statut social ;
  • personne du même sexe, ou d’une religion différente, dans une société intolérante ;
  • partenaire impuissant ou stérile...

Cela peut être, aussi, le choix irrésistible d’un partenaire nécessitant, pour un acte sexuel, des conditions fétichistes telles qu’il ne peut que bloquer le sujet ne supportant pas les conditions égoïstes qu’amène l’autre :

  • de saleté,
  • de violence,
  • d’exhibition,
  • de pornographie,
  • de partenaires multiples,
  • de nécessité d’alcool ou de drogues...

Cela peut aussi mettre en jeu pour le sujet « amoureux » :

  • un partenaire potentiel qui n’est pas du tout intéressé par lui,
  • un qui n’est pas consentant,
  • un qui reste indifférent,
  • un qui est même d’emblée rejetant (par exemple qui est du même sexe et qui n’a aucun penchant homosexuel, se moquant du sujet ou le haïssant),
  • ou le sujet trouvera un partenaire qui ne peut que lui produire une jalousie intense et de la haine,
  • ou cela sera une personne physiquement inatteignable, trop lointaine pour permettre une rencontre,
  • ou prisonnière,
  • ou en esclavage,
  • ou en quasi-esclavage (prostitution),
  • ou morte,
  • ou d’une nature spirituelle, avec qui le sujet va développer un amour sans faille et sans espoir (voir les tensions amoureuses insupportables des mystiques qui ne débouchent pas forcément vers un soulagement fantasmatique extatique).

 


 

Ce qui est remarquable, dans ce symptôme d’amour raté, c’est la tendance du sujet à répéter ses échecs amoureux de la même manière et à choisir ses partenaires dans une problématique souvent très voisine.

 


 Le moyen défensif par un soulagement fantasmatique


 

Face au risque de souffrance amené par le symptôme d’amour raté et ses impasses, certains sujets vont développer un moyen de défense qu’ils vont essayer de rendre radical, en leur permettant une production sexuelle facile, afin d’éviter à toute tension interne possible d’émerger et à toute possibilité d’idéalisation amoureuse de se créer.

 


Moyen de défense contre le symptôme d'amour raté

 

Ce moyen de défense, qui n’est pas pervers mais utilitaire, peut avoir différents aspects :

  • 1/ celui de l’imagination fantasmatique masturbatoire
  • 2/ celui de la mise en scène d’un jeu de rôle pseudo-relationnel,
  • 3/ ou, encore, la participation à un arrangement social esclavagiste.

 


 1/ Le fantasme masturbatoire comme moyen de défense


 

Dans le fantasme imaginatif, le sujet se représente une situation où, par une astuce quelconque, il nie la situation de blocage du symptôme d’amour raté, en la rendant imaginairement toujours possible par un rêve éveillé auto-dirigé. Il dirige lui-même sa rêverie vers une transgression, ou utilise du matériel pornographique adéquat pour se stimuler.

Cette mise en scène imaginaire, qui le valorise totalement tout en le gardant bien à l’abri, va l’aider à se soulager de façon masturbatoire répétée, puisque la seule limite est celle de sa fatigue corporelle. C’est la construction d’un auto-érotisme défensif, où le narcissisme est mis à contribution de la sexualité.

 


 

Bien sûr, toute masturbation accompagnée de fantasme n’est pas, forcément, de ce registre. C’est le côté systématique de la méthode, qui va en montrer la nature.

Ou alors, pendant l’acte sexuel, il va provoquer son éjaculation/jaculation en évoquant, plus ou moins secrètement, un fantasme, sous la forme d’une mise en scène de dégradation de l’autre, c’est à dire de désidéalisation maximale de l’autre, du genre : « Je loge une bonne chez moi et je vais la rejoindre par surprise, la nuit, dans son lit ». Mais il peut s’agir, tout aussi bien, d’une désidéalisation de soi par l’autre, du genre : « Etre attachée et sans défense, à la merci d’un homme ». Cette dégradation de l’autre va, par un jeu oscillatoire, provoquer l’émission forcée de l’objet sexuel. Les scénarios imaginés sont assez monotones et communs, et rejoignent ceux, mis en scène pour « jouer », du point suivant.

 


 2/ Mise en scène d'un jeu de rôle comme moyen de défense


 

Dans la mise en scène d’un jeu de rôle pseudo-relationnel, le sujet utilise carrément ses capacités de jeu enfantines où l’on « fait semblant » de vivre une relation sexuelle, pour créer une transgression fantasmatique des blocages amoureux, souvent fétichiste :

  • utilisation d’un partenaire intéressé ou crédule (par exemple un enfant, un handicapé mental),
  • achat des services de prostitué(es),
  • participation à un groupe de volontaires pour des scénettes érotiques ou échangistes,
  • utilisation d’animaux divers, de cadavres...

 


 


 3/ L'arrangement social esclavagiste comme moyen de défense


 

Une autre stratégie défensive peut être l’utilisation du social pour trouver un(e) partenaire censé(e) se soumettre sexuellement, toujours sans avoir besoin de tomber amoureux : le sujet deviendra un fervent supporter de coutumes diverses, où une partie de l’humanité est mise en esclavage sexuel, partie surtout féminine d’ailleurs, mais aussi enfantine. Il s’agit de restes de sociétés tribales, où l’on échange, enlève, achète les femmes en se servant du prétexte d’un mythe ad hoc, auquel on se plie avec ferveur et que l’on continue de soutenir envers tout, en organisant la lutte contre les droits de l’homme si besoin.

On a aussi la participation soutenue, ou la conversion enthousiaste, à des religions ou a des sectes qui donnent un statut inférieur et de soumission aux femmes ou aux enfants, quand ce n’est pas en justifiant la persistance de l’esclavage proprement dit, au nom de la soumission à un dieu ou à un maître.

Cela peut être, enfin, la participation, par des mariages arrangés, à des manières de faire aristocratiques ou de milieux d’affaire construisant des stratégies d’alliance de pouvoir ou de commerce, envers lesquelles les relations amoureuses ne sauraient déroger.

 


 

Le fantasme défensif est alors bien de croire à des relations sociales possibles contrôlant la sexualité, d’où aucune tension amoureuse réelle ne peut émerger.

Bien sûr, la réapparition d’une tension amoureuse, forcément calamiteuse pour le sujet participant à de tels moyens défensifs, nous montrera son effondrement psychique en voie de réalisation. Les drames littéraires sont remplis de descriptions de telles catastrophes, si on les lit avec l’outil clinique que nous venons de parcourir.

 


 

> Document clinique correspondant : Roland ou le fantasme masturbatoire et esclavagiste , extrait d’un texte du marquis de Sade

 

 


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