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De la transgression et du complot

D 25 septembre 2019     H 08:05     A Louÿs Jacques     C 0 messages


En voiture, quand quelqu’un passe tout de même au feu orange après une brève hésitation, il sait bien qu’il transgresse. Souvent, quelqu’un le suit et passe au rouge et même, parfois, deux conducteurs le font à la suite l’un de l’autre. C’est de la folie, car ce sont eux qui risquent l’accident voire la mort.

Plus il y a de transgresseurs dans la vie, plus il y a de fous qui ne peuvent s’empêcher de les suivre. Après, ces derniers peuvent inventer des explications saugrenues pour expliquer leurs accidents et leurs malheurs. Ils peuvent même inventer des complots extravagants pour s’en convaincre encore plus. Nous sommes dans des sociétés où il y a beaucoup de transgresseurs, il y a donc encore plus de complotistes fous. Une folie collective peut même devenir un mouvement social gravissime, comme on l’a si bien vu au Rwanda. C’est ça qui nous menace le plus actuellement, alors que les transgresseurs rendent la planète encore plus difficile à habiter. Les transgresseurs ont une responsabilité certaine vis à vis de leurs suiveurs. De toute façon, ils ne peuvent échapper longtemps aux conséquences des folies qu’ils suscitent ; il n’y a AUCUNE transgression qui se justifie, pour aucune « bonne cause ».

Un complotiste, qui répand des idées complotistes, est-il un transgresseur pervers cherchant à manipuler ? Quitte à susciter des groupes de réflexion et des groupes de prière pour tenter de contrôler la folie qu’il suscite ? Ce serait d’une naïveté confondante. Un transgresseur ne pourrait s’empêcher de se donner le beau rôle, en se mettant à la tête d’un complot ; un complotiste est donc plutôt, lui-même, un participant à une folie collective, qui nourrit cette folie à l’aide d’un raisonnement pseudo-rationnel.

C’est très important de se rendre compte que ce que l’on croit si bénin, une petite transgression, n’est pas si minime que ça. Les transgresseurs pervers inventent des histoires en trichant avec la réalité, généralement dans un but de manipulation de l’autre et des autres ; ils font des montages entrelaçant des faits réels avec des mensonges et des interprétations biaisées. Ils jouent avec l’esprit critique dans un but pervers de manipulation ; les fous perdent l’esprit critique qui leur permettrait de garder des distances avec les manipulations perverses et, surtout, de les comprendre. Un délire reprend souvent des éléments épars de transgressions diverses de la réalité, pour en faire un récit pseudo-rationnel. Mais, il garde toujours des traces de rapiéçage plus ou moins apparentes. Parfois le rapiéçage n’est pas vraiment caché, donnant un délire qui peut être assez « décousu ».

Ce qui prépare à perdre son sens critique :
- l’isolement (se limiter à un seul son de cloche)
- l’émotivité (la fermeture sur soi)
Mais cela ne suffit pas pour devenir fou.

La folie naît de l’affolement de perdre pied dans la mouvance du réel et de se rattacher à une transgression, comme un noyé se cramponnerait à n’importe quel débris semblant flotter. Le problème est de se demander pourquoi une transgression perverse peut faire office de débris flottant, pour une personne débordée par la mouvance du réel et ne soutenant plus la construction de sa réalité.

Si à un carrefour, je passe au feu orange, je transgresse sans prendre beaucoup de risque, mais j’ouvre une tentation pour celui qui me suis. Si ce dernier passe au rouge, s’il ne peut s’empêcher de succomber à la tentation, il prend un risque inconsidéré. Quand on ne peut plus utiliser le feu vert de la réalité, ce qui en surnage de plus près, c’est le feu orange ; la transgression de passer à l’orange peut tenir lieue d’un débris de survie, avec lequel on va construire un radeau de survie fait de débris divers : c’est le délire.

A l’origine des transgressions et de leurs queues de psychoses, il y a toujours la croyance que la réalité n’existe pas vraiment, qu’elle est une histoire qu’on se raconte, que le psychisme peut raconter des histoires sans problème. Beaucoup de réclamations politiques actuelles dérivent de la volonté de transgresser librement avec la réalité, sans avoir de conséquences violentes à payer ou de conséquences malheureuses sur la conscience. Le transgresseur ne veut généralement rien savoir de la folie qu’il suscite.

Forcer l’intime de l’autre est une transgression fréquente, source de violences déchaînées (crimes, viols, exploitations de l’autre, esclavagismes, phallocraties, totalitarismes). La folie de l’intime est toujours à notre porte. Le transgresseur aime aussi souvent empêcher l’autre de dévoiler son intimité pour mieux garder son emprise sur lui : imposer le voile islamiste, manifester contre la PMA pour toutes, pour mieux entraver l’homosexualité de l’autre.

Le transgresseur ne répond jamais directement et franchement aux questions posées ; il ne peut s’empêcher de vous embrouiller, sous prétexte de ne pas être trop sommaire. Par exemple : personne ne comprend plus comment fonctionne la finance mondiale actuellement ; mais les expliquants sont nombreux à ce sujet et nous montrent l’idéologie qui les anime et les fait distordre la réalité.

Selon le registre utilisé, la folie prend plusieurs aspects.

Le premier est la confusion, par atteinte de l’oscillation neurologique, entre corrélation et échappement. L’échappement prend le dessus, entravant les discriminations des éléments de la réalité et leurs corrélations. La confusion se rencontre dans les atteintes des apprentissages, les tumeurs cérébrales, les perturbations de l’homéostasie corporelle, les phases stuporeuses ou expansives des troubles de l’humeur, les chocs émotionnels...etc. Le confus apparaît hébété, car il subit le ralentissement, voire le blocage, du triangle de la conjonction (en rouge) et la disparition concomitante du triangle de la disjonction et de ses capacités discriminantes en ¬S.

Dans l’autisme neurologique, il y a aussi un largage du pôle ¬S de la discrimination, mais c’est par l’augmentation de la lecture du triangle de la conjonction vers le pôle de la corrélation, qui, du coup, corrèle à vide. Pour l’autiste, tout est vide en général, mais ce n’est pas la vacuité de l’échappement. Il n’y a simplement pas de détail auquel se raccrocher.

Quand le pôle ¬S refait surface comme symptôme, forcé par l’effet de la mouvance oscillante d’ensemble, la personne devient obnubilée par les détails isolés et perd toute vue d’ensemble. On parle alors de dissociation. Le détail isolé va faire office de débris flottant, pour une personne débordée par la mouvance du réel et ne soutenant plus la construction de sa réalité. C’est ce à quoi va pouvoir servir l’élucubration du transgresseur, pour le malheur du dissocié. Associer de tels détails pour se bricoler un radeau de survie, plus ou moins rationnel, ne va pas permettre de se recréer une vue d’ensemble correcte de la réalité. Développer un délire n’est PAS guérir. Essayer d’arranger son symptôme sous forme d’un délire complotiste ne va jamais pouvoir permettre de reprendre pied dans la globalité mouvante de la réalité. C’est s’en éloigner encore plus.

Mettre une pomme en train de se gâter dans un bel emballage ne va jamais la guérir, mais vouloir le croire, c’est délirer. Perfectionner l’emballage est peine encore plus perdue. Adhérer à un délire complotiste comme super-emballage est vraiment se perdre complètement.

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