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Le caractère coupable

D 7 août 2017     H 15:03     A Louÿs Jacques     C 0 messages


Des personnes se sentent coupables. De quoi ? Elles ne peuvent le dire. C’est un trait de fond de leur caractère. Si elles s’efforcent de l’oublier, ce sentiment finit toujours par reprendre le dessus. Nous allons l’étudier comme un des aspects exagéré de la fonctionnalité du narcissisme. Ce narcissisme est très utile à chacun pour élaborer autonomie et individualité, mais une de ses composantes peut être trop marquée, trop captante et amener des déboires ultérieurs à la personne par des symptômes.

 Le caractère culpabilisant

Je rappelle que, dans les différents types de relations définissant le psychisme, nous avons le narcissisme, où se construit les relations d’une personne avec son corps, en haut à droite du schéma des quatre types de relation :

J’ai ré-écrit les propositions logiques utilisant quatre pôles fonctionnels (tétravalence),- au lieu des deux habituels (ceux de la bivalence « aristotélicienne »), dans l’article : Nouvelle écriture de la logique tétravalente. C’est pour mieux dégager la place et la fonction du quatrième pôle, celui qui échappe aux réductions du réel que représentent les trois autres. Cette place est celle de l’échappement à l’écriture des trois autres :

J’applique ce schéma logique aux relations de la personne avec son corps. Dans les relations narcissiques du psychisme, l’échappement est le siège d’un sentiment bien particulier, celui de la culpabilité. La culpabilité sert à modérer les réductions narcissiques trop intenses, les affirmations de soi trop marquées, trop réductrices. Mais, elle peut devenir trop intense. On va se sentir fondamentalement coupable, avec ténacité. Une évidence de culpabilité emplit la personne et la fait douter de la validité de toutes ses autres propositions narcissiques, celles de l’affirmation du « moi », de la construction cognitive du « moi idéal » et de l’ambition cachée du « moi discret » [1].

Il s’agit de la culpabilité de fond, celle qui peut enfler et devenir envahissante, si la personne s’y complait de trop et s’y fixe. Cette fixation complaisante n’est pas un symptôme, mais un moyen de défense contre les investissements considérés comme problématiques des trois autres pôles logiques. La culpabilité est une élaboration logique normale que chacun connait,- à moins d’une perversité bien installée, qui néglige le pôle logique de l’échappement autant que possible. Mais, cette culpabilité peut devenir le principal trait de caractère d’une personne ; c’est ce caractère coupable intrigant, qui nous importe ici. Cette culpabilité est utile comme inhibition rassurante des risques de la personne à s’affirmer comme un individu autonome, ayant une certaine personnalité, élaborés dans ce qu’on appelle un « moi ». Cet affect de culpabilité est au minimum « anti-moïque ». S’il modère, normalement, l’élaboration du « moi », trop développé ou trop risqué, il peut arriver, en se fixant, à empêcher la personne de s’exprimer comme individu singulier.

Si l’individu est sommé d’apparaître, dans une circonstance donnée, nous verrons la culpabilité enfler en parallèle, afin de contrebalancer, défensivement, cette nécessité pressante. Elle peut alors devenir carrément « délirante ». Attention, psychothérapeute trop zélé !

Le trait de fond de culpabilité s’accompagne toujours d’une difficulté de se construire comme personne autonome et singulière. C’est l’envers et l’avers de la même médaille : culpabilité et manque de relief individuel.

 Distinguer la culpabilité des affects similaires des autres registres relationnels :

Il faut distinguer la culpabilité de ce qui peut l’accompagner comme autre affect, s’élaborant de façon analogue, par l’échappement logique, dans les autres registres relationnels :

1/ La culpabilité peut, en effet, faire évoquer un problème symbolique, celui d’être coupable par rapport à une règle, tout au moins par rapport à des normes ou une idéalité. Ou pourrait penser que la culpabilité se nourrirait des échecs de l’idéalité, en cas de conduite effective discutable, fatalement mauvaise, mais la culpabilité fondamentale, dont je vous parle, n’est pas discutable. Ce n’est pas la honte d’avoir fauté. On ne peut arriver à la nuancer, en prétextant que la conduite mauvaise considérée dépend, en fait, de l’interprétation des faits. Cette culpabilité reste profondément sourde à toute rationalisation. Elle n’est pas amendable par les propres discussions internes de la personne, pas plus qu’en psychothérapie, avec l’aide d’une personne extérieure et d’un dialogue. Elle ne se réfère pas à la honte d’une transgression. Si la honte survient, c’est sur des prétextes plus ou moins branlants, utilisés pour venir en renfort de la culpabilité. Si on ébranle cette honte, la culpabilité reste intacte tout de même.

2/ La culpabilité peut aussi faire évoquer un problème transférentiel, dans les relations de couple, découlant des empreintes de la dyade mère-enfant. Mais, elle n’a pas le côté « colère sourde » de la peur, ni le côté désespérant de la mélancolie, qui signent les échecs de construction de la dyade. Ce n’est pas de la colère, ni du désespoir. Il n’y a pas de fâcherie, ni de tristesse d’emblée, dans ce sentiment d’être toujours coupable quelque part. Même s’il y a de la colère et du désespoir pour accompagner la culpabilité, cette dernière ne s’améliore pas, en cas de leur résolution.

3/ La culpabilité peut enfin faire évoquer un problème des relations sexuées, où l’affect sert à échapper aux affres du désir, en se limitant à une communion par une « empathie » confiante en ce que l’autre n’est pas en recherche d’une liaison sexuée et aux remords que cette attitude désirante pourrait amener. Mais, la culpabilité narcissique n’a pas de tonalité sexuelle. Si elle peut s’accompagner d’une telle recherche d’empathie asexuée, elle ne dépend pas de cela, persistant même dans le cas d’un évitement soigneux, par la personne, de toute relation pouvant faire déraper vers une prise en compte de la sexuation de l’autre. Elle ne dépend pas de sa sexuation propre, ni de ses désirs que cela pourrait créer. Elle reste « hors situation » sexuelle.

 Le risque du symptôme moïque impulsif

Dans la construction du narcissisme, la culpabilité est un affect nécessaire, un échappement utile à empêcher les postures perverses, hyper-moïques, mais qui peut se mettre à prendre trop d’importance. Cela amène la personne à présenter un risque de symptôme, où c’est le « moi » trop inhibé, qui se met à ressortir de travers. Voilà cette personne présentant impulsivement des affirmations ridicules et malencontreuses de son individualité et de son autonomie, qui la font terriblement souffrir. C’est là que ce plaisir particulier de la culpabilité, cette complaisance coupable, va virer au cauchemar et faire que la personne va être parfois amenée à demander de l’aide. Sa demande sera de retourner absolument à la situation ab ante, au risque que le symptôme se mette à ressortir encore plus fort, dès que la personne s’affaiblira pour une raison quelconque. Elle pourra présenter alors ces « auto-punitions » terribles que sont les automutilations.

Toute démarche psychothérapique devra penser à cette contradiction. Si la démarche de soutien se contente d’aider au refoulement du symptôme, pour aller dans le sens de re-conforter le caractère culpabilisant de la personne, elle sera directement responsable de l’aggravation, à terme, des symptômes moïques impulsifs malheureux de cette personne.


[1On peut se rapporter aux articles du site parlant de ces élaborations du narcissisme que sont le « moi », le « moi discret », le « moi idéal » et de la clinique qui en découle, pour mieux les comprendre.

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