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Articulation clinique : crises d’impuissance douloureuse et perversions sexuelles compensatrices

D 9 septembre 2004     H 12:19     A Louÿs Jacques     C 1 messages


 

Dans la mise en place de la relation sexuée, le sujet découvre son « désir » sexuel. C’est comme un appétit plaisant pour un objet que l’autre lui apporte, avec recherche de réciprocité. Le sentiment de contentement qu’apporte cette situation, plaisir de digestion de l’objet en quelque sorte, d’introjection, permet un partage où l’on reconnaîtra la tendresse du rapport amoureux.

 

désir sexuel / tendresse amoureuse

 

La jouissance sexuelle nécessite un équilibre suffisant de ces deux pôles, celui du désir sexuel et celui de la tendresse amoureuse. Alors, se réalisera ce plaisir oscillatoire caractéristique de la jouissance, léger et jubilatoire, que les amants vont vivre ensemble dans leur relation sexuée. Certes, l’objet sexuel n’est pas le même pour chacun, sans imaginer une complémentarité possible. Mais, la jouissance qui s’installe, que l’on éprouve et que l’on reconnaît chez l’autre, va être le bonheur de l’amour.

Cette vibration psychique est de type « orale » ; elle n’est pas la seule puisqu’il existe aussi une vibration de type « anale », comme le lecteur le découvrira dans l’article sur les préliminaires de la clinique de la relation sexuée. Nous nous limitons ici à ce type de relation « orale » et à la clinique qui l’illustre.

Deux types de déséquilibres pathologiques vont pouvoir se remarquer dans cette clinique :

  • Le premier implique le surgissement du désir comme symptôme dans des impulsivités sexuelles à risque et le possible développement compensatoire délirant d’un amour illusoire érotomaniaque.
  • Le deuxième, que nous allons développer maintenant, en est l’inverse logique. Ici, c’est le pôle de la tendresse amoureuse qui ressort comme symptôme d’impuissance, en provoquant la souffrance au sujet. C’est le pôle du désir, par contre, qui va pouvoir être utilisé comme moyen de défense dans ces adaptations pathologiques que sont les perversions sexuelles .

 


 1 ) Les crises d'impuissance douloureuse :


 

Après un temps de manque de tendresse amoureuse et de désir trop prépondérant, un sujet se voit affligé de moments d’impuissance soudaine et de manque de désir. Cela survient au moment où il serait justement intéressant pour lui de l’activer. C’est comme s’il ne pouvait plus avoir d’érection quand il le fallait pour un homme, ou comme s’il ne pouvait plus présenter de turgescence et de lubrification sexuelle pour une femme. Cette dernière peut même vivre des épisodes éprouvants de dyspareunie si l’homme insiste trop pour effectuer une pénétration, l’organe sexuel féminin s’irritant de plus en plus au lieu de finir par s’exciter.

L’appétit sexuel ne marche plus. Le sujet reste comme soudainement bloqué en « digestion » amoureuse, alors que le moment ne s’y prête pas. Bien sûr, la gène, la honte, la colère, l’abattement vont remplir progressivement l’espace émotif de ces crises au lieu de la tendresse amoureuse. Cela arrivera d’autant plus que le partenaire exprimera sa frustration devant l’absence d’excitation manifeste du sujet.

C’est au moment où une relation est censée devenir la plus assurée que ce symptôme sera le plus douloureux émotivement, le sujet ne pouvant plus continuer à jouer son rôle de partenaire sexuel. Autrefois, c’était la consommation du mariage tant espéré qui ne pouvait avoir lieu. Aujourd’hui, c’est quand la relation se développe après des rapports initiaux peu élaborés que l’impuissance va apparaître, faisant s’effondrer le soufflé au lieu de l’épanouir, gâchant complètement la relation sexuée en devenir.

 


 2 ) La perversion sexuelle comme adaptation pathologique :


 

Pour lutter contre le risque d’un si fâcheux symptôme, un sujet peut s’efforcer parfois de développer de façon exclusive le pôle opposé, celui du désir, de l’appétit sexuel. Mais, il ne pourra le faire que sous des aspects régressifs, puisqu’il ne faut pas que cela aboutisse à un plaisir du partenaire et à un contentement de celui-ci, qui pourrait l’amener à la tendresse amoureuse. Le sujet va même se méfier de la tendresse comme de la peste puisqu’elle surgit pour lui, intempestivement, dans le symptôme d’impuissance. Il faut, au contraire, que cela dégoûte l’autre et lui fasse horreur au maximum.

Le sujet utilisera donc une excitation régressive :

  • présence de fétiche,
  • homosexualité et masturbation,
  • relations socialement interdites (incestueuses, par exemple)
  • relations de groupe...

pour pouvoir assurer son scénario. Et ce sera toujours sous une forme violente et répugnante, dite « sadique » en évocation du marquis de Sade, qu’il passera à l’acte sexuel afin que l’autre connaisse l’effroi et le dégoût dans la soumission.

Le viol est ainsi une manifestation d’une telle position perverse. Il peut devenir aussi compliqué que possible : viol incestueux, homosexuel, avec un fétiche horrible (le sang par exemple). Mais, déjà rien que l’exhibition des parties sexuelles à des personnes prudes et non préparées, peut suffire à créer un tel moyen de défense contre le risque d’impuissance.

La liste des perversions sexuelles montre l’ingéniosité de l’homme à ce propos. Les femmes ne sont pas épargnées et savent se montrer redoutablement à la hauteur comme on le voit, par exemple, dans les maltraitances à l’intérieur des couples lesbiens.

Cette violence peut se remarquer à l’œuvre aussi dans le « masochisme » où le sujet force l’autre à le mutiler, afin que ce partenaire éprouve finalement dégoût et horreur de lui-même et de l’autre. Le masochisme n’est donc, sous cet angle, qu’une façon rusée d’être sadique en utilisant une excitation généralement masturbatoire. Il ne faut surtout pas confondre le comportement masochiste pervers avec les impulsivités sexuelles à risque.

La réapparition d’épisodes d’impuissance, souvent prétexte à une exacerbation insoutenable d’actes pervers, montrera les limites d’une telle adaptation pathologique et l’effondrement de la structure psychique du sujet.

 


 

Documents cliniques correspondants : deux extraits de textes de Sade

 

 


> Lire aussi Perdre ses moyens avec réaction émotionnelle aigüe

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1 Messages

  • Merci pour cet artcle qui indique le lien entre ces deux phénomène dont je ne pensais pas auparavant ! D’autre part, il arrive souvent que les troubles sexuels ne sont pas accompagnés par le fétichisme (si on ne regarde pas le fétichisme comme un trouble sexuel). En même temps, les troubles sexuels arrivent de plus en plus souvent chez les jeunes : article sur l’impuissance chez les jeunes Est-ce qu’il y a des recherches récentes sur la fréquence des perversions sexuelles chez les jeunes dans ce contexte ?


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