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6/ Le corps sexué : clinique du neutralisme

D 27 octobre 2015     H 13:45     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

Le dernier chapitre de la clinique logique des constructions du corps sexué, est celui de la clinique du « neutralisme ». La jouissance de cette élaboration particulière du corps sexué est mise à terre et fait souffrir la personne. Il s’agit, là encore, de moyens de défense et de symptômes particulièrement méconnus !

J’espère que cet exposé permettra à ceux que cela concerne directement d’améliorer leur propre analyse, ainsi que celui de leur thérapeute éventuel, même si cette première approche reste sûrement beaucoup à améliorer. Pour remédier durablement à une souffrance, il est nécessaire d’en comprendre les causes.

 

 


 La construction « neutralisée » du corps sexué


 

L’atténuation des signes sexuels biologiques spontanés permet la construction effective d’une identité corporelle sexuée. Cela peut sembler contradictoire à première vue : on veut affirmer une atténuation. Cela crée, tout de même, un « manque » dans l’aspect de son corps, manque nécessaire à sa sexuation. Il s’agit de l’incomplétude feinte d’une sexuation biologique franche. C’est la dissimulation, non seulement des organes reproducteurs, qui indiquent d’emblée, dans la plupart des cas à la naissance, le sexe de l’enfant, mais aussi de ce que l’on appelle les « caractères sexuels secondaires ». Ce sont ceux qui apparaissent plus nettement à la puberté. L’atténuation des caractères sexuels du corps, primaires et secondaires, va devenir une stratégie de la sexuation du corps, au delà de la pudeur inhibante naturelle de chacun.

(Selon Wikipédia :) les principaux caractères sexuels secondaires de l’espèce humaine sont  :

Caractères sexuels secondaires masculins Caractères sexuels secondaires féminins
Morphologie
et squelette

Taille moyenne plus grande, plus grand volume thoracique
Mains et pieds plus grands
Os du squelette plus épais

Taille moyenne plus basse
Bassin plus large que les épaules
rapport taille-hanche plus faible

Pilosité

Plus marquée sur le torse et l’abdomen ainsi que sur le visage (barbe et moustache)

Moindre pilosité faciale et corporelle
Croissance plus rapide des cheveux

Peau

Plus épaisse et plus rude

Grain de peau plus fin

Tissu adipeux

Accumulation principalement autour de l’abdomen et de la taille

Distribution davantage répartie sur la surface du corps
Accumulation au niveau des fesses, des cuisses et des hanches

Autres

Plus grande capacité musculaire
Pomme d’Adam marquée
Tessiture de voix plus grave

Seins développés
Glandes mammaires fonctionnelles

 

 

Comme on le voit, il y a de quoi faire dans l’atténuation de ces signaux corporels sexuels, primaires et secondaires. Les organes sexuels turgescents, verge chez l’homme, vulve et mamelons des seins chez les femmes, sont dissimulés socialement, à cause de leur risque de devenir inopinément turgescents, excités hors de propos. Ces manifestations d’excitation sexuelle sont à rester dans le privé. Les signaux sexuels secondaires peuvent être source, quant à eux, d’attachements fétichistes, de construction d’un « objet sexuel », qui peut être une partie du corps de l’autre dans le partialisme. Cet objet doit avoir des capacités particulières d’odeur et d’adhérence, puisqu’il dérive de l’objet transitionnel enfantin, qui poursuit, par projection, le collage mère-enfant.

Cela ne veut pas dire qu’il faille que le corps ne soit pas reconnu du tout comme sexué. Il y a bien posture d’une identité mâle ou femelle ou androgyne, mais de façon voilée, partiellement neutralisée. Elle n’est pas cachée, elle est atténuée, souvent en utilisant les moyens pudiques déjà évoqués dans les articles concernant les sexuations « masculines », « féminines » et « androgynes ». La personne s’efforce de maintenir des traits sexués bien réels, mais en s’arrangeant pour se donner un genre sexué peu apparent et discret, par des manoeuvres que l’autre va comprendre comme telles. Par exemple, elle s’arrange pour que les traits sexués aient l’air encore assez juvéniles pour ne pas être trop marqués ou déjà un peu trop vieux d’aspect, pour ne plus être trop apparents. Cela peut être de donner au corps des aspects très « culturels », selon les coutumes pudiques de son milieu social, auxquelles la personne s’attachera particulièrement et qu’elle soutiendra obstinément. Cela entraîne généralement des attitudes sexuées modestes, polies, réservées et appréciées comme telles. L’utilisation d’habits « neutralisants » ad hoc en est un moyen important. On peut aussi maintenir idéologiquement l’égalité homme / femme, en utilisant des tournures de langage, des manières, des parures et des vêtements unisexes, interchangeables, qui brouillent la sexuation franche, mais de façon atténuée plutôt qu’exacerbée, à l’inverse de ce qui se passerait dans l’androgynie.

> Le risque humoristique de confusion : neutralisation / asexuation / androgynie, en bande dessinée, sur « Ma vie de réac - un blog de Morgan Navarro ».

Les dénudations occidentales lors des chaleurs de l’été, sur les plages et dans les boites de nuit, dans le sport et le spectacle, voire dans la pratique du naturisme, peuvent s’inscrire aussi dans une telle démarche : on y apprend à regarder le corps de l’autre de façon floue et respectueuse, comme apparement neutralisé sexuellement. Il ne doit surtout pas déclencher un désir trop visible, ni des réactions inappropriées. Le voile est placé fortement dans l’oeil du regardant, qui doit montrer absolument qu’il est bien éduqué, évolué, c’est à dire « non sauvage ». Le naturisme intégral reste, toutefois, cantonné à des endroits limités, car il implique une contrainte très forte dans le regard de l’autre. Le risque « d’érection » reste trop fort. Cela reste souvent un jeu de tentation, une dissimulation pas complètement crédible.

Des sectes de « purs », comme les Doukhobors, utilisent la nudité pour marquer la victoire d’une neutralisation à visées mystiques, comme retour à l’état « adamique ». Traditionnellement, les sadhus indiens nous montrent aussi la pureté de celui qui se détache des obligations sexuelles et reproductrices normales du monde. Wikipédia : Nudité : En Inde, il faut également citer l’existence actuelle de sadhus hindous nus vivant seuls ou en communautés ou encore des moines jaïns digambara (vêtus de ciel) pratiquant le détachement complet du monde, l’ascétisme et la non-violence absolue. Ils vont nus par les routes avec pour seuls biens un balai pour ôter de leur chemin les petites bêtes qu’ils pourraient écraser en marchant et un seau pour leurs ablutions. Ils recueillent dans leurs mains jointes la boisson et la nourriture que leur donnent pour vivre les laïcs. Pendant la mousson, ils restent dans des locaux mis à leur disposition par ces mêmes laïcs où ils méditent et donnent des sermons sur la non-violence et le détachement du monde.

> Voir le Jardin des délices de Jérôme Bosch, que l’on pense peint en 1504 sous l’influence du mouvement adamique du Libre-Esprit. Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir le tableau en grand :

 

 

J’insiste sur la nécessité que les traits sexués biologiques soient atténués et dissimulés, ou non pris en compte par l’oeil de l’autre, tout en s’assurant qu’ils ne disparaissent pas complètement. La personne doit tenir un jeu subtil de sa vraie nature sexuée, qui est plus ou moins minorée, mais toujours perceptible. C’est une posture d’affirmation de corps sexué, à part entière, comme les postures masculines, féminines et androgyne. Elle fait simplement dans la subtilité, par l’absence d’une franche affirmation. Il ne s’agit pas de se faire reconnaître comme étant sexuellement « neutre », d’un point de vue biologique [1]. Il s’agit de se faire reconnaître « neutralisé ». Il s’agit de « neutralisation » et non de disparition ou de négation.

 

 

Comme pour les autres postures sexuées, une clinique logique s’en déduit. Elle montre les difficultés d’une personne de maintenir, de façon fluide et aisée, cette posture de minimisation. Je rappelle, dans le schéma ci-dessous, les fixations polaires psychiques utilisées dans l’élaboration d’un corps sexué. Les pôles fonctionnels sont susceptibles de captation trop grande, ce qui va être à l’origine des débordements cliniques pouvant advenir. Chaque pôle logique peut devenir le lieu d’une fixation tourbillonnante, qui bloque la libre oscillation entre les différents pôles psychiques et sa jouissance fonctionnelle. Le vortex polaire empêche, plus ou moins durablement, la fluidité des équilibres homéostatiques, ces jeux équilibrants de contraires, symbolisés par les petites doubles flèches du schéma ci-dessous. Au bout d’un certain temps de blocage dans un pôle, des symptômes vont surgir, comme retour malencontreux du pôle psychique le plus refoulé auparavant. Cela concerne d’abord celui qui est le plus à l’opposé du premier dans le schéma. C’est une forme de guérison ratée, toujours pénible par les conséquences qu’elle entraîne. Cela soulage les tensions de fixation, mais la libération des tensions est douloureuse, voire calamiteuse pour la personne. Il y a constitution d’un symptôme.

 

 

Nous verrons successivement les quatre types de blocages polaires,- et les symptômes afférents, de cette construction corporelle sexuée.

 


 1 / Outrances du « moi sexué neutralisé » et blocages affectifs pénibles


 

Dans cette première description clinique, le pôle trop investi est celui du « moi sexué ». Il l’est sous cette forme d’une atténuation apparente, d’une feinte de peu de sexuation corporelle, mais de façon trop insistante. Il s’agit de s’affirmer corporellement comme femme ou comme homme, voire comme androgyne, par une dissimulation grandissante. Cette posture de neutralisation se met à occuper toute l’énergie de la personne, dans des raffinements infinis. Il n’y a pas de fin à la recherche du trouble du regard et des hésitations de l’autre, qui a de plus en plus de mal de discerner s’il a affaire à un homme ou à une femme, voire à une personne androgyne. Il y a captation de soi et de l’autre dans un jeu moïque.

Le pôle opposé inhibiteur, celui de la pudeur, celui des moments où l’on s’en fiche de sa sexuation, est, en contrepartie, « oublié ». Il n’y a plus de moments de repos et de détente dans cette création du trouble chez l’autre. C’est une action outrée à part entière, une volonté absolue de la personne qui y prend un grand plaisir.

La personne va se servir, au delà du nécessaire, de la réserve sociale habituelle des sociétés humaines envers une sexualité trop extériorisée, par un collage à des raisons spirituelles, mystiques, par une volonté de prise de distance symbolique d’avec la totale détermination biologique. On considère alors tous les signes sexuels secondaires apparents comme s’ils étaient source de fétichisme. Les habits anti-fétiches servent à cacher non seulement les émois sexuels hors de propos et impolis que pourrait manifester chacun, mais aussi tout ce qui peut exciter le fétichiste en chacun, avec le côté latéral du fétiche corporel par rapport aux turgescences corporelles sexuelles possibles. Le fétiche corporel est un « à côté » corporel non directement érectile ou peu érectile. La dissimulation des corps et de leur traits sexuels primaires et secondaires peut alors aller très loin, comme les modes sectaires nous le montrent encore aujourd’hui. Cela montre les accointances certaines entre fétichisme sexuel exacerbé et socialisation sectaire, avec des effets de contrainte totalitaire qui peuvent gagner un pays entier [2]. Le fait d’occulter complètement tout trait corporel susceptible de devenir fétiche, jusqu’au regard dans le port de la burqa, nous montre cette radicalisation sur-neutralisante du leader de la secte. C’est comme cela que l’on peut être amené à forcer les personnes, surtout les femmes, à cacher leurs visages par un voile, leurs yeux par une grille, jusqu’au bout de leurs pieds. C’est par une projection de son propre fétichisme latent ou à cause de la méfiance du fétichisme supposé de l’autre. Les hommes, eux, peuvent cacher leurs visage sous des barbes fournies et hirsutes et les yeux sous des lunettes de soleil, ce qui empêche complètement de voir les traits de la personne et de la distinguer. Toutefois, ce n’est pas de la pudeur asexuée. On sait toujours qu’il s’agit d’une femme dissimulée ou d’un homme anonymisé.

 

 

Un symptôme va surgir dans ces excès moïques sexués, comme retour du refoulé, après un temps de blocage trop important. C’est, logiquement, le pôle de la pudeur qui se manifeste par des crises douloureuses de plus en plus rapprochées, comme un ratage soudain et imprévu pour la personne de son action posturale. Cela arrive simplement quand un excès de posture sexuée vient fatiguer la personne et empêcher le refoulement effectif et prolongé du pôle de la pudeur. Beaucoup d’autres causes, externes et internes à la personne, peuvent aussi empêcher une telle distorsion psychique de se maintenir. On observe alors l’apparition de crises involontaires de pudeur aiguë, que la personne vit très péniblement.

Les plus courantes de ces crises sont les impossibilités soudaines de sortir de chez soi. La personne ne peut plus, tout à coup, se montrer dehors, au vu et au su de tout le monde. Elle a une peur aiguë de ne pas avoir un aspect sexué assez voilé, suffisamment adapté et correct, comme si elle allait de toute façon rater son coup à ce propos. Cela peut beaucoup la gêner dans sa vie, surtout qu’elle est trop généralement dans l’affirmation de sa posture. Si cette brusque inhibition est de prendre la parole en public, ou une peur soudaine d’entrer dans un lieu de réunion, la personne peut être considérée comme présentant une phobie sociale (le nom scientifique du trac). Il s’agit, en fait, d’apparition d’une peur massive, inhibante et non d’angoisse. Cela vient de la confusion entre ce qui est crise émotionnelle, la peur soudaine, d’avec ce qui est alerte cognitive, l’anxiété d’anticipation, où l’on se fait des films d’avance. Ici, il y a une brusque apparition du trac affectif, de façon non prévue. Il y a manifestation immédiate d’une émotion paralysante, non habituelle et incompréhensible pour la personne qui se sent bloquée. Au clinicien de faire attention à ce caractère soudain de l’apparition de l’inhibition affective, qui peut être de couleur diverse. Ce n’est pas forcément uniquement de la peur. Cela peut être de la haine auto-paralysante ou de la honte sidérante ou toute autre émotion stupéfiante. C’est toujours à propos de l’apparence sexuée atténuée qu’elle va manifester.

Quand ce genre de symptôme devient plus ou moins chronique, il peut devenir un handicap certain pour la personne. Souvent proposés comme traitements, les méthodes ré-éducatives de suggestion d’affirmation de soi (qui proposent de revenir au déséquilibre initial) et les divers psychotropes, tranquillisants ou antidépresseurs IRS (idem), n’arrivent pas longtemps à contrebalancer la force du symptôme, qui peut se chroniciser. Il faut, en effet, une certaine finesse clinique au thérapeute, s’il veut comprendre ce qui est en jeu, afin de pouvoir aider durablement son patient. Il lui faut découvrir la fixation préalable du corps sexué « neutralisé », qui a préparé le symptôme de blocage affectif et bien comprendre la plainte du patient. J’insiste là-dessus, car cette clinique des crises de pudeur aiguë est particulièrement incomprise et non repérée, en général. Il faut arriver à la discerner parmi toutes les autres causes de blocage émotionnel. Cela nécessite qu’un dialogue confiant s’engage avec la personne à ce propos.

 


 2 / Inhibitions pudiques tenaces et crises tyranniques de pudibonderie


 

Par une trop grande fixation au pôle de la pudeur, nous obtenons maintenant le contraire du tableau précédent. La personne devient très occupée à ne pas élaborer son aspect corporel sexué. Elle reste figée dans l’innocence affective de celui qui reste non-sexué, innocence qu’elle partage avec ceux qui sont comme elle dans un tel évitement. Si la fixation inhibante est trop accentuée, il y a possible surgissement d’un symptôme délétère dans le pôle d’affirmation du « moi sexué ». Ce pôle, trop « oublié », va surgir maintenant dans des crises impulsives et inadaptées d’affirmation de son identité corporelle. Le voile utilisé brusquement, qu’il soit sur le corps propre de la personne ou, autoritairement, dans l’oeil de son vis à vis, va être maladroit, inadapté, caricatural, saugrenu, voire absurde. Le « surmoi » semble déchaîné de façon impulsive. L’imprécateur devient insupportable. Cela contraste absolument avec le comportement habituel d’inhibition de la personne, si loin de toute recherche de sexuation.

 

 

Cela arrive à des personnes qui évitent ainsi d’avoir à se poser le problème de leur construction corporelle sexuée. Elles le font par choix d’exagération affective propre ou parce qu’elles sont marginales, prises dans une classe d’âge devant rester « sage », voire dans une mystique ou une société particulièrement castratrice, les enjoignant à rester foncièrement innocentes. Elles investissent d’abord les partages affectifs, où la sexuation du corps n’entre pas en ligne de compte dans les relations humaines.

Le contraste est d’autant plus fort, dans le symptôme de pudibonderie tyrannique. Il faut maintenant que la personne pudique et ses vis à vis, deviennent absolument pré-occupés par ce problème du voilement à trouver dans l’urgence, sous peine de tous les malheurs. Elle n’a pas le temps d’utiliser ou d’exiger un voilement corporel bien élaboré et travaillé. Dans ces crises inopinées d’affirmation corporelle sexuée neutralisantes, il y a présentation d’attitudes corporelles « neutres » approximatives, de vêtements dissimulateurs plus ou moins adéquats, de coiffures unisexes forcément peu réussies, d’odeurs hostiles assez bizarres, ainsi que l’utilisation d’expressions malhabiles, d’imprécations risibles ou insupportables. Cela peut aller, de façon sectaire, jusqu’aux mutilations génitales et aux castrations impulsives. Cela peut conduire au drame du meurtre impulsif et incompréhensible au premier abord.

Ces crises de pudibonderie sont tyranniques pour la personne elle-même, obnubilée par l’urgence du devoir. Elles sont tyranniques aussi pour l’entourage, entraîné de force dans cette brusque recherche d’un voilement sexué, nécessairement malhabile. Elles peuvent être banalisées à l’adolescence, où la trop grande pudibonderie est souvent excusée comme « originalité juvénile ». C’est leur aspect de crises préoccupantes de neutralisation, jamais satisfaisantes et évoluant sur un fond habituel d’inhibition, qui peut faire lever l’oreille.

 


 3 / Obnubilations aux virtualités intimes et crises intenses de culpabilité saugrenue


 

Pour la suite, abordons l’autre oscillation principale, celle qui se passe entre la formation d’un « moi sexué intime », pôle d’affirmation discrète des virtualités et le pôle du « moi idéal sexué », qui est un pôle cognitif censé faire contrepoids au précédent, par les idéaux moraux personnels qui y sont développés.

 

 

Commençons par le blocage vibratoire concernant le « moi sexué intime ». C’est le pôle d’une affirmation discrète, pour les propres yeux d’une personne et celui des plus proches, des possibilités non utilisées de son « moi sexué neutralisé » habituel, celles qui restent virtuelles. Les autres variantes de ce style et les autres styles non utilisés, restent en effet disponibles pour un jeu intime, cantonné à la sphère strictement privée. Ce jeu intime des virtualités ne remet pas en question la nature de la sexuation voilée du corps assumée. Par exemple, il ne s’agit pas, pour un garçon, de jouer à être une fille, mais d’essayer toutes les manières de se définir comme garçon sexué, toujours dans cette optique de la neutralisation d’un corps trop marqué de biologie. C’est un jeu actif en parallèle avec le style « neutraliste » affirmé par ailleurs, dans le pôle du « moi sexué ». Ce n’est pas de l’inhibition, mais une activité discrète autour des virtualités cachées de neutralisme. Elle peut devenir envahissante, comme un jeu de théâtre caché plaisant, devenant la principale activité de la personne, au risque du symptôme, bien sûr. Aujourd’hui, la possibilité des avatars à peaufiner dans les jeux électroniques et vidéos actuels, facilite certainement l’investissement exagéré de ce pôle, qui se met à capter une bonne part de l’activité de la personne. L’immoralité générale y est corollaire du refoulement du pôle opposé.

Ce jeu peut prendre aussi l’aspect d’un caméléonisme particulier. La personne change d’aspect et de style, selon le milieu où elle évolue. Elle se donne l’aspect voilé standard qu’on attendrait d’elle, mais selon les attentes d’entourages divers, que cela soit à la maison, dans la rue, au travail, dans les services publics, au spectacle etc. Elle peut avoir trop grand plaisir à jouer au caméléon, en parallèle et au détriment de son affirmation corporelle sexuée neutralisée officielle. Cela s’accompagne de « l’oubli » du pôle opposé, celui de la morale et des idéaux, qui reste refoulé.

C’est ce pôle opposé qui risque de surgir, un jour, comme symptôme, sous forme de crises d’angoisse particulières, qui sont des crises de culpabilité et de remord irrépressibles. Les idées de culpabilité sont particulières, car elles concernent ce jeu intime des possibles et des virtualités, que la personne sait bien trop investir habituellement. La personne ne consulte pas pour ses fixations, mais pour ses symptômes. On reconnait le symptôme en ce que ces culpabilités ne sont pas raisonnables, ni discutables. Elles envahissent de façon incoercible la pensée de la personne et la font souffrir. Les crises de culpabilité peuvent devenir chroniques et se mettre à paralyser toute action positive de la personne. La personne se retrouve entièrement pré-occupée de remords, qu’il n’est pas forcément facile de comprendre pour celui qui ne comprendrait pas la fixation d’origine. Ce n’est pas de la pudeur, c’est de la honte.

 


 4 / Fixations hyper-moralisantes intenses et horreur de crises subites vulgaires


 

 

 

Pour terminer cette clinique, voyons le quatrième blocage fonctionnel pouvant amener des levées de refoulement symptomatiques gâchant la vie d’une personne. Il est l’inverse de celui de la fixation précédente. C’est le « moi idéal sexué » qui fait l’objet d’un surinvestissement chronique, ce qui peut amener le pôle opposé, celui du « moi intime », trop « oublié », à se mettre à surgir dans des symptômes éprouvants de crises subites vulgaires.

Dans le cas d’une optique « neutralisante » des aspects sexués du corps, ce « moi idéal sexué » exacerbé est celui de la critique pointilleuse envers tout ce qui pourrait échapper dans son corps et dans le corps de l’autre. Il s’agit d’évaluer sans cesse la conformité morale de ce camouflage visible des traits sexuels primaires et secondaires. Il y a surinvestissement d’une pensée synthétique, « globalisante », capable de juger l’aspect d’un corps dans sa globalité. Ce n’est pas pareil qu’une pensée analytique, qui s’attacherait aux détails. La pensée est mise entièrement au service de la critique d’une vision globale de l’aspect « neutre » du corps, celui de la personne et celui des proches. Aucune fantaisie possible dans cette crispation cognitive, spéculaire de l’aspect général du corps. La neutralisation doit être impeccable et absolument morale, sous peine de condamnation intransigeante. L’intransigeance s’applique déjà à la personne elle-même, bien entendu. Cette fixation hyper-moraliste peut devenir absolue, la personne ne cessant de se préoccuper de ce qui peut lui donner un aspect raffiné et élégamment supérieur, en tant que paroles, manières et apparence, car plus conforme à sa morale.

En corollaire, cette personne, trop élitiste, a un « oubli » du pôle psychique fonctionnellement le plus opposé, celui, intime, des virtualités de style, des fantaisies que l’on peut essayer chez soi, à l’abri de la morale. C’est ce pôle oublié, qui peut surgir involontairement et péniblement dans des symptômes difficiles d’intimité forcée, sous la forme de lâchages calamiteux, de laisser-allers paradoxaux. Ce sont des lâchages inopinés de fantaisies neutralisantes, des espèces de tics odieux qui rendent la personne carrément vulgaire. L’intimité refoulée va apparaître tout à trac en plein jour, au grand dam de cette personne. Cela ne sera pas sans l’offusquer terriblement, vu qu’elle est généralement si pointilleuse moralement. C’est comme si elle devenait subitement immorale et incapable d’auto-critique. Elle se met à présenter des crises de banalisation insupportable, vulgaires au sens de vraiment pas raffinées. Elle va imiter, en se lâchant sans le vouloir, des neutralisations standards et qui ne sont pas de son niveau si recherché. Ce ne sont pas des crises ouvertes de vulgarité sexuelle, comme des éjaculations et jaculations diverses. Ce sont des crises de style neutralisé, mais rabaissantes. La virtualité qui se déchaîne est celle que la personne raffinée et pointilleuse ne voudrait, justement, pas présenter. Cela dépend donc de ce que la personne et son entourage trouvent vulgaires, grossiers, sales, comme paroles, gestes ou habits, par exemple comme appartenant au style des basses classes sociales. Cela peut aller jusqu’aux aspects de négligence complète paradoxale et même de mendicité apparente soudaine. Le non contrôle du symptôme de vulgarité, fait que ces crises sont difficilement rattrapables, difficilement escamotables, ce qui rajoute encore à la confusion de la personne. Même si elle déguise ces crises en jeu d’humour paradoxal, voire en soudains collages philosophiques à Diogène, cela ne va pas lui rendre réellement sa fierté propre. Elle ne sait pas pourquoi elle fait ça et cela peut la rendre vraiment malheureuse. La douleur de ce genre de symptômes ne va être compréhensible que si l’on comprend la fixation hyper-moralisante de départ.

Ce malaise moral peut devenir chronique. Il faudra comprendre pourquoi, si l’on veut être utile en quelque chose à la personne si démolie. Il faut y penser dès qu’une personne apparaît comme devenue vraiment négligée dans son aspect, alors qu’elle était réputée si coquette et raffinée auparavant. Cela signe son rabaissement cognitif devenu chronique. Les crises de négligence sont devenues un habitus.

 

 


[1Le TGI de Tours a émis un jugement le 20 août 2015 pour décider que l’état civil de M. X, qui lui attribuait depuis 65 ans un sexe masculin, devait être rectifié en une mention « neutre »

[2L’organisation Etat islamique (Daech) a diffusé dans un reportage photo, le 15 juillet 2015, le code vestimentaire qu’elle veut imposer aux femmes, rapporte le site Memri :

Les caractéristiques du voile sont les suivantes :
1) il doit être épais et non transparent ;
2) il doit être lâche ;
3) il doit recouvrir l’ensemble du corps ;
4) il ne doit pas être élégant ;
5) il ne doit pas ressembler aux tenues des hommes ou des femmes infidèles ;
6) il ne doit pas être attrayant ou attirer l’attention ;
7) il ne doit pas être parfumé.

http://www.memri.fr/2015/07/16/leta...

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