Vous êtes ici : Accueil » CLINIQUE DU CORPS SEXUE » 4/ Le corps sexué : clinique de la féminité

4/ Le corps sexué : clinique de la féminité

D 8 juillet 2014     H 09:15     A Louÿs Jacques     C 0 messages


Rappel :
- 1/ Le corps sexué : position du problème
- 2/ Logique fonctionnelle du corps sexué : masculinité, féminité, androgynie, neutralisme
- 3/ Le corps sexué : clinique de la masculinité

Abordons maintenant la féminité, sa fonctionnalité logique et la clinique qui peut en découler.

 

 

 


 Introduction


 

L’humain se construit un corps psychique sexué. Une des façons de le faire est celle de la « féminité ». Précisons sa fonctionnalité logique, dans le cadre de la logique tétravalente et de ses oppositions fonctionnelles. C’est cette logique qui nous sert de filet de pêche à découvrir au plus près le réel psychique humain. Comme pour toutes les constructions psychiques, la fonctionnalité de la « féminité » est assurée par deux oscillations entre quatre pôles remarquables :
- le « moi sexué féminin »
- le « moi intime féminin »
- le « moi idéal sexué »
- la « pudeur ».

A/ Le premier pôle fonctionnel est celui de l’affirmation posturale d’un « moi sexué féminin »

 

 

Une façon efficace de réaliser un « moi sexué », comme action posturale d’affirmation corporelle, est d’avoir le génie de saisir l’occasion qui se présente de « prendre place » dans son environnement. Il s’agit de se positionner corporellement, là où se trouve une place disponible. C’est l’utilisation d’une opportunité, par un mouvement de grâce polyvalente. Placer son corps dans le bon environnement, se couler adroitement dans l’ambiant, sans lutter contre lui, mais en profitant de ses incomplétudes ! S’y adapter intelligemment et finement ! C’est souvent cette manière de faire qui est utilisée par les possesseurs d’un corps biologiquement « femelle », généralement plus gracile que celui des mâles humains.

Cela dit, un petit garçon ou un hermaphrodite peut, lui aussi, choisir de devenir, psychiquement, « féminin », quelqu’en soient ses multiples raisons et ses diverses envies. Cela peut être son choix, mais il peut être obligé de le faire par contrainte sociale. Les sociétés autoritaires, voire totalitaires, peuvent obliger les « mâles » subordonnés à prendre un profil psychique « féminin », afin de réserver aux dominants la seule utilisation psychique de la masculinité. Inversement, une femme de classe sociale dominante dans de telles sociétés, peut tout à fait être contrainte de se développer psychiquement de façon « masculine », afin de pouvoir commander par force et tenir son rang. Le terme de « féminin » n’est attribué à cette façon psychique de se construire un corps sexué que parce que les personnes, ayant un corps biologiquement femelle, l’adoptent volontiers spontanément, si elles sont dans une société libre, non asservissante. L’évolution du féminisme et son inventivité brouillera sûrement dans l’avenir les dénominations à ce propos. De nouveaux termes plus adéquats pourront être élaborés pour qualifier ces constructions psychiques d’un corps sexué.

A notre époque, au sein de notre culture post-moderne, ce placement corporel « opportun » caractérise le génie actif de la « féminité ». C’est une action posturale aussi active que celle de la masculinité, mais qui utilise une autre stratégie. On saisit sa chance en cherchant un environnement complice, plutôt que de modifier l’environnement afin de le dominer, comme le font ceux qui s’élaborent comme « masculin ». En pratique, une personne, affirmant sa féminité, joue de ses différentes capacités naturelles, de ses « charmes » spontanés, pour danser dans son environnement, sans le bousculer. Quel que soit son corps biologique d’origine, elle trouve le créneau lui permettant d’y prendre place convenablement, de façon non violente, afin que l’environnement l’accueille avec bonne volonté. Elle fait comme si l’environnement l’attendait et lui avait préparé une place adéquate, qui est juste à trouver. Elle dénie, par cela même, l’intérêt de la posture masculine de prendre place d’autorité dans l’ambiant, par la force si nécessaire. L’une et l’autre stratégie posturale s’excluent et créent un « manque », qui est le manque de l’autre stratégie de réalisation d’un « moi sexué ». C’est une action de réduction, qui permet d’obtenir une multiplicité infinie de « féminités ».

Si l’une de ces stratégies est plus particulièrement utilisée, le manque relatif de l’autre permet de définir cette qualité de manque indispensable à l’auto-sexuation de ce corps. Il y a exagération du déni de la possibilité d’utiliser l’autre manière de faire, afin d’accentuer ce manque. Dans le cas de la construction d’un corps « féminin », c’est la manière de faire « masculine » qui est déniée. Les actions posturales de domination vont être considérées comme grossières, inadéquates et refusées. Elles vont être atténuées au possible. Il n’y a pas besoin de gonfler son importance pour exister chez un être féminin, puisque la présence féminine bannit l’artifice pour privilégier le naturel disponible. Le déni s’étend aussi, bien sûr, aux manières de faire « androgynes », qui développent une « séduction » outrancière. Pas besoin d’en rajouter dans la féminité, où l’on utilise ses capacités naturelles d’insertion. De même, est déniée la manière « neutraliste », qui crée un manque en atténuant les marques biologiques sexuées du corps. Il n’y a pas non plus, dans la féminité, de dissimulation de ses grâces naturelles. Pas besoin d’en rajouter sur elles, ni de les atténuer, mais le génie de savoir les utiliser et de réclamer le droit de le faire.

> Lire à ce sujet le manifeste d’Olympe de Gouges : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) ; elle y dénonce le scandale de la Révolution française de 1789, qui oublie trop les femmes dans son projet de liberté et d’égalité. Elle veut prendre place dans la société républicaine comme citoyenne à part entière. Depuis, la société française a tellement évoluée dans le sens qu’elle préconisait, que ce texte est presque une description de la place qu’y tiennent aujourd’hui les personnes « féminines ».

B/ Les trois autres pôles psychiques fonctionnels de la « féminité »

 

 

Ils découleront de cette prise de position première féminine du « moi sexué ». Nous avons déjà vu leur déclinaison logique dans l’article : Logique fonctionnelle du corps sexué : masculinité, féminité, androgynie, neutralisme.

- L’autre pôle d’action est celui qui crée le « moi intime féminin ». C’est une posture active de discrétion et de dissimulation par rapport à l’ambiant, tout aussi importante que la posture d’action affirmative précédente. On y invente les multiples facettes potentielles de sa féminité, à l’abris des regards trop intrusifs.

- Troisièmement, il y a le pôle du « moi idéal sexué », ici féminin. C’est maintenant un pôle fonctionnel inhibiteur. Il permet un fonctionnement cognitif particulier, dit en réseau. C’est la pensée « féminine » qui est, en fait, la manière dont un homme pourrait comprendre du dehors l’affirmation posturale « féminine », comme un réseau d’éléments corporels « féminins ». Il y a comme cela possibilité d’une prise de distance critique, inhibitrice, qui caractérise les processus cognitifs. Un idéal moral féminin conséquent va contrarier les élaborations infinies du pôle précédent. Ce pôle du « moi idéal féminin » va critiquer en premier la réalisation du « moi intime féminin », toujours suspecte de complaisance et d’inclusions ou extensions exagérées. Il y a oscillation maximale entre le « moi féminin intime » et le « moi idéal féminin ».

- Il y a, enfin, le quatrième pôle fonctionnel, celui de la « pudeur » par émotion freinante ; c’est un pôle lui-aussi inhibiteur, d’oscillation maximale par rapport à l’affirmation sexuée première du corps, celle du « moi sexué féminin ». La pudeur émotionnelle modère les capacités posturales de s’affirmer et permet de garder une possibilité d’échappement aux nécessités du « moi sexué féminin ». Ce pôle autorise de garder une réserve hors de l’action féminine trop prenante, qu’elle soit d’affirmation ou de dissimulation. Il sert aussi à garder un lien avec ce qui n’est pas réduit de façon « féminine », c’est à dire avec ce qui n’est pas réductible ou échappe à la réduction, en soi et chez son prochain.

Les deux principales oscillations fonctionnelles du « corps sexué » féminin sont marquées par les doubles flèches du schéma ci-dessus. Ces considérations fonctionnelles vont nous permettre d’aborder logiquement les dysfonctionnements de cette construction psychique du corps sexué. Une clinique de la « féminité » va pouvoir s’en dégager, en suivant un mécanisme simple :
- un pôle prend trop le dessus, devient envahissant et bloque l’oscillation fonctionnelle, de façon primaire dans un développement anomal de la personne ou comme moyen secondaire de défense ;
- le pôle antagoniste, le plus opposé logiquement à lui, finit par surgir, tôt ou tard, en un symptôme affreux, par un effet désastreux de retour du refoulé, symptôme d’abord temporaire, mais qui peut devenir chronique par déstabilisation complète du fonctionnement psychique.

Cela nous permet de distinguer quatre principaux tableaux cliniques et de comprendre la démarche logique permettant d’y remédier [1]. Ces quatre tableaux cliniques sont :
- L’excès opportuniste de dévouement et le symptôme de brusque déféminisation
- La pudeur exacerbée et le symptôme de féminité incongrue
- La féminité secrète hypnotique et la culpabilité de féminisation
- L’idéalisme critique en réseau et les tics de lâchage féminins

 


 Premier tableau clinique : l’excès opportuniste de dévouement et le symptôme de brusque déféminisation


 

a) L’excès opportuniste de dévouement :

 

 

L’excès opportuniste de dévouement résulte d’un trop grand investissement du « moi sexué féminin ». La mise en valeur de ses capacités de « grâce » féminine peut devenir la principale occupation d’une personne. Celle-ci s’active sans cesse afin de développer ses valeurs naturelles de bonne adéquation avec son environnement. Elle s’obnubile sur son habileté à le faire, avec un grand plaisir de raffiner ses capacités opportunistes. Elle va se décarcasser le plus possible pour cela. Son ambition totale est d’être celle que l’on attend absolument et qui manquait complètement ou celle qui apporte miraculeusement ses qualités, même là où on n’y aurait pas pensé.

Pensons aux développements considérables de capacités d’habileté corporelle, comme la souplesse athlétique incroyable, l’adresse manuelle incomparable, la minutie inouïe des actions, mais aussi de capacités beaucoup plus élaborées, comme la finesse inégalée en affaires et même en prospective, avec des capacités « intuitives » bluffantes ! La personne est entièrement prise par ce perfectionnement d’action, afin d’être reconnue et de consolider sans fin son insertion dans l’ambiant, là où l’on aurait même pas pu envisager qu’elle pourrait se placer. Elle s’active avec, bien sûr, une allergie à la force et à la domination toujours trop prétentieuse. Cette allergie peut se manifester par la dénonciation outrée de toute imposition, de toute absence de complète concertation. Il s’agit de se faire reconnaître absolument comme ne supportant aucune contrainte, n’en ayant aucun besoin et de dénoncer toute tentative sociale de brider l’ambition féminine.

Cela peut être d’exagérer son adaptabilité en participant à des effets de mode. Y sont récupérées des données sociales de groupes représentatifs, que cela soit au niveau de l’apparence corporelle et de l’habillage, du maquillage, des tournures de langage et des bonnes manières. Il s’agit d’être sans cesse « chic » en synergie, en donnant l’exemple, tout en restant conforme et naturelle. La personne va utiliser toute son énergie à donner l’exemple d’une élégance souple, adaptative, inventive et non dominatrice. Elle va promouvoir au possible les bonnes manières respectueuses de l’autre et le raffinement du savoir-vivre.

Une autre possibilité est celle d’être multi-tâches, de se trouver partout où elle peut intervenir utilement. Se dévouer démesurément pour occuper toutes les places possibles. Remplir tous les rôles qui ne sont pas tenus. Non seulement être une personne attendue, mais devenir la pièce essentielle de l’ambiant. Etre la conjointe essentielle de l’ambiant, en quelque sorte. Etre l’huile qui, seule, permet aux rouages de fonctionner, grâce à ses multiples capacités intrinsèques. S’occuper de tout ce que l’entourage a du mal de faire ou néglige de faire. La personne va se donner un mal fou pour devenir indispensable, en utilisant toutes les postures d’action possibles ou délaissées à investir.

Afficher ainsi sa féminité, en toute occasion, va se faire au détriment du pôle vibratoire opposé à celui-ci. Elle va ignorer la communion possible avec les personnes qui ne ne se préoccupent pas d’être aussi performantes, quelque soit leur choix de corps sexué. Dans l’opportunisme féminin, il n’y a pas d’énergie à gaspiller à partager avec les « inutiles », les asexués. Il y a plutôt revendication de toutes les potentialités du « féminin » et dénonciation de toutes les limites que le social ou la nature peuvent créer. C’est au détriment de la pudeur modératrice, bien sûr, qui va resurgir un jour comme symptôme éprouvant de déféminisation.

b) Le symptôme éprouvant de déféminisation :

 

 

Un jour ou l’autre, la communion affective asexuée, la pudeur si refoulée par l’affirmation « féminine », va resurgir dans des symptômes de déféminisation involontaires et particulièrement insupportables à la personne. Il y a disparition malheureuse et calamiteuse de la « grâce » corporelle, au moment où cette capacité devrait être spécialement utilisée. Quand un effort devrait être particulièrement fait, se révèle une impuissance de comportement, soudaine et difficile. Les raisons de l’échec peuvent être multiples, comme on peut facilement l’envisager. Les causes, externes mais aussi internes, peuvent se surajouter, telles que le vieillissement et la maladie somatique épuisant la personne, jusqu’au jour où la posture d’action « féminine » se retrouve brusquement bloquée par l’irruption d’un symptôme. L’épuisement par trop de succès et de tensions surmoïques d’action, va être en première ligne, ainsi que le vieillissement du corps ou l’atteinte par maladie. Cela va faire basculer la personne si dévouée dans une stupeur terrible pour elle, mais aussi pour l’entourage qui avait si bien pris l’habitude de ce dévouement ! Souvent joue aussi la non reconnaissance de l’environnement, qui croit acquises les performances si intéressantes de l’être humain féminin et qui ne se préoccupe plus d’apprécier son effort démesuré à sa juste valeur. L’ingratitude fait passer le dévouement radical de l’autre féminin en une exploitation trop intéressée de cette autre, qui va se sentir mise en esclavage malgré elle et se bloquer d’émotion.

Cela va provoquer l’apparition de raideurs et de douleurs corporelles soudaines insurmontables, paralysant la personne. Celles-ci sont fréquentes aujourd’hui avec la notion de « fibromyalgie », de « vertiges » inexpliqués pouvant empêcher la personne de tenir littéralement debout, de vision floue pour regarder l’environnement et s’y orienter, afin d’y tenir sa place. Cela peut se traduire par des maladresses répétitives insignes, qui tranchent avec l’habileté et la minutie habituelles. Une personne si habile d’habitude va se blesser soudainement, de façon plus ou moins cruelle. On peut avoir des bourdes soudaines en affaires et en anticipations, de soudains ratages complets du style de présentation. Notons aussi les échecs ridicules de saisir la mode en cours et les inadéquations malencontreuses apparaissant dans la façon de parler ! Cela peut aller jusqu’à l’incapacité de tenir sa rivalité avec une autre personne féminine de ce type, dans un collage intempestif à cette autre. Elle devient la groupie de l’autre, dans un véritable symptôme d’éclipse personnelle, comme si elle devenait possédée par l’autre dans des imitations ridicules. Elle souffrira moralement de cette dépossession d’elle-même, où elle perd son identité propre.

On pourra rencontrer, dans ces symptômes, l’apparition de toutes les émotions paralysantes : la stupeur, la haine, la peur, le découragement et la tristesse, bien sûr, mais aussi la possibilité d’une hilarité intempestive, qui rend la personne incapable de se concentrer sur son action. Ce genre de symptôme est involontaire et émotionnellement très douloureux. Ce sont des crises de pudeur forcée, qui vont contraster fortement avec les surcapacités posturales réalisées auparavant. La personne la plus indispensable se retrouve incapable d’agir, généralement là où elle y tiendrait le plus. Elle se met en grève, contre son gré, dans un symptôme soudain d’impuissance corporelle.

Ces symptômes épisodiques peuvent devenir chroniques, une fois que la personne a épuisé toutes les tentatives de se reprendre en main, en surjouant au possible sa posture féminine comme moyen de défense. On obtient des personnes féminines ne pouvant plus agir du tout, incapables de trouver un créneau utile d’action à investir, ne pouvant plus se dévouer, devenues inutiles et désespérées de cela. Devenir « bonne à rien », sans du tout le vouloir, devient une réelle souffrance chronique, qui ne peut guère se comprendre si l’on ne connaît pas la manière féminine d’agir typique et ses échecs possibles. Le symptôme est d’autant plus insupportable que l’entourage ne va rien y comprendre, y compris l’entourage médical, dans le cas de maladies en cause qui peuvent être bénignes, mais qui vont avoir des conséquences comportementales graves pour la personne. D’être bloquée dans sa vie active, va la faire apparaître hypocondriaque ou fabulatrice, au gré des interprétations péjoratives de l’entourage. Les rétorsions de cet entourage peuvent devenir redoutables, car le voilà mécontent de perdre les capacités utiles d’une personne si dévouée et ne comprenant rien à ce qui se passe [2].

 


 Deuxième tableau clinique : la pudeur exacerbée et le symptôme de féminité incongrue


 

a) La pudeur exacerbée :

 

 

Le deuxième tableau clinique est l’exact inverse du précédent. Une personne s’emploie à fuir toute occasion où elle pourrait affirmer une quelconque grâce féminine. Il s’agit, pour elle, de se cantonner au plaisir d’une réaction de pudeur passive absolue, d’où aucun opportunisme ne pourrait survenir. La personne se garde bien de saisir toute occasion de se mettre en avant, même si on la prie intensément et qu’on la pousse à cela. L’inhibition posturale est à comprendre comme une position de fond ou comme un mode de défense contre le risque d’apparition d’un symptôme, après le surgissement déplorable de celui-ci. La personne se raidit affectivement dans une pudeur exacerbée face aux possibilités de s’affirmer de façon « féminine », ne pouvant prendre place dans l’ambiant que contrainte et forcée. Elle va dénoncer cette contrainte comme un abus sans nom.

Refus de « prendre place » soi-même comme personnage féminin dans la vie, hésitation perpétuelle de se montrer suffisamment fille quand l’entourage lui désigne spontanément une place à prendre, refus de saisir l’occasion ou la chance de se poser comme femme reconnaissable, dans les attitudes, les habits, les expressions, les ambitions… Tout cela nous montre une personne faisant de la retenue son mode de vie. Elle n’atténue pas sa féminité, elle ne la met pas en jeu, car cela la couperait de son champ affectif non sexué. Elle investit un des pôles fonctionnels d’une des vibrations de la féminité, mais pour empêcher fondamentalement cette vibration d’osciller librement, entre moments d’affirmation féminine et moments de retenue pudique. Comme toujours, les causes d’une telle position inhibitrice peuvent être absolument multiples et à déchiffrer au cas par cas. Le résultat est cette fixation dans une pudeur acharnée, qui donne l’impression d’un refus de développement. La conséquence en sera que le pôle opposé, celui de l’affirmation du « moi sexué », va surgir, tôt ou tard, en un symptôme désastreux.

b) Le symptôme de féminité incongrue :

 

 

Logiquement, le symptôme qui peut en surgir est un symptôme d’affirmation opportuniste incongrue, qui démolit la retenue habituelle de la personne, à son grand effroi. Le symptôme apparaît comme une impulsivité involontaire et idiote de prendre place, là même où l’on ne veut surtout pas de la personne. La personne féminine pudique, si réservée d’habitude, montre, tout à coup, des velléités maladroites, inadéquates, démesurées ou niaises de se placer dans l’ambiant. Ses prétentions soudaines et les réactions choquées de l’environnement en découlant, vont la rendre profondément malheureuse.

Ce peut être des velléités d’actions mal à propos, comme des revendications de prouesse corporelle peu crédible ou des présentations de capacités inutiles de minutie ou encore des intuitions d’affaire saugrenues et risibles. De même sont possibles des prétentions irrépressibles à défendre ou à créer une mode ridicule et mal accordée, un « chic » calamiteux, une élégance comique, un maquillage complètement raté ou des bonnes manières inadaptées, voire ridicules, irrecevables par l’ambiant. Le pire vont être des postures impudiques involontaires faisant prendre la personne pour une femme de mauvaise vie. Ces impulsivités vont sembler être du mauvais théâtre et rendre la personne émettrice absolument confuse, voire désespérée. Souvent, ce sont simplement des velléités d’action posturale que ressent la personne et qu’elle essaie de retenir le plus possible, afin que l’entourage ne s’aperçoive de rien. C’est ce que l’on appelle des « obsessions-impulsions », mais c’est un terme mal adéquat, car prêtant à confusion avec les vraies obsessions, qui sont des symptômes cognitifs. Ces symptômes peuvent, toutefois, devenir plus « actifs » et même se chroniciser, donnant des personnages de femme, qui font la trame des satires.

Ces symptômes sont à replacer dans leur contexte, à savoir qu’ils surviennent chez une personne d’habitude réservée et pudique, dont ils viennent bouleverser la retenue de base, à leur détriment.

Après ces deux tableaux cliniques, quittons l’axe vibratoire se passant entre « moi sexué » et pudeur inhibitrice, pour aborder la clinique de l’autre axe d’oscillation, celui qui se passe entre « moi féminin intime » et « moi idéal féminin ». En résulteront les deux tableaux cliniques qui vont suivre.

 


 Troisième tableau clinique : La féminité secrète hypnotique et la culpabilité de féminisation


 

Commençons par le blocage de l’oscillation résultant du surinvestissement de l’action discrète du « moi intime féminin » et le symptôme typique pouvant en découler, celui de l’angoisse envahissante de ses prétentions à se féminiser, sous forme d’une douloureuse culpabilisation.

1/ Le charme trop hypnotisant de la féminité secrète :

 

 

Une personne « féminine » va se trouver envahie par l’envie de développer ses possibilités « féminines » au maximum. Cela peut se faire dans l’intimité discrète de son intérieur, où elle va pouvoir essayer sans fin tous les styles possibles, qui seront censés lui correspondre. Elle va se fixer secrètement à son « moi féminin intime » et à ses richesses. Cela peut être aussi d’être une femme « caméléon », qui sait s’adapter incroyablement aux différents milieux qu’elle peut intégrer, stratégie qui lui sert efficacement de dissimulation inventive. Elle va être standard dans chaque milieu, en prenant plaisir à y passer inaperçue, tout en étant capable de passer secrètement d’un style à l’autre, avec grande aisance et inventivité.

Dans le cas de l’affirmation posturale du « moi sexué féminin », nous avons vu que la personne va tout faire pour être reconnue à sa juste valeur. Dans le cas, maintenant, de la trop grande affirmation du « moi féminin intime », il s’agit pour elle de passer vraiment inaperçue, dans son monde privé ou comme intégrée au milieu du moment, sans que les membres de ce milieu puisse s’apercevoir que la personne devient instantanément une autre personne féminine, tout en changeant d’ambiant. Cela concerne toutes les manières de se poser comme femme, par la gestuelle, l’habillement, la manière de parler, le vocabulaire attendu, les actions coutumières préconisées. Les capacités d’adaptation seront développées au mieux, mais jamais pour se distinguer de trop. Il s’agit d’une réelle auto-hypnose, où l’intelligence de la personne va être mise au service de ce comportement, sans aucune critique morale réelle. C’est cette critique qui va pouvoir apparaître dans des symptômes terribles, à un moment ou à un autre, chez une personne auparavant insouciante de ses plaisirs secrets.

2/ La culpabilité de féminisation :

 

 

L’épuisement peut advenir du fait de cette attitude si investie de dissimulation, avec toutes les causes possibles d’un tel épuisement, ou par un blocage dépendant de l’ambiant, qui s’aperçoit et dénonce un tel comportement. Cela va être la source de l’irruption d’un symptôme cognitif affreux, celui de la culpabilité irraisonnée de se construire une personnalité féminine. La personne va se mettre à être envahie de pensées anxieuses horribles sur sa valeur créatrice et sur celle de ses réalisations déjà faites, non pas en tant que femme socialement, mais radicalement sur sa légitimité de se rendre féminine. Le symptôme de remord vis à vis de soi-même et de ses prétentions, va envahir tout le champ de conscience de la personne, non pas émotivement, mais dans la pensée même. On s’auto-reproche méchamment d’avoir pu croire réalisable sa féminisation, dans un doute d’alerte angoissante. C’est comme si, de devenir féminin, était trop présomptueux, impossible à tenir et même indigne de vouloir l’être. L’insouciance hypnotique d’avant se transforme en une culpabilité insoutenable.

Ces pensées d’incapacité et d’indignité peuvent surgir de façon fugace, puis devenir de plus en plus obsédantes et faire souffrir de plus en plus la personne, d’autant plus que ces symptômes surgissent chez celle qui, justement, était trop occupée auparavant à développer sa féminité secrète. On a donc un comportement discret, voire secret d’habitude, qui se retrouve paralysé tout à coup par l’apparition de tels symptômes dissociatifs. Ceux-ci sont déchaînés et la raison,- la raison de la personne elle-même ou celle de la personne témoin de ces affres, qui chercherait, en vain, à rassurer la personne culpabilisante, ne peut plus les contrôler. C’est ce tableau clinique qui permet de comprendre réellement la nature de tels symptômes et d’envisager intelligemment l’aide que l’on peut apporter à cette personne.

 


 Quatrième tableau clinique : l’idéalisme critique en réseau et les tics de lâchage féminins


 

Pour terminer cette clinique de la féminité, abordons le tableau clinique inverse du précédent ! Ce sont les capacités réflexives et critiques, qui sont maintenant prédominantes et trop investies chez une personne « féminine ». Cela se réalise au détriment de ses capacités créatrices multiples du « moi intime féminin ». Cette quatrième distorsion vibratoire sera, elle-aussi, tout à fait susceptible de voir ré-apparaître ces capacités féminines discrètes en symptômes insupportables, les tics de lâchage féminins.

1/ L’idéalisme critique en réseau :

 

 

Le pôle du « moi idéal sexué » est un pôle cognitif hyper-critique, qui utilise une relation idéale de traits en réseau pour évaluer sans cesse la correspondance du réseau avec la réalité concrète de sa propre sexuation féminine. La personne réfléchit de façon outrée sa féminité de l’intérieur en pensée, comme un juge « masculin » infatigable pourrait la voir de l’extérieur. Elle privilégie un ensemble de traits contingents et légitimes à ses yeux, qui résume tous les traits corporels idéaux qu’elle devrait présenter. C’est un pôle capable de critiquer en miroir, non seulement le style postural affirmé de la personne, celui du « moi sexué féminin », mais, encore plus, le style de toutes les possibilités réalisables de son « moi féminin intime ». La personne va n’avoir de cesse de juger si les buts de ces possibilités sont vraiment légitimes et justes, si elle a une légitimité réelle à le faire, à partir d’un critère moral personnel prédominant et rigide. C’est son plaisir propre et obnubilant. Le filtre, qui est utilisé en position tierce pour réaliser cette opération réflexive exagérée, est un filtre moral. Il va empêcher tout ce qui ne serait pas trop « normal » et convenable à ce sujet, au risque de ne pouvoir s’adapter aux changements d’environnement et de figer toutes ses possibilités créatrices. Ce pôle de doute moral devient hyper-critique par exagération trop plaisante de son fonctionnement inhibiteur. La sur—moralité oblige la personne à se regarder sans cesse, afin de corriger le degré atteint de féminité souhaitable et légitime, y compris à l’aide des appareils électroniques modernes qui permettent de s’auto-filmer facilement. Il n’y a pas de fin à cette scrutation trop morale des réalisations potentielles de la féminité.

C’est, bien sûr, la porte ouverte à un effondrement de ce pôle psychique par épuisement des systèmes d’alerte trop sollicités ou suite à un blocage de vie quelconque, qui dévalorise la personne ou par le simple vieillissement ou la maladie, qui changent son apparence et ses capacités. Cela peut même résulter de l’utilisation mal supportée de psycho-stimulants, comme le methylphénidate, qui dépassent leur but en faisant s’effondrer les capacités cognitives par sur-stimulation. Les conséquences se manifesteront dans l’apparition d’un symptôme difficile, celui des tics de lâchage féminins.

2/ Les tics de lâchage féminins :

 

 

Ces tics apparaîtront comme des actions intimes inappropriées et involontaires. La personne essaiera de les cacher aussitôt qu’elle s’apercevra de leur apparition, mais évidemment trop tard pour que cela ne la rende pas complètement confuse par après. Pour la personne tiqueuse, cela concernera en premier les éléments les plus « honteux » de la posture féminine intime. La personne ressent souvent une tension interne qui amène un échappement involontaire, postural ou verbal. Elle peut ressentir aussi le symptôme comme quelque chose d’inachevé, qui nécessite une répétition itérative. C’est bien le cas pour un symptôme qui n’accomplit pas jusqu’au bout sa fonction d’opposition fonctionnelle, mais qui se résume à un lâchage intempestif. Le symptôme ne corrige pas le déséquilibre fonctionnel d’origine.

Se produisent des gestes sexués vulgaires échappant à la personne, comme des regards appuyés, des baisers incoercibles, des bombements répétitifs de seins ou de la chevelure, des gros mots salaces et incongrus qui peuvent être dissimulés sous des raclements de gorge. On peut avoir des halètements ou gémissements ridicules, des auto-attouchements ou de soudaines exhibitions de parties intimes par perte de pièces d’habillement. Notons, du même genre, des épilations répétitives de cheveux et de cils, plus ou moins dissimulables et sources de pelades !

La personne essaiera souvent, par un surcroît d’attention, y compris en se contrôlant devant un miroir si besoin, réel ou virtuel, de développer ses moyens de défense contre le surgissement intempestif de ses tics, en les bloquant ou en les dissimulant derrière des gestes plus bénins. Cela ne peut durer qu’un temps et l’envahissement finit par se produire, au grand dam de la personne, avec cette notion de terrain génétique particulier dans les cas les plus graves, comme ceux de la maladie de Gilles de la Tourette.

 

 

> Poursuivons ces descriptions cliniques par la clinique de l’androgynie.

 

 


3910 lecteurs au 07/11/2015


[1Dans le champ psychique, un symptôme survenant inopinément ne permet pas une guérison du déséquilibre d’origine, mais fait souffrir considérablement la personne. C’est un échappement douloureux. Il nous indique la voie de l’équilibre à réaliser pour elle. Il permet de savoir intelligemment quel « dépassement du symptôme » on peut envisager pour résoudre le symptôme. Il nous permet de ne pas en rester à des recettes de cuisine superficielles, comme des recettes de suggestion et de renforcement des moyens de défense. C’est un grand avantage par rapport à une démarche pragmatique, qui pourrait se croire plus facile et plus maligne alors qu’elle ne peut être qu’une solution temporaire. La clinique actuelle est emplie de considérations pragmatiques, généralement statistiques, au lieu d’envisager le sens logique des symptômes. Celui qui reste frustré de telles approches se donnera la peine de travailler cette logique fonctionnelle du psychisme et ses ratages douloureux.

[2Cela peut concerner aussi des professionnels du champ médical et neurologique, y compris des médecins-conseils des caisses d’assurance. Cela culmine dans des rapports d’experts déclarant la personne symptomatisante coupable de non-maladie et d’escroquerie potentielle, par leur ignorance profonde de cette clinique du « corps sexué »

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves