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3/ Le corps sexué : clinique de la masculinité

D 10 mars 2014     H 07:44     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Introduction


 

Deux registres psychiques particuliers sont mis en résonance pour établir un corps sexué. Il s’agit du registre de la relation au corps et de celui de la relation sexuée. Ils sont priés de battre la mesure ensemble, par superposition logique de leurs pôles constitutifs et des oscillations qui les caractérisent. La fonctionnalité dansante de cette résonance psychique permet à une personne de réaliser la sexuation de son corps, selon quatre possibilités : masculin, féminin, androgyne, neutralisé.

Les pôles du corps sexué, qui résultent de cette superposition, sont nommés :
- le « moi sexué »,
- le « moi idéal sexué »,
- le « moi sexué intime »,
- la « pudeur inhibitrice ».

Les doubles tensions fonctionnelles oscillatoires polaires peuvent se représenter ainsi :

 

 

moi sexué / pudeur
moi intime / moi idéal sexué

action posturale / réaction inhibitrice

 

Les deux pôles à gauche de la figure, sont des pôles d’action posturale, dirigée vers le dehors de la personne. Les deux pôles à droite de la figure, sont des pôles de réaction inhibitrice, dirigée vers l’intérieur de la personne. Les deux pôles du dessus de la figure, sont de valence ternaire, avec l’intervention d’un tiers élément supplémentaire. Les deux pôles du dessous de la figure, sont de valence duelle, excluant l’intervention de ce tiers.

Par réduction des potentialités initiales, le premier pôle, en haut à gauche de la figure, permet l’acquisition d’une posture « masculine » ou « féminine » ou « androgyne » ou « neutralisée ». A partir de ces quatre postures, diverses suites de réductions remarquables s’en déduisent logiquement. Elles créent les autres pôles psychiques d’oscillation.

Si des blocages des libres oscillations psychiques se produisent entre ces pôles fonctionnels, une clinique en résulte, c’est la clinique du corps sexué. Elle comprend les symptômes qui peuvent surgir douloureusement et l’aspect des modes de défense utilisés pour essayer d’empêcher ces symptômes d’exister.

 


 

Clinique de la masculinité

 


 

Commençons par la clinique de l’AFFIRMATION POSTURALE MASCULINE du corps sexué et de ses déclinaisons. Cette clinique de la masculinité se compose de quatre tableaux remarquables. Ils mettent en jeu, chacun, la prépondérance trop marquée d’un des pôles fonctionnels, au détriment des autres. Les symptômes correspondants apparaissent dans le pôle le plus opposé, logiquement, au pôle trop investi. Ces tableaux sont :
- 1/ La domination posturale et les crises paniquantes de faiblesse désexuée
- 2/ L’absolu de l’innocence et les crises impulsives de virilisme hargneux
- 3/ Le caméléonisme postural et les crises anxieuses d’indignité masculine
- 4/ L’idéalisme viril hyper-critique et les tics de lâchages sexués

 


 Premier tableau clinique : La domination posturale et les crises de faiblesse désexuée


 

 

1/ L’affirmation d’une domination posturale :

 

 

Une personne est envahie par la nécessité de renforcer, sans cesse, son identité masculine. Elle veut devenir dominante. Elle perd toute inhibition réactionnelle freinante. Elle imposera son moi sexué comme une virilité indiscutable, comme une puissance s’imposant d’elle-même. Elle met, de façon ternaire, son entourage à contribution comme témoin de cette domination, qu’elle projette vers le dehors, qu’elle donne à voir sans cesse. Cette affirmation massique, corporelle, se fait sans tenir compte de l’environnement, par force en quelque sorte, en s’imposant à l’environnement, mais aussi par ruse, en sachant trouver le moment de faiblesse de l’environnement. Par là est dénié le côté féminin du « moi sexué ». Cet autre côté est celui de la grâce corporelle spontanée et opportuniste, qui sait trouver une place libre à occuper et à saisir dans l’environnement, qui sait profiter de l’occasion de façon habile, comme si l’environnement l’attendait pour se compléter. C’est ce qui constitue la façon active dite « féminine ». Elle est déniée par la façon de faire « masculine », qui, elle, prend place où elle le décide.

Il y a, bien sûr, une manière infinie de créer un corps « masculin ». La personne peut commencer par muscler considérablement son corps, afin d’en faire ressortir la virilité par la force évoquée. Il n’y a pas de lien étymologique, en français, entre masculin et musculeux, mais cela devient chez elle comme de quasi-synonymes. Les muscles sont mis en avant en toute occasion. La posture affichée est celle d’un athlète toujours prêt à manifester sa force et sa prestance.

Des signes capillaires masculins peuvent être outrés, afin d’affirmer leur présence distinctive. Il s’agit de barbes abondantes et impeccablement mises en valeur, de moustaches remarquables voire très travaillées, de cheveux soigneusement peignés ou rasés, voire d’autres capillaires soulignés.

Cela peut être aussi de récupérer des index sociaux de professions considérées comme typiquement masculines et dominantes. On voit l’utilisation de vêtements techniques particuliers ou d’uniformes, afin d’en faire la base de la vie quotidienne, même quand le besoin n’est pas nécessaire. Pensons aux habits militaires ou de sports virils ou de métiers « d’homme » exhibés dans la vie de tous les jours ! De tels habits exagèrent généralement le « ratio taille/hanche », qui privilégie la reconnaissance biologique considérée comme innée du « mâle » humain. Des insignes, des armes plus ou moins symboliques, peuvent être aussi utilisées pour affirmer encore plus le penchant viril.

Cela peut être une façon particulière de s’exprimer en toute occasion, en accentuant la gravité biologique de la voix ou ses intonations spécifiques. Cela peut concerner un vocabulaire particulier, censé être rattaché typiquement aux expressions masculines. Ces expressions sont volontairement forcées, tranchées, sans nuances, voire souvent fort techniques. Une façon typique de s’exprimer est de refuser la spontanéité des échanges verbaux et d’émettre toujours des discours bien organisés et hiérarchisés, sans émotion perceptible, même avec ses proches.

Evoquons aussi une façon extrêmement recherchée d’élégance et d’attitudes raffinées et affectées, qui évoque une appartenance à une noblesse masculine singulière, mise en avant dans le moindre moment de la vie normale. Il s’agit d’une aristeia de l’apparence. Elle donne à la personne un aspect d’acteur jouant tout le temps un rôle masculin héroïque ou de supériorité ou de concurrence rusée permanente. Cela peut même être une attitude de coureur de jupon impénitent, qui ne doit surtout pas être prise trop au sérieux, car elle reste une posture moïque.

Toutes ces exagérations peuvent se combiner dans des variations infinies. Elles ont comme sens cette affirmation outrancière d’une virilité d’apparence. Le pôle opposé inhibiteur, celui de la pudeur corporelle, met normalement une limite habituelle à l’affirmation virile. Il se retrouve, cette fois-ci, passablement désinvesti. C’est ce pôle qui devient le siège d’un retour du refoulé, dans des crises symptomatiques pudiques, involontaires et pénibles. Ce sont les crises paniquantes de faiblesse désexuée.

 

 

2/ Les crises paniquantes de faiblesse désexuée :

 

 

Ce sont des crises singulières de panique. Elles vont se manifester quand l’excès postural de se montrer particulièrement viril, va créer un effondrement de la posture. Cela peut survenir par surcharge insupportable à un moment donné, par excès de zèle viril intempestif. Cela peut apparaître brusquement quand cette posture se trouvera mise en question, bloquée par un évènement quelconque, où la virilité affichée deviendra impossible à tenir concrètement vis à vis des tiers. Cela peut résulter aussi, simplement, de l’épuisement de fond que le personnage se crée, en voulant tenir cette posture virile indéfiniment. Il n’a simplement plus assez d’énergie pour le faire, ne serait-ce qu’avec l’âge, en étant encore trop immature ou en étant devenu trop âgé ou par une maladie physique quelconque ou un accident.

Une incapacité musculaire soudaine fait se tenir un hyper-viril de travers ou se mettre à boiter sans raison ou ne plus pouvoir tenir debout par faiblesse musculaire incompréhensible. Cela peut aller jusqu’à ce que la personne ne puisse se déplacer piteusement qu’avec des cannes ou des béquilles, alors qu’elle n’a pas de cause somatique bien discernable pour cela. Il ne faut surtout pas confondre ces faiblesses de désexuation paniquante avec des troubles dissociatifs, comme c’est trop souvent le cas. Une voix grave se met à devenir une voix de fausset ou d’enrouement. Une tenue vestimentaire devient incohérente. Une erreur idiote de mot technique ridiculise. Un soudain manque de vocabulaire adéquat, chez un homme raffiné, vient caricaturer la posture virile pour en démolir les effets. Cette réaction personnelle de pudeur involontaire n’est pas vécue avec humour, mais crée une panique certaine, toujours étonnante pour l’observateur. L’abattement émotionnel, comme un burn out postural, signe cet échec et s’accompagne de tous les affects péjoratifs, dont le principal est la peur qui fait trembler ou la fatigue soudaine qui fait flancher. Cela donne un contraste saisissant, chez une personne, entre sa bravoure, si bien exposée d’habitude et les crises de peur et d’épuisement de cette perte idiote et involontaire de la posture virile.

Généralement, la personne affectée tentera de raidir encore plus son attitude « hyper masculine », afin d’éviter de retrouver de tels accès de faiblesse paniquante. Une partie de plus en plus importante de son fonctionnement psychique sera mise au service de tels moyens de défense, afin d’empêcher l’irruption du symptôme. Les moyens de défense ne sont pas toujours très efficaces au long cours, car trop coûteux en énergie. Les symptômes peuvent réapparaître de plus en plus souvent et faire craindre des troubles de l’humeur, s’ils deviennent chroniques.

 


 Deuxième tableau clinique : L’absolu de l’innocence et les crises impulsives de virilisme hargneux


 

 

1/ L’absolu de l’innocence :

 

 

Regardons maintenant le tableau clinique qui est strictement l’inverse du précèdent. C’est une réaction inhibitrice permanente, qui va occuper maintenant le devant de la scène. C’est celle de la pudeur fondamentale et du plaisir de l’ innocence. « Cachez ces signes masculins de mon corps, qui, d’ailleurs, n’existent pas ! », va être la devise quotidienne de ces personnes bloquées en pudeur complète et, surtout, contentes de l’être. Il s’agit d’une conduite d’évitement plaisante envers tout ce qui pourrait leur rappeler leur moi sexué, ici de type masculin. Il y a refuge complet dans l’inhibition asexuée absolue. Il y a un profil bas spontané et satisfait vis à vis de tout affichage de sexuation corporelle. C’est l’amour de soi naïf, en retrait du monde de la sexuation corporelle. C’est la position de l’innocence, au sens de l’absence spontanée de volonté virile. Il n’y a pas atténuation de la virilité, comme dans le neutralisme, il y a refoulement du problème de la sexuation des corps, considéré comme créant trop de séparation entre les humains.

Cela peut être de se trouver toujours trop jeune pour être concerné vraiment par la construction posturale d’un corps sexué masculin. Cela peut être, d’une autre façon, de se trouver très vite trop vieux pour que cela concerne vraiment encore la personne. L’angélisme est une réaction à une inadaptation foncière à la vie réelle sur Terre. On y reste foncièrement désincarné ou peu incarné. Les tentatives de sexuation du corps sont trop vite considérées comme impossibles d’emblée. Cela peut être conforté par des courants mystiques ou sociaux privilégiant l’inhibition posturale plutôt que la conquête trop hasardeuse du monde. C’est une position primaire affective d’innocence, qui peut toutefois devenir vite un moyen de défense, par raidissement foncier face au risque de surgissement horrible des crises de virilisme hargneux.

 

 

2/ Les impulsions incontrôlées de virilisme hargneux :

 

 

Ce sont des crises d’impulsivités vraiment pénibles. Elles surgissent chez ces personnes innocentes, peu ou pas concernées par la sexuation des corps. Ces crises symptomatiques sont des accès insupportables de virilité caricaturale. Les traits masculins deviennent les plus péjoratifs de cette masculinité. Une personne qui développe, d’habitude, une voix douce et asexuée, va soudainement se mettre à hurler d’une voix dominante, par de quasi-aboiements ou hurlements. Ou bien, c’est sa gestuelle qui va évoquer ce qu’elle va vivre comme une possession d’elle-même, par une virilité mauvaise, où elle perd son innocence et son inhibition foncière. Que l’on pense aux impulsivités de bander de façon caricaturale ses muscles, de se caresser de façon compulsive une barbe plus ou moins imaginaire, de rouler les yeux de façon effrayante, de taper souvent sur la table brusquement, de sortir inopinément des couteaux ou des armes quelconques, de façon déplacée. Ces impulsivités peuvent être de prendre, soudainement, un accent de noblesse trop affectée et de supériorité involontaire et sarcastique, voire cynique, avec une attitude agressive, menaçante, qui évoque les attitudes supputées de dictateurs ou de tyrans.

Cela décontenance la personne elle-même, qui ne sait plus où se mettre de présenter de tels échappements. Ce critère est important pour repérer de tels symptômes. Cela dit, lors des symptômes eux-mêmes, elle ne manifeste pas beaucoup d’émotion, puisque nous nous situons précisément lors d’un effondrement affectif. C’est l’autre qui a peur des hurlements et des menaces. C’est le témoin qui est choqué. La personne, elle-même, tentera souvent de se raidir dans une inhibition encore plus innocente pour essayer d’empêcher de tels symptômes de survenir, avec l’utilisation de médicaments sédatifs, de drogues ou d’alcool si besoin. Cela sera possible jusqu’au jour où l’échappement deviendra chronique, quand le moyen de défense s’effondrera durablement. Par exemple, il deviendra durablement un hurleur insupportable, éclatant à la moindre frustration qui l’empêche de rester à l’abri du masculin.

 


 Troisième tableau clinique : Le caméléonisme postural et les crises anxieuses d’indignité masculine


 

 

1/ Le jeu passionné des déguisements masculins (caméléonisme) :

 

 

Une autre affirmation posturale est celle du « moi sexué intime ». Quand on construit une maison, à partir du plan initial, on peut avoir une maison réalisée effectivement : c’est celle, ici, de la posture virile, dont nous avons vu la clinique dans le premier tableau clinique. On peut construire aussi différentes maquettes qui créent un jeu des possibles, une affirmation des possibilités virtuelles. C’est le jeu propre du « moi sexué intime ». Ce jeu de virtualités peut s’exprimer dans l’intimité, où il n’y a pas d’exposition à l’entourage. C’est, en effet, un pôle duel, discret, alors que le pôle de l’affirmation virile est un pôle ternaire, nécessitant un entourage extérieur comme témoin. Le « moi sexué intime » se retrouve normalement dans les déguisements et essais de style masculin que l’on peut pratiquer chez soi, caché, en toute discrétion, avec grand plaisir, y compris pour les personnes ayant un corps biologiquement femelle. On y explore sans fin ses variantes masculines possibles, y compris les plus incongrues.

Il existe aussi une façon d’amplifier ce jeu de virtualités en pratiquant du caméléonisme. Le caméléon sait se cacher en se rendant invisible dans son environnement, en se fondant dans le décor, en disparaissant sur place. La personne caméléon devra, pour passer inaperçue, prendre une identité masculine standard, selon le milieu où elle se trouve. Cette identité sera forcément variable, car différente selon la situation du moment. Il n’est pas nécessaire d’être un escroc pour s’habiller d’uniformes divers qui permettent de passer inaperçu par rapport aux standards attendus par l’environnement. L’exagération d’autonomie du « moi sexué intime », c’est de ne pas être du tout remarquable et de se retrouver, comme cela, insaisissable. C’est une exagération du plaisir de passer inaperçu dans l’environnement où l’on se trouve et de pouvoir changer d’aspect autant que nécessaire pour cela. La personne va se déguiser sans cesse, en prenant comme costumes et manières d’être, gestes et paroles que l’entourage attend de lui spontanément. C’est un caméléon de type masculin, dont le plaisir fondamental, primaire, est cette capacité d’adaptation ultra-rapide. Cela peut aller jusqu’à être génial dans un milieu de génie, s’il le faut, comme pour le philosophe Michel Foucault. Cela reste, toutefois, des postures masculines de dissimulation. Nous ne sommes pas dans un problème de personnalités multiples.

Devant les risques d’effondrement de cette posture discrète, ce comportement fuyant de banalisation complète va pouvoir être surinvesti secondairement comme moyen de défense contre le risque d’apparition du symptôme de culpabilité morale aigüe. Il devient alors de plus en plus investi, jusqu’au jour où l’effondrement devient de plus en plus fréquent, voire complet.

 

 

2/ Les crises anxieuses d’indignité masculine :

 

 

Ce sont des crises d’idéalisation, tout à fait horribles par les angoisses morales inopinées qu’elles provoquent. Ce sont elles qui se rattachent aux crises dissociatives, en général, comme toutes les crises d’angoisse. Le pôle logique le plus opposé à celui de l’action si particulière du caméléon, c’est celui, inhibiteur, du « moi idéal sexué ». C’est celui de la critique cognitive. Il permet de juger si les buts du « moi sexué intime » ont été atteints ou non ou s’ils sont trop investis et illicites. Chez le caméléon, ce pôle moral est désinvesti d’habitude. Le plaisir du caméléon, c’est de pratiquer ce camouflage de façon permanente, sans trop tenir compte du licite de sa position. Ce pôle moral va pouvoir ressurgir chez lui de façon spécialement douloureuse, par retour du refoulé, en des crises insupportables de doute anxiogène. Vont alors être remarquables des culpabilités irraisonnées et incontrôlables, des remords éprouvants et inouïs, des réflexions impératives d’incapacité totale et de non-valeur de la personne elle-même. C’est le doute aigu de sa propre valeur masculine dans des ruminations affreuses. C’est le sentiment aigu d’une inadaptation foncière de la personne comme homme, quel que soit le milieu où elle se trouve. Il y a le sentiment d’un échec de toute capacité de coller à une image masculine quelconque, même si elle est absolument banale. Ce symptôme de culpabilité morale aigüe, d’indignité complète, va torturer une personne qui se définit habituellement comme une personne masculine absolument standard et normale, tout à fait banale et passe-partout. Cela en augmente beaucoup le côté insupportable. Ce doute angoissant va devenir torturant, si les modes de défense ne tiennent plus le coup, d’abord par crises morales inopinées, puis de plus en plus présentes et chroniques.

 


 Quatrième tableau : L’idéalisme viril hyper-critique et les tics de lâchages sexués


 

Parcourons maintenant le quatrième tableau clinique, qui est exactement l’inverse du précédent :
- c’est le « moi idéal sexué », qui est maintenant trop investi de fond ;
- c’est le « moi sexué intime », qui ressurgit en symptômes insupportables, les tics sexués.

 

 

1/ L’idéalisme viril hyper-critique :

 

 

Le pôle du « moi idéal sexué » est un pôle critique, qui utilise un trait prédominant pour subordonner tous les autres contingents. Il réfléchit une personne masculine de l’intérieur, comme une personne féminine pourrait le voir de l’extérieur. Il privilégie un trait « phallique » légitime à ses yeux, qui subordonne tous les autres traits corporels. C’est un pôle capable de critiquer, non seulement le style postural affirmé de la personne, mais surtout le style de toutes les possibilités réalisables du « moi sexué intime ». Il va juger si les buts de ces possibilités sont vraiment légitimes et justes, à partir d’un critère moral personnel prédominant et rigide. Le filtre, qui vient en position tierce pour réaliser cette opération cognitive, est un filtre moral. Il va donc empêcher tout ce qui ne serait pas trop « normal », au risque de ne pouvoir s’adapter aux changements d’environnement et de ne pouvoir explorer toutes ses possibilités.

C’est un pôle qui peut devenir hyper-critique, par exagération trop plaisante de son fonctionnement inhibiteur. L’hyper-moralité oblige la personne à se regarder sans cesse, afin de perfectionner le degré atteint de virilité souhaitable et légitime. Cela peut aller du regard intérieur, dans des cogitations sans fin sur sa bonne valeur, au retour au regard extérieur collant au miroir, où l’on s’applique à se peigner et à corriger sa tenue inlassablement, aux enregistrements sonores et vidéos de soi-même, sans cesse à recommencer et à faire évaluer sur internet. Ce criticisme évaluateur névrotique devient la préoccupation plaisante la plus importante de la personne. Sa vigilance s’exerce d’abord sur le pôle le plus opposé logiquement à lui, le pôle du « moi sexué intime », car c’est le pôle le plus mouvant et le plus susceptible de déraper. Ce criticisme moral absolu, comme mode de défense, absorbe la personne dans une « réflexion » spéculaire infinie. C’est la porte ouverte à son effondrement moral dans des symptômes de tics sexués, qui sont des retours du refoulé absolument malencontreux.

 

 

2/ Les tics de lâchages sexués :

 

 

La rétention cognitive trop idéaliste peut s’effondrer en crises ignobles spectaculaires. Ce sont des fuites impérieuses prenant l’aspect de tics de lâchage éprouvants. Les tics, comme échappements du pôle hyper-moral, peuvent se retrouver dans tous les registres du psychisme. Ici, ils se caractérisent spécialement par une virilité idéale mise à mal dans des actes dégradants. Leurs aspects dépendent du trait « phallique » idéal privilégié au départ par la personne. Il peut s’agir de tics d’enlaidissement, comme les tics faciaux vulgaires ou « sardoniques », moqueurs ou de soudaines attitudes grotesques anti-viriles ou d’une virilité de bas-niveau. On peut trouver des symptômes d’avilissement comme des raclements de gorge horribles, l’émission de coassements ou de bruits d’animaux incongrus, des répétitions saugrenues de mot, des toussotements itératifs plus ou moins répugnants, voire des incontinences diverses, qui contrastent avec la noble tenue habituellement recherchée. C’est le cas des souillures inopinées avec fuites de salive, gros mots salaces et phrases grossières, mictions mal placées ou pertes de pets au mauvais moment. Il peut s’agir aussi de grattages et de gestes sexués vulgaires, comme des compulsions de se toucher les parties, les siennes ou celles des proches. Ces gestes ne peuvent que déshonorer celui qui se retrouve les effectuer bien malgré lui. Enfin, peut apparaître la nécessité soudaine de s’habiller de façon frustre ou dépenaillée ou même de prendre une posture féminine caricaturale, sans aucun plaisir ni intention.

Sur le moment, ces tics et ces vulgarités ne sont pas vraiment très conscients, puisqu’ils résultent d’un effondrement des capacités cognitives idéales de rétention. La personne tiqueuse s’en aperçoit souvent une fois l’effondrement effectué, comme un ratage incongru et malheureux. Les conséquences morales, qu’ils occasionnent, les rendent vite absolument odieux pour elle. Si elle s’en aperçoit avant que le tic ne soit complètement terminé, elle peut accentuer son geste pour le banaliser en geste plus ou moins compréhensible. Là aussi, les symptômes ne sont pas toujours bien retenus ou déguisés. Ils peuvent même devenir chroniques, comme dans le « syndrome de la Tourette », qui possède une certaine causalité génétique et qui peut devenir vraiment invalidant.

 


 Conclusion


 

Idéalement, chaque tableau clinique suit sa logique propre, mais des tableaux plus complexes peuvent survenir. On peut évoquer l’association de modes de défense et de symptômes appartenant à deux tableaux cliniques à la fois :
- effondrement double des capacités posturales en général,
- incapacité double des réactions globales d’inhibition,
- perte des doubles capacités de tenir l’investissement des pôles ternaires
- incapacité double de tenir la fonctionnalité des pôles de valence duelle.

Le clinicien comprendra vite la possibilité de cette complexité, s’il reste près du terrain de l’infinie misère humaine. Il possède, maintenant, les moyens d’aborder scientifiquement cette souffrance, à partir des descriptions que nous venons de faire. Pas de possible « prescription du symptôme » thérapeutique, si l’on n’en comprend pas la logique. Connaître des tableaux cliniques ne doit surtout pas aboutir à les figer, à les réifier. Cela doit permettre d’élaborer les moyens de les dissoudre et de les empêcher de devenir chroniques. Cela peut nécessiter de les remobiliser, s’ils se sont déjà trop installés.

La personne masculine présentant de tels symptômes, pourra, elle aussi, en comprendre le sens et les moyens de les dépasser avec son thérapeute. Il s’agit de ré-investir, consciemment et librement, le pôle trop délaissé et devenu si douloureusement symptomatique. Comprendre la clinique est toujours une manière de trouver ou de retrouver de l’espoir.


 


> Passons maintenant à la clinique de la féminité

 

 

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