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Le corps sexué et ses variations

2/ Le corps sexué : masculinité, féminité, androgynie, neutralisme

D 28 octobre 2013     H 14:01     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 

Déjà paru :
1/ Le corps sexué : position du problème

 

 


 

 

 


 Introduction


 

Pour aborder la clinique et les atteintes du corps sexué, il nous faut établir comment fonctionne ce corps sexué. Cela nous donnera les clés logiques de ses dysfonctionnements. Il nous faut partir de la fonctionnalité propre du corps sexué, dans le cadre des oscillations équilibrantes de l’homéostasie des êtres vivants et des échecs de cette homéostasie. L’homéostase, c’est la régulation biologique équilibrante par des forces contraires. Il n’y a pas de thermostat central ; c’est un caractère très important. Un organisme maintient un équilibre interne de façon homéostatique, mais il se maintient aussi en équilibre avec les contraintes externes. Tension et équilibre, c’est là que le psychisme assure le meilleur de son rôle. Il se dégage du collage aux nécessités internes, mais aussi aux contraintes externes, par une fonctionnalité oscillante de divers registres. Ces registres se superposent pour s’étayer, les uns avec les autres. Il y a une possible entraide mutuelle découlant de leur composante logique similaire. Ils « résonnent » ensemble. La seule touche personnelle que j’amène sur ce site, c’est de concevoir l’homéostase comme nécessitant l’utilisation, non pas d’une logique bivalente, mais d’une logique tétravalente, à quatre pôles. Elle permet à une double oscillation de se maintenir plus facilement qu’une simple opposition dialectique.

Le corps sexué a une fonctionnalité remarquable, une danse tétravalente. Elle découle de la superposition de deux registres psychiques entrant en résonance :
1/ le registre de la relation narcissique ; il permet la formation d’un corps propre « massique », dans ses équilibres dansants ;
2/ le registre de la relation plus proprement sexuée ; c’est la clé de voûte qui permet à l’enfant d’intégrer le « manque » comme supportable psychiquement dans des oscillations typiques.

 


 

Dans le modèle tétravalent, il y a bien deux sortes d’oscillations remarquables. Elles permettent la danse psychique, selon des vibrations pseudo-périodiques et souples, se passant entre quatre pôles d’opposition. Les propositions de la logique tétravalente [1] dérivent de réductions successives d’une proposition quelconque que nous appellerons « ainsi » , du latin in sic. Elle est elle-même obtenue par réduction logique ¬ S d’une toute potentialité. Les réductions logiques, qui en résultent, sont rendues traditionnellement par la formule de l’Ainséité : « ainsi / non-ainsi / ainsi et non-ainsi / ni ainsi ni non-ainsi ». Aristote a critiqué bêtement cette formule en tant que sophisme. Il a imposé une logique bivalente hyper-réductrice qui a eu le succès que l’on sait. Or, la formule pluri-millénaire de l’Ainséité ne prend pas parti entre ce qui peut relever de « l’avoir » ou de « l’être ». C’est son grand avantage. Elle n’a pas besoin d’un « tyran » imposant le choix. La pensée contemporaine a tout intérêt à la remettre en valeur pour échapper à l’hyper-réductionnisme aristotélicien. Ce dernier se révèle bien insuffisant aujourd’hui pour aborder la complexité du réel et, notamment, celle du réel psychique. Nous éviterons de cette façon de nous poser le débat entre « avoir un corps sexué » ou « être un corps sexué ». Nous resterons en amont de cette distinction inutile.

 

Les correspondances entre pôles logiques :

 

Logique tétravalente ¬ S ¬ ¬ S ¬ (S et ¬ S) ¬ (¬ S ou ¬ ¬ S)
Ainséité ainsi non-ainsi ainsi et non-ainsi ni ainsi ni non-ainsi
Corps massique moi moi idéal moi discret affect
Corps sexué moi sexué idéalisation sexuée moi intime pudeur
Sexualité Eros Philia Agape Ataraxie

 

Je vais détailler les quatre superpositions logiques des pôles vibratoires de ces deux registres psychiques. La double dialectique qui en résulte, sera marquée par les petites flèches des schémas qui vont suivre. Elle nous donne les clés de la clinique, quand les oscillations se bloquent. Les petites flèches équivalent à un slash de tension et d’équilibre entre :

  • « ainsi » / « ni ainsi ni non-ainsi »
  • « ainsi et non ainsi » / « non ainsi »

 


 


 L'affirmation d'un moi sexué


 


 

Nous allons commencer par le premier pôle de superposition qui est celui du « moi sexué ». Il superpose le « MOI » avec « EROS ». Ces deux pôles sont les équivalents logiques, dans leurs registres fonctionnels d’origine, de la proposition logique ¬ S, celle qui correspond à « l’ainsi » de la formule. C’est possible de le faire si l’on considère que ce qui crée « Eros » est la relation au « manque ». Le psychisme peut danser avec le manque dans la relation sexuée. Ici, c’est une acception particulière de ce manque puisqu’il porte, par un abord auto-érotique, sur le corps propre de la personne. Ce manque devient, concrètement, un caractère du corps autonome de cette personne. Cette personne porte corporellement un manque. Le manque ne pré-existe pas, il se crée par l’opération logique utilisée. Nous obtiendrons de cette façon les postures masculines, féminines, androgynes, neutralistes. Elles déclinent les diverses façons utilisables par une personne pour déterminer le manque. Je les exposerai dans cet ordre, mais ce n’est certainement pas pour introduire une notion de valeur entre ces postures. Elles ont toutes une même valeur intrinsèque, celle de permettre une affirmation posturale d’un « moi sexué ».

Nous commencerons par deux cas de figure très communs, qui expriment deux affirmations érotico-moïques du corps bien connues, celle de la masculinité et celle de la féminité :

 

 

  • Un corps « masculin » peut s’affirmer, si ce qui porte le manque dans le corps de la personne est considéré comme le féminin. Il y a disparition posturale appuyée de ce qui pourrait rappeler le féminin de la sexuation biologique. On y estompe au maximum la possibilité du féminin dans les traits mis en avant de son corps personnel. En conséquence, il y a accentuation de la masculinité dans ce qui singularise le corps de la personne choisissant cette posture. Chaque enfant « masculin » qui construit cela le fait à sa manière, avec sa façon créative propre, car les corps ne sont pas uniformes, du point de vue biologique. Il peut souvent le faire en s’aidant, en s’étayant, d’éléments sociaux de « genre » à ce propos. Rappelons que les éléments de « genre » ne sont prépondérants socialement que dans les sociétés autoritaires, de classes, de castes, voire totalitaires. Cela comprendra les sociétés collant à un système de mythes et de méta-discours. En ce qui nous concerne, dans nos sociétés occidentales, nous n’avons affaire qu’à des modes ou à des préconisations. Elles sont récupérables par qui veut les utiliser. Ici, nous avons une affirmation de type « viril ». Wikipédia - Virilité : À côté du terme générique homo (l’être humain, terme qui s’applique donc aux femmes et aux hommes : homo sum - je suis un homme, dans le sens un être humain), le terme vir désigne le mâle (dérivant lui-même du sanskrit vira signifiant : « héros », « fort »), avec les spécificités qu’on lui attribuait par opposition à femina, la femme (radical indo-européen : dheH1, allaiter, enfanter), terme auquel se rattachent des termes comme filius (fils), felicitas (bonheur), ou encore felix (fécond, heureux). Ce terme, vir, est lié au mot virtus (vir-tus), qui signifie, non pas la vertu au sens moderne, mais l’ensemble des qualités qui « font la valeur de l’homme moralement et physiquement » : les mérites, les talents, la vigueur et la bravoure. Tout ce qui, corporellement, peut évoquer ces valeurs traditionnelles, peut être récupéré et utilisé pour construire le « masculin ». Cela n’empêche pas certains d’essayer des manières beaucoup plus originales, comme le font depuis toujours les « transgenres », si leur société ne les persécute pas. Les hommes transgenres partent d’un corps biologiquement femelle pour affirmer un « moi sexué » de type masculin. Ils sont, sous cet angle, les plus hardis des hommes et doivent développer une inventivité particulière pour y arriver.

 


 

  • Une « fémininité » peut s’affirmer, si ce qui est considéré comme devant manquer à son corps est le masculin. On y atténue les traits masculins au possible et on dénie la possibilité d’une telle affirmation posturale. C’est le contraire du précédent. L’enfant « féminin » y renforce ce qui évoque la féminité dans le corps singulier qu’il possède, selon la conformité de chaque corps. De même, il récupère souvent des éléments sociaux de « genre » pour mieux accentuer le contraste corporel sexué, tout en gardant la possibilité du génie créateur de chacune. Wikipédia - Féminité : Les attributs plus spécifiques à la femme seraient : l’accueil, la réceptivité, l’altruisme, la tendresse, l’empathie, la sensibilité, la délicatesse, la patience, la compréhension et la collaboration. Le féminin accueille ce qui est sans jugement. Les qualités du féminin sont amour, union, fusion, générosité, tendresse, compassion. Tout ce qui, corporellement, peut évoquer ces valeurs peut donc être utilisé pour construire le corps « féminin ». Cela n’empêche pas certaines d’essayer des manières beaucoup plus originales et créatives, comme le montrent, là aussi, les « transgenres », quand elles le peuvent. Les femmes transgenres partent d’un corps biologiquement mâle, pour affirmer un « moi sexué » de type féminin. Elles sont souvent les plus décidées des femmes et montrent une inventivité particulière à ce sujet. Notons que les transgenres commencent à se faire reconnaître légalement en tant que tels. HUFFPOST du 11/06/2013 : « Au Népal, la cour suprême a ordonné au gouvernement d’ajouter une troisième catégorie aux passeports pour que les personnes transgenres n’aient plus à se définir comme homme ou femme. ». Cela peut être aussi, de la part des autorités, une manière de les confondre avec les androgynes et de ne pas les reconnaître comme tels. Cela reviendrait à ne pas admettre la construction narcissique du corps sexué.

 

Ces deux manières communes de réaliser ce corps sexué ne sont toutefois pas les seules possibilités de réaliser cette opération de superposition et de résonance entre registres. Il existe deux autres possibilités, moins fréquemment décrites, de postures d’affirmation d’un « moi sexué ». Moins décrites ne veut pas dire moins fréquentes. La troisième possibilité est l’androgynie, qu’il ne faut pas confondre avec le rare hermaphrodisme. La quatrième possibilité est la neutralité volontairement recherchée et affichée, sous forme d’un neutralisme :

 


 

  • Une position « androgyne » est une autre voie possible d’affirmation d’un corps sexué. La personne considère qu’en maintenant et en développant de manière égale des traits appartenant aux deux sexes biologiques, elle pose que chaque type de sexuation biologique est insuffisant et inachevé. Le manque se dévoile par cet inachèvement même, puisqu’il faut le renforcement de la présence de l’autre sexuation biologique, par rapport à celle qui est déjà souvent naturellement prédominante. Il n’y a pas besoin, pour se décider androgyne, de partir d’un corps qui serait biologiquement considéré comme hermaphrodite d’emblée, ce qui reste rare, même si cela peut exister [2]. Voir sur Wikipédia : Intersexuation. Chaque corps comporte des éléments communs divers, qui peuvent être développés pour brouiller les cartes distinctifs de la sexuation naturelle. Une masculinité « efféminée » ou une féminité « masculinisée » feront tout à fait l’affaire. Des éléments vestimentaires ou de style peuvent, de même, être récupérés à ces fins. Dans une démocratie ou une société libérale, ce choix peut-être assumé et revendiqué sans problème majeur aujourd’hui. Les attitudes et vêtements sexués traditionnels se transmettent facilement aux différents sexes biologiques. L’androgynie est une position de choix de corps sexué, par la mise en valeur de ce qui persiste de plus commun aux deux sexes biologiques, position tout à fait réalisable et astucieuse. Cela ne recoupe pas le débat actuel de savoir si la bisexualité serait l’orientation sexuelle naturelle de l’être humain. Nous ne sommes pas dans la pratique d’une sexualité relationnelle, mais dans la façon dont une personne se donne une posture de corps sexué. Remarquons, au niveau du vocabulaire, que l’androgynie est une posture moins mise en valeur aujourd’hui que celle des « trans », à laquelle elle est souvent un peu vite assimilée ! Wikipédia - Androgynie : « l’androgynie … peut entrer, dans un sens large, dans la catégorie du transgenre, qui, dans une définition répandue, concerne tous ceux qui ont une identité de genre ou un comportement qui ne rentre pas dans ce qui est considéré comme typique pour leur sexe physique ». Comme le fait remarquer Donna Lynn Matthews : « Nous sommes la frange la plus externe de la communauté dite transgenres. Néanmoins, nos identités sont aussi valables que n’importe qui d’autre et nous méritons le même respect et la considération que n’importe quel autre membre de la société ». L’androgynie est une posture d’affirmation d’un « corps sexué » à part entière. Si l’on veut qu’elle soit respectée et mise en valeur dans sa créativité propre, il est utile de la distinguer.

 


 

  • Une position peu sexuée, quasiment « neutre », c’est à dire neutralisée, peut sembler contradictoire avec une affirmation de « moi sexué ». Pourtant, c’est une façon d’atténuer volontairement et suffisamment les traits de la sexuation biologique pour que le manque apparent soit celui du manque d’une sexuation franche. Le « neutralisme » n’est pas la position « androgyne ». Celle-là, au contraire, accentue le plus possible des traits sexués communs pour les rendre incomplets séparément. Cette fois-ci, dans n’importe quel corps biologiquement sexué à la base, c’est l’atténuation volontaire de traits sexués. Ils doivent rester modestes, quasi juvéniles, c’est à dire inspirés de traits pré-pubères après la puberté. Ils peuvent être rendus plus angéliques, d’une sexuation sublimée. Il peut s’agir d’une affirmation de traits plus âgés avant l’âge, si l’âge est le moment de la vie où s’estompe la sexuation biologique en général etc. Des traits sociaux, comme des modes vestimentaires, peuvent être utilisés pour cacher la sexuation biologique, même s’il faut les détourner parfois de façon exagérée. Un mouvement existe, en Occident, pour faire reconnaître aujourd’hui le genre neutre comme un genre légal normal. Direct-matin du 19/10/2013 : « Norrie May-Welby, de nationalité australienne, est devenu(e) la première personne « neutre » du monde. Après trois ans de combat juridique, la Cour d’Appel de Nouvelle-Galles du Sud a prononcé la possibilité de cocher un troisième genre sur les actes de naissances, décès et mariages. Un nouveau pas vers la reconnaissance de la « neutralité sexuelle ». Après avoir changé de sexe chirurgicalement, cette personne a décidé de s’affirmer neutralisée, par une opération supplémentaire. C’est différent de la position inhibitrice d’a-sexuation que nous allons voir plus loin. Ici, il s’agit bien d’une affirmation posturale de « moi sexué », à part entière, comme « neutralisé » et non d’une réaction « d’affect pudique ». Pensons aussi à la mode islamique actuelle. Elle cache les corps sexués derrière des habits amples. Elle dissimule les visages derrière des barbes fournies ou des voiles opaques. Cela rend tout le monde « modeste » et pas seulement les femmes. Normalement, l’Islam ne veut pas d’idole ni d’icône dans son monothéisme strict. « Ni croissant, ni couleur verte, ni habit, ni minaret, ni voile ne sont des symboles de l’islam », rappelle M. Tareq Oubrou, Recteur de la mosquée de Bordeaux [3]. Une position identitaire politique actuelle utilise tout de même l’Islam de cette façon. Elle développe, à l’aide d’un style vestimentaire et de vie imposés, une telle position de corps devant se montrer peu sexué, mais aussi indifférent pour d’autres critères. Tout est alors caché : le sexe apparent, mais aussi la beauté ou la laideur, la grosseur ou la maigreur, la jeunesse ou la vieillesse, la richesse ou la pauvreté etc. Cette recherche d’un corps moins marqué de « terrestre », plus spiritualisé, est un risque de dérive autoritaire, comme on l’a souvent vu dans les tentatives analogues du passé. Cela fait toujours l’affaire du tyran, qui met tout le monde d’accord dans le rabaissement et la modestie forcée. Il n’y a que lui qui a le droit de se montrer supérieur aux autres. Le calife est là pour être absolument obéi. La tentation idolâtre peut être grande de prendre « Dieu » pour le tyran suprême, à la façon de Jupiter. Le « Lieutenant de Dieu » sur Terre se croit alors obligé d’être un despote absolu. Cela dit, la position « neutraliste » est une position tout à fait valable de « moi sexué », si celui qui l’utilise est libre de le faire et de s’y rattacher, en suivant ou non une mode existante dans le milieu de vie où il fonctionne. C’est alors un choix personnel qui joue l’atténuation ou la modestie volontaire des signes biologiques. D’ailleurs, cela peut être une façon de cacher la modestie innée de ces traits biologiques en les faisant passer pour « atténués » volontairement. Cela peut être une stratégie d’adaptation à un naturel corporel peu marqué ou peu harmonieux, mais les raisons de choisir cette posture-là peuvent être absolument autres. Le naturiste peut participer d’une mode neutraliste en décidant que, de se montrer nu, banalise tellement la sexuation de son corps, que cela le rend quasiment « neutre ». Depuis le 14 avril 2014, le nudisme est autorisé dans les parcs publics et aux bords de rivière de la ville de Munich en Allemagne. Là aussi, le génie de cette posture ne peut être apprécié que si on la met bien en valeur.

 


 Image corporelle idéale sexuée


 


 

Le pôle logique adjacent ¬ ¬ S est une réduction supplémentaire du pôle précédent. Ce nouveau pôle, doublement réduit, appelé « non-ainsi », superpose, dans une même résonance, le « moi-idéal » de la personne, qui est le pôle imaginaire réflexif issu du stade du miroir, et PHILIA, l’admiration amoureuse unitaire. Il s’agit d’un processus réflexif, imaginairement cognitif. On y accède à la pensée sur le « masculin », ou sur le « féminin », ou sur « l’androgynie », ou sur le « neutralisme ». C’est le miroir intériorisé de la posture affirmée. C’est le point de vue représentatif de ce qui était aliéné dans le pôle précédent. Il est maintenant mis en valeur, comme la photographie de ce qui a été affirmé. C’est ainsi que la personne se construit une conception idéale du corps sexué :

  • Une vision réductrice de la masculinité passe par une réflexion effectuée d’un point de vue féminin. C’est le point de vue féminin qui est censé faire miroir réducteur de la masculinité. Il va « réfléchir » la masculinité. Cette vision établit un idéal du corps sexué masculin comme se résumant à un trait unitaire. C’est, par exemple, celui du pénis capable d’érection ou toute autre marque distinctive présumée probante pour une femme. Cela donne une parole métaphorique centrée sur un trait prédominant duquel découlent des éléments secondaires subordonnés en cascade. Elle est dite en « secteur », avec une tête de chapitre, des sections, des sous-sections etc. La pensée discursive « masculine » est, elle-même, une parole intérieure hiérarchisée et structurée en secteur. Elle découle d’un signifiant majeur, comme pourrait le voir une femme de l’extérieur, en miroir. Le génie masculin est dans la robustesse d’une telle construction conceptuelle, guidée par une prévalence servant d’ancrage.

 


 

  • Une vision réductrice de la féminité passe, elle, par la réflexion censée découler d’un point de vue masculin. Elle établit un idéal du corps sexué féminin comme se résumant à un ensemble de traits typiques. Ceux-ci ressortent du corps en plusieurs endroits. Ils sont réunis par des traits communs fournissant une unité. Cela donne une pensée métaphorique éclectique, fonctionnant en « réseau ». Elle est capable de corrélations intelligentes, au-delà des corrélations peu évidentes à première vue. La parole féminine en « réseau » utilise des boucles d’éléments, s’imbriquant les unes aux autres par des liens internes communs, sélectionnés à cette fin. La pensée discursive « féminine » est une parole intérieure, capable d’assembler des éléments divers, par une structure de réseaux de signifiants partagés par les différents éléments de l’image, comme le verrait un homme de l’extérieur, en miroir. Le génie féminin est dans la finesse des liens trouvés et choisis entre des éléments apparemment épars.

 


 

En effet, on peut créer une image représentative, soit par un contenant entourant et rassemblant des éléments internes divers, comme un sac où sont placés des éléments subordonnés, soit par un lien interne d’éléments divers et épars, mais réunis par un ou plusieurs traits remarquables présents dans chaque élément de l’ensemble. Ce sont deux opérations réflexives structurées. Elles sont de valence ternaire, car il y faut une règle du jeu qui soit posée en situation tierce, qui serve de référence. Il faut une règle idéale qui est, ici, celle du secteur ou celle du réseau. Cette sur-réduction de ce pôle psychique est le prix à payer pour créer une image idéale sexuée.

Ces deux manières de « réfléchir » ne sont pas les seules. Une démarche analogue permet la réduction de la position hypersexuée, d’affirmation « androgyne » ou de la position peu sexuée, c’est à dire d’affirmation « neutraliste » :

  • Pour être capable de « réfléchir » une position androgyne, il faut se placer de manière à voir la double sexuation biologique de l’extérieur et son incomplétude naturelle foncière. Il faut donc une pensée analytique qui juge du niveau de différenciation de la sexuation biologique et de la manière d’arriver à la corriger d’un point de vue idéal, bien que cela ne soit jamais complètement atteint. Le génie cognitif androgyne se trouve dans ses capacités importantes de « déconstruction » par l’analyse et de reconstruction pragmatique améliorante. Ce génie critique est à la mode actuellement depuis les développements de la philosophie analytique dans sa démarche de « clarification logique de la pensée » et le développement du « logicisme » [4], du « cognitivisme » [5] et des catégorisations logico-métaphysiques actuelles.

 


 

  • Quand aux capacités réflexives des « neutralistes » élaborant leur pôle corporel idéal sexué, la manière de voir du dehors, c’est à dire de réfléchir à cette atténuation de sexuation corporelle, nécessite de bien comprendre ce qu’est la sexuation biologique. Il faut une pensée dénonciatrice de la nécessité d’avoir un corps sexué obéissant à la biologie. Cette pensée ne doit pas être « non sexuée » en soi, mais au contraire très au fait de la sexuation en général. Elle doit pouvoir juger du résultat peu sexué obtenu dans l’affirmation neutraliste du « moi sexué ». Elle doit arriver à ne pas limiter l’humain à ses déterminismes biologiques, non plus de « genres » sociaux d’ailleurs. Elle doit trouver les moyens d’y échapper en prenant de la distance à partir d’un point de vue plus général. Cela nécessite une pensée globale de « l’échappement » mais qui reste basée sur l’expérience. Cette pensée est globalisante, généraliste, synthétique et non analytique comme la précédente. Elle doit juger, au nom de l’idéal, de la réussite plus ou moins valable de cette position affichée de neutralité. Elle doit lutter contre la tyrannie des déterminismes, qu’ils soient biologiques, sociaux, d’empreinte éthologique ou de modalités sexuelles. Le génie de la « neutralisation » est dans ses capacités conséquentes de synthèse et de distance. Il sous-tend la philosophie « continentale » plus intellectualiste avec, selon Heidegger, « une ouverture à l’être qui précéderait toute catégorisation logico-métaphysique et qui serait donc plus fondamentale, plus profonde ». C’est l’empirisme opposé au pragmatisme concret des androgynes. Cet empirisme est souvent mis au service de l’Egalité des êtres humains, comme dans la mode islamiste. En Suède, pays que le Forum économique mondial avait désigné en 2010 comme le pays le plus sexuellement égalitaire du monde, remarquons l’effort actuel de ceux qui veulent promouvoir l’utilisation d’un pronom « neutre » (hen) pour remplaçer « il » (han en suédois) et « elle » (hon) ! Les mêmes personnes préconisent de préférer des prénoms attribuables indistinctement aux deux sexes (actuellement, il existe 170 prénoms suédois unisexes). L’empirisme fonctionne toujours au principe d’économie.

 


 


 Le corps sexué intime


 


 

En utilisant la métaphore de la construction d’une maison, il y a bien différentes manières de la photographier et d’en garder une archive mnésique : en secteur, ou en réseau, ou de façon analytique, ou de façon synthétique, comme nous venons de le voir. Pour passer au troisième pôle logique de superposition des registres ¬ (S et ¬ S), nous devons maintenant comprendre qu’établir ce genre de représentation imaginaire réflexive n’est pas la même chose que de réaliser l’esquisse ou le plan de la maison, ce qui donne une maquette en trois dimensions. Nous sommes maintenant dans un autre genre d’action, qui est celui du pôle logique du « ainsi et non-ainsi ». Dans ce troisième pôle, nous ne sommes plus dans une représentation structurée. C’est une forme d’action différente de celle du début où s’affirmait masculin, féminin, androgynie et neutralisme. Dans cette nouvelle forme d’action, la maquette peut évoquer des constructions très différentes en pratique. Elle garde une certaine incertitude, une certaine latitude, une indétermination foncière. C’est la caractéristique de ce troisième pôle de la construction du corps sexué, celui du « corps sexué intime ». La maquette, comme pôle d’action, se trouve même en opposition logique principale du pôle précédent de la représentation idéale structurée, celui de la photographie. La photographie représente une maison déjà constituée tandis que, discrètement, la maquette donne à voir toutes les maisons possibles pouvant découler d’elle, tous les possibles du masculin, du féminin, de l’androgynie ou du neutralisme. C’est une réduction différente qui permet au « moi discret » de se colorer de sexualité sans perdre son caractère logique propre. C’est agir avec tous les styles possibles du jeu autour de ce thème. Une jubilation oscillatoire se réalise entre l’image idéale critique et le jeu des possibles de la maquette. C’est l’oscillation « non-ainsi » / « ainsi et non-ainsi ». On peut s’y rattraper, à la limite, de la réussite plus ou moins bonne de l’affirmation effective de son corps sexué. On peut même préférer ce pôle de la maquette si l’affirmation réalisée dans le « moi sexué » n’est pas vraiment une réussite, si elle reste trop peu performante. Dans ce jeu intime de la maquette, on peut changer de style et essayer de nouveaux styles. Il ne s’agit pas, toutefois, de remettre en question le type de corps sexué que l’on a décidé de développer à l’origine. On ne retourne pas à la toute potentialité, à la totipotence d’origine. C’est une limite certaine de cette réalisation d’un « corps sexué intime ». On ne remet pas en question le choix d’origine d’être masculin, féminin, androgyne ou neutralisé. On joue officieusement dans ce pôle avec les variations possibles autour de ce choix. C’est un laisser-aller partiel.

 


 


 L'affect pudique


 


 

Le quatrième pôle logique de superposition ¬ (¬ S ou ¬ ¬ S) fait entrer en résonance l’affect avec « ATARAXIE ». C’est le pôle logique du ni ni, « ni ainsi ni non ainsi ». Ce pôle fait résonner l’affectif avec la position de pudeur inhibitrice. C’est une position psychique de retrait autour de ce qui n’est pas concerné par les manières de se construire un corps sexué. Même le « neutralisé » y devient, peu ou prou, « a-sexué », par moment en tout cas. L’absence d’orientation sexuelle est une position normale de cette superposition de registres psychiques. Elle concerne, en premier lieu, la construction du corps comme corps sexué, ici par le pôle affectif de la réserve, de la pudeur. C’est un pôle vibratoire où il n’y a pas de sexuation marquée, quel que soit le sexe biologique de la personne ou le choix de son corps sexué par ailleurs. La personne réagit comme si le choix d’un corps sexué ne se posait pas, comme si ce choix lui faisait même peur. La fixation exagérée d’une personne à ce pôle est la pente de la clinique. A part cela, cette réaction inhibitrice concerne chacun normalement, si elle reste provisoire, labile. Le terme d’a-sexuel est difficile à utiliser pour qualifier cette réaction d’inhibition. L’asexualité, comme concept, se réfère plutôt au non-désir de relations sexuelles. Wikipédia - Asexualité : « L’asexualité a aussi été définie comme un désintérêt pour le sexe ou comme une absence d’orientation sexuelle. ». C’est pourquoi, je préfère appeler ce pôle d’oscillation, celui de « l’affect pudique ». Comme ce pôle de superposition est commun à toutes les postures de « moi sexué », il existe chez chacun, qu’il s’affirme masculin, féminin, androgyne ou neutraliste. Chacun passe par des moments d’inhibition et de partages affectifs sur une base non-sexuée avec des personnes corporellement sexuées par ailleurs.

 


 

Avec ces notions descriptives, nous allons pouvoir découvrir maintenant les aspects de la clinique du « corps sexué » dans le prochain article, en commençant par la clinique de la masculinité.

 

 

 

> La suite dans l’article : 3/ Le corps sexué : clinique de la masculinité

 


 


Popularité : 6858 visites au 17/11/2015



[1Pour aborder les propositions de la logique tétravalente dans une écriture plus précise, voir l’article : Le modèle oscillatoire de la réalité psychique : un modèle transniveaux 

[2« Le Monde » du 01/11/2012 : En Europe, un nouveau-né sur 5 000 est concerné – soit, en France, environ 200 nouveau-nés par an. Dans l’hémisphère Nord, plus de 50 % des personnes touchées ont un sexe génétique féminin (XX), aux ovaires correctement différenciés, mais ayant reçu de trop grandes quantités d’hormones mâles (ou androgènes). Ce déséquilibre est dû à une maladie des surrénales : celles-ci fabriquent plus d’androgènes qu’elles ne devraient, ce qui virilise les embryons féminins.

[4« Le logicisme est la théorie selon laquelle les mathématiques sont une extension de la logique et donc que tous les concepts et théories mathématiques sont réductibles à la logique » (Wikipédia). On pourrait croire que je me situe dans une telle démarche en développant une fonctionnalité psychique basée sur les propositions de la logique tétravalente. Mais, dans le modèle utilisé ici, le psychisme n’est pas une extension, c’est à dire une application de cette logique tétravalente. Il en est une limitation fractale dans quatre registres remarquables. C’est juste un changement d’échelle qui évite de partir dans une dialectique du genre extension / intention. La conception par fractale est beaucoup plus proche de la nature générale des êtres biologiques. Voir l’article : Note sur le neurologique et le psychique : articulations et différences

[5Là aussi, nous sommes très loin, dans le modèle utilisé ici, du concept cognitiviste de « modularité de l’esprit ».

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