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Note : une autre conception du vivant est possible

D 26 août 2014     H 10:02     A Louÿs Jacques     C 1 messages


 

 


 Introduction


 

Dans notre monde voué à l’entropie, le désordre augmente et les systèmes se dégradent immanquablement avec le temps. Comment envisager, à partir de là, cette exception que serait la vie ? Ce serait un processus anti-entropique, franchement négentropique, ou ralentissant l’entropie, allant à contre-courant de l’entropie générale. La vie diminue le désordre au lieu d’en subir son aggravation. Elle maintient et développe l’information, là où tout se déglingue. Se pourrait-il que l’univers contienne une partie qui, d’elle-même, aille à rebours de sa loi générale ?

Certaines conceptions pensent ainsi la vie, en opposant bilan global et bilan local d’un système ouvert en thermodynamique. Wikipédia - Entropie : …la diminution d’entropie d’un système non isolé est possible si l’augmentation de l’entropie du milieu extérieur fait plus que compenser la diminution d’entropie de ce système. Le bilan entropique reste alors conforme à la deuxième loi de la thermodynamique et se traduit par une augmentation globale de l’entropie, assimilée à une création d’entropie qui est donc la caractéristique de toutes les transformations réelles.

Cette conception est déjà une grande avancée scientifique. Elle sort la thermodynamique d’une conception fermée, autistique, de la réalité. Elle permet de concevoir les « systèmes dissipatifs ». Peut-elle réellement expliquer la vie ? Elle condamne tout de même la vie à être une espèce de parasite du reste de l’univers physique, qu’elle dégrade encore plus pour exister et se conforter. C’est une idéologie « localiste », qui peut devenir une idéologie redoutablement délétère. Pour la contrer, il y a nécessité de revoir les bases logiques mêmes des principes de la thermodynamique. Par là, je voudrais attirer l’attention sur cette effroyable dérive de la biologie, qui tend à voir le « parasitisme » comme le sens même du vivant [1].

En effet, ces conceptions restent prisonnières du postulat d’une logique aristotélicienne, qui est une logique du type « ainsi / non-ainsi ». On appelle cette logique « aristotélicienne », car elle a été radicalisée par Aristote. Cette logique pense tout en termes d’opposition, en confondant l’habitude cognitive de procéder ainsi d’avec la réalité. Elle nécessite, de plus, une pensée par niveaux, où le supérieur garde le choix de commander l’inférieur à son profit. C’est un monisme pseudo-dualiste. C’est une façon d’arriver à penser l’humain, le summum du vivant, comme prospérant, là où le reste du monde se dégrade. Il vivrait de cette dégradation même, en l’accentuant pour son profit propre, y compris au détriment des autres vivants et, même, des autres humains. Cette vision élitiste et parasitaire de la vie était utile à Aristote pour conforter le pouvoir des tyrans. Elle est toujours présente, en philosophie, dans les théories de l’émergence. Elle décode le vivant comme un jeu de chats et de souris. Elle justifie aujourd’hui le fonctionnement techno-financier du capitalisme actuel, devenu « mondialisé », où certains humains captent la richesse d’une multitude de façon incroyable. Serait-ce des « plus vivants » que les autres ?

Il existe une autre logique, moins réductrice, pour penser autrement la vie. Elle est tétravalente, à quatre termes au lieu de deux. Si l’on rebute à l’utilisation des symboles logiques, on peut exprimer les propositions de cette logique selon la formule antique de l’ainséité :
- ainsi (du latin in sic - c’est comme ça, c’est de cette façon)
- non-ainsi (qui est une réduction supplémentaire)
- ainsi et non-ainsi
- ni ainsi ni non-ainsi

Il manque, dans cette formulation, le dynamisme des renvois, les uns aux autres, des pôles constitutifs de cette logique, marqués par les petites flèches croisées du schéma ci-dessous. C’est une conception dynamique, celle de processus en marche. Nous ne sommes pas dans le réel illusoire de structures figées, pas plus, d’ailleurs, que dans une approche morcelée, par petits bouts, de la réalité. Il s’agit de sortir du totalitarisme, mais aussi de la sophistique, où la logique tétravalente sert juste à pratiquer un judo mental, utile à se dégager de l’emprise moniste pseudo-dualiste ou de l’idéologie dualiste, séparant trop l’âme du corps. C’est sous cette forme de judo mental apophatique que la logique tétravalente a été transmise en Orient et a servi à fonder le bouddhisme Mahāyāna, sans doute à la suite des apports des royaumes grecs orientaux. En Occident, par contre, les philosophes n’ont eu de cesse de démolir les sophistes. Platon porte une lourde responsabilité à ce sujet, déjà avant Aristote et ses « Réfutations sophistiques ». La réalité est bien structurée, mais par une structure tétravalente mobile, évolutive, de nature fractale et oscillatoire. Le vivant, lui, est basé sur les régulations « homéostatiques », le jeu des contraires, indissolublement liés et en ré-équilibre permanent. C’est la démonstration de l’existence du pôle « ainsi et non-ainsi ». C’est le fondement de la biologie.

 

 


 Le commensalisme dans le vivant


 

Cette logique tétravalente permet d’élaborer une autre façon de comprendre la réalité du vivant. L’idée générale, c’est celle du commensalisme. C’est une idée qui vient de la biologie elle-même. Il y a des êtres vivants qui sont des commensaux des autres. Ils se distinguent de leur hôte, dont ils vivent la même vie, déjà en « mangeant » la même chose que leur hôte, dans un partage involontaire. Commensal vient étymologiquement du latin cum, avec et mensa, table, mais cela ne se limite généralement pas à la nourriture. Le commensal profite de son hôte sans entrer en confrontation avec lui. Son hôte lui sert de biotope, sans qu’il en abuse. Le commensal reste sous le charme de son hôte et ne le dégrade pas. Il ne s’oppose pas à lui et le respecte, tout en profitant de la situation. Exemple : les bactéries de l’intestin comme commensales de l’homme. Elles bénéficient d’une certaine protection vis à vis des agressions externes, d’une bonne nourriture, d’une température quasi constante, d’une humidité utile, d’un moyen de déplacement et de diffusion efficace (comme pour les rémoras attachés aux requins) etc.

> Lire l’article : La relation hôte-microbiote : une insondable symbiose  ? par Philippe SANSONETTI : L’homme est donc un « hybride mammifère-microbe », un « super-organisme », notre microbiote excédant respectivement d’un facteur 10 en nombre de cellules et 150 en nombre de gènes le nombre de cellules somatiques et germinales composant notre corps et le nombre de gènes actifs composant notre génome.

La vie profite, comme cela, de cette possibilité logique non aristotélicienne, qui s’écrit : « ainsi et non-ainsi ». Le commensal fait partie de l’ « ainsi » de l’hôte, en étant non séparable de lui. En même temps, il s’en distingue comme un être vivant à part entière : « non-ainsi ». Il allie les deux propositions logiques. Il profite de son hôte comme biotope, mais il n’en profite pas comme proie.

L’hôte est aussi une espèce vivante, résultant des réductions possibles de la vie. La vie, en général, subit une « spéciation » par effet réducteur en multiples branches. Ce sont les espèces, dont on ne connaît pas encore tous les représentants. Dans toutes ces branches, il y a des espèces qui vont devenir des hôtes et des espèces qui vont devenir commensales. Le commensal est, comme son hôte, un être vivant, avant toute différentiation des espèces. Nous touchons là à une quatrième proposition logique, qui s’écrit : « ni ainsi ni non-ainsi ». L’hôte, comme le commensal, c’est du vivant, avant toute spéciation.

Il nous faut les quatre propositions de cette logique non-aristotélicienne, tétravalente, pour comprendre le commensalisme en biologie. Le commensal profite de l’hôte, mais ne perturbe que marginalement son hôte. Les crustacés cirripèdes ne modifient pas significativement l’hydrodynamisme des baleines. Les renards mangent les détritus des hommes en ville, mais s’arrangent pour ne pas être trop visibles. [2]

Le parasitisme, par contre, c’est quand un petit animal vit au détriment d’un plus gros, tandis que la prédation caractérise le comportement d’un gros au détriment d’un plus petit. L’humain est capable des deux ! Ces agressions ont été considérées comme un moteur important de l’évolution des espèces, dans une course infinie aux armements entre parasites/prédateurs et victimes. C’est considérer que la compétition/coopération pour les ressources disponibles n’est pas suffisante pour obtenir un perfectionnement des êtres vivants. La logique aristotélicienne des antagonismes empêche de voir le parasitisme/prédation comme une déglingue du vivant, comme un retour dénaturant à l’entropie de la matière physique, comme une maladie de la vie. Se créent, pour cela, des espèces qui agressent d’autres et celles-ci deviennent des proies. De même, la création d’espèces parasites nous montre la vertu commensale de la vie s’estomper. C’est alors souvent l’équilibre entre espèces qui se crée, par des équilibres d’écosystèmes. La dégradation reste limitée. Cela ne va pas jusqu’à l’anéantissement de l’espèce victime, en tant qu’espèce, sauf pour certaines espèces vraiment dégradées, dont l’humanité, sous certains aspects.

Le respect du vivant se voit quand l’hôte protège son commensal d’une manière ou d’une autre, d’abord involontairement, puis de manière de plus en plus active, par exemple dans le développement de la reproduction. Un statut de « mère animale » protectrice va pouvoir se développer. Le rejeton « commensal » va être protégé activement. La vie va protéger la vie.

Le commensalisme est spécialement mis à l’honneur chez les mammifères pour leur reproduction. Des organes spécialisés de protection sont élaborés pour le foetus. Chez les marsupiaux, une poche et des glandes nourricières abritent le foetus, pendant une période de transition vers l’autonomie vitale. Chez les placentaires, l’organe protecteur est carrément intériorisé comme utérus et le bébé est censé naître viable, mais à protéger encore un certain temps.

Cela peut se payer cher dans ces espèces, si le foetus se met à parasiter sa mère. Cela peut faire de gros dégâts chez celle-ci, comme pour les crises d’éclampsies chez la femme humaine. Si la mère agresse son enfant, cela peut conduire à l’avortement et la mort du foetus. Des biologistes modernes, intoxiqués par l’idéologie aristotélicienne mortifère, se mettent de plus en plus à envisager la gestation comme un équilibre de la terreur, en suivant leurs conceptions de l’évolution des espèces. Il faut une pensée du commensalisme pour analyser autrement la gestation des mammifères, comme un modus vivendi de respect mutuel et une protection commensale élaborée du plus petit. C’est du raffinement commensal et non un stade « supérieur » de la vie.

Ce commensalisme actif peut même devenir réciproque, comme dans la symbiose, qui permet, encore plus, de voir le développement du vivant comme autre chose qu’un combat à mort entre espèces.

Par contre, même chez les mammifères les plus évolués, comme les grands singes (babouins, gorilles, chimpanzés,- sauf les bonobos), on peut voir la dégradation de la vertu commensale de la vie se manifester chez les mâles, capables de tuer les rejetons d’une mère s’ils ne sont pas d’eux, afin de privilégier leur propre descendance. Les mères doivent alors développer des stratégies particulières de protection [3].

 

 


 L’univers entropique et la vie


 

 

Revenons maintenant au problème de l’univers entropique et de la conception de la vie. Les fluctuations énergétiques du vide, première réduction d’une totipotence initiale, créent de « l’ainsi » quantique ¬ S et du macrophysique précaire. C’est notre réel, c’est à dire la réalité que nous pouvons aborder humainement, nécessairement réduite par nos capacités psychiques. Par une réduction supplémentaire, cela crée aussi du « non-ainsi », qui est notre matière physique, permanente, stable, conceptuelle, perdant les fluctuations existentielles pour être analysable. C’est la matière géométrisée, vouée à l’entropie par cette réduction supplémentaire même ¬ ¬ S. C’est une représentation qui négative le côté évanescent du réel [4].

Cela crée aussi, parallèlement, selon la troisième proposition logique « ainsi et non-ainsi », ce que l’on peut appeler la matière semi-géométrisée ¬ (S et ¬ S). C’est celle de la virtualité concrète. Elle garde potentiellement les fluctuations énergétiques existentielles, tout en étant aussi matière géométrisable. Pas besoin, pour cela, d’un transcendantal kantien. L’être vivant EST une machine physico-chimique ET N’EST PAS une machine. La vie est, à la fois, auto-organisatrice ET hétéro-organisée. Elle maintient une permanence, tout en restant évanescente. C’est l’incarnation de la troisième proposition du tétralemme logique. Les oscillations de l’homéostase du vivant se passent, pour cela, entre pôles duels et ternaires.

Il persiste enfin, par la quatrième proposition logique : « ni ainsi ni non-ainsi », de l’énergie « restante », non dégradée, non réduite, qui reste pour une grande part obscure actuellement. L’effet Casimir prouve sa réalité. Elle s’écrit logiquement « ni ainsi ni non-ainsi » : ¬ (¬ S ou ¬ ¬ S)

Il n’y a pas de place logique, dans ces réductions diverses d’une totipotence initiale, pour de la matière « vivante », qui serait une réduction supplémentaire paradoxale de la matière géométrisée, par une anti-entropie. La matière géométrisée est déjà le résultat d’une réduction des fluctuations initiales et implique sa dégradation inéluctable, sans exception possible. Il n’y a pas de possibilité logique que l’on pourrait écrire : ¬ ¬ ¬ S, et qui reviendrait en arrière. Ce serait une conception erronée de la vie.

Où placer alors la vie ? Si l’univers visible, celui de la matière géométrisée, est entropique, on voit que la possibilité logique de la vie reste celle de la matière semi-géométrisée. Progressivement, d’ailleurs, une « biochimie quantique » se met à être, aujourd’hui, conceptualisable. A un niveau beaucoup plus macroscopique, les études de l’attachement animal et de l’empreinte, par le Dr René Peoc’h, nous montrent la persistance d’une intrication dans le processus de commensalisme actif mère-enfant. Il nous montre la force incroyable du commensal, pour continuer à chercher cette protection après la naissance. L’esprit agit alors apparemment sur la matière [5] [6].

La vie serait d’abord, de façon plus générale, un commensal de la matière géométrisée. Elle l’habite, mais ne se réduit pas à elle. Elle fait partie d’une autre proposition logique qu’elle. Elle a une origine commune avec elle, celle des fluctuations énergétiques du vide, et associe ces fluctuations avec la réduction de la matière géométrisée, dans une virtualité d’union. C’est un processus en construction. Elle incarne, macroscopiquement, la troisième proposition logique : « ainsi ET non-ainsi ».

Que la vie se soit appliquée à elle-même, fractalement, cette manière de se différentier de façon commensale, avec des espèces commensales d’autres espèces hôtes, ne doit pas nous étonner. Je pense même que le schéma de l’évolution des espèces sera amené à se remanier, pour privilégier le commensalisme. Cela permettrait de situer l’homme dans son biotope, comme le summum du commensalisme de la matière géométrisée. Cela ferait de lui l’hôte principal des espèces vivantes, qu’il protègerait tout en permettant qu’elles restent distinctes. Il trouverait sa grâce d’être vivant, élégamment à sa place logique naturelle. Il arrêterait de dégrader inconsidérément son biotope naturel, pour le grand bien de tous. Il accéderait à une autre vision de lui-même, de la vie et de l’univers, vision non-violente, non souffrante, sauf pathologie. La logique, l’éthique, le vivant seraient ainsi corrélés avec justesse. La dégradation aristotélicienne de la pensée serait falsifiée. Stéphane Lupasco serait complété : matière-énergie macrophysique / matière-énergie psychique / matière-énergie vivante / réserve non réduite.

 


> Un texte posant le problème de la vie, commensale de son milieu naturel, en terme de morale et de droit : Déclaration des droits de l’humanité

L’humanité, comme l’ensemble des espèces vivantes, a droit de vivre dans un environnement sain et écologiquement soutenable.


 


4873 lecteurs au 19/12/2017


[1Voir les réflexions de M. Héctor González Castaño sur le livre de M. Michel Serres : Le Parasite,
Hachette, 1997

[2Pour situer le commensalisme dans les relations entre espèces, voir le tableau de Wikipédia intitulé « Différentes relations interspécifiques » dans l’article Parasitisme.

[3Lire l’article sur Futura-sciences - 21/11/2014 : La polyandrie prémunise certains mammifères de l’infanticide 

[4Même le proton a une durée de vie limitée, certes colossale : au minimum de l’ordre de 2,1×10puissance29 ans !

[5L’esprit agit-il sur la matière : https://www.youtube.com/watch?v=4dEget9UD7A

[6Le Cercle Zététique et les expériences de René Peoc’h : http://www.pseudo-scepticisme.com/Le-Cercle-Zetetique-et-les.html

1 Messages

  • Il me semble que tout le vivant est un facteur d’ordre. Si l’inanimé est soumis à la seconde loi de la thermodynamique, la vie ne le serait pas. La mutation au cœur de l’évolution des espèces résulte d’un effet tunnel, processus quantique néguentropique, par exemple.


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