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Document clinique : le cas de Madame de L... et de son érotomanie

D 1er février 2004     H 12:12     A Jean Etienne Esquirol     C 0 messages


 

> Ce texte est une illustration de l’article : La perversion-psychose dans le registre social du psychisme : passages à l’acte agressifs paranoïaques, attentats, massacres, génocides, guerres totales, “suicides” collectifs...

 


 

Le cas de Madame de L... est exposé dans le deuxième tome de l’ouvrage célèbre de E. Esquirol : « Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal » ( pages 44 à 46 de l’édition de 1838 )

 

Madame de L..., d’un tempérament nervoso-sanguin, d’une imagination très vive, élevée dans les principes philosophiques, ayant un goût décidé pour la lecture des ouvrages de médecine et des romans, jouissait d’une bonne santé, quoique très nerveuse et très impressionnable. Réduite presque à la misère par la révolution, qui fit périr son mari sur l’échafaud, madame fut contrainte de former un établissement pour compléter ses moyens d’existence et faire vivre un fils qui ne savait que faire de méchants vers .

Madame de L... reçoit dans sa maison un étudiant en médecine, âgé de 23 ans. Elle est d’abord bienveillante pour ce jeune homme, mais bientôt elle lui prodigue des soins, elle a des prévenances exagérées ; plus tard ses démarches, son langage, son agitation, ses impatiences, sa gaieté, sa tristesse, ses larmes, ses plaintes inconsidérées, ses dépenses ridicules trahissent le désordre moral de cette dame, âgée alors de 64 ans . Ce jeune homme est sans cesse le sujet de ses éloges qu’il mérite peu ; elle s’occupe de son avenir, de ses succès, de ses contretemps, etc .., plus que de ses propres affaires ; les contrariétés, les brusqueries, les motifs évidents de jalousie, I’indifférence du jeune étudiant qui se rit de cet amour suranné, les avertissements, les conseils d’amis dévoués, les railleries des personnes qui habitent la maison, les plaisanteries grossières des domestiques, rien ne peut ramener la raison perdue de Madame de L... qui du reste, est très bien avec le monde, et fait avec esprit et convenance les honneurs de sa maison . Mais elle ne dort plus, elle mange à peine et dépérit ; jamais elle n’eut la pensée de chercher le bonheur dans les plaisirs des sens .

Après deux ans, notre étudiant déserte la maison ; madame n’est pas désabusée, elle excuse non seulement cette furtive évasion, mais les torts graves, les bassesses qu’elle révèle ; elle aime encore ; Madame de L... reste plusieurs mois très triste, enfin elle tombe dans la misère la plus complète, et meurt huit ans après d’un cancer à l’utérus .

Cette observation offre ceci de remarquable, que madame, à l’âge de 64 ans, lorsque cette affection érotique éclata, fut menstruée régulièrement et abondamment pendant deux ans, et que les menstrues cessèrent après le chagrin causé par le départ de l’étudiant . Le cancer de l’utérus est-il l’effet de la cessation de cette menstruation tardive, ou bien, I’irritation nerveuse de l’utérus, irritation qui précède si souvent les lésions organiques, était-elle la première cause du délire érotique de cette malade ?

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