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Allocution de la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton au Processus d’Istanbul de lutte contre l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion ou sur une conviction

D 14 décembre 2011     H 12:29     A     C 0 messages


> Voir l’article : La perversion-psychose dans le registre social du psychisme : passages à l’acte agressifs paranoïaques, attentats, massacres, génocides, guerres totales, “suicides” collectifs...

> Conférence ministérielle d’Istanbul : En 2006, la Conférence ministérielle euro-méditerranéenne sur « le renforcement du rôle des femmes dans la société » a visé trois domaines-clés : les droits économiques, les droits civils et politiques, les droits à la culture et à l’information.

Les trente-sept pays participants ont mis en place une structure et une organisation qui apportent un soutien concret aux partenaires impliqués. Les Conclusions d’Istanbul instaurent un mécanisme de suivi visant à garantir de réelles avancées dans l’égalité des genres. Le programme Euromed Egalité Hommes-Femmes est notamment un instrument majeur au service de ce mécanisme de suivi. Lire le « Rapports de Suivi du Processus d’Istanbul .

> Voir en ligne : Bureau des programmes d’information internationale du département d’Etat U.S.

 

 

Bon après-midi à tous. Je tiens à vous remercier pour votre participation à cette conférence où nous travaillons ensemble à protéger deux libertés fondamentales - le droit de pratiquer sa religion librement et le droit d’exprimer son opinion sans crainte.

Je suis ravie de voir tant de membres du corps diplomatique. Je vous souhaite à tous la bienvenue au département d’État. Je tiens tout particulièrement à remercier l’Ambassadrice Suzan Johnson Cook, qui a dirigé nos efforts, et l’Ambassadrice Eileen Donahoe, qui représente les États-Unis au Conseil des droits de l’homme où elle prône infatigablement les valeurs fondamentales de l’Amérique et les valeurs universelles du monde.

Cette année, au Conseil des droits de l’homme, la communauté internationale a pris un engagement important. C’était un fait vraiment historique, car avant cela, nous avions vu la communauté internationale dresser l’une contre l’autre la liberté de religion et la liberté d’expression. Et il y avait des membres de la communauté internationale qui défendaient l’une de ces libertés avec vigueur et passion, mais pas l’autre. Et notre but, dans le travail que tant de nations représentées ici ont entrepris lors de l’adoption de la Résolution 1618 puis, à nouveau, le mois dernier à la Troisième Commission de l’Assemblée générale, a été de dire que nous pouvions tous faire mieux. Et cette résolution marque une étape dans la création d’un environnement mondial sûr pour pratiquer et exprimer ses convictions. Dans ce document, nous nous engageons à protéger la liberté de religion pour tous, tout en protégeant la liberté d’expression. Et nous avons consacré notre attachement à la tolérance et à l’inclusion en adoptant certaines mesures concrètes pour lutter contre la violence et la discrimination fondées sur la religion ou la conviction. Ces étapes, nous l’espérons, contribueront à favoriser un climat qui respectera les droits de l’homme de tous.

Maintenant, les États-Unis accueillent cette conférence parce que la liberté religieuse et la liberté d’expression figurent parmi nos plus hautes valeurs. Elles sont inscrites dans notre Constitution. Aux yeux de tous, la foi et la pratique religieuse sont une source centrale de notre identité. Elles donnent à notre vie son sens et son contexte. Elles sont essentielles à notre raison d’être. Et comme la Déclaration universelle des droits de l’homme l’indique clairement, chacun de nous est né libre de pratiquer n’importe quelle religion, de changer de religion, ou de n’en avoir aucune. Aucun État ne peut accorder ces libertés comme un privilège ou les supprimer en guise de punition, si vous croyez, comme je le fais et comme le fait notre pays, qu’il ne s’agit pas de droits conférés par un gouvernement quelconque. Ce sont des droits accordés par le Créateur à chacun de nous. Nous avons par conséquent l’obligation particulière de protéger ces droits donnés par Dieu.

Et si un gouvernement tente de les dénier ou de les éliminer, cela équivaut à un rejet de ce droit universel. Et cela revient à répudier la conviction fondamentale que nous sommes tous créés égaux devant Dieu. Aussi toute restriction de la pratique de la foi constitue-t-elle une atteinte aux droits de tous les individus. Les communautés de foi ne sont pas circonscrites dans des frontières géopolitiques. Où que vous soyez dans le monde, il y aura certainement des gens dont les croyances religieuses diffèrent des vôtres, peut-être un petit peu seulement, peut-être considérablement. Mais ma capacité à pratiquer ma religion librement ne saurait diminuer la vôtre.

La religion peut être un lien très puissant, mais nous reconnaissons également qu’on peut la détourner en vue de créer des conflits. Il y a des personnes qui, pour des raisons n’ayant en fait que peu de rapport avec la religion, cherchent à instiller la peur ou le mépris à l’égard des fidèles d’une autre croyance. Nous croyons donc qu’il est du devoir de chaque gouvernement de s’assurer que les individus ne sont pas soumis à la violence, à la discrimination ou à l’intimidation à cause de leur foi ou de leur absence de foi. C’est l’engagement que le monde fait à la liberté religieuse depuis plus de 60 ans, lorsque nous avons adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Dans le même temps, en nous efforçant de protéger les individus contre la violence et la discrimination en raison de leur religion ou de leurs croyances, nous devons aussi affirmer leur liberté d’expression. Aux États-Unis, nous prenons cela particulièrement au sérieux parce que beaucoup de ceux qui sont arrivés dans notre pays sont venus pour des raisons religieuses. Ils sont venus parce qu’ils étaient victimes de discrimination ou que leur religion était proscrite. Ils ont commencé à arriver au XVIIe siècle, et ils continuent à venir au XXIe siècle.

 


 

Eh bien, comment peut-on savoir si vous étiez victime de discrimination si vous n’avez pas le droit à la liberté d’expression ? Votre voisin sait bien que vous êtes différent de lui, parce que vous ne partagez pas les mêmes convictions religieuses. Ainsi, la liberté de religion et la liberté d’expression sont absolument liées.

Maintenant, il y a ceux qui ont toujours perçu une tension entre ces deux libertés, en particulier lorsque les propos d’une personne semblent mettre en question, voire offenser, les croyances religieuses d’une autre. Mais la vérité que nous avons apprise, à travers beaucoup d’essais et d’erreurs au cours des plus de 235 ans d’existence de notre pays, est que nous défendons au mieux nos convictions en défendant la liberté d’expression pour tous. Cela calme les esprits, cela crée un environnement dans lequel vous êtes libres d’exercer votre religion et d’en parler, que votre voisin ou le citoyen à l’autre bout de la ville soit d’accord avec vous ou pas. En fait, la réponse appropriée aux propos qui offensent, c’est encore plus de dialogue.

Aux États-Unis, nous continuons à combattre l’intolérance parce qu’elle semble, malheureusement, faire partie de la nature humaine. Il est pénible de voir le sectarisme polluer l’arène publique, mais l’État n’étouffe pas les idées, même les plus désagréables, parce que nous croyons qu’à la fin, la meilleure façon de traiter des propos déplaisants, c’est ou bien ne pas en tenir compte, ou bien les combattre au moyen de bons arguments et de paroles judicieuses qui les engloutiront.

Ainsi donc, nous nous exprimons et nous dénonçons les discours haineux. En fait, nous pensons qu’il est de notre devoir de les dénoncer, sans pour autant les interdire ou les criminaliser. Et au fil des siècles, nous avons constaté que les aspérités s’adoucissent et que les gens restent libres de croire et de s’exprimer, même si elles peuvent avoir des opinions diamétralement opposées.

Grâce à la résolution 1618, nous avons clarifié ces deux objectifs. Nous embrassons le rôle que joue la liberté d’expression dans le renforcement de la tolérance religieuse. Nous sommes convenus d’élaborer une culture de la compréhension et de l’acceptation par des mesures concrètes de lutte contre la discrimination et la violence, comme l’éducation et la sensibilisation, et nous travaillons ensemble à atteindre ces objectifs.

Maintenant, je sais que dans le monde d’aujourd’hui, l’intolérance ne se limite pas à une partie quelconque du monde ou à un groupe particulier de personnes. Nous continuons tous à affronter différentes formes d’intolérance religieuse. C’est vrai ici, c’est vrai en Europe, c’est vrai entre les pays de l’Organisation de la coopération islamique, partout dans le monde. C’est vrai là où les gens, s’ils sont sectaires ou intimidants, exercent leur intolérance contre des musulmans ou des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des bahaïstes, etc. On a vu toute sorte de discrimination s’exercer contre toutes les sortes de religion connues de l’humanité.

Certes, c’est une chose si les gens sont simplement en désaccord. C’est de bonne guerre. C’est la liberté d’expression. Mais si ce désaccord aboutit à des affrontements sectaires, à la destruction, à la dégradation ou au vandalisme des sites religieux, s’il aboutit même à l’emprisonnement ou à la mort, alors le gouvernement doit exiger des comptes des coupables. Le gouvernement doit se battre pour la liberté de religion et la liberté d’expression. Et c’est une situation qui nous inquiète, car une étude récente menée par le Pew Forum sur la religion et la vie publique a révélé que 70 % de la population mondiale vit dans des pays imposant un nombre élevé de restrictions à la liberté religieuse.

En Amérique, nous sommes fiers de notre longue expérience de défenseurs à la fois de la liberté d’expression et de la liberté de religion, et nous nous sommes efforcés de partager nos meilleures pratiques. Mais je dois dire que nous avons du mal à comprendre tous les problèmes que nous voyons dans le monde, car la religion est très personnelle et une chose que nous apprécions hautement en nous-mêmes. Il nous paraît dès lors inquiétant que les gens n’aient pas suffisamment confiance en leurs croyances religieuses pour ne pas craindre des paroles qui soulèveraient des questions sur la religion.

Je veux dire que chacun de nous, s’il croit en une religion, sait qu’il y a certaines personnes qui ne soutiennent ni n’approuvent sa religion. Mais notre religion est-elle si faible que des déclarations de désapprobation nous amèneraient à renoncer à notre foi ? Cela serait très regrettable. En fait, ce que nous avons trouvé, dans étude après étude, c’est que les États-Unis sont l’un des pays les plus religieux du monde. Et pourtant, tout le monde peut croire n’importe quoi et aller n’importe où. Et donc il n’y a aucune contradiction entre le fait d’avoir de fortes croyances religieuses et celui d’avoir la liberté de les exercer et d’en parler et même d’avoir de bons débats avec les autres.

Et si les États-Unis ont pris l’engagement de soutenir les efforts de mise en ouvre de la résolution 1618, nous espérons aussi pouvoir prendre des mesures concrètes pour dialoguer avec les membres de groupes religieux minoritaires. Nous savons que les lois antidiscriminatoires ne valent rien si elle ne sont pas appliquées et ce de façon uniforme, que les gouvernements qui craignent la religion peuvent être assez oppressifs, mais nous savons aussi que les sociétés qui pensent qu’il y a une seule religion peuvent être tout aussi oppressives.

Or, le fait est que peu importe à quel point chacun de nous pousse sa croyance religieuse, aucun de nous n’a l’avantage de connaître toute la vérité que Dieu tient dans ses mains. Et donc, nous faisons du mieux que nous pouvons ici sur terre pour réfléchir et pour faire honneur à notre créateur d’une manière qui se manifeste dans nos valeurs religieuses. Parce que vraiment, à la racine de toutes les grandes religions, il existe un lien avec la divinité, une acceptation et une reconnaissance du fait que nous parcourons tous ensemble un chemin.

Je sais que certains dans mon pays, et ailleurs, ont critiqué cette rencontre et notre travail avec vous tous. Mais je tiens à préciser que je suis fière de ce travail, et je suis fière de travailler avec chacun de vous. Et je crois que ce travail est une affirmation des valeurs de l’Amérique, mais, fait tout aussi important, une affirmation des valeurs universelles. Parce que ni nous, ni aucun pays n’a individuellement le monopole de la vérité, et nous ferions bien de vivre en paix les uns avec les autres, de nous traiter avec respect et humilité, et de nous écouter les uns les autres. Et il est important que nous reconnaissions ce que nous avons accompli lorsque cette résolution a mis fin à 10 ans de débat conflictuel où les gens ne s’écoutaient plus les uns les autres.

Maintenant nous le faisons. Nous nous parlons. Nous devons aller au-delà de l’idée que nous pouvons réprimer les minorités religieuses, que nous pouvons restreindre la parole, que nous sommes si intelligents que nous pouvons substituer notre jugement à celui de Dieu et déterminer qui blasphème ou non. En réunissant ici des pays du monde entier, nous affirmons notre humanité commune et notre engagement commun à défendre et à promouvoir les droits fondamentaux.

Or, ces conversations ne seront pas faciles. Quand je grandissais, mes parents me disaient, « tu ne dois jamais parler de religion, car tu déclencheras toujours une bagarre », et ce même entre gens de même confession. Il y a beaucoup d’histoires curieuses sur différents types de chrétiens qui refusent de parler à d’autres types de chrétiens parce que cet autre type de chrétien n’est pas aussi bon que le premier type de chrétien. Eh bien, nous savons que ce genre de divisions existe dans toutes les grandes religions, où les gens prétendent que leur version particulière de la religion est la seule qui puisse être suivie.

Mais les gens de toutes confessions ont beaucoup à gagner à travailler ensemble. Et j’ai été très émue par les images que nous avons vu sortir de la place Tahrir en février - en janvier et en février, où on a vu des Égyptiens coptes joignant les mains pour former un cercle protecteur autour de leurs frères et soeurs musulmans pour qu’ils puissent prier en toute sécurité au milieu de ces foules immenses. Puis vous avez vu des musulmans faire la même chose pour leurs frères et soeurs chrétiens. C’est, pour moi, la plus haute expression de la tolérance religieuse et de la liberté d’expression que l’on puisse jamais observer. Ce furent des moments marquants de 2011 et ce sont des images qui m’inspirent alors que nous entrons dans 2012.

En conséquence, je vous remercie. Et je pense que le dialogue interconfessionnel, le fait de tendre la main à ceux avec lesquels vous êtes en désaccord, d’accepter même d’être en désaccord, pour ainsi dire, fait partie du travail que nous accomplissons tant bien que mal. Et nous pouvons faire des progrès là où nous manifestons une nouvelle attitude, dans notre monde, où il est permis de croire fermement ce que nous croyons. Nous pouvons penser que d’autres sont dans l’erreur, mais nous ne nous sentons pas si stressés et apeurés par leurs vues erronées que nous essayons de les réprimer, de les emprisonner, voire de les tuer. Au lieu de cela, nous espérons qu’avec le temps, s’ils ont tort, ils en viendront à reconnaître leur erreur. Mais nous continuons la conversation en tant qu’êtres humains et en tant que croyants.

Je vous remercie donc beaucoup d’être avec nous, et mes meilleurs voeux vous accompagnent alors que vous continuez ce travail extrêmement important. Je pense que si nous faisons bien notre travail, dans les années à venir, les gens pourront dire, rétrospectivement, que nous avons fait un grand pas en avant au nom tant de la liberté de religion que de la liberté d’expression, ainsi que de notre humanité commune. Je vous remercie. (Applaudissements.)

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