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Contacts avec l’au-delà et visions de plénitude

D 1er juillet 2015     H 04:37     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

 Avertissement

 

Comment résumer la fonctionnalité psychique utilisée sur ce site ? Un résumé, c’est une synthèse qui perd les nuances d’un texte. Les nuances, ce sont les quatre registres fonctionnels du psychisme. Ce sont des registres oscillants de relations humaines :
- dyade mère-enfant
- relation à soi-même
- relation socio-langagière aux autres
- relation sexuée

Ces registres fonctionnels sont foncièrement en résonance les uns avec les autres. Ils ne se confondent pas non plus. A cause de cela, il y a une grande possibilité de résumés, qui sont autant de simplifications abusives. La figure ci-dessous n’est qu’une des multiples possibles, capables de représenter les quatre registres fonctionnels du psychisme. Les petites doubles flèches sont les oscillations principales, au maximum de contraste entre les pôles d’oscillation :

 

 

Si cette figure est assez facilement lisible, elle n’est qu’un outil provisoire pour cet article.

 

 Le chemin du Ciel

 

Cette figure va nous servir à évoquer des essais actuels de contacts avec des morts humains. De tout temps, ces contacts existent et ne dépendent pas directement de la volonté humaine. Ils s’imposent à la personne et lui amènent du soulagement et du bienfait. Plus généralement, nous chercherons à comprendre ce que peut être le « chemin du Ciel », ce chemin qui mène vers « l’au-delà » de notre monde palpable et mathématisé. Ce chemin aboutit à des visions de plénitude heureuse, lumineuse, faisant grande impression à la personne, qui les reçoit en toute lucidité. Ce n’est pas du rêve nocturne ou de l’onirisme diurne, plus ou moins cohérent et confus. C’est du rêve éveillé lucide, caractéristique de la transe de contact, à ne pas confondre avec une expérience hypnotique. C’est la plénitude dévoilée de la « Retenue idéale », qui occupe le quartier supérieur droit de la figure.

Sans parler du chamanisme pluri-millénaire, la vogue spirite avait abouti à codifier « scientifiquement » la mise en transe de contact des médiums. Cela a concerné des millions de personnes au 19e siècle et jusqu’à la Grande Guerre, avant d’être presque oublié. Se sont estompés aussi les souvenirs des expériences de l’Ecole de Nancy, ou école de la suggestion anti-hypnotique, avec Liébault et Bernheim. Ce dernier est tout de même l’inventeur de la méthode appelée « psychothérapie ». A partir de là, le pharmacien Emile Coué a développé la pensée positive, prémisse des suggestions cognitivo-comportementales actuelles. Freud a gardé, de sa visite à Nancy, une prise de distance vis à vis de l’hypnose, réduite à un sommeil suggéré. Il voulait que le sujet conscient reprenne le plus lucidement possible du pouvoir sur lui-même et réduise ses symptômes incontrôlables. On redécouvre aujourd’hui que cette lucidité maximale est, justement, une des caractéristiques des visions de plénitude. Ce n’est pas une extra-lucidité, ni une sur-lucidité. C’est ce qu’on appelle une « pleine conscience », selon la formule d’inspiration bouddhique à la mode actuellement. C’est comme si un canal s’ouvrait tout à coup, comme si un voile se déchirait, comme si le temps et l’espace révélait leur réduction fondamentale. C’est dans ces états de pleine conscience que le contact avec les morts bienveillants et avec un certain « au-delà magnifié », peut s’établir dans des visions impressionnantes et inopinées.

J’insiste sur la différence entre ces visions de morts bienveillants et d’au-delà heureux, par rapport à des visions oniriques pathologiques. Les deux sont, certes, involontaires, mais les dernières sont tout à fait malheureuses et source de graves souffrances, comme celles, entre autres, des troubles post-traumatiques. Par contre, ces visions de plénitude changent généralement positivement la vie des expérimentateurs. Elles leur font du bien, au contraire de la nuisance des visions pathologiques.

 

 

 La Communication induite après la mort - CIAM

 

A la fin du 20e siècle, M. Allan Botkin, psychologue américain cognitiviste, travaille dans un centre pour vétérans, où il s’occupe des chocs psychiques post-traumatiques des soldats de son pays. Les soldats reviennent de leurs épreuves insoutenables psychiquement malades. Ils présentent des troubles de stress post-traumatique ou TSPT (en anglais PTSD, Post-traumatic stress disorder). Ces affections psychiques très éprouvantes envahissent douloureusement le psychisme des soldats redevenus civils. Certaines décompensations oniriques douloureuses deviennent chroniques et empêchent toute réinsertion réelle des soldats ainsi blessés. Ils sont débordés au coeur même de leur psychisme et restent plongés dans des émotions extrêmement sombres. Les prises en charge habituelles de soutien psychothérapique ont du mal à aider réellement ces soldats si atteints. M. Botkin découvre une action possible sur de telles émotions négatives, grâce à la méthode de désensibilisation et de reprogrammation par mouvement des yeux (Eye movement desensitization and reprocessing - EMDR), inventée par Mme Francine Shapiro en 1987. Celle-ci formalise sa méthode pour son doctorat de psychologie comportementale et reçoit des prix importants pour récompenser son apport à la traumatologie. Quel bouleversement d’arriver à soulager les vétérans, dont certains sont démolis psychiquement depuis la Seconde Guerre Mondiale ! Quel bonheur pour M. Botkin d’arriver à soulager ses soldats autrement que par la parole et le raisonnement ! Même s’il reconnaît que le traitement d’ensemble du stress chronique post-traumatique ne se limite pas forcément à l’EMDR, c’est un immense progrès pour lui.

Il va prolonger cette technique de l’EMDR pour aller plus loin encore, plus radicalement que le trauma militaire en jeu. Il va travailler sur les affects douloureux les plus profonds des vétérans, les peurs ou les tristesses les plus paralysantes, celles qu’on rattache aux premiers traumas de la vie. Par cette méthode, après un temps d’exacerbation de ces affects de base, il réussit à les faire s’atténuer et à les rendre enfin supportables, toujours en faisant bouger les yeux de ses consultants. Une certaine abréaction se passe, un réel soulagement de la tension affective se produit, dans le moment de calme, d’intériorité et de relâchement qui s’ensuit. C’est là qu’apparaissent, chez certains vétérans, des visions de plénitude qui mettent en jeu des personnes décédées, généralement des personnes avec qui les relations avaient été pour le moins conflictuelles lors de leur vivant. Ce sont celles à qui le sujet visionnaire peut enfin pardonner ou qui vont lui pardonner. Cela soulage énormément ses consultants et pour longtemps. Il invente de cette façon l’ Induced After Death Communication, la Communication induite après la mort - CIAM (sous-entendu, après la mort de celui qui apparaît lors de la vision). Il insiste beaucoup sur le fait que ces visions ne se provoquent pas, mais qu’elles résultent des conditions de la prise en charge psychothérapique, qui amènent spontanément ces expériences bouleversantes. Il y a juste « induction » d’un état psychique où ces visions peuvent apparaître, sans que cela soit obligatoire, naturellement. Il va créer une école et former à ce propos un certain nombre de psychothérapeutes, qui vont utiliser cette méthode d’abréaction chez beaucoup d’autres personnes que les traumatisés militaires.

 

 

L’EMDR se singularise dans le sens que, ce qui en est le coeur, c’est la vibration corporelle suggestive que l’on produit avec le consultant. Cela peut être réalisé en faisant suivre avec les yeux un spot lumineux oscillant ou des mouvements des doigts du psychothérapeute, comme dans l’EMDR habituelle. On peut tout aussi bien faire sentir des tapotements que l’on imprime avec la main au corps du consultant ou avec des vibreurs ou l’utilisation de bruits alternés. Cela peut même être des techniques utilisant le mouvement en rêve éveillé dirigé, voire avec de la danse, qu’importe. L’attention n’est plus fixée, mais se met à retrouver une oscillation, qui est celle de la fonctionnalité psychique. La suggestion oscillatoire relance le fonctionnement psychique, qui était bloqué sur le souvenir du trauma, dans une exacerbation de « l’Elimination libre », dans un déchaînement de la pulsion anale, diraient les freudiens. Une « Retenue idéale » peut enfin être retrouvée, en contrepoint de ce déchaînement traumatique. [1]

> Voir, pour illustration, deux études de cas mis en ligne par M. Ludwig Cornil à ce sujet : http://integrativa.be/IMG/pdf/deuil-cas_ludwig_cornil.pdf

 

 Les expériences de mort imminente - EMI

 

M. Botkin et ses disciples ont vite fait le rapprochement de la CIAM avec les visions rapportées des personnes ayant vécu spontanément une CAM simple, une Communication (non-induite) Avec un Mort. Ces communication arrivent souvent lors d’une Expérience de Mort Imminente ou EMI (Near-death expérience - NDE). Dans son livre traduit en français en juillet 2014, « Communication induite après la mort - Une thérapie révolutionnaire pour communiquer avec les défunts », édité par Guy Trédaniel Editions, M. Botkin fait un tableau des ressemblances et différences entre les deux expériences. Il remarque, notamment, que le tunnel de translation, souvent décrit par les expérimentateurs ayant vécu un état de mort clinique provisoire et de NDE, peut se retrouver dans ces expérimentations de visions de fin d’EMDR prolongée.

Extrait de son livre, page 259 :

Nous avons observé de remarquables similitudes entre les NDE et les CIAM au niveau des domaines suivants :
- Décorporation.
- Voir le défunt entier, en bon état et en bonne santé.
- Sentiment de paix et de bien-être.
- Traverser un tunnel en direction d’une lumière.
- Rencontre avec le(s) défunt(s).
- De beaux paysages.
- Revue de vie.
- Certains défunts se trouvent dans une lumière brillante, d’autres dans des zones peu éclairées.
- Expériences partagées.

Pourtant, on ne rencontre pas autant ces visions de chemin du Ciel, de tunnel vers l’au-delà, dans les CIAM induites en EMDR, alors qu’elles sont plus un thème central des récits de NDE, sous des formes multiples racontant une translation. Voici quelques extraits de récits de chemins vers l’au-delà, lors de vécus de mort provisoire, tirés d’une compilation de M. Patrick Lafourcade, de comptes-rendus des archives du site Near Death Experience Research Foundation :

- ANA-LISA : L’« effet tunnel » ? C’était comme si j’avais été emmenée sur un rayon de lumière vers la source de lumière... elle était plus brillante au loin... c’était plutôt similaire à un chemin de lumière... blanc – jaune doré.
- JENNIFER : Tout d’abord, je me rappelle m’être retrouvée dans un endroit complètement obscur, à l’exception d’une minuscule lumière qui brillait au bout, pareille à un trou d’épingle. J’avais très froid et très peur. J’ai pu sentir le vent tandis que j’avançais vers cette lumière dans un tunnel relativement petit. Je pouvais voir la texture des parois du tunnel, inégales comme pourrait l’être un tunnel dans la terre. Alors que j’approchais de la lumière, ma vitesse a décru et j’ai remarqué l’incroyable chaleur émanant d’elle, différente de toute chaleur que j’aurais pu ressentir auparavant.
- MYRA E. : Au début, je marchais sur un chemin dans un endroit très sombre. J’avais l’impression qu’il y avait des ombres de chaque côté. Tandis que j’avançais, j’ai senti qu’il y avait d’autres personnes autour de moi. Une ombre s’est détachée de l’obscurité à ma gauche. J’ai ressenti qu’il s’agissait d’une personne mais je ne pouvais pas la voir ni même la distinguer. Sa voix était masculine et familière, mais je ne pouvais pas vraiment la situer. Elle disait : « Nous devons nous dépêcher » ! L’ombre m’a fait comprendre que nous devions marcher plus vite et rester sur le chemin. Je voyais d’autres ombres nous frôler, elles avaient de vagues contours. Certaines étaient impatientes d’avancer, d’autres étaient réticentes. La grande ombre à côté de moi ne montrait aucun sentiment particulier, sinon sa hâte d’aller vers l’endroit où nous nous rendions. Il ne semble pas s’être écoulé beaucoup de temps avant qu’une lumière apparaisse devant nous. Je me suis rendu compte que nous étions dans une sorte de tunnel. Les parois n’avaient pas une apparence définie, ni massive. La silhouette à côté de moi s’est mise à se dépêcher et à me faire accélérer : « Vite, vite ! Il faut que j’aille là-bas ». Nous nous approchions de plus en plus de cette lumière. J’ai commencé à sentir la chaleur et la sensation d’être attirée vers cette chaleur.

L’intérêt de constituer des recueils de tels récits est de pouvoir établir des comparaisons entre les différentes expériences. Le tunnel de translation est celui qui mène, de la situation difficile de vie de l’expérimentateur, souvent devenue carrément impossible, vers l’au-delà. Celui qui est plongé dans les difficultés et les souffrances de la vie sur terre, qui les subit absolument, notamment dans ces situations extrêmes de mort provisoire et d’insécurité achevée, se tourne, par le jeu oscillatoire du psychisme, vers une image cognitive de plénitude, afin de prendre du recul sur sa douleur de vie.

 

 

Sur le schéma, il s’agit de la bascule du pôle de « l’Elimination libre », devenu insoutenable, au pôle de la « Retenue idéale », devenu un refuge. Si le pôle de « l’Elimination libre », c’est à dire de la perte non régulée, est le pôle de la vie toujours précaire [2], le pôle de la « Retenue idéale » est celui de la plénitude. La « Retenue idéale » n’a plus d’élimination possible, alors elle devient plénitude. Si la mort est assimilée à « l’Elimination libre » la plus radicale, cette bascule psychique abolit la mort en pensée, d’où la vision de plénitude qui en découle. Le mort apparaissant est celui qui ne peut plus porter les défauts relationnels qu’il avait pu symboliser de son vivant, défauts accentués au possible par sa qualité de mort, où il avait coupé toute relation. Il y a donc une réconciliation obligée, idéale, entre le vivant réfugié et le mort revivant en esprit, inhérente à la logique de plénitude de ce pôle psychique.

Un certain nombre de personnes quittant brusquement, accidentellement, la vie précaire, par un état de mort provisoire, racontent, à leur réanimation, cette vision de tunnel et de translation vers l’image de plénitude. S’il sont restés inconscients assez longtemps, en étant cliniquement morts ou plongés dans un coma profond prolongé, ils peuvent ramener des récits de plénitude fournis et construits, entrecoupés parfois de ratages plus ou moins « infernaux », quand cette position de plénitude se retrouve mise en péril. On peut penser qu’ils étaient vraiment réfugiés dans une sorte de conscience extra-corporelle, puisque le corps lui-même et sa conscience propre étaient hors-circuit. Cette conscience extra-corporelle peut s’envisager dans le modèle tétravalent de la fonctionnalité psychique, puisque seul un des registres sur les quatre concerne le corps propre de la personne. Il reste les trois autres registres pour bricoler une conscience de secours, un refuge extrêmement critique. Cette conscience de secours ne peut être qu’une conscience de plénitude, puisqu’elle résulte du désinvestissement soudain du pôle opposé devenu insupportable. Si l’expérimentateur est un humain occidental, il va souvent parler de cette vision de plénitude comme celle du Ciel divin entrevu et en ramener une grande nostalgie. Souvent, il dira que sa peur de la mort a disparu, puisqu’il sait d’expérience que le Ciel existe.

Maintenant, revenons au problème de la moindre présence des visions de tunnel ou de chemin du Ciel dans les cas de CIAM, de Communication Induite après la Mort, à la façon de M. Botkin. Comme la remise en route de l’oscillation est alors faite par une extension de l’EMDR aux affects pénibles les plus profonds et les plus anciens de la personne, il n’y a pas, à ce moment, apparition de tunnel. L’oscillation induite devient celle du dehors au dedans de la personne, de son extériorisation vers son intériorisation. Comme l’abréaction émotionnelle qui s’ensuit se prolonge par un moment de retour au calme émotif, dans un moment méditatif où l’on se tient les yeux clos et le « coeur » apaisé, la bascule oscillatoire peut se porter, tout à coup, vers un réinvestissement du cognitif, c’est à dire du pôle ternaire de la « Retenue idéale ». Le tunnel est déjà passé, en quelque sorte, par cette pratique de l’EMDR centré sur l’exacerbation de l’affect. Pour cela, il y a utilisation de vibrations mineures, qui sont celles pouvant exister non plus entre deux pôles psychiques opposés, mais entre deux pôles adjacents d’oscillation. Il n’y a donc pas en ce cas autant de visions de tunnel, car l’oscillation principale des situations dramatiques de mort provisoire est remplacée par deux vibrations plus mineures, se produisant dans la situation de psychothérapie.

 

 


> Le chemin du Ciel a beaucoup été représenté dans la peinture religieuse, mais son déclin s’amorce à la Renaissance, signe de sa moindre compréhension. Quelques images illustrant cette évolution dans l’article : Illustration clinique : Le chemin de la plénitude

 

 



[1Je signale que les pratiques d’EMDR peuvent provoquer spontanément bien d’autres types de vision, notamment des visions de vivants. Un exemple : une mère ayant du accoucher en urgence sous césarienne, avec une anesthésie générale, vu la souffrance foetale en cours de son bébé, fait une réaction dans les mois suivants à ce manque de présence consciente à l’accouchement. Ses symptômes contiennent des éléments de trouble de stress post-traumatique et de grande culpabilité. La méditation, en fin de séance d’EMDR, lui permet de voir en pensée le moment où son bébé se met à pleurer, juste à sa naissance. Elle voit même le bref positionnement de celui-ci sur sa poitrine par une sage-femme, alors qu’elle-même était toujours anesthésiée. Cette vision intérieure lui fait un grand soulagement et fait disparaître ses troubles. On voit comment une levée de refoulement a pu se faire alors, dans le sens d’une idéalité retrouvée.

[2Voir, à ce sujet, l’article : Une autre conception du vivant est possible

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