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Comprendre la crise « systémique » politico-financière actuelle et les moyens de la résoudre

D 10 juin 2012     H 09:20     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

 

Nous traversons une crise politico-financière généralisée. Elle est dite « systémique », car elle a des causes et des conséquences dans tout le système politique et socio-économique mondial, vu la quasi mondialisation de l’économie aujourd’hui. Les causes internes en sont prédominantes. Cette crise est d’abord une crise monétaire, comme je vais l’expliquer. Il y a tricherie massive de l’utilisation de la monnaie. Le détournement incroyable de la monnaie, dans des bulles spéculatives opaques, est le symptôme d’une crise morale inouïe. La tricherie est le fait des « métaphysiciens » actuels. Ce sont, principalement, les lignées des techno-scientifiques modernes, groupes évolués ayant entrepris de considérer tous les peuples de la planète comme des disciples à faire muter et évoluer. Parmi ceux-ci, les techniciens financiers sont en première ligne.

J’ai déjà abordé les tricheries morales des « métaphysiciens » dans l’article : La vie spirituelle : IV - Clinique de la vie religieuse - PREMIER TABLEAU CLINIQUE : LES ABUS DE CONFIANCE DU GROUPE METAPHYSICIEN.

Les manipulations monétaires étant particulièrement importantes à ce sujet, j’y reviens pour expliquer la façon malheureuse, pour le symbolique, de devenir aujourd’hui de plus en plus « diabolique ». Il divise, de plus en plus, au lieu de tenir sa promesse de pacte unitaire et précieux, grâce à l’élaboration d’une « monnaie ». L’oscillation psychique correspondante se gèle et la jouissance, qui devrait en résulter, s’évanouit. Rappelons que la fente, la coupure, qui permet à l’oscillation psychique de se tenir, est envisagée dans le domaine symbolico-libidinal de la religion, c’est à dire dans le monde spirituel. Le monde spirituel est considéré comme résultant de la superposition d’une oscillation symbolique et d’une oscillation de la relation sexuée. La monnaie est un Phallus qui conjoint, au mieux, détermination symbolique et libidinale (désirante).

> Voir l’article : La monnaie comme Phallus.

 


 


 Le marché religieux


 

En ce qui concerne le côté religieux du monde spirituel, deux groupes humains, de nature différente, s’allient pour se soulager dans des échanges typiques. Ils le font, à l’occasion d’une rencontre appelée un « marché », comme deux amants peuvent le faire. Le marché est une construction religieuse. Les échanges du marché utilisent d’abord les biens et services concrets, produits par un groupe de territoriaux. Ces derniers sont les « physiciens », qui occupent et parcourent un territoire, c’est à dire une formation humaine naturelle. Les échanges concernent aussi les inventions et techniques produites par un groupe de « métaphysiciens ». Ce sont ceux qui développent, de génération en génération, la connaissance nécessaire à une mutation d’ensemble d’un groupe social subissant les pressions du réel. Ils proposent leurs « informations » comme utiles à créer une mutation sociale d’ensemble, non darwinienne, dans des échanges correcteurs avec les « physiciens ». Ces informations sont des savoirs et techniques utiles à transformer les environnements naturels ou, sinon, si ces moyens échouent, utiles pour émigrer, tous ensemble, sous des cieux plus cléments. « Physiciens » et « métaphysiciens » vont établir un MARCHE LOCAL et TEMPORAIRE, pour permettre à ces échanges très particuliers de se réaliser. Le marché oscille entre une foi commune, la « confiance » et une adoration commune, à travers les honneurs que chacun témoigne concrètement à l’autre. Une monnaie vient faciliter ces échanges, en permettant une comparaison entre éléments matériels produits par les « physiciens » et éléments immatériels, c’est à dire les informations élaborées par les « métaphysiciens » qui y adhèrent. Ces derniers considèrent cette monnaie comme facilitant la recherche d’une égalité entre écoles métaphysiciennes trop concurrentes, à l’occasion du marché. La monnaie est ainsi de nature double, matérielle et immatérielle. Elle permet que le marché religieux se tienne effectivement et réussisse, en constituant un Phallus.

Cela peut réussir, mais cela peut, tout aussi bien, échouer. Rien n’est garanti. Dans l’immense formation romaine du quatrième siècle, la manœuvre réussit, à moitié, pour la partie orientale, prospère. Elle échoue, à moitié, pour la partie occidentale, qui se consume en s’appauvrissant jusqu’au Moyen-âge. Cette période est donc un cas d’école pour ce genre d’étude. Elle nécessite la création d’une monnaie formationnelle solide, le « Solidus », alliée à l’élaboration d’une métaphysique « trinitaire », conception mettant sur le même pied d’égalité des écoles chrétiennes devenues trop concurrentes et, par là, les écoles métaphysiciennes antiques toutes entières.

> Voir l’article : Illustration clinique : à Rome, le génie religieux du Solidus, la monnaie d’or « solide » et du Symbole chrétien de la Trinité égalitaire


 

 


 La valeur et sa détermination


 

La « marchandise » échangée dans ces marchés religieux concerne, d’abord, celle des « physiciens » formationnels, qui sont les peuples territoriaux. Cette marchandise est celle des biens matériels produits et des services utiles. Elle est concrète et évaluable en quantité de force de travail, c’est à dire chiffrable, selon la peine humaine nécessaire à la produire. Elle va avoir, par là, une VALEUR D’USAGE coutumière, qui pourra servir à faire du troc chez les territoriaux.

Tandis que, pour les lignées de « métaphysiciens », la marchandise est plus intellectuelle. Ce sont des savoirs généraux, des règles à suivre ou des tours de main à transmettre, qui se prêtent mal à une détermination facile de leur valeur. Cette autre marchandise est de « l’information » inventive concernant, en premier lieu, les capacités d’adaptation d’un groupe humain à des changements importants de l’environnement. Une telle invention peut venir en un éclair chez quelqu’un, ou avoir eu besoin de plusieurs générations et d’un long travail de groupe, pour être formalisable. Elle n’est pas évaluable directement en « force de travail ». Elle peut acquérir, au sein du groupe des « métaphysiciens », une VALEUR D’UTILITE POTENTIELLE, selon les résultats passés de ses applications concrètes. C’est une valeur de supputation pour les crises adaptatives futures. Grâce au marché et ses tractations, on peut établir, à cette information élaborée et supputée utile, une VALEUR D’ECHANGE concrète et la comparer avec une certaine quantité et qualité de marchandises formationnelles. C’est la monnaie qui permet cette comparaison et ce marchandage très particulier. C’est ce rôle principal que je soutiens dans ces articles, alors que les économistes actuels, sauf pour de rares exceptions, en sont toujours à confondre valeur d’usage et valeur d’échange, selon la vision aristotélicienne. Ne parlons même pas de la valeur d’utilité, qu’ils croient fiable rationnellement ! Je salue, à ce propos, la parution de l’ouvrage d’André Orléan : « L’empire de la valeur : refonder l’économie politique » - éditions du Seuil - octobre 2011. Il ne confond plus les valeurs de la monnaie. Il retrouve le rôle central de la monnaie dans l’économie. Il lui manque, toutefois, une vision plus claire de la nature des échanges religieux, qui fondent le marché.

 

 

Ne pas confondre « valeur d’usage », « valeur d’utilité potentielle » et « valeur d’échange », en ajoutant le « hors-valeur » du sacré, devrait être la connaissance de base indispensable aux économistes !

C’est cette connaissance qui a échappé aux théoriciens marxistes, par rejet, de leur part, de ce qu’est une religion humaine. Or, les échanges religieux permettent, seuls, de comprendre ces marchés, où le matériel devient progressivement immatériel, en étant fourni par les territoriaux des formations humaines aux groupes de « métaphysiciens ». Les marchandises matérielles sont transformées, grâce à eux, en produits « raffinés » et, in fine, en informations supplémentaires. Tandis que, dans ces marchés, l’immatériel, l’information élaborée, devient matériel par ses applications pratiques sur le terrain des formations humaines. L’information se traduit finalement en biens matériels. Ce sont les deux aspects du mot « culture » : la culture de l’information qui se perfectionne avec le temps et la culture productive des formations territoriales.

La monnaie est un outil de transduction, matériel versus immatériel et immatériel versus matériel : avers et envers des pièces de monnaie. Chaque partie va chercher à résoudre ses problèmes internes propres, en faisant appel à un groupe de constitution différente. Le marché est un instrument de crises, afin de dénouer celles que les groupes humains, « physiciens » ou « métaphysiciens », ne peuvent résoudre en interne.

 


 Les détournements de la monnaie


 

La monnaie est une invention ingénieuse, qui a pu servir aux « physiciens » à transformer leurs trésors, principalement des métaux remarquables au départ, pour créer des pièces de monnaie. La monnaie indique, d’emblée, une valeur d’échange, même si elle sert aussi souvent de valeur d’usage, pour faciliter les trocs intra-formationnels. Elle n’est, toutefois, pas vraiment indispensable dans les trocs des territoriaux. Plus d’un quart des échanges mondiaux sont aujourd’hui du troc, où le dollar ne sert que fictivement aux comparaisons des valeurs d’usage des marchandises, comme un jeton pratique. La monnaie s’est surtout mise, aujourd’hui, de façon complètement symptomatique, à être détournée dans des bulles financières incroyables, où l’on ne s’occupe plus que de sa valeur d’utilité potentielle et des paris sur celle-ci, de plus en plus loin d’applications pratiques. Elle est trop devenue une unité de compte financière. Son utilité première et qui devrait mieux rester exclusive, est de permettre d’établir une valeur d’usage entre produits matériels et immatériels, pour la constitution de marchés. En faire un équivalent des jetons de troc ou en faire une unité de compte financière, ne doit pas détourner l’utilisation de la monnaie de son rôle propre. Sinon, les conséquences en sont, immanquablement, désastreuses.

 


 

Cette monnaie a, bien sûr, beaucoup évolué au fil du temps. Quand elles ont recréé le Deustche Mark en 1948, les autorités allemandes ont considéré que toutes leurs productions formationnelles étaient des trésors qui permettaient de gager la monnaie sur elles. Comme ces productions étaient abondantes, la monnaie allemande a pris rapidement beaucoup de valeur d’échange. Wikipédia : La croissance économique des années 1950 et 1960 (Wirtschaftswunder) est fondée sur un énorme potentiel industriel, une main-d’œuvre qualifiée, l’aide américaine et une forte demande. L’excédent de la balance commerciale amène une réévaluation du deutschemark à trois reprises.. Depuis, les monnaies, dans le monde entier, ne sont plus rattachées à des trésors particuliers, notamment l’or, mais à tout ce qui peut participer aux échanges, que cela soit du côté formationnel comme du côté informationnel. Même la Suisse a abandonné l’étalon-or depuis l’an 2000. Il y a eu extension du marché de façon si considérable, que nous sommes entrés, quasi mondialement, dans une « économie de marché » perpétuelle.

 


 

Un marché est donc, au départ, un mécanisme correcteur de crises, crises des formations naturelles humaines comme des lignées de « métaphysiciens ». Dans le cas allemand, la crise a été celle d’une formation qui a eu besoin d’acquérir absolument des capacités globales d’adaptation, utiles à dépasser une crise formationnelle sévère, une crise qui menaçait l’existence même des clientèles oligarchiques allemandes, suite à l’échec du clientélisme totalitaire nazi. La crise parallèle des « métaphysiciens » était celle de la social-démocratie allemande, ressuscitée sur les décombres de la folie meurtrière nazie. Elle voulait remettre plus d’égalité dans un monde devenu d’une concurrence absolue, à travers deux guerres mondiales pour la suprématie de la planète.

Aujourd’hui, la crise est devenue systémique. Il n’est pas trop difficile de comprendre comment le monde en est arrivé là, si l’on prend le problème par le bon bout de l’analyse. Ce bout est celui de la transformation séculaire des formations humaines occidentales en sociétés « progressistes », en émules forcés des « métaphysiciens » de la techno-science. Cela a provoqué la transformation de tout le reste du monde. La religion du progrès technologique a gagné des cercles de plus en plus étendus. Chaque pays est censé augmenter, grâce au savoir nouveau, son produit intérieur brut ou son bonheur intérieur brut. Il n’y a plus de territoire « sauvage » à conquérir, ni de colonies à annexer. Ce qui reste de territoire « libre » est, en fait, co-géré par l’intermédiaire de l’ONU (l’Antarctique, les grands fonds marins...) et , pour le moment, gelé.

 


 La fuite en avant des moyens de défense : le capitalisme


 

Pour cela, il a fallu d’abord établir une mathématique du « profit » et les conditions d’un « change », c’est à dire d’un marché entre monnaies. Cela revint à transformer les guerres militaires sommaires des formations, en conquêtes plus élaborées de marchés, en établissant des « protectorats » lucratifs plutôt que des colonies éradicatrices. Cela a commencé, pour nous, à la fin du Moyen-Age et à la Renaissance européenne.

Rappelons que les Médicis furent d’abord des changeurs avant de devenir des financiers capitalistes. La pensée devient alors plus empirique à travers la scolastique. Elle s’éloigne du pragmatisme naturel des formations humaines, surnageant des décombres de l’Empire romain occidental, puis de l’empire carolingien. Les découvertes mathématiques de Léonardo Fibonacci, qui rapporte à Pise en 1198 les chiffres arabes et la notation algébrique, sont un repère-clé de cette histoire. Wikipédia : ...ce sont surtout les applications de l’arithmétique au calcul commercial qui l’ont fait reconnaître : calcul du profit des transactions, conversion entre monnaies de différents pays. Son travail sur la théorie des nombres était ignoré de son vivant, mais il fut très largement lu pendant les deux siècles qui suivirent. Ses travaux sont désormais très utilisés en finance de marché, et en particulier en analyse technique. En 1280, Florence interdit l’usage des chiffres arabes par les banquiers. Mais un siècle plus tard, Cosimo il Vecchio (1389-1464), le premier des grands Médicis, devient le chef de l’oligarchie florentine de son époque. Il est probablement la personne la plus riche d’Europe, grâce à sa puissance financière. La cité devient un pôle « métaphysicien » de référence artistique et intellectuelle sous Laurent le Magnifique. Elle met à contribution les cités qu’elle « protège », pour étendre sa domination. L’exemple fait tâche d’huile.

 


 

La fuite en avant de la recherche du profit par les « métaphysiciens » nécessite la construction de lignées d’ENTREPRENEURS. Ces derniers supplantent, petit à petit, les chefs des oligarchies traditionnelles des formations humaines. Ces entrepreneurs, sorte de « collaborateurs » formationnels des « métaphysiciens », tirent parti des innovations à répétition, afin de garder une pérennité du marché correcteur, bien au-delà de la nécessité correctrice des crises. L’abus moral des CAPITALISTES, les fournisseurs des capitaux aux entrepreneurs, peut ainsi se voir dans la succession des principales révolutions technologiques occidentales. Le capitalisme n’existera, comme système, qu’au 19e siècle. Mais, pendant des siècles, s’établissent différentes places importantes de marché qui restent encore locales et ont une diffusion limitée. Chaque fois, il y a prise de pouvoir d’une école « métaphysicienne » paradigmatique, complètement dominante et étouffant les autres écoles. Les révolutions technologiques les plus citées sont, chronologiquement :

  • Les moulins hydrauliques, moulins à vent et les nouvelles techniques agricoles (charrue, jachère, collier d’attelage...)
  • L’imprimerie et les hauts fourneaux
  • Les engins à vapeur et les métiers à tisser
  • Les trains et le charbon comme source d’énergie
  • L’électricité et les voitures à essence
  • Les avions, la génétique et les appareils électroniques.

Le marché devient une « société de marché » à partir de la révolution industrielle anglaise. Le capitalisme, comme système social global, fait tâche d’encre. Cette société de marché gagne progressivement les nations occidentales et, a conquis aujourd’hui le monde entier, avec des dégâts effroyables.

Jusqu’à maintenant, chaque fois qu’un retour de bâton est annoncé, par des crises financières massives, une fuite en avant est réalisée par l’apparition de produits technologiques, permettant de reprendre les investissements capitalistes. Les dégâts observés à l’échelle planétaire de toutes ces inventions, notamment écologiques, avec des famines horribles et des épidémies incontrôlées, amènent des crises morales à répétition aux fournisseurs capitalistes. Cela entraîne leurs replis anxieux dans des bulles financières spéculatives et opaques. Ils détournent l’argent des échanges, dans des estimations sans fin des valeurs d’utilité potentielle. Pour lutter contre ce genre de symptôme, une nouvelle révolution technologique et scientifique permet aux investissements capitalistes de reprendre. De nouveaux entrepreneurs se mettent à diffuser les nouvelles techniques et renversent le pouvoir obsolète. Cela colmate, pour un temps, l’angoisse du mode de production capitaliste. Cela se traduit, malheureusement toujours, par un surcroît d’utilisation des ressources naturelles des formations. Cette fuite en avant, manœuvre défensive contre les crises financières, est arrivée maintenant à son terme. Le temps est venu de nous demander ce qui nous attend.

Aujourd’hui, nous avons Internet, l’épigénétique et les nouvelles sources d’énergie renouvelable. C’est le paradigme du réseau, qui essaie de s’imposer pour produire une nouvelle mutation d’ensemble. Cette nouvelle mutation essaie de ne pas reproduire les défauts des mutations précédentes, en sortant de l’esprit d’une révolution technologique dominante. Elle essaie de redevenir morale et décentralisée. Mais les « métaphysiciens » sont, malgré tout, de plus en plus affolés par les conséquences sociales de la société mondiale de marché. Des bulles financières énormes, n’arrêtent pas de se développer.

 


 Aujourd'hui, le symptôme mondial de spéculation effrénée


 

C’est maintenant que ces bulles, de plus en plus hors règles, ont pris des proportions inimaginables : selon la Banque mondiale, le « shadow banking », le « système bancaire de l’ombre », mené par des entités financières obscures ou des Hedge funds, qui ne sont pas soumis à la réglementation bancaire, est désormais plus important que la sphère financière réglementée ! Le détournement de monnaie, dans cette crise morale symptomatique, n’est devenu si considérable que parce que cette monnaie ne peut plus servir aux investissements. La finance tourne en roue libre, sous l’effet de la crise morale des financiers capitalistes [1]. Bernard Stiegler (mars 2011) : l’entrepreneur porteur et acteur d’un projet collectif qu’étudiait Weber a été remplacé par le manager aux ordres des actionnaires spéculatifs.

La crise systémique actuelle nous montre précisément l’écroulement final des moyens de défense que les « métaphysiciens » occidentaux ont toujours réussi, jusqu’à maintenant, à ré-élaborer grâce aux progrès technologiques et aux inventions conceptuelles de la science. Il n’y a plus de fuite en avant possible, à cause des moyens en berne des formations humaines. Le pillage séculaire des ressources naturelles a abouti à un seuil de rentabilité de plus en critique. C’est l’originalité de la crise actuelle : elle traduit le manque de ressources disponibles, en territoires ou en matériaux énergétiques de base, pour permettre à un marché de se ré-établir sur l’utilisation de nouvelles technologies ad hoc. Le peak-oil est significatif de cela, qui marque le début de la baisse inéluctable de la production pétrolière mondiale. Les experts de l’ASPO (Association pour l’étude du pic pétrolier et gazier) nous donnent, pour ce pic de production, qui ne peut qu’annoncer une chute inéluctable et rapide de l’économie, la date de 2010 ou 2020 :

 


 

L’utilisation du pétrole est si considérable actuellement, que ce soit pour fabriquer les engrais industriels ou pour faire de l’essence, qu’une mutation technologique, qui permettrait d’en minimiser suffisamment à temps l’utilisation, devient peu probable. Bien sûr, des recherches intéressantes existent, comme celles de Bio Fuel Systems : « Bio Fuel Systems, entreprise au capital français, a mis au point à Alicante (Espagne) sa première centrale de production de biopétrole selon des procédés naturels qui imitent ceux qui génèrent les hydrocarbures fossiles traditionnels ». Des plantes permettent, aujourd’hui, de produire du plastique. De multiples sources d’énergie arrivent à être prises en compte, comme le gaz de schiste. Dans le cas du gaz et pétrole de schiste, si les quantités extractibles prévues, se révélaient exactes, alors la quantité de gaz à effet de serre se verrait considérablement augmentée, aggravant durement le problème du réchauffement climatique.

La techno-science a si bien produit une explosion démographique, que nous avons dépassé les sept milliards d’habitants sur la Terre. Le nombre de personnes souffrant de faim n’arrête pas de progresser. Nous sommes à la veille de pouvoir contrôler le vieillissement, ce qui n’arrangera rien. Le réchauffement climatique devient incontrôlable et sinistre. Le temps manque cruellement pour réaliser une mutation d’ensemble défensive vers le nouveau paradigme du « réseau ».

La crise financière est tout-à-fait contemporaine de cette situation. Les financiers savent bien que le destin des bulles est de se dégonfler ou d’exploser inéluctablement. Cette position de repli n’est pas vraiment soutenable, sinon comme réaction à courte vue, sous l’effet de la culpabilité. Ils se précipitent eux-mêmes dans leur appauvrissement, en se livrant à de tels détournements de la monnaie. Cela devrait intriguer les néo-marxistes, ou les néo-résistants, qui continuent de prendre les financiers spéculateurs comme des boucs émissaires, conduits par leur avidité pulsionnelle immédiate, comme des êtres machiavéliques. Il y a pourtant une vraie contradiction à dire cela. Les spéculateurs effrénés sont, en fait, des symptomatisants, qui courent anxieusement à leur ruine programmée. Ils ne peuvent s’empêcher de le faire, à cause de leur crise morale, qui les bloque pour continuer d’investir. Ce ne sont pas des monstres, mais des symptômes d’une crise éthique sociale massive. Ils tournent en rond dans un échafaudage, de plus en plus branlant, d’utilités présumées, qui ne peut que s’écrouler en les ruinant. Ce n’est pas la surproduction qui est en jeu, comme le veulent les marxistes, qui n’imaginent pas l’existence de causes morales possibles.

André Orléan, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), in Le Monde
du 05.12.11 : Il faut définanciariser nos économies. C’est là assurément un vaste chantier et une véritable révolution intellectuelle, tant nous avons été habitués au cours des vingt dernières années à nous en remettre aveuglément aux estimations des marchés. Cette emprise de la valeur financière doit être radicalement remise en cause.

 


 Et demain ?


 

Aujourd’hui, cette corruption morale a gagné l’ensemble des banquiers et des dirigeants des grandes compagnies capitalistes, qui jouent avec les délétères « paradis fiscaux » et les absences de limite de la City de Londres. Ces pseudo-paradis sont, bien sûr, des enfers assurés pour leur ruine, car permettant la fuite de la finance, hors de tout contrôle, dans des bulles spéculatives. Alors, que peut-il se passer pour nous demain ? Il faudrait pouvoir comparer un minimum avec des situations historiques semblables, pour comprendre ce qui nous attend. Or, la comparaison s’épuise, car les similitudes qui peuvent s’exposer, concernent des sociétés non-monétaires, comme celle des pascuans de l’Ile de Pâques qui avaient épuisé les ressources naturelles de leur île et qui avaient dû créer une nouvelle « religion », pour faire face au désastre écologique qu’ils avaient provoqué. Nous manquons de comparaisons possibles, afin de prédire ce qui nous menace en ce 21e siècle.

Il y a beaucoup de commentaires à propos de la crise systémique mondiale ayant commencée en 2008. Ce qui manque, dans toutes ces analyses, c’est de comprendre que les bulles financières sont toutes vouées à périr. Les spéculateurs le savent bien et, même s’ils recherchent toujours de spéculer sur ce qui est le plus indispensable, aujourd’hui les terres rares et la nourriture, ils ont un comportement de névrose d’échec typique. B. Madoff savait bien qu’un jour, tout s’effondrerait pour lui. Les chaînes de Ponzi sont raffinées ou non, cela ne change rien à leur destin. Seule la mauvaise conscience pousse les spéculateurs a aller vers l’échec toujours prévisible. C’est la mauvaise conscience, aujourd’hui, de détruire la Terre et le milieu de vie humain, par les investissements dans le développement technico-scientifique. Alors, ils se punissent comme ça, en n’investissant plus, mais en détournant la monnaie des états

Les très optimistes, dont je suis, penchent vers une résolution morale de la crise. Elle nécessite un changement moral suffisant, pour que la monnaie redevienne ce qu’elle devrait être. La monnaie doit être retirée des bulles financières, comme des mains des entrepreneurs dogmatiques et servir à établir une nouvelle mutation d’ensemble, plus morale que les précédentes. C’est simple (à énoncer) et c’est la seule façon de résoudre heureusement la crise.

Le signe le plus encourageant qu’une réelle mutation d’ensemble, non-naturelle, non darwinienne, se produise de façon planétaire chez les humains, est le changement de la condition féminine, même chez les territoriaux les plus arc-boutés sur le maintien d’un ordre social traditionnel, de type inégalitaire-solidaire. En témoigne symboliquement l’attribution du prix Nobel de la paix 2011 à la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue chef de l’Etat sur le continent africain, à sa compatriote Leymah Gbowee, pour son travail de mobilisation et d’organisation des femmes libériennes de toutes les ethnies et de toutes les religions pour mettre fin à la guerre civile et garantir la participation des femmes aux élections, ainsi qu’à la Yéménite Tawakkol Karman, figure de proue du « printemps arabe ».

D’autres, vraiment très sombres, attendent, vers 2070, la transformation vénusienne de l’atmosphère terrestre, à plus de 460 °C, suite à l’emballement irréversible du dégagement des gaz à effet de serre (runaway greenhouse effect) [2]  [3]  [4]. Prométhée, « le Prévoyant » , avertit d’un nouveau déluge, celui du feu, cette fois-ci. Il y a une certitude : aucune formation territoriale ne peut plus suivre l’exemple du Japon du 17e siècle, en s’isolant hermétiquement du reste du monde. Pour eux, il reste à créer une colonie sur Mars. Ils vont insister pour que les voyages vers Mars se réalisent.

 


 

Il faudrait, peut-être, mieux faire les deux (contrôler la finance et commencer à coloniser Mars)...

 

> Lire sur le site de la RTBF (relayant le site du Guardian) : Une étude américaine met en garde contre la chute de l’Empire occidental (15 mars 2014)

> « Le réchauffement du système climatique est sans équivoque » - Rapport du GIEC : CHANGEMENTS CLIMATIQUES 2013 - Les éléments scientifiques

 


 

Popularité : 4843 visites le 28/03/2015

 



[1Wikipédia - Finance de l’ombre : tout le secteur fantôme avoisinait $60 000 milliards vers la fin de 2011. Les Echos du 30/10/2014 : Le « shadow banking » pèse 75.000 milliards de dollars.

[2 Euractiv : « Les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 45 % entre 1990 et 2010, atteignant le record absolu de 33 milliards de tonnes, selon un récent rapport publié par le Centre commun de recherche (JRC) de l’UE »

[3Organisation météorologique mondiale (OMM) : Genève, le 21 novembre 2011 (OMM) – Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux pics en 2010, et le taux d’accroissement de ces gaz s’est accéléré, d’après le dernier bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sur les gaz à effet de serre, qui met particulièrement l’accent sur l’augmentation de la concentration de protoxyde d’azote.
D’après ce bulletin, le forçage radiatif de l’atmosphère par les gaz à effet de serre, qui induit un réchauffement du système climatique, s’est accru de 29 % entre 1990 et 2010, le dioxyde de carbone contribuant pour 80 % à cette augmentation. 

[4Wikipédia - Effet de serre : Hypothèse de l’emballement de l’effet de serre

On craint au pire le déclenchement d’un effet « boule de neige » (rétroaction positive), où le réchauffement conduirait à un réchauffement encore accru, via la disparition des glaces (réduction de l’albédo) et surtout la libération de stocks naturels de GES actuellement fixés par le pergélisol, les hydrates de méthane marins, ou encore la biomasse.

Si cela se produit et les réactions ne se terminent qu’après avoir produit une grande augmentation de la température, cela s’appelle un emballement de l’effet de serre (runaway greenhouse effect en anglais).

Selon l’hypothèse du fusil à clathrates (clathrate gun en anglais), un emballement de l’effet de serre pourrait être causé par la libération de méthane à partir des clathrates (hydrates de méthane qui tapissent le fond des océans) suite au réchauffement planétaire. On suppose que l’extinction massive d’espèces lors du Permien-Trias a été causée par un tel emballement. Il est également estimé que de grandes quantités de méthane pourraient être libérées de la toundra sibérienne qui commence à dégeler, le méthane étant 21 fois plus puissant comme gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone.

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