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IV - Clinique de la vie religieuse : clinique de la monnaie - 3 ) valeur d’usage et valeur d’échange dans les marchés religieux

D 8 avril 2011     H 06:49     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

Les occupants humains d’une formation naturelle créent des trésors. Ils peuvent en utiliser une partie dans leurs banques, pour émettre de la MONNAIE. Les financiers sont des techniciens qui vont manipuler, voire trafiquer, la valeur de la monnaie dans des échanges de type religieux. Il s’agit de la VALEUR D’ECHANGE de cette monnaie. Je vais préciser quelques points à ce sujet, pour bien introduire le problème des abus de ces techniciens financiers.

Nous avons commencé cette série d’articles sur la clinique de la vie religieuse, par l’Introduction à une clinique de la monnaie. Il s’agissait d’aborder la vie religieuse, sous un aspect central qui est l’établissement de « marchés religieux ». Ceux-ci sont réalisables grâce à l’utilisation de la monnaie, comprise comme le symbole unitaire d’une ALLIANCE religieuse, c’est à dire d’une alliance entre groupes humains de constitution différente. Notre tâche n’est pas facilitée par la quasi-disparition, aujourd’hui, de la compréhension de la nature et de la fonction de la religion et celle, encore plus, des transactions entre groupes sociaux qu’elle implique, en particulier des transactions monétaires. Mais, cet abord est nécessaire pour arriver à comprendre la clinique terrible, qui en découle.

Puis, nous avons parcouru deux articles de clinique de la vie religieuse :

J’ai distingué de manière didactique, dans ces deux derniers articles, ce qui résulte d’une crise de ressources d’une formation naturelle et ce qui résulte d’une trop grande abondance de ressources dans une formation naturelle. Ce sont, dans les deux cas, des troubles internes à la formation en crise, y compris pour ses colonies. Les symptômes qui en émergent, sont des révoltes violentes des classes les plus pauvres, dans le premier cas et des guerres civiles, dans le deuxième cas.

 


 Les groupes de « physiciens »


 

Toutefois, une situation réelle a beaucoup de chances d’être plus complexe et de ne pas se limiter à des troubles internes ou de colonisation. Il nous faut, pour cela, trouver d’autres genres de tricheries morales que celles que nous avons vues dans ces deux premiers articles et qui concernaient les « physiciens ». Je rappelle que ceux-ci sont des groupes humains qui se définissent d’abord par l’occupation et l’utilisation des ressources d’un territoire. Les habitants de ce territoire sont divers, réunis par le hasard et la nécessité. Ils constituent une « formation » naturelle humaine, définie socialement par une symbolisation de l’espace parcourable, réduction du vide infini. Les « physiciens » sont des « spatiaux » matérialistes, qui circulent dans leurs formations respectives et les occupent ainsi. Leur vie pragmatique est caractérisée par la coutume, la tradition identitaire, considérée comme un ordre naturel intangible, qui détermine des relations de solidarité obligée et d’inégalité foncière entre les membres de la formation. Les groupes de « physiciens » sont expansifs par la création de colonies, qu’ils rattachent progressivement au territoire d’origine afin d’augmenter leurs ressources.


Il faut noter, parfois, la surprise des anthropologues cherchant à chiffrer combien de membres suivent effectivement la coutume officielle d’une peuplade donnée et qui s’aperçoivent que ce n’est pas forcément la majorité de ses membres, alors même que chacun déclare que la coutume est évidemment le comportement à suivre. En effet, la morale des « physiciens » est celle du péché originel : les membres d’une formation ne suivent pas spontanément la coutume générale, mais ils peuvent racheter leurs péchés, en se repentant ouvertement, en payant le prix du rachat et en donnant l’exemple d’une ré-éducation disciplinaire réussie. Ils ont une culture où l’individu, personne ou sous-groupe, est irresponsable par essence, puisque les lois en vigueur ne sont pas les siennes, mais sont celles de l’ordre naturel du monde où il se trouve. Par contre, cet individu est toujours coupable de transgresser les « bonnes » lois, qui permettent la survie d’ensemble des éléments de la formation, dans leurs rapports de solidarité forcée et d’inégalité profonde. Il est coupable d’être toujours trop individualiste et de ne penser qu’à lui. La radicalisation d’une formation va toujours aller dans le sens d’une dénonciation outrée de l’individualisme, y compris celui des « métaphysiciens », qui sont les premiers à devoir être neutralisés ou expulsés car trop différents et non-rééducables. C’est une des explications possibles de la catastrophe de la Shoah.

 


 Les groupes de « métaphysiciens »


 

Cela permet de distinguer ces « physiciens » des « métaphysiciens » qui s’organisent, eux, par la notion d’information à transmettre et enrichir, au fil du temps. Les « métaphysiciens » se constituent en générations, ne dépendant pas d’un territoire pour se reconnaître. Ils sont des filiations progressistes, évolutives dans le temps. Ils se cooptent à ces fins, en se transmettant un savoir nécessaire et en l’enrichissant sans cesse. Ce n’est pas une formation naturelle qui les réunit, mais une information élaborée en commun vers un progrès à accomplir au fil des générations. Leur socialisation découle d’une réduction du temps implacable, par l’établissement d’une chronologie.

 


 

Bien sûr, la morale progressiste est très différente de celle des territoriaux d’une formation naturelle. L’individu y est responsable, mais innocent, pour reprendre la formule heureuse du Pr Alain-Gérard Slama [1]. Comme il ne suit pas l’ordre naturel du monde, par constitution, l’individu « métaphysicien », personne ou petit groupe, est responsable de ses actions, en établissant des règles raisonnées et perfectibles de fonctionnement. Par conséquent, il est innocent par rapport aux contraintes de son environnement, qui peuvent le faire déraper dans le suivi de ses règles morales. La radicalisation d’un groupe de progressistes « métaphysiciens » va toujours aller dans le sens d’une dénonciation des conditions de l’environnement et de la transformation nécessaire de celles-ci, pour que le milieu corresponde aux buts progressistes des membres du groupe. Ce sont les formations naturelles qui seront considérées, en elles-mêmes, comme la source de toute résistance à la « modernisation » et coupables de tout. Il n’y a rien de bon, au fond, dans la nature qui est considérée comme le lieu amoral de la lutte du plus fort et de la survie du plus apte. La radicalisation des progressistes va aller vers la lutte contre le « bête et méchant », toujours à « civiliser » et vers l’affirmation de leur propre innocence foncière. Toute remise en question de cette innocence sera interprétée aussitôt comme la plus noire des réactions. Si la transformation religieuse de la formation où peuvent résider les « métaphysiciens » échoue, il ne leur reste plus d’autre alternative que d’y prendre abusivement le pouvoir.

Les « métaphysiciens » suivent ce que j’ai décrit comme « la voie préférée de « l’information » » dans l’article : La vie spirituelle : III - Pourquoi des esprits et des dieux dans les religions humaines ?. En accumulant de l’information au fil du temps, ils ont besoin de cette alliance avec les « physiciens » pour trouver un sens à leur destin temporel, pour définir un « progrès » possible en triant leurs hypothèses, grâce aux expériences et aux applications réalisées par les territoriaux pour leur compte. En effet, les « métaphysiciens » aiment l’ontologie et la téléologie :


1 ) L’ontologie, c’est la recherche des pré-supposés, des « axiomes » d’un savoir, qui va découler de définitions originelles : dogmes d’origine surnaturelle ou postulats rationnels. Plus encore, c’est la construction d’une réalité permettant ces axiomes. Le métaphysicien Frédéric Nef, dans son article intitulé L’ontologie à la portée de tous, nous dit : « En analysant ce qui est ultimement, l’ontologie se veut donc une réflexion sur certains présupposés d’une science ou d’un savoir. Par son attitude réflexive et critique, l’ontologie parait bien indispensable et elle promeut un geste typiquement philosophique. Elle permet un retour soit sur les schèmes conceptuels ultimes qui limitent et en même temps rendent possible notre appréhension du monde, soit sur des traits ultimes de la réalité supposés par telle ou telle recherche scientifique. Mais souvent elle n’en reste pas à l’explicitation des entités présupposées par une théorie, elle vise à dire ce qui est réellement ». Remarquons que, si la source axiomatique découle d’une « révélation » externe au monde concret, divine ou autre, elle sera source de développements théologiques dogmatiques et d’une ontologie religieuse, au sens restreint du terme. Mais, j’ai étendu la notion de démarche religieuse au sujet des groupes « évolués », internes au monde concret, mais qui ont néanmoins développé un progrès suffisant de connaissances rationnelles pour apparaître, eux aussi, aux groupes humains plus basiques, comme des « métaphysiciens » capables d’établir les postulats de base de la réduction pratiquée de la réalité. L’alliance religieuse des groupes formationnels pourra se faire avec des groupes humains porte-paroles d’une révélation externe au monde, révélation censée pouvoir faire évoluer les territoriaux. Mais, elle pourra se faire aussi avec des groupes porteurs d’une plus grande élaboration de « l’information », c’est à dire d’une « science » en progrès qui pourra provoquer la même évolution. Il faut que cette science soit toujours considérée comme progressiste pour qu’elle soit métaphysicienne, qu’il s’agisse d’une science naturelle, écologique, artistique, philosophique, littéraire ou historique. Mais, son passé ne doit pas être oublié pour comprendre de quelle réduction elle est issue. Souvent, les « métaphysiciens » scientifiques pèchent, en oubliant d’expliquer et de prendre en compte leurs présupposés réducteurs (notamment logiques) et en prétendant créer une science « matérialiste ». Cela ouvre la voie à leurs tricheries morales où ils feignent de pouvoir distinguer entre « commencement » (pré-temporel, mythique) et « origine » (temporelle). [2]

2 ) La téléologie est une démarche « métaphysicienne » qui recherche « la stabilité structurelle » des systèmes. Les « métaphysiciens » progressistes vont développer des systèmes de représentation devenant autonomes, grâce à une structure interne logique et auto-suffisante. Grâce à ces systèmes, ils pourront se diversifier en écoles concurrentes, qu’elles soient théologiques, philosophiques ou scientifiques, au sens large du terme. Une école se qualifiera par ses pré-supposés dégagés et les conséquences que ceux-ci entraînent par leur propre force logique, dans un développement chronologique. Une école détermine une finalité sociale, un « progrès » évolutif, qui découle de la logique interne de son système de représentation. Etre dans le temps mène quelque part, directement en fonction des réductions d’origine. Il y a auto-détermination. Mais, il y a changement possible des buts à atteindre, s’il y a renversement de paradigme, devenu nécessaire sous l’effet de l’expérience. C’est pourquoi, la confrontation à l’expérience est absolument cruciale, afin de continuer à valider le système de représentation ou accepter de devoir le ré-aménager. L’alliance religieuse est la mise à l’épreuve répétée de la stabilité même du système. Ne pas vouloir passer par cette mise à l’épreuve est aussi la voie qui mène aux tricheries morales de ces « métaphysiciens », par le refus de devoir, parfois, changer de paradigme.

 


 

Dans la suite du travail exposé ici, nous raisonnerons temporellement, non pas en terme d’émergence de propriétés nouvelles, mais en terme de cascades de réductions successives, à partir d’une totipotence, d’une toute potentialité d’origine. Chaque branche théologique, philosophique ou scientifique, élabore sa forme de réduction pour établir un système de représentation et une possibilité d’action d’alliance religieuse correspondante. Cela permet de les distinguer, mais aussi de les comparer, de comprendre leurs articulations et leurs différences, en fonction de leur origine commune et des évolutions prises. Le « progrès » envisagé est un affinement de la réduction utilisée pour aborder le réel.

Il y a une expansivité naturelle des groupes de « métaphysiciens » qui enrichissent leurs présupposés pour développer des systèmes de représentation plus efficients. Ils peuvent s’étendre en aval, en englobant des groupes entiers qui ont fait assez de progrès pour les rejoindre et participer à leurs évolutions technologiques. J’ai déjà signalé l’importance de comprendre la domestication en ce sens, où l’évolution concerne des groupes sociaux entiers, humains mais aussi animaux, végétaux, voire minéraux avec la métallurgie. Cela se fera, aussi, par le rattachement de plus en plus élargi de dieux ou de grandes figures d’origine. Il y a donc un retour en amont, vers l’origine. En effet, cela ne veut pas dire que théologiquement ou scientifiquement, on ne puisse pas établir une double causalité, celle habituellement réductrice du passé au futur, mais aussi une causalité inverse, à rebours, du futur au passé, qui remonte l’arbre de réduction. C’est ce que la symbolisation logique du spatio-temporel envisagé ici, utilisant la logique tétravalente, devrait permettre de mieux comprendre. Des résultats expérimentaux vont dans ce sens et permettent à certains de développer la théorie d’une « double causalité ».


> Voir à ce sujet les pages de Philippe Guillemant et notamment : « L’influence du futur sur le présent mise en évidence expérimentalement » et son site (2013) : http://philippeguillemant.net

> Voir à ce sujet le rapport de l’Ambassade de France en Belgique - Service pour la Science et la Technologie : Des physiciens de l’ULB apportent une nouvelle théorie sur la mécanique quantique : « il est possible de concevoir des situations singulières dans lesquelles un événement peut être à la fois la cause et la conséquence d’un autre »

 


 Valeur d'usage et valeur d'échange


 


 

Pour finir, je voudrais insister sur un point clé des échanges des marchés religieux. La VALEUR d’un système autonome de représentations, élaboré par les « métaphysiciens » progressistes, est déterminée lors de l’alliance passée avec des groupes de « physiciens » territoriaux et la mise à l’épreuve que cela provoque. Les échanges pratiqués à l’occasion des marchés religieux créent la VALEUR D’ECHANGE effective que possèdent les informations élaborées par le système métaphysicien. Une monnaie sera indispensable comme symbole d’un étalon commun, afin d’établir la valeur d’échange effective des informations fournies dans des marchandages ad hoc. Grâce à cela, les « métaphysiciens » pourront se soulager de certaines tensions internes spécifiques.

Bien évidemment, une valeur d’échange sera aussi donnée aux productions des « physiciens » qui pourront se soulager de leurs tensions propres, à l’occasion de ces marchés. Les produits offerts par les physiciens ne dépendront plus de leur VALEUR D’USAGE, chère aux marxistes, qui est, en fait, la valeur dépendant de la force de travail de chaque membre de la formation et reconnue comme telle. Cette valeur d’usage reste relativement fixe et indiscutable dans sa formation. Ici, dans la valeur d’échange, c’est le désir de soulagement, plus ou moins satisfait par l’une ou l’autre des parties du marché religieux, qui fixera cette valeur, en restant absolument variable selon les appréciations du moment et l’endroit du marché. C’est un critère essentiel [3]. Nous ne sommes pas dans une règle établie (valeur d’usage), mais dans un marchandage (valeur d’échange).

Notons que la valeur d’échange peut n’avoir que très peu de rapport avec la quantité de la force de travail ayant permis d’établir une valeur d’usage. Il s’agit de la valeur découlant de l’adéquation d’un produit d’une formation ou d’une information métaphysicienne, dans le cadre précis d’un marché religieux, marché qui concerne des groupes de nature fondamentalement différente. C’est une différence importante avec la conception marxiste de la valeur, qui reprenait malheureusement la distinction aristotélicienne entre valeur d’usage et valeur d’échange. Marx était encore envouté par Aristote et sa conception du « double usage ».


Aristote, in La Politique, Livre I, Chapitre III, § 11 : « Toute propriété a deux usages, qui tous deux lui appartiennent essentiellement, sans toutefois lui appartenir de la même façon : l’un est spécial à la chose, l’autre ne l’est pas. Une chaussure peut à la fois servir à chausser le pied ou à faire un échange. On peut du moins en tirer ce double usage. Celui qui, contre de l’argent ou contre des aliments, échange une chaussure dont un autre a besoin, emploie bien cette chaussure en tant que chaussure, mais non pas cependant avec son utilité propre ; car elle n’avait point été faite pour l’échange. J’en dirai autant de toutes les autres propriétés ; l’échange, en effet, peut s’appliquer à toutes, puisqu’il est né primitivement entre les hommes de l’abondance sur tel point et de la rareté sur tel autre, des denrées nécessaires à la vie ». On voit que ce qui est décrit par Aristote n’est pas un marché religieux. Il ne distingue pas assez valeur d’usage et valeur d’échange, car il n’est pas homme de désir. Pour lui, le désir n’est que « l’appétit de l’agréable » et non la recherche d’une jouissance.

Le marché doit, pour être « religieux », permettre spécifiquement des échanges entre des marchandises territoriales, qui peuvent s’user, et de la technologie pertinente, celle qui est capable de faire évoluer la manière d’obtenir ces marchandises ou les marchandises elles-mêmes, information qui reste inusable. La monnaie sert à établir la valeur d’échange de ces biens différents pour permettre leurs échanges effectifs. C’est son rôle premier et ne plus le comprendre amène des errements dommageables à la science politique et économique moderne. [4] On comprend facilement que l’or, produit par les « physiciens », mais qui se révèle inaltérable comme une information « métaphysicienne », ait pu servir longtemps à établir un symbole d’alliance à travers des lingots et des pièces de monnaie en or !

 


 Les tricheries morales des « métaphysiciens »


 

Chacun doit pouvoir trouver son compte dans le marchandage réalisé, sinon il y a tricherie morale, lors de l’établissement du marché religieux. Cette tricherie entraîne obligatoirement des manipulations monétaires immorales, qui se révéleront incroyablement délétères si des corrections ne sont pas amenées à temps. Abordons maintenant les tricheries morales des « métaphysiciens », qui sont des progressistes utilisant le cours du temps pour se définir comme des groupes en « progrès » temporel : religieux, philosophes, artistes, techniciens, chercheurs scientifiques... Mais, il s’agit aussi du rôle de ces progressistes spécialisés que sont les financiers investisseurs et les assureurs, garants dans leurs groupes de l’utilisation morale de la monnaie. Comme ce sont des groupes de constitution CONCURRENTIELLE-EGALITAIRE, leurs tensions internes les plus graves découleront :

  • soit d’une trop grande concurrence entre eux, au détriment de leur égalité,
  • soit d’un trop grand égalitarisme, au détriment de leurs capacités respectives de concurrence.


La première sorte de tricherie, que nous verrons dans un prochain article, provoquera le développement du « capitalisme ». L’abord religieux du capitalisme a été déjà pratiqué par le Pr Max Weber, notamment dans le texte de référence que constitue L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme - révision de 1920. Pour nous, il s’agira de tricheries morales de métaphysiciens et non d’une conséquence d’un esprit ascétique religieux particulier. C’est cela que M. Weber n’avait pas bien vu. Or, c’est la clé des évolutions et des horreurs capitalistes. Celles-ci découlent d’une mauvaise résolution des tensions d’inégalité interne, tensions qui sont aggravées, au lieu d’être atténuées à temps. Et c’est pour cela que le capitalisme ne peut mener qu’à une catastrophe finale.

La deuxième sorte de tricherie, que nous verrons par la suite, concernera la finance assurantielle et ses débordements tout aussi éprouvants. Ils découlent, cette fois-là, d’un trop grand excès d’égalité entre financiers, excès aggravé au lieu d’être amendé à temps par un renouvellement de la concurrence. C’est la voie des horreurs « socialistes », qui ont particulièrement marqué le XXe siècle.

 


 L'atteinte de la vision de la jouissance commune


 

Pourquoi ces tricheries sont-elles si délétères ? C’est qu’elles abîment le sens même de la monnaie comme symbole d’alliance spirituelle.

Les « métaphysiciens » utilisent les jetons des échanges des territoriaux, en leur permettant une valeur d’échange au lieu d’une simple valeur d’usage. Ils amènent, à la monnaie, une dimension de « progrès » qui est celle d’une VISION de jouissance partagée. Leur technique financière fait que la monnaie n’est pas un simple « moyen » d’échange. Elle permet d’établir efficacement une jouissance de la vie religieuse, celle que j’ai essayé de définir comme oscillation commune entre « foi » et « adoration », dans une rencontre entre groupes de nature différente. Voir l’article : La vie spirituelle : III - Description de la vie religieuse. Ce n’est pas le seul moyen d’y arriver, mais c’est un moyen très élaboré et qui est devenu prépondérant par son efficacité même. Les « métaphysiciens » doivent pouvoir soutenir cette vision de jouissance sociale commune, comme le sens même du progrès à réaliser. Leur tricherie morale sur la monnaie sera une dégradation dommageable de leur capacité temporelle visionnaire, celle qui se rappelle des jouissances passées et celle qui voit, dans l’avenir, la jouissance future. C’est de cette vision temporelle que naît leur crédibilité à proposer un marché religieux au présent, comme une alliance indispensable pour une guérison de la perte de jouissance.

Etre infidèle à leur vision, en croyant pouvoir jouir seul sans tenir compte de la jouissance de l’autre ou pire, au détriment de la jouissance de l’autre, est, pour les « métaphysiciens », un leurre considérable qui détruit le symbolisme même de la monnaie et fait s’écrouler la vie sociale en terribles souffrances. Personne ne peut plus, alors, s’en « réjouir ».

 

 


Popularité :
589 lecteurs au 01/12/2013


[1Pr Alain-Gérard Slama - Chronique sur France-Culture du 30-03-11

[2Voir à ce sujet le livre de 2011 du Pr Claudine Tiercelin - Edition les Ed. d’Ithaque, intitulé Le ciment des choses : petit traité de métaphysique scientifique réaliste : « Que savons-nous de la réalité ? Peu de choses, voire rien du tout, si l’on en croit l’idéalisme et le relativisme ambiants, qui n’épargnent pas les scientifiques. Le Ciment des choses montre que c’est tout le contraire. À condition d’utiliser à bon escient l’analyse conceptuelle et de recourir aux sciences empiriques dans un esprit réaliste et non positiviste, notre connaissance de ce qui est – qu’il reste opportun de nommer « méta physique » – est légitime et même indispensable. L’ouvrage indique la méthode à adopter et quelques pistes à poursuivre. Refusant la représentation classique d’un univers contingent de substances atomisées et passives, il soutient l’idée d’un réel foncièrement dynamique de capacités, de dispositions et d’interactions causales régies par des lois, plus proche aussi de l’image que nous renvoient aujourd’hui les sciences de la nature. Sans se laisser piéger par les illusions d’une métaphysique en apesanteur, mais sans céder non plus aux mirages d’une métaphysique à prétentions scientistes, ce livre défend le projet d’une métaphysique scientifique réaliste et rationaliste  ; il s’efforce d’éviter les excès auxquels conduisent aussi bien l’humilité que l’arrogance et explore les conditions d’une réconciliation raisonnée entre la philosophie de la nature et la philosophie de l’intellect. »

[3Cette utilité de soulagement ne met pas en jeu libidinalement le « fétiche » comme Marx le voulait in « Le Capital » Livre I Section I : Marchandise et monnaie IV. - Le caractère fétiche de la marchandise et son secret.

[4Une parution récente d’un économiste du CNRS reprend, enfin, ce problème de la valeur d’usage et de la valeur d’échange, sous un jour moins aristotélicien. La crise systémique que nous vivons réveille tout de même l’intelligence métaphysicienne. Même si l’auteur n’a pas pris en compte la dimension religieuse du marché, au moins a t’il compris la dimension DESIRANTE qui donne la valeur de la monnaie. Il s’agit de l’ouvrage de M. André Orléan : L’empire de la valeur : Refonder l’économie, Seuil, coll. La couleur des idées, octobre 2011.

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