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Note sur neurologique et psychique : articulations et différences

D 3 février 2014     H 14:08     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Monisme, dualisme, pseudo-dualisme


 

L’échec du génétique et des conceptions neurologiques monistes trop simplistes pour expliquer les troubles psychiques, nous amène un retour des théories de l’émergence. C’est une conception élitiste aristotélicienne qui s’empare des têtes professionnelles, notamment universitaires. Le psychisme est conçu comme un tyran qui sait dire le vrai et le faux, en s’assurant que les « subordonnés » neurologiques soient bien à leur place fonctionnelle, pour lui laisser les mains libres de décider.

Ce n’est plus tellement le paradigme de l’homme-machine, celui du moniste mécaniste, qui conceptualise un système nerveux égalitaire, permettant à chacun de fonctionner psychiquement. Il fallait qu’il soit correctement paramétré, soigné et corrigé, ce système nerveux. Il pouvait même être compensé comme handicap, au cas où la loterie génétique ou les séquelles d’accident étaient trop défavorables. Le libre arbitre y reste une illusion, par ignorance des causes déterministes.

Actuellement, la tendance est de retrouver le sacrifice calculé de l’inférieur, pour permettre au dominant de s’affirmer légitimement et de garder un degré de liberté. C’est utiliser la vieille notion du cavalier psychique et de sa monture neurologique, la dialectique du Maître et de l’Esclave. C’est l’émergence des fonctions psychiques « supérieures », qui veillent à ce que les fonctions inférieures obtempèrent et restent fonctionnelles. On va les redresser, si elles ne sont pas assez fiables. Ce sont elles qui vont avoir une possibilité de libre-arbitre sur les fonctions inférieures.

 

 

Les tenants des positions monistes confondent système nerveux et appareil psychique (comme système de représentations), avec une « entéléchie première », maintenant génétique, tandis que les tenants des positions dualistes platoniciennes les opposent. Dans le dualisme, l’âme est librement formatrice du corps. On y explique difficilement comment âme et corps s’articulent pour obtenir ce résultat, même en conceptualisant un organe articulatoire, un « périsprit ». Aristote a essayé de sauver le monisme en inventant une logique hyper-réductrice, un pseudo-dualisme, celui de la logique bivalente.

Dans la logique bivalente, quelque chose est « l’un ou l’autre », par exemple « vrai ou faux ». Un intervenant extérieur doit décider de ce qui est vrai ou faux. Cette logique aristotélicienne est dite « du tiers exclu », ou « du milieu exclu », c’est à dire qu’elle est sans valeur intermédiaire possible. Il n’y a pas de demi-mesure entre ces deux propositions possibles que sont le « vrai » et le « faux ». Cette logique nécessite pourtant un tiers absolu, car il faut bien juger du vrai ou du faux. Aristote invente un esprit supérieur pour se sortir des limitations du monisme mécaniste. Il crée une pensée par niveaux, qu’il étend au monde du vivant. Il est « naturellement » esclavagiste et pour le tyran. Cela lui évite de retomber dans le platonisme et la transcendance dualiste, mais c’est un bricolage bizarre. C’est cette solution qui retrouve toute son actualité dans la pensée actuelle de l’émergence. Philosophie et techno-science actuelles sont souvent encore incroyablement collées à ce pseudo-dualisme aristotélicien. C’est l’atmosphère de la relation dyadique mère-enfant, basée sur la maîtrise réciproque. Chacun s’y tient par la barbichette, sous la vigilance sans faille du dominant.

 


 La logique tétravalente


 

En logique tétravalente, par contre, il n’y a pas de rejet de l’association virtuelle des deux propositions initiales : « l’un et l’autre ». Cette logique garde aussi la possibilité virtuelle de l’exclusion des deux propositions initiales : « ni l’un ni l’autre ». Cela donne quatre propositions au lieu de deux, par l’ajout de ces deux propositions complémentaires. Pour toute réduction de la réalité que l’on appelle traditionnellement « ainsi » (du latin in sic), les trois autres propositions logiques en découlant seront appelées « non ainsi », « ainsi et non ainsi », « ni ainsi ni non ainsi ». C’est la formule de l’ainséité.

 

 

Cette logique est moins réductrice que la logique bivalente. Elle introduit la logique du virtuel dans les deux propositions supplémentaires en même temps que celle du concret tangible. Par là, elle permet que tout ne soit pas déterminé, grâce à l’existence d’un virtuel irréductible. Il y a du hasard dans le passage par cette possibilité du virtuel, il y a de l’aléatoire, mais cela ne crée pas encore un libre-arbitre. Il y faut l’articulation du hasard et de la nécessité. C’est le rôle du psychisme de prendre du recul dans cette affaire, en articulant les propositions logiques entre elles. Constructions déterministes / relations stochastiques [1]. Ternarité / dualité.

 


 Le psychisme


 

En pratique, le psychisme se décline dans quatre registres qui illustrent, de façon fractale, cette réduction première tétravalente du réel. Chaque registre est une réalisation, à sa façon, de la formule de l’ainséité, à partir d’un « ainsi » particulier. Les registres réalisent pour cela quatre types de relations essentielles à la vie psychique :
- les relations de la dyade mère-enfant et les relations de couple s’en inspirant ;
- les relations à son corps propre ou relations narcissiques ;
- les relations symboliques ou socio-langagières ;
- les relations au manque de l’autre sexué.

 

 

Les pôles des vibrations constitutives de ces registres du fonctionnement psychique, y deviennent des pôles de renvoi de l’un à l’autre. C’est ce qui différencie ces pôles d’être « psychiques » et pas seulement « neurologiques ». Le psychique n’empêche pas le neurologique d’exister et de permettre l’établissement de ces diverses relations humaines. Il rend instable ce neurologique par une danse qui donne la vraie joie de vivre, la jouissance de la vie. Le psychisme tient en relation/opposition les pôles logiques de chaque registre, pôles qui risqueraient de trop se séparer. Il maintient des relations polaires, malgré les différences qui les caractérisent.

Les pôles neurologiques de fixation, qui se constituent par conditionnement, sont fonctionnellement tétravalents par la loi de l’homéostasie. C’est la loi de l’équilibre des corps à travers toutes les perturbations internes et externes, possibles et envisageables. Cette loi est au coeur des processus biologiques. C’est l’homéostasie qui introduit la tétravalence logique,- et non la divalence, comme on simplifie trop souvent. Le psychisme, lui, est une habitude dansante de ces oppositions de l’homéostasie, par déstabilisation de leurs trop fortes séparations. Il pré-réduit de cette façon, il atténue au maximum la réduction neurologique de la réalité et des quatre types de relations fondamentales.

 


 Le retrait du psychisme


 

Les pôles neurologiques des registres se constituent trop indépendamment les uns des autres. Ils augmentent leurs capacités de captation avec l’intensité de leur conditionnement. Ils risquent sans cesse de bloquer l’homéostasie, selon leur force même de captation, à moins d’un miracle d’équilibre spontané sur lequel personne ne peut compter. Le psychisme est un système correcteur essentiel des risques de ce blocage. Il module le neurologique en minorant ses risques fonctionnels. Ce n’est pas rajouter une couche, ce n’est pas créer un nouveau processus, c’est limiter un processus réducteur en atténuant au possible sa radicalité. C’est limiter la réduction même. Cela reste en amont et ne va pas encore plus en aval de la réduction du réel. Ce n’est pas une sur-réduction. Ce n’est pas non plus une anti-réduction. C’est un mode de fonctionnement anti-blocage de ce qui pourrait être trop performant, de ce qui tendrait à être trop répétitif et à se coincer dans la répétition. Pas de thermostat central dictateur, à la manière des théories de l’émergence. Un fonctionnement glissant en temps réel, selon un modèle d’articulations préférentielles non-blocables, mémorisées dans le processus primaire freudien. L’Inconscient est au coeur du fonctionnement psychique, puisque c’est lui qui assure, sans domination, en temps réel, l’échappement aux fixations polaires des registres et la fluidité foncière de l’homéostasie. Il n’y a pas de dualisme ni de pensée moniste par niveau dans cette conception de l’Inconscient, qui est celle de la première topique freudienne.

Cette conception fonctionnelle est essentielle à qui veut comprendre scientifiquement la vie psychique. C’est la seule qui permette une définition correcte du fonctionnement psychique et de ses dysfonctionnements. Elle nous donne les moyens conceptuels d’aborder correctement le traitement de ces dysfonctionnements. Les troubles psychiques sont fondamentalement des troubles fonctionnels résultant des échecs de la limitation des outrances du neurologique. Le fonctionnement psychique est préparé par le neurologique, car il ne s’oppose pas aux réductions du réel qu’effectue le neurologique, dans son rôle de maintien de l’homéostasie. Sans doute mis en place principalement par l’imprégnation mère-enfant des premiers mois de la vie, le psychisme assure une façon dansante de fonctionner au neurologique. Le psychisme limite, certes, les acquisitions des pôles neurologiques de fonctionnement, mais il améliore l’homéostasie elle-même, sous tous ses aspects.

Dans chaque registre relationnel utilisé, le psychisme réalise cette limite fonctionnelle en articulant et en opposant les pôles neurologiques caractérisés, selon une habitude bien particulière :
- « ainsi » est articulé/opposé avec « ni ainsi ni non ainsi » : c’est un premier genre de vibration (on peut l’appeler l’oscillation « réaliste », entre réduction du réel et ce qui échappe à toute réduction),
- « ainsi et non ainsi » est articulé/opposé avec « non ainsi » : c’est un deuxième genre de vibration (on peut l’appeler l’oscillation « onirique », entre falsification de la réduction du réel et corrélation de ces opérations de réduction et de falsification).

 

 


 L’intérêt de la clinique du psychisme


 

Il y a deux oscillations remarquables, dans chacun des registres psychiques obtenus et le psychisme trouve quatre types de substrat possible, pour articuler/opposer ces pôles logiques. C’est la raison d’être des quatre registres relationnels psychiques. Faute d’une compréhension suffisante actuelle de l’homéostasie, ce modèle de fonctionnement se justifie par la clinique observable des dysfonctionnements de ces registres du psychisme [2].

C’est un modèle fonctionnel obtenu par inférence, ce qui n’est guère confortable comme méthode scientifique, mais c’est mieux que rien. Même s’il y a encore beaucoup de progrès à faire, cela permet tout de même de construire les pistes logiques des traitements de ces dysfonctionnements, qui sont toujours extrêmement pénibles pour celui qui les subit.

S’il y a fixation durable du fonctionnement psychique au niveau de ces pôles fonctionnels, il y a blocage du libre système oscillatoire. La porte est ouverte à la clinique du psychisme. Il y a perte souffrante de la jouissance oscillatoire et retombée dans un fonctionnement outré par plaisir/déplaisir. Il y a conditionnement sur un pôle exclusif de la danse. Le neurologique reprend le dessus. La clinique, c’est toujours la ré-apparition du neurologique comme fixation conditionnante.

Au bout d’un temps de blocage, par les secousses des événements ou par l’effet de l’inertie d’ensemble des oscillations psychiques, la partie polaire oubliée de la danse se rappelle à l’existence et ressort en symptômes affreux, par crises symptomatiques. C’est une espèce de guérison anomale des tensions vibratoires, mais qui reste douloureuse, car incomplète et mal à propos.

Des moyens de défense se mettent généralement en place, chez les personnes souffrant de tels symptômes, pour limiter l’effraction de ces symptômes. Ils figent le fonctionnement oscillatoire du psychisme, pour limiter la souffrance symptomatique et se mettent à envahir le psychisme. Plus le moyen de défense sera efficace, plus la fixation du conditionnement neurologique sera prégnante.

Sous cet angle, la clinique est toujours un trouble envahissant, pas seulement lors du développement de l’humain, mais à tout moment de sa vie psychique. Ce raidissement progressif des moyens de défense peut finir, tôt ou tard, par s’écrouler complètement et le trouble psychique devenir une maladie mentale chronique. La joie de vivre jouissive est alors oubliée et la personne se retrouve obligée de se contenter, au mieux, de positions stoïciennes ou hédonistes, pour philosopher sur ses malheurs. Cette attitude est plus que jamais proposée par les philosophes et idéologues de notre temps. C’est passer d’un fonctionnement difficile, avec un symptôme, à la résignation volontaire (faute de mieux) d’un fonctionnement avec un sinthome, selon le mot de Lacan. Les « thérapies » issues de ces philosophies vont toujours être sur-conditionnantes, dans l’espoir d’augmenter les moyens de défense des personnes et de revenir au bon vieux temps, celui où le symptôme n’existait pas encore. Cela peut marcher un temps. C’est à courte vue. Le processus primaire freudien, par contre, est le garant de la liberté oscillatoire des fonctions psychiques humaines. Ne pas le connaître, déjà pour soi-même, ou ne pas s’y intéresser pour l’autre, ne peut mener le clinicien qu’à errer dans des démarches inefficaces au long cours.

 

 

Le psychisme ne se contente pas de rendre possible les doubles oscillations asynchrones de chaque registre psychique. Il va rendre glissant le fonctionnement trop solitaire des registres eux-mêmes. C’est ainsi que les registres vont se mettre à résonner ensemble. Les pôles logiques de chaque registre vont pouvoir se superposer dans un même ensemble vibratoire et s’étayer, se conforter entre eux. La clinique, qui sert de preuve à cette description, va pouvoir concerner aussi cette superposition de registres. Je décrirai surtout la clinique de la résonance de deux registres entre eux, mais la recherche des « causes » possibles des dysfonctionnements de ces vibrations psychiques, nous pousse à ne pas oublier, comme facteurs favorisants, la présence résonnante toujours possible des autres registres extérieurs à la paire considérée.

Une cause neurologique, qu’elle soit d’origine génétique ou épigénétique, pourra concerner tous les registres psychiques à la fois, puisque les registres psychiques dérivent de la mise en oscillation des réductions neurologiques homéostatiques trop figées. Si le neurologique va mal, le psychisme pourra essayer de compenser comme il le pourra, en maintenant sa double vibration malgré tout. On comprend que cela restera souvent limité, puisqu’il n’est juste qu’une limite, lui-même, de ce neurologique. Néanmoins, le génie de chacun peut intervenir pour trouver des solutions originales. Il y a des exemples frappants de personnes ayant un système nerveux très abimé ou malformé, qui arrivent tout de même, on ne sait comment, à garder leurs vibrations psychiques fonctionnelles. C’est avoir une âme forte dans un corps débilité. Cela leur permet de tenir leur conscience, liée aux décrochages polaires des oscillations des registres. Les personnes ainsi handicapées, m’ont beaucoup appris sur les manières de « sauver son âme ».

Le concept de « pulsion » par Freud (Trieb) reste toujours aussi intéressant à envisager pour les traitements des affections psychiques. La pulsion a un côté quantitatif et un côté qualitatif. Agir sur le quantitatif, c’est agir sur l’homéostasie biologique, par tous les moyens envisageables (physiques, chimiques, physiologiques, environnementaux, hypnotiques, éducatifs, suggestifs...). Agir sur le qualitatif, sur le représentant de la pulsion et faciliter le libre jeu du processus primaire, c’est la voie de la psychanalyse. Du moins, cela devrait l’être, si elle arrivait à garder un profil scientifique spécifique et à ne pas s’abâtardir de psychologisme ou de sociologisme, voire de sexologisme. Quantitatif et qualitatif ne s’opposent pas, si l’on comprend intelligemment le problème qu’apporte chaque personne souffrante. C’est comme cela que l’on peut aborder le niveau individuel de la souffrance et son intelligibilité propre.

 

 

Le traitement des affections psychiques ne peut être standard, mais il doit rester raisonné, à condition que l’on utilise un modèle correct des articulations et des différences du neurologique et du psychique. S’il s’agit bien, pour le psychisme, de retrouver ou de conforter « la légèreté du danseur », pour reprendre ce mot de Nietzsche, c’est dans une toute autre optique que celle des déconstructivistes modernes. Il ne s’agit pas de démonter ce que construit le neurologique, mais de garder, en amont, la grâce de la liberté qui se réalise avant que les fixations ne deviennent absolues. C’est alors la fluidité du créatif qui surfe sur les vagues du réel, qui glisse sur tous les pôles constitutifs des différentes relations que présente une personne humaine. La jouissance d’une personne est immanente. La « soigner » peut s’entendre dans tous les sens du terme. Elle est la saveur de la vie. Elle permet à chacun de se lancer avec bonheur dans la recherche du sens de la vie [3], en veillant bien à rester en-deça des fixations plaisantes et de leurs charmes empoisonnés. En-deça et non au-delà. C’est toute la différence.

 

> Lire aussi l’article : L’inconscient comme filtre transducteur

 


 


[1Wikitionnaire : stochastique/stɔ.kas.tik/ masculin et féminin identiques - Aléatoire. Un phénomène stochastique est un phénomène qui ne se prête qu’à une analyse statistique, par opposition à un phénomène déterministe.

[2Un correspondant me demande : « Mais pourquoi une logique tétravalente ? Il existe bien d’autres logiques développées par les logiciens. Pourquoi celle-là en particulier ? ». Je n’ai pu que lui répondre que je n’en savais rien. C’est comme cela que cela marche pour le psychisme et c’est une constatation. Le psychisme, comme processus limitant des pôles tétravalents de l’homéostasie, existe peut-être depuis que les êtres vivants existent. C’était déjà inouï de parler de sexualité bactérienne, mais peut-être, qu’un jour, on parlera du psychisme des bactéries et du système anti-blocage mémoriel des capacités mnésiques conditionnantes bactériennes. Les progrès de la conception fonctionnelle homéostatique des êtres vivants, devraient nous permettre d’y voir plus clair. Lire l’article : Une autre conception du vivant est possible

[3Le sens à trouver de la vie est en amont et non en aval des réductions neurologiques de la réalité. Lire, à propos du registre symbolique, l’article : Inconscients, traductions, reformulations

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