Vous êtes ici : Accueil » CLINIQUE DE LA VIE SPIRITUELLE (mystique et religieuse) » IV - Clinique de la vie religieuse : clinique de la monnaie - 2 ) (...)

IV - Clinique de la vie religieuse : clinique de la monnaie - 2 ) Tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie : de l’abondance à la guerre civile et son résultat

D 14 mars 2011     H 06:15     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Position du problème


 

Nous étions, dans le précédent article, dans une situation de pénurie d’une formation naturelle. La clinique en résultant, découlait des tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie. Les tricheurs territoriaux s’y enfonçaient dans un abus de confiance envers les filiations temporelles « progressistes ». Ces dernières sont celles des « métaphysiciens », appelés à l’aide par les « physiciens » du territoire de la formation, pour construire un marché religieux. Ce marché se passe entre « progressistes » et partisans de la tradition et de la coutume. J’appelle les « métaphysiciens » des « progressistes », car ils constituent des filiations humaines utilisant la réduction symbolique du temps comme devant leur amener une « progression » temporelle. Ils ont un projet se matérialisant au fil des générations. Ce sont donc, fondamentalement, des groupes humains « en progrès » temporel, même si ce progrès n’est pas forcément linéaire, ni continu. Dès l’antiquité, avec les stoïciens, les « progressistes » étaient déjà opposés aux « primitivistes ». Les récits mythologiques des « métaphysiciens » sont ceux de la jeunesse. Leurs incarnations ou résurrections sont « améliorantes ». C’est pour les opposer aux territoriaux « primitivistes » qui sont, eux, des « physiciens » attachés à une formation locale, à un territoire parcourable. Ils y constituent des équilibres inégalitaires et solidaires de fait, dans une répétition immuable des mêmes organisations coutumières. Leurs mythes célèbrent la sagesse des vieux et le retour à une origine parfaite, « primitive » au sens de première. Wikipédia : Progrès : « Hésiode, dans Les travaux et les hommes (VIIIe siècle av. J.-C.), développe le mythe de l’Âge d’or. La perfection de la race humaine se situe à l’origine, et le progrès technique est signe de décadence ».

 


 

On voit que « progressistes » et « primitivistes » s’opposent apparemment, plutôt que de s’unir. Or, ils constituent, chacun, un mode d’approche de la construction du symbole social unitaire. Les « métaphysiciens » construisent le symbole en réduisant le temps implacable vers l’établissement d’une chronologie. Les « physiciens » réduisent le vide infini pour construire un espace parcourable. Cela en fait des groupes de constitution, certes, bien différente, mais qui peuvent passer une ALLIANCE, sans présenter normalement de risque, l’un pour l’autre.

Ce sont les temps et les endroits d’alliance qui sont appelés des « marchés », au sens religieux. Cela nécessite une symbolisation unitaire du temporo-spatial entre groupes sociaux différents, à l’instar des accouplements sexués. L’intensité amoureuse de leur marché peut alors les aider à résoudre leurs crises internes, chacun apportant à l’autre de quoi se soulager de ses tensions insupportables. Mais, un groupe peut être tenté de tricher moralement pour profiter plus que l’autre et abuser de la situation d’alliance. Nous restons dans le cas où ce sont les tricheurs « physiciens » qui vont pérenniser le marché pour se soulager, de façon univoque.

Dans le précédent article, nous avons vu comment la métonymie sociale, appelée holonymie, c’est à dire le « tout » pour la « partie », devenait de plus en plus folle à cause des « physiciens », c’est à dire des territoriaux identitaires. Cela se traduit par une radicalisation autoritaire, puis de plus en plus totalitaire, d’une formation en crise de ressources. La société devient une Gestalt absolue, où le « TOUT » est un « tout total » pour ses parties, qui n’ont plus d’individualité réelle soutenable. La société totalitaire voit le tyran devenir symbole d’un TOUT A LA LETTRE. Il peut même disparaître apparemment en tant que personne officielle distincte, devenir lui-même secret, comme on l’a vu encore si bien dans le totalitarisme cambodgien de l’Angkar, l’organisation des Khmers rouges, avec M. Pol Pot. Rappelons que cette organisation a réalisé, entre 1975 et 1979, la destruction physique de toute la classe moyenne instruite de cette formation cambodgienne. Ses membres ont assassiné tous ceux qui auraient pu être porteurs de quelque idée progressiste ou les ont fait périr par famine. Cette dictature totalitaire de l’Angkar a fait disparaître 1,72 million de Cambodgiens, soit 21% de la population du pays [1] ! Nous avions là le comble de l’aspect social de la psychose autistique et de la « terreur » collective qu’elle amène, au nom d’une morale dévoyée. Il y a perte de toute médiation dans ces horreurs totalitaires. Il y a inactivation de tout tiers possible qui permettrait aux individus d’un groupe humain de garder une identité singulière et respectée. Il n’y a plus que le groupe qui compte et il n’y a plus de morale contestataire possible.

 


 

Cette évolution totalitaire n’est, malheureusement, pas la seule façon d’arriver à cet aspect psychotique de l’évolution des formations. Il existe un autre genre d’abus de confiance délétère des groupes territoriaux envers les filiations temporelles. Dans ce nouveau cas de figure, nous nous trouvons dans une situation de grande prospérité, qui va menacer, elle-aussi, les fondements constitutifs d’une formation naturelle. Rappelons que les rapports des membres de celle-ci sont, de fait, de type INEGALITAIRE - SOLIDAIRE. Ils deviennent, dans cette autre situation d’abondance, TROP SOLIDAIRES et PAS ASSEZ INEGALITAIRES. Cela aboutit à l’apparition de factions rivales et de grandes crises formationnelles répétitives. Les filiations temporelles, appelées à l’aide, vont, de même, pouvoir être abusées par des territoriaux immoraux, au-delà de l’établissement des marchés religieux correctifs. Une clinique spécifique va en résulter, que nous allons découvrir maintenant.

Rappelons, toutefois, que le lecteur doit toujours prendre cette clinique comme un premier jet bien perfectible. Cette clinique a l’avantage d’être logique, déductible, soumise facilement à la vérification et, en conséquence, toujours provisoire. Elle reste en attente, comme tout ce qui se trouve sur ce site, d’une révision la perfectionnant ou la réfutant. Mais, elle a l’ambition de poser des jalons nouveaux sur un terrain encore quasiment vierge de telles approches. Comme toujours, seuls ceux qui ne voudront pas se résigner de l’existence de tels troubles sociaux, dont ils ont souffert ou qui en souffrent encore aujourd’hui, auront la force de travailler cette clinique et de chercher à l’améliorer.

 


 La crise de départ par l'apparition d'une lutte de factions :


 

Il peut arriver, en effet, que la formation naturelle territoriale soit trop florissante. Elle a trop de richesse globale. Celle-ci est produite par ses propres moyens de production et par l’assimilation de colonies trop nombreuses. Cela mène à la moindre utilité de clientèles absolument fidèles envers les plus gros possédants. La solidarité par redistribution y reste forte, vu le côté prospère de la formation, capable de bonnes productions et de colonisations profitables à tous. Il y a un véritable enrichissement global des membres de la formation. Mais, l’inégalité, qui est la règle de base du clientélisme, est très menacée. Notamment, est remise en question la nécessité d’un pouvoir suprême soudé, unifiant l’ensemble de la formation, celui de l’oligarchie du « petit nombre » des grands possédants. Il n’y a plus autant de nécessité d’un pouvoir unitaire oligarchique. Normalement, c’est le pouvoir oligarchique qui donne l’exemple pyramidal de la solidarité. Il organise, en cascade, la redistribution nécessaire à la survie de tous, jusqu’au père de famille s’occupant de ses enfants. Maintenant, il n’y a plus besoin d’une inégalité aussi poussée pour commander cette solidarité, notamment chez les plus riches.

 


 

Cela pousse à la constitution de rivalités entre clientèles diverses qui ont, chacune, assez de moyens pour vivre de leur côté et pour créer des conflits de factions. Ce sont les membres mêmes du « petit nombre » qui vont souffrir de rivalités internes insolubles et se retrouver à la tête des factions. Le risque réside, bien sûr, dans l’éclatement de la formation en territoires plus restreints, les « fiefs » des gros possédants, ainsi que la sécession des colonies par une spéciation propre. Si besoin, le conflit entre factions prend l’aspect d’une guerre de religion, chacun des rivaux privilégiant une religion sacrificielle territoriale déjà contrôlée, ou une branche de la même religion, pour mieux justifier les raisons du conflit. Mais elle peut prendre, tout aussi bien, l’aspect de luttes entre « tribus » ou « ethnies » ou « peuples » artificiellement séparés ou de tout autre trait qui servira de ralliement à une faction.

Arrêtons-nous un instant sur ce fait !

Nous avons vu que les situations de pénuries formationnelles se traduisaient par l’apparition de luttes de classes, ce qui crée, en fait, les classes sociales quand apparaissent leurs antagonistes. Ici, dans les situations d’abondance, les luttes de factions vont se traduire par des vendettas familiales implacables, des affrontements sanglants de bandes rivales, des guerres ouvertes de religions, des batailles violentes de clans et de tribus, des confrontations massacrantes d’ethnies, des conflits armés de nations, des combats à mort de pays entiers, des chocs terribles de peuples. Et c’est ça, au fond, qui crée la distinction marquée des familles étendues, des bandes, des clans, des tribus, des ethnies, des nations, des pays et des peuples. En s’affrontant entre factions, chaque faction va s’interdire toute différence interne qui pourrait risquer de produire des sous-factions. Elle se définit, par là, comme un « tout » unitaire pour ses « parties ». Cela se voit, par exemple, par l’imposition d’une langue unique ou d’une vassalité stricte. L’aspect naturellement bigarré des formations va se transformer en déclinaison de factions monocolores. La formation est menacée de dislocation en néo-formations rigidifiées, idéalement unitaires.

 


 L'établissement de marchés religieux correcteurs


 

La pente de cette dislocation formationnelle peut être renversée, si sont instaurés des échanges vraiment religieux, avec un ou des groupes « progressistes » ingénieux. Il faut des possédants territoriaux conscients du problème de leur formation et ayant gardé le sens de l’alliance, nécessaire à le résoudre. Ils vont chercher à établir, grâce à un marché adéquat, la possibilité d’un évergétisme bien compris [2], qui force moralement chacune des trop riches clientèles, à dépenser plus de richesses que nécessaire. Cela se fait, concrètement, dans des dépenses inutiles de prestige, l’exemple devant être donné par les plus gros possédants. Mais, les affiliés plus modestes de la formation sont aussi amenés à dépenser plus que possible, en s’endettant sans fin, dans leurs imitations inconsidérées,- et toujours observées, des plus riches.

L’appauvrissement général en résultant, la cascade de dettes s’ensuivant, sert à rétablir la nécessaire et intense inégalité de la formation, en rendant les classes les moins riches à nouveau complètement dépendantes des redistributions du clientélisme. Le but en est de rendre l’oligarchie dominante de nouveau plus unitaire, par un système de dettes insolubles, cette fois-ci.

 


 

Sont repérés, pour réaliser le marché religieux nécessaire à cela, les ingénieurs des filiations temporelles, qui amènent des solutions nouvelles, très onéreuses à mettre en place. L’espoir est d’acheter, à grand prix, leurs techniques et savoir-faire, afin de pouvoir rétablir une inégalité plus grande. Il faut qu’une bonne partie de la richesse, produite ou conquise, soit détournée vers des réalisations coûteuses et improductives, nécessairement pilotées par des « progressistes » intéressés. Quand on est trop riche, on se doit de dépenser pour ce qui n’est pas strictement nécessaire, en faisant appel aux techniques et technologies les plus rares et improbables des « progressistes » les plus allumés. Sont ainsi réalisés des temples religieux somptueux et multiples, des bâtiments officiels et privés imposants, des places fortes militaires imprenables, des armements sans nombre, d’immenses monuments commémoratifs, des terrains sportifs à foison, des aménagements paysagers complexes, des voies de circulation énormes et multiples, des places luxueuses, des centres d’art raffiné, des thermes astucieuses et cossues, des moyens de loisir surabondants, des habits, des bijoux et des meubles d’un grand raffinement... Mais, peut aussi être développée l’extensivité de la formation au-delà de son utilité, vers une expansion qui ne rapporte pas tellement de richesses, pourvu qu’elle coûte considérablement en biens, en armement et en hommes. Un « empire » est développé sans réelle nécessité, pour la gloire, parfois très loin du territoire normal de la formation. Les filiations temporelles seront utilisées pour ces buts impérialistes, nécessitant des techniques militaires particulières d’exploration et de logistique, qui vont utiliser et consommer d’énormes quantités de ressources de la formation. Les richesses conquises, en biens et en hommes, seront gaspillées.

Pour arriver à cela, de la monnaie est émise et gagée, cette fois-ci, sur les abondantes productions locales, afin de les soustraire au troc interne. Le but est, rappelons-le, d’appauvrir les classes les plus riches par un amour-propre démesuré de réalisations non-redistributives et ostentatoires, ainsi que de colonisations onéreuses. Et les pauvres s’endetteront aussi considérablement en les imitant, en suivant la « mode » en cours, ce qui les fera vite dépendre de nouveau étroitement des subsides redistributifs.

 

<p

 

<p

L’intérêt des « progressistes » porteurs de techniques rares et coûteuses, de rentrer dans de tels marché, est de retrouver une certaine égalité par la richesse reçue. Cela atténuera le trop de tensions de concurrence qu’ils peuvent présenter à l’intérieur de leur groupe, par rapport aux promoteurs de connaissances et de techniques plus pratiques et habituelles. Il y aura, de ce fait, plus de place et de considération, chez les « métaphysiciens », pour ceux qui développent des techniques et technologies très rares et très spécifiques. Ceux-là montreront qu’ils peuvent aussi s’enrichir à l’occasion de tels marchés religieux. Ils y gagneront de retrouver une place plus respectable dans les recherches des « progressistes », en montrant, eux aussi, leur grande utilité potentielle pour des applications lucratives.

 


 Etablissement de moyens de défense dans une lutte de prestige dépensier


 

Les différents moyens utilisables pour appauvrir les formations sont, toutefois, difficiles à freiner par les possédants de la formation les ayant mis en œuvre, une fois leurs buts initiaux atteints. Ces moyens dépensiers ingénieux, devenant immoraux par leur continuation même, vont se pérenniser sans égard pour les plus fragiles de la formation. En effet, ceux qui retrouvent un pouvoir fort à l’occasion de ces dépenses obligées, n’ont pas résolu le problème d’origine. Ils n’ont pas fait disparaître les grandes capacités productrices de richesse et de conquête de leur formation. En accentuant les dépenses, ils n’ont pas agi au niveau production des ressources. Il faut des hommes exceptionnels, d’un point de vue moral, pour limiter le gaspillage de richesse à la bonne mesure, une fois l’unité reconstituée. Il faudrait, par exemple, qu’ils incitent de nouveau à épargner en vue d’investissements productifs, en instaurant un impôt progressif sur la consommation.

L’histoire nous montre que ces capacités morales restent rares chez les dirigeants formationnels. Ils poursuivent plutôt leurs mesures correctrices jusqu’à la ruine et l’explosion finale, même si cela peut durer longtemps. Au lieu de se contenter de dépasser la crise des conflits destructeurs entre factions, les principaux possédants vont s’enferrer durablement dans des dépenses ostentatoires afin de reprendre les conflits des factions d’une autre façon. Ils montreront, de cette façon, combien ils sont plus riches et plus puissants que leurs voisins. Ils chercheront à regagner du pouvoir inégalitaire en se montrant moins ruinés que leurs alter ego ou en espérant les ruiner complètement avant eux. Ils leur faudra, pour cela, forcer les techniciens « progressistes » à rester à leur service, même si l’utilité initiale de ceux-ci se trouve dépassée. Ils devront trouver le moyen de les faire devenir des « progressistes » locaux de luxe, acceptant de poursuivre cet appauvrissement formationnel au-delà de toute raison.

La localisation formationnelle des filiations temporelles, disposant de telles techniques rares et luxueuses, se fait, cette fois-ci, non pas par l’inconvertibilité de la monnaie, mais par la grande quantité de monnaie fournie à un petit nombre de personne. Il s’agit d’acheter, littéralement, les techniciens les plus rares en productions inutiles, par des honneurs soutenus. Ce petit nombre de « progressistes » se retrouve incroyablement choyé, bien au-delà de l’adoration réciproque du marché. Les « progressistes » adulés y deviennent, apparemment, des notables très éminents de la formation (au lieu de devenir une classe sociale captée et dévalorisée, comme dans le cas précédent). Nous trouverons des prêtres transformés en « pontifes », des artistes carrément idolâtrés, des poètes absolument adorés, des couturiers devenus des guides absolus, des ingénieurs éminents transformés en génie, des entraîneurs sportifs portés au pinacle, des philosophes médiatisés au-delà de toute raison, des guérisseurs miraculeux quasi-divinisés, des stratèges militaires incroyablement honorés...

 


 

Comme ces « progressistes », ainsi trop idéalisés, ne sont pas trop nombreux, ils peuvent prendre place parmi les membres les plus importants de la formation, sans gêner ceux-ci. Ils peuvent même faire souche dans la formation et se faire adopter dans le « petit nombre », si leur position reste non-héréditaire, non transmissible et dépendant toujours des largesses des territoriaux identitaires. Même s’ils dépensent une partie de leur argent dans d’autres formations, cela reste très limité et supportable pour la formation fautive. Evidemment, ces « progressistes » luxueux, qui se font ainsi acheter, vont perdre la considération qu’ils avaient pu atteindre auparavant de leurs pairs « métaphysiciens ». Cette déconsidération va les pousser finalement à se révolter et à vouloir changer leur situation, par une volonté de proposer et d’imposer de nouvelles formes d’alliance.

Une autre grave raison va les pousser à devenir insatisfaits. C’est que la monnaie si abondante, qui leur est fournie contre leurs apports techniques et conceptuels, est une monnaie qui ne peut que se déprécier par INFLATION. Comme il y a un grand gaspillage des biens et services sur lesquels la monnaie est gagée, la monnaie va pâtir de ce gaspillage et être déconsidérée, elle-aussi. De plus, les biens et services utiles, ceux qui restent disponibles pour des échanges concrets, ceux qui échappent à la prodigalité ostentatoire, vont devenir de plus en plus rares. Il faudra, sans cesse, plus de monnaie pour y avoir accès. Ce sont deux raisons complémentaires d’inflation qui s’épaulent. Les « progressistes » trop collaborateurs vont rapidement s’endetter, eux-aussi, pour justifier leurs élévations et leurs admirations formationnelles, pour tenir leur rang. Ils vont être pris, immanquablement, dans le cercle monétaire infernal où s’enferme la formation.

Cette pente de l’inflation monétaire est typique des formations riches, gaspilleuses de leurs productions. Leur monnaie est trop gagée sur des biens et services gaspillés et pas seulement sur les biens et services réellement disponibles pour des échanges religieux ou pour des investissements améliorant ces échanges. Par exemple, construire un pont sur un fleuve pour faciliter des échanges, peut favoriser grandement les échanges entre les rives. L’investissement est alors gagnant. Mais, construire un deuxième pont à proximité, pour des raisons de prestige, ne va pas changer grand chose aux échanges. Cela va plutôt capter une grande partie de la production, qui aurait pu servir aux échanges. Il faudra plus de monnaie pour accéder aux mêmes biens, maintenant raréfiés. Enfin, le détournement des biens et services produits par la formation se fait aussi par l’achat, à l’étranger, de biens coûteux qui n’existent pas dans la formation, mais qui se révèlent indispensables aux réalisations de prestige conçues par les « progressistes ». Ceci enlève encore une tranche supplémentaire de la production territoriale disponible à la « consommation » interne.

 


 

Ainsi, la situation monétaire des « progressistes » collaborateurs, qui ne produisent pas les biens et services vitaux, ne peut que devenir de plus en plus précaire, malgré les grands honneurs qui leur sont faits. Ils sont piégés dans une tricherie morale imparable, car la valeur de la monnaie reçue, s’effrite constamment. Cela peut prendre des proportions incroyables et se continuer sur des siècles entiers. L’histoire de l’Empire romain, devenu riche au-delà de toute raison par ses conquêtes, est faite d’une succession de luttes sanglantes de factions et de réalisations de prestige, incroyablement onéreuses, dont les ruines persistent encore aujourd’hui. Parallèlement, l’inflation n’a de cesse de progresser. La monnaie elle-même, sous sa forme matérielle, va se déprécier continuellement. La valeur de la monnaie y est représentée, matériellement, par une quantité d’or de plus en plus faible, ce qui est bien une inflation monétaire. L’Auréus d’or diminue de poids continuellement, passant de 8,16 grammes sous Jules César à 2,4 g d’or sous Constantin. Ce dernier essaie de mettre fin à cette inflation en créant le Solidus. Il va annexer les trésors des temples païens et passer une « nouvelle alliance » avec les filiations « progressistes » chrétiennes. Mais, même le Solidus, devenu byzantin, va poursuivre cette dévaluation inévitable, car les conflits de factions vont reprendre inéluctablement. La dislocation finale de l’Empire romain ne pourra être évitée quelques décennies plus tard.

 


 Les mutations des « progressistes » aliénés et la guerre civile en découlant


 

Les « progressistes » aliénés vont s’efforcer de susciter des mutations symboliques, pour rattraper leur situation en déliquescence. Ces mutations vont naître à l’intérieur même du groupe des religieux, artistes et techniciens détournés de leurs chemins propres. Un ressourcement religieux, vers des sacrifices plus édulcorés, va produire une religion appelant à la communion sociale et au soutien des pauvres. Un renversement de paradigme artistique évoluera vers plus de dépouillement et de simplicité, vers plus d’utilité fonctionnelle dans le style. La science s’appliquera plus au bien commun et sera plus soucieuse de permettre des économies et des profits. La recherche scientifique deviendra plus préoccupée de prévenir les dégâts qu’elle peut faire, notamment écologiques. Des stratèges guerriers vont se mettre à mieux ménager les pertes matérielles et humaines. Tous ces changements des paradigmes « progressistes », apparaissant souvent ensemble dans différents domaines, vont être la source d’une bascule possible des buts de la formation vers une REFORME DEMOCRATIQUE globale. Du coup, ces « néo-progressistes » démocrates deviendront, pour les gros possédants naturels de la formation, le groupe à détruire absolument avant qu’il ne prenne trop de pouvoir dans la formation. En effet, comme ces réformateurs ne joueront plus le jeu ruineux des factions, ils seront accusés, paradoxalement, d’immoralité complète et de traîtrise.

Des persécutions de la faction progressiste dissidente vont apparaître, d’autant plus facilement que les réformateurs resteront très minoritaires dans le groupe des « progressistes » résidants dans la formation. Face à cela, les « progressistes » les plus réformateurs, les plus démocrates, vont chercher à se gagner le soutien des possédants formationnels qui sont encore sensibles à une alliance religieuse et qui sont horrifiés de la pente fatale de leur formation si gaspilleuse. Le conflit de faction devient alors une GUERRE CIVILE entre « réformateurs et conservateurs », dans une implacable lutte entre « nouvelle alliance » et « ancienne alliance ».

La guerre civile n’est pas la lutte des classes que nous avons vu auparavant, mais une déchirure verticale de la société formationnelle, beaucoup plus grave qu’une lutte de factions et ses violences épisodiques. Ici, nous avons une « vraie » guerre, avec une violence continue. La guerre civile va des luttes violentes se déclarant entre éléments d’une même fratrie, jusqu’aux immenses guerres entre factions d’empire. C’est une guerre « fratricide », terrible, intolérable, difficilement pensée tellement elle est douloureuse comme symptôme [3]. Cette guerre civile est typique des crises évolutives de ce type de formation riche, dérivant dans ces abus de pouvoirs moraux. Il y a déroulement d’une guerre civile entre deux alliances inconciliables :

  • celle des conservateurs les plus modérés et éclairés, alliés aux « néo-progressistes » les plus réformateurs et démocrates ;
  • celle des conservateurs les plus dépensiers et obtus, alliés aux « progressistes » les plus collaborateurs à l’ancienne.

 


 

Le destin de la formation dépend de celui qui va gagner, entre ces parties radicalisées. On peut avoir la réussite d’une « nouvelle alliance » et le dépassement du symptôme vers une forme de guérison démocratique ou, au contraire, l’échec complet des réformateurs et leur extermination par l’autre partie du conflit, celle de « l’ancienne alliance ».

 


 La réussite démocratique de la « nouvelle alliance »


 

Si ce sont les « néo-progressistes », alliés aux plus modérés des conservateurs, qui gagnent, ils vont transformer l’affrontement des factions en alternance « démocratique » entre leurs deux composantes. Cette « nouvelle alliance » démocratique transforme les conservateurs modérés en concurrents loyaux mis sur un pied d’égalité avec les « néo-progressistes », comme s’ils étaient aussi, peu ou prou, des « progressistes » en émergence. Et, les « néo-progressistes » acceptent de rester dans la formation, pour jouer le jeu démocratique. Ils se mettent, préférentiellement, au service de celle-ci pour la faire évoluer vers une lutte de partis, lutte apaisée dans une vie démocratique. Le peuple devient le souverain revendiqué, en acceptant de porter au pouvoir l’une ou l’autre des composantes de la faction, par des votes réguliers. C’est la réalisation de l’alternance possible entre conservateurs modérés et « néo-progressistes », même si cette alternance reste souvent difficile dans les faits. Ce régime respecte la séparation des pouvoirs, le respects des droits humains fondamentaux et le droit de représentation des divers secteurs de la société civile.

L’alternance du pouvoir entre ces deux composantes de la « nouvelle alliance » est un critère clé de l’établissement réel d’une démocratie. Par exemple, en Turquie aujourd’hui, le parti « islamo-conservateur », le Parti de la justice et du développement (AKP), est bien arrivé au pouvoir par un scrutin issu des urnes et conforté à sa place, en 2010, par un référendum accentuant le fonctionnement démocratique de ce pays. Mais, il faudra attendre de voir s’il accepte de nouveau l’alternance avec les « progressistes », aux prochaines élections législatives du printemps 2011 ou aux suivantes, pour être sûr de sa conversion à la démocratie. Cela seul montrera que les membres de ce parti ne partagent plus les idéaux des « Frères musulmans », qui veulent toujours établir des théocraties autoritaires anti-démocratiques, au nom du retour à une ancienne alliance glorifiée.

Cet établissement d’une démocratie va caractériser l’évolution de ce dénouement progressiste de la guerre civile. Mais, le problème principal du nouveau pouvoir sera de trouver les moyens de lutter contre l’inflation, voire contre l’hyper-inflation, si le gaspillage supplémentaire, entraîné par la guerre civile, a dépassé toute mesure. Cela nécessite de réduire complètement les dépenses de prestige de la formation et de faire baisser l’émission de monnaie, en créant, par exemple, une nouvelle monnaie mieux contrôlée, comme l’a fait Constantin. Du coup, les membres de la formation vont avoir le sentiment de s’appauvrir, alors qu’il s’agit de se débarrasser de la spirale de la dette. C’est un chemin périlleux pour la « nouvelle alliance », car la « remise générale des dettes » est indispensable. C’est un tour de force de faire accepter pacifiquement l’abandon des privilèges anciens par ceux qui restent des privilégiés de la formation. L’invention de l’impôt progressif ou sur les successions, en est un moyen bien connu.

Il y a aussi nécessité de mettre en place un système de faillite personnelle possible. Voir, sur Wikipédia, les différents aspects de la question : Faillite personnelle . En France, plus de deux siècles après la révolution française, il n’y a toujours pas de réelle possibilité de faillite personnelle (sauf en Alsace-Moselle). La procédure de « rétablissement personnel » qui en tient lieu, reste toujours difficile à mettre en œuvre. Or, c’est un critère clé d’un réel succès de la « nouvelle alliance ».

De même, pour un réel fonctionnement démocratique, il est indispensable de consolider les capacités effectives d’alliance des éléments de la néo-formation par un contrôle collectif et non étatique. Cela concerne, à la fois, les côtés techniques et, à la fois, les titres de propriété des moyens de production. Ceci veut dire l’établissement d’une véritable « auto-gestion » populaire des alliances religieuses et non plus réservée aux gouvernants. Cette évolution « auto-gestionnaire » reste toujours trop ténue dans nos sociétés actuelles, dites démocratiques.

 


 

La preuve des difficultés démocratiques contemporaines s’observe dans le fait que beaucoup de nos démocraties occidentales modernes s’endettent de plus en plus. La spirale de la dette s’y amplifie pour tous, y compris pour les plus pauvres. Cette persistance d’un endettement, devenant colossal, n’est pas le résultat des manœuvres des « financiers », qui servent trop de boucs émissaires. C’est un risque de faillite de ces démocraties, congruant à la perte de la compréhension de la notion religieuse d’alliance, qui s’y remarque largement et à la limitation, de plus en plus accentuée et détestable, de la liberté de recherche et d’expérimentation progressiste.

 


 L'enfoncement formationnel vers un régime réactionnaire sécuritaire


 

Il peut arriver, au contraire, que l’alliance des conservateurs les plus radicaux dans la course aux dépenses somptueuses, associés aux « archéo-progressistes » les plus collaborateurs à l’ancienne, remporte la guerre civile. On observera, alors, l’établissement d’un régime réactionnaire, faisant l’apologie de l’ordre moral ancien, prônant la sécurité contre l’aventurisme et l’identité contre le changement. Il sera fondamentalement ANTI-MARCHE, refusant l’établissement d’une valeur d’échange pour retourner à la valeur d’usage des produits de la formation, voire au communisme primitif du troc et de la coutume, à l’abri des frontières. Il s’agit de retourner à la tradition commune A LA LETTRE. Le suprême bien devient le respect de la TRADITION qui n’est pris que sous son aspect immuable, qui ne doit plus risquer d’être améliorée sous peine de trahison de l’identité du groupe.

Ce REGIME IDENTITAIRE REACTIONNAIRE va s’efforcer d’empêcher à tout jamais une nouvelle mutation progressiste et la remise en question de ses prodigalités nécessaires. Il va chercher à contenir la résurgence des luttes de faction internes par un renforcement violent d’une hiérarchie stricte, sans pouvoir limiter les dépenses somptuaires que les rivalités entraînent. Il garde les traits exagérément unitaires des factions, en ne tolérant qu’une seule faction, la sienne. Il va radicaliser « l’ancienne alliance » et l’imposer de force. C’est la constitution de familles patriarcales, de féodalités immuables, de monarchies absolues, de despotismes plus ou moins obscurantistes, de régimes à parti unique, de sociétés entièrement militarisées, de nomenclatura mafieuses, de théocraties sacrificielles, etc.

 


 

Les théologiens, notamment, peuvent être soudoyés abondamment, afin de généraliser une religion mythique sacrificielle, qui entraîne de plus en plus d’utilisation de ressources naturelles et humaines. Il faut faire incessamment du sacrifice, avec un personnel de plus en plus pléthorique et coûteux. Les sacrifices deviennent monstrueux, y compris sous la forme de sacrifices humains et de guerres anthropophages. L’art peut devenir aussi le prétexte de dépenses infinies de prestige, source de gaspillages énormes qui magnifient l’action d’artistes mégalomanes, sous prétexte de rendre hommage aux dirigeants. On voit, de même, la construction incessante de monuments ahurissants, souvent en l’honneur de gros possédants décédés (penser aux tombeaux néolithiques que sont les pyramides !). Les sports de prestige, la science peuvent servir tout autant de prétextes à des réalisations environnementales énormes, qui ne tiennent plus du tout compte des équilibres écologiques de la formation et la transforme complètement. La recherche scientifique, également, peut recevoir des fonds considérables et entraîner des dépenses tout aussi incroyables afin de trouver les armes ultimes les plus effroyables. Car, le plus assuré, dans ces régimes identitaires, c’est l’inflation des polices et armées de toutes sortes, piliers du conservatisme le plus obtus. Ce ne sont pas les forces de l’ordre des autoritaires, garante d’un ordre moral strict, mais des organisations ne marchant qu’à la corruption la plus avancée. La CORRUPTION devient généralisée, puisqu’il s’agit, pour chacun, d’avoir à dépenser de plus en plus. C’est un trait majeur de ces régimes identitaires, où chacun devient le soudoyé de l’autre.

Ce gaspillage sans frein, qui soutire de plus en plus de biens et de services produits pour des réalisations inutiles, est un cancer qui pompe de plus en plus de ressources à un corps malade. Devenu généralisé, il entraîne toute la formation, y compris les « progressistes » collaborateurs, dans une inflation sans fin et une décomposition finale de la formation.

On peut voir l’évolution de l’Europe au 18e siècle comme une décomposition d’une entité devenue fondamentalement corrompue à la sortie du Moyen-Age, après l’échec de la guerre civile européenne, celle de la Réforme protestante au 16e siècle qui se continue dans la Guerre de Trente ans au 17e siècle.

> Voir à ce sujet la dénonciation de la corruption religieuse dans le célèbre texte : Martin Luther : Les quatre-vingt-quinze thèses théologiques
sur la puissance des indulgences - Publiées le 31 octobre 1517

L’éclatement de l’Europe entre « nations » rivales, montre la séparation durable des factions européennes, avec le destin historique de guerres répétitives qui se sont perpétuées presque jusqu’à aujourd’hui.

 


 


 La décomposition finale des formations réactionnaires trop radicalisées


 

Rappelons que cette évolution terrible résulte d’une tricherie morale des formations naturelles trop riches, quelle que soit leur taille. La décomposition finale s’observera dans des circonstances très diverses.

Un exemple saisissant par son ampleur et sa durée, est celui de la décomposition de l’Empire romain, empire miné par les luttes de faction et l’inflation monétaire, généralisant un esclavage de plus en plus massif. Les romains tentent de maintenir un semblant d’unité, en fédérant un Empire romain d’orient et un Empire romain d’occident. Mais, cet ensemble finit par se couper réellement en deux, en 395, à la mort de l’Empereur Théodose.

 


Division de l'Empire en 395

 

L’empire romain oriental arrive à constituer, pour dix siècles, un régime de despotisme de moins en moins « éclairé », de langue grecque, l’Empire byzantin. Ces nouveaux impériaux se révélent incapables d’évoluer véritablement vers une démocratie. Les chrétiens, sensés amener le progressisme en conceptualisant une confédération égalitaire et trinitaire du divin, sont obligés de se réfugier, comme moines dans le « désert », pour garder le sens de la « nouvelle alliance » qu’ils défendent, alors que leur hiérarchie se laisse gangrener par le despotisme. Les évêques deviennent, à leur tour, corrompus. Une longue décadence en découle, même si certains empereurs, menacés par un nouvel empire oriental, celui des musulmans, essaient de lutter contre la corruption généralisée, comme l’empereur Théophile aux prises avec son épouse. Cela ne l’empêche pas de continuer à dépenser à tout va : « Dans le domaine économique, malgré la guerre, son règne correspond à une période prospère, encouragée par les dépenses de l’empereur pour des grands travaux, dont la restauration des murs de Constantinople et la construction d’un hôpital qui fonctionne jusqu’à la chute de l’empire byzantin. Amateur d’art et de musique, Théophile favorise la constitution d’une grande université à Constantinople et favorise l’augmentation du nombre d’ateliers de copistes ». Morceau par morceau, cet empire sera absorbé par la conquête musulmane et par les croisés envoyés à son secours.

 


 

L’empire romain occidental disparaît plus rapidement dans les luttes de factions entre « barbares », massivement intégrés à l’empire, qui se battent entre eux et vivent sur les dépouilles romaines. Le climat change entre 250 et 500 après J.C. Il devient plus sec et froid et la formation s’appauvrit considérablement. Il faut attendre le réchauffement du 7e siècle pour que la situation s’améliore et que la formation redevienne plus « riche ». Le Moyen-âge est de nouveau le théâtre d’une lutte implacable de factions. Un refroidissement a lieu au début du 17e siècle et entraîne une nouvelle vague de famine ainsi que la Guerre de Trente Ans. Celle-ci est une nouvelle guerre civile européenne qui tourne mal. L’Europe éclate alors en factions unitaires plus ou moins solides.

Les tentatives de résurrection de l’unité romaine impériale se poursuivent en Europe occidentale quasiment jusqu’au Congrès de Vienne de 1815, qui scelle la disparition définitive du Saint-Empire romain germanique, le dernier portant le nom de « romain ». L’éclatement final de l’Europe occidentale en « nations », évolue inexorablement vers la constitution d’états souverains nationaux unitaires, supportant mal l’existence de sous-factions. Il y faudra de nombreuses guerres civiles pour qu’enfin y naissent des démocraties. En France, le mélange avec l’idée républicaine donne cet aspect typique d’une « République démocratique ». Aujourd’hui, les démocraties occidentales repartent dans la spirale de la dette, les U.S.A en tête...

 


 Prédictions cliniques à propos de la Chine


 

Un exemple contemporain à suivre est certainement celui de la Chine continentale. La description en est rappelée par un économiste bien connu, le Pr. Nouriel Roubini dans un article du journal « Le Cercle Les Echos » du 14/04/11, intitulé : « La Chine va perdre le pari de la croissance » :

« ...il est impossible à un pays quel qu’il soit d’être dynamique au point de réinvestir la moitié de son PIB dans la production sans finalement être confronté à une énorme surcapacité et à un problème crucial de crédits en défaut de paiement. La Chine connaît un excès de capitaux physiques, d’infrastructures et de constructions. C’est évident lorsqu’on voit des aéroports magnifiques mais vides, des trains à grande vitesse (qui diminueront le besoin des 45 aéroports prévus) ultramodernes vides eux aussi, des autoroutes qui ne mènent nulle part, des milliers de nouveaux bâtiments officiels destinés au gouvernement central ou aux gouvernements provinciaux, des villes-fantômes et des hauts fourneaux d’aluminium flambants neufs qui restent fermés pour éviter que les prix mondiaux ne plongent.

Le surinvestissement frappe également l’immobilier résidentiel de luxe et les immeubles à vocation commerciale. Dans l’automobile la capacité de production dépasse les ventes, même si l’on tient compte du récent rebond. La surcapacité de production dans de nombreux secteurs, notamment ceux de l’acier et du ciment, s’accentue encore. A court terme, le boom de l’investissement va alimenter l’inflation, car le maintien de la croissance nécessite une consommation intensive des ressources. Mais la surcapacité va ensuite conduire inévitablement à une forte pression déflationniste, en commençant par le secteur manufacturier et l’immobilier. »

Le Pr. Roubini penche pour un brusque virage en déflation. Je prédis plutôt l’aggravation des luttes de factions vers une guerre civile larvée, mal contenue par des poussées de nationalisme et de revendications territoriales. Voilà un bon cas d’étude pour mettre à l’épreuve, ces prochaines années, la clinique de cet article.

 


Popularité :
551 lecteurs au 01/12/2013


[1Voir sur Wikipédia : Khmers rouges.

[2Wikipédia : L’évergétisme (ou, plus rare, évergésie) est un terme introduit au xxe siècle dans le lexique francophone par l’historien André Boulanger. Il dérive directement du verbe grec εύεργετέω signifiant « je fais du bien »

[3« En fait, une fois que la guerre est rangée dans l’ordre du constat, au mieux navré, l’opposition se fait alors entre guerre extérieure tolérable et guerre intérieure intolérable, deuxième processus d’évitement qui permet de ne pas se poser la question d’une nature de la guerre. Par conséquent la guerre civile est identifiée aux plus grands maux depuis l’antiquité, manière de mettre l’accent sur un phénomène donné pour être plus redoutable que la guerre étrangère et de ne pas se poser la question de la guerre, mal politique multiple. L’objet guerre civile existe, et il est (trop) terrible. » - DE LA GUERRE CIVILE - NINON GRANGE, 2009, ARMAND COLIN, p.14

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves