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IV - Clinique de la vie religieuse : clinique de la monnaie - 1 ) Tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie : de la pénurie au totalitarisme

D 22 janvier 2011     H 17:42     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

J’ai bien conscience que seuls ceux qui souffrent, parfois abominablement, des troubles sociaux actuels, absolument inouïs par leur ampleur depuis un siècle, auront la motivation et l’énergie de chercher à mieux comprendre ce qui se passe dans le monde, pour y trouver remède. Il leur faut, pour cela, accéder à une nouvelle théorie du fonctionnement du psychisme humain et de ses dérèglements. Cette théorie permet, en effet, une nouvelle clinique du psychisme en science politique,- un des domaines du psychisme étant, justement, la construction d’un registre social et langagier. Cette clinique se démarque des considérations psychologiques déjà intégrées en science politique, car elle utilise la fonctionnalité liée à la logique tétravalente, telle que je la développe sur ce site. Les ratages fonctionnels des oscillations psychiques s’y produisent entre des pôles logiques tétravalents. Ils donnent lieu à des dérapages pathologiques et à des évolutions horribles, y compris dans le fonctionnement économique et politique des sociétés humaines.

> Voir l’article introductif : IV - Clinique de la vie religieuse - Introduction à une clinique de la monnaie

 


 Le marché « religieux » utilise la confiance en la monnaie


 

La clinique religieuse de la monnaie nous fait aborder certains éléments du monde économique, ancien et moderne, sous un angle vraiment nouveau et intéressant. Elle nous permet de mieux comprendre des relations sociales délétères et leurs évolutions fatales. Celles-ci sont généralement bien connues mais leur logique n’est pas vraiment dégagée par manque d’outil logique. Ainsi, ces relations sociales dysharmoniques sont susceptibles d’un véritable travail scientifique de recherche historique et contemporaine. Cela permet leur abord autrement que de manière descriptive, puisqu’elles deviennent logiquement compréhensibles.

Cette clinique découle, en ce qui concerne la monnaie, de tricheries morales dommageables. Celles-ci défigurent les moyens ingénieux, qui permettent à des groupes humains de résoudre heureusement des crises vitales. Ces moyens ingénieux passent par une ALLIANCE particulière, où se remarque l’utilisation de la monnaie. Une tricherie, c’est le fait de ne pas respecter des règles pour en tirer des avantages propres. Ici, il s’agit de règles morales et de tricheries de règles morales. Ces règles permettent normalement à une CONFIANCE réciproque de s’établir, pour un marché partiel entre groupes humains différents. Ces groupes sociaux, de constitution différente, sont, d’une part les formations naturelles, conservatrices, identitaires, de constitution INEGALITAIRE-SOLIDAIRE et, d’autre part les filiations temporelles progressistes, évolutionnistes, de constitution CONCURRENTIELLE-EGALITAIRE. Ce sont ces groupes, très différents, qui créent, entre eux, des marchés religieux, pour réussir à construire l’alliance leur apportant le SALUT.

 


 

En effet, les marchés religieux sont utiles à ces groupes pour corriger leurs tensions internes insolubles. Ces tensions mettent en péril leur constitution même de groupes humains typiques. Ces marchés font appel à des échanges entre groupes qui ne sont pas des concurrents ou des rivaux de constitution similaire, mais qui sont vraiment « autres ». Ce sont ces marchés, proprement « religieux », qui sont le cœur de l’utilisation de la monnaie. Toute ruse morale, toute intrigue, toute embrouille, toute tromperie dans l’application de cette confiance monétaire, sera source d’une clinique particulière, faite de symptômes difficiles et de moyens de défense désolants par la masse de souffrance qu’ils entraînent à tous.

Comme nous l’avons vu dans l’Introduction à une clinique de la monnaie, les échanges des marchés « religieux » sont de quatre sortes :

  1. les échanges des territoriaux, devenus trop inégalitaires, avec les filiations temporelles, pour retrouver plus de solidarité ;
  2. les échanges des territoriaux, devenus trop solidaires, avec les filiations temporelles, pour retrouver plus d’inégalité ;
  3. les échanges des filiations temporelles, devenues trop concurrentielles, avec les formations territoriales, pour retrouver plus d’égalité ;
  4. les échanges des filiations temporelles, devenues trop égalitaires, avec les territoriaux, pour retrouver plus de concurrence.

Chaque sorte d’échange sera moral, s’il est profitable aux deux types de groupes humains participants à ces échanges. Mais, chaque sorte d’échange sera aussi susceptible d’être défiguré par des tricheries morales spécifiques que nous allons découvrir. Toutes ces tricheries détournent le marché religieux de sa réelle fonction de guérison par ré-équilibration. Elles empêchent le salut espéré au départ.

 


 Les tableaux évolutifs de la clinique morale de la monnaie


 

La clinique morale naît de l’utilisation abusive de la monnaie par détournement de marchés religieux, dans des échanges devenant injustes. Ces échanges deviennent plus utiles à un des membres de l’échange qu’à l’autre. Il y a dépassement du côté partiel des échanges. Ceux-ci sont normalement limités à la correction réciproque des déséquilibres, puis arrêtés. Il se passe, en cas de tricherie, une radicalisation d’un groupe initiant les échanges, vers une continuation abusive de ses soulagements. L’autre groupe sera trop mis à son service, au lieu de pouvoir profiter, lui aussi, des échanges, en se soulageant aussi à sa façon. Ce deuxième groupe victime sera de plus en plus déséquilibré par la tricherie du premier. Des mouvements de révolte pourront émerger chez ce groupe victime. Ce seront des symptômes pénibles de sortie du blocage abusif de la situation. Si le premier groupe pécheur se radicalise, au lieu de tenir compte du problème créé par ses abus, il se produit une dérive vers l’établissement d’une forme sociale atypique, qui est un moyen de défense immoral. Ce moyen de défense immoral va connaître, tôt ou tard, ses limites. Après avoir étouffé, dans sa substance, le groupe « autre » censé l’aider à dépasser ses propres tensions insolubles, le groupe radicalisé va finir, lui-même, par s’auto-détruire dans des explosions ou implosions finales.

 


 

A partir de là, il y a élaboration possible d’une typologie clinique des abus, ces derniers étant assez facilement descriptibles et reconnaissables. L’intérêt est de comprendre comment ces abus, qui se constituent sous des formes apparemment différentes, sont toujours des déclinaisons logiques de cette tricherie morale sur la monnaie. Nous allons parcourir les quatre grands tableaux cliniques qui découlent du ratage des quatre types d’échanges justes. Ils ont la même évolution. En premier lieu, il faut que s’établisse une situation d’échanges utile à résoudre des tensions dangereuses pour un groupe caractérisé. Ensuite, il faut que cette situation soit faussée par l’abus moral d’une des parties d’un marché religieux. Et, dans chaque cas, nous verrons successivement :

  • la mise en place d’abus moraux par un groupe initiateur, lors d’échanges avec un groupe « autre »,
  • les révoltes possibles du groupe « autre », entraîné, malgré lui, dans ces abus,
  • si échec de ces révoltes, radicalisation immorale du groupe abusif jusqu’à l’écroulement final immanquable.

 


 Les abus de confiance des groupes territoriaux trop inégalitaires et pas assez solidaires


 

Commençons par les tricheries morales des « physiciens ». Ce sont des groupes qui occupent des formations territoriales naturelles, par hasard et par nécessité. Les identitaires matérialistes, qui se retrouvent rassemblés dans ces formations et y constituent des clientèles inégalitaires-solidaires, vont chercher à tirer trop d’avantages d’un marché religieux. Pour commencer, nous verrons les abus de confiance envers les filiations temporelles, des groupes territoriaux devenus, malgré eux, trop inégalitaires et pas assez solidaires.

 


 La crise formationnelle de départ


 

Au départ, le groupe territorial et identitaire, connaît une crise grave, qui se remarque par une accentuation notable de la lutte des classes la composant. Cela crée des classes sociales en fait, en cristallisant les problèmes des membres les plus appauvris de la formation. Cet appauvrissement découle de l’insuffisance de la redistribution coutumière des richesses, en commençant par la raréfaction de la redistribution des productions qui permettent une survie normale des clients les moins riches et les plus dépendants des possédants principaux. Une trop grande insuffisance des productions internes de la formation ne permet plus que se continue l’ordre social, certes absolument inégalitaire, mais aussi nécessairement solidaire, qui la caractérise. De plus, il n’y a plus de colonies réalisables ou assez profitables, pour assurer la fuite en avant de la formation, par la réunion de nouveaux territoires [1]. Les moyens pratiques d’extension ne peuvent plus être dégagés.

 


 

Ces tensions internes spontanées vont mettre à mal la structure même du groupe identitaire, par une insuffisance de la redistribution solidaire et une augmentation exagérée des inégalités. Les tensions de contestation des plus atteints augmentent envers les possédants déclarés trop immoraux, tricheurs et profiteurs, car essayant de garder leurs privilèges, afin de les remplacer par des dirigeants à la fibre plus solidaire. Il s’établit une situation de désordre et de protestations sporadiques, au nom de la morale coutumière, qui fait souffrir l’équilibre formationnel. Ces contestations ne réussissent pas, évidemment, à rétablir la situation, qui est une situation de pénurie globale. Même si l’on veut mieux partager un gâteau, encore faut-il avoir un gâteau suffisant pour que les parts de chacun soient, un minimum, viables. Les inégalités s’accentuent inexorablement, parallèlement au déclin malheureux de la solidarité coutumière.

 


 L'établissement d'un marché religieux correctif


 

Face à ces problèmes de nécessité vitale, une prise de conscience des raisons de la crise peut se faire chez certains membres du groupe dirigeant de la formation, qui vont chercher à pallier à la pénurie générale de façon adéquate. Ils vont chercher de l’aide à l’extérieur de la formation, sans toutefois mettre en péril celle-ci en faisant appel à d’autres formations extensives similaires. Les possédants les plus avisés vont s’efforcer d’établir un marché religieux suffisant pour acquérir, auprès de groupes de progressistes, les moyens de retrouver une meilleure prospérité. D’abord, il s’agit d’acquérir les techniques et technologies permettant d’augmenter globalement les productions utiles de base et de masse de la formation. Il peut s’agir aussi d’améliorer les moyens guerriers globaux, ceux qui permettent l’établissement de nouvelles colonies, ou d’améliorer les moyens de propagande générale, par exemple par l’augmentation de l’influence culturelle. Ces échanges ont pour finalité de permettre la renaissance d’une meilleure solidarité redistributive dans la formation, par une meilleure prospérité générale retrouvée.

Une monnaie est créée pour permettre aux échanges de type religieux de se réaliser. Elle est gagée sur les propriétés mêmes de la formation et leurs éléments propres. Elle respecte l’ordre établi, en établissant des titres de propriétés, dont elle va représenter la possible valeur dans les marchandages du marché. Quel que soit l’aspect de la monnaie territoriale, elle est une représentation globale des titres de propriétés, selon une échelle graduée, un barème interne qui les garantit. Ces échanges peuvent être assez réussis pour que les conséquences des marchés religieux soulagent, effectivement, la formation émettrice de ses tensions internes. A condition, bien sûr, que les échanges soient justes pour les deux parties et que les progressistes concernés du marché se soulagent aussi de leurs propres tensions, à cette occasion.

 


 

La monnaie émise est une monnaie territoriale qui a cours nominal sur le territoire de la formation. Libre, normalement, aux changeurs financiers des progressistes, de prendre le risque financier d’échanger une monnaie d’une formation contre une autre, pour pouvoir pratiquer leurs propres moyens de soulagement à leur guise, par une mise en concurrence intelligente. En ce cas, les différents groupes de progressistes y gagnent de ne pas seulement pouvoir comparer leurs savoir-faires dans une formation donnée, en étudiant les résultats des applications cédées, mais aussi de pouvoir les mettre en concurrence entre formations mêmes. Si les progressistes souffrent de tensions trop égalitaires, ces échanges amélioreront leurs capacités propres de concurrence.

 


 Radicalisation autoritaire de la formation et soumission des progressistes


 

Toutefois, à cause de cela, une angoisse morale va pouvoir apparaître chez les identitaires. Ils peuvent craindre que leur monnaie tombe, à cause de ces échanges religieux, aux mains de membres dominants d’autres formations territoriales. Ils vont redouter que cela facilite l’esprit de conquête de ces rivaux, surtout si une ébauche en ce sens se fait jour et que des étrangers arrivent. Mais, au lieu d’acquérir les moyens suffisants de défense pour ne pas risquer de devenir une colonie étrangère, ils vont s’efforcer de capter les progressistes, afin de les empêcher d’aller faire des affaires dans les autres formations similaires et de risquer à renforcer celles-ci. Leur tricherie morale sera de vouloir se réserver l’exclusivité des produits des filiations temporelles pris dans les échanges. Ils voudront continuer à profiter unilatéralement des échanges, même si la crise redistributive de la formation a été dépassée. Ils s’arrangent pour que les progressistes ne puissent plus aller proposer leurs services aux autres formations.

Pour cela, il suffit de déclarer la monnaie « inchangeable », inconvertible et limitée aux seuls échanges religieux des filiations concernées avec la formation en cause. Seuls, les biens et territoires gagés de la formation pourront être achetés par les membres des filiations progressistes, avec la monnaie gagnée sur le marché. Les « étrangers » progressistes ne pourront s’en servir que sur le territoire de la formation, mais pas les « étrangers » ressortissants d’autres formations. Ces derniers resteront strictement exclus, notamment pour l’achat de titres de propriété. La monnaie émise ne pourra pas tout acheter dans la formation. Elle présentera des restrictions, notamment sur ce qui fait son fondement même, à savoir les titres de propriété qui en sont la garantie [2]. Cela poussera les progressistes, pris à ce piège, à se localiser uniquement dans la formation en question.

Un index très utile, pour reconnaître une formation prise dans une telle dérive, est de repérer une dissociation des étrangers admis sur son territoire. Seuls sont admis, comme résidents de plein droit, par exemple en pouvant demander la « nationalité » du groupe formationnel, ceux qui amènent, grâce à leurs savoirs techniques et financiers, une amélioration pragmatique des moyens productifs de la formation. Sont étroitement contrôlés ou refoulés tous les autres, c’est à dire les « étrangers » issus des autres formations naturelles, considérés comme potentiellement dangereux, surtout s’il veulent procéder à des achats de propriété.

En ne jouant pas franc-jeu dans le marché religieux, la formation va s’attacher des groupes progressistes entiers. Elle va les placer, en son sein, comme s’ils étaient une classe sociale particulière de la formation. Elle va les assimiler en leur fournissant des propriétés et des moyens pérennes de fonctionnement. Les dirigeants de la formation vont obtenir un contrôle intéressé sur les fruits des recherches des progressistes pour en interdire la propagation. Ils pourront aussi, très vite, orienter la direction des recherches productivistes à leur avantage de dominants et non plus à l’avantage global des composantes de la formation. Le résultat en sera que les groupes de progressistes assimilés vont perdre l’essence même de leur raison constitutive. Ils ne seront plus, à cause de ce contrôle, des filiations libres d’innover. Ils deviendront des corporations se transmettant un savoir-faire répétitif, de plus en plus rare en réelles innovations adaptatives. Ce seront des transmetteurs de protocoles et de rituels décervelés, des garants de diplômes territoriaux, des répétiteurs de manuels techniques dépassés. Ils ne seront plus capables de travailler librement leurs capacités anticipatrices par le jeu d’une libre concurrence. Ils deviendront égaux dans le rabaissement.

 


 

C’est la transformation de la formation en société autoritaire.

C’est ainsi que se créent une théurgie et une démonologie rituelle identitaire, une littérature et un art académique, une science officielle, avec un enseignement et une recherche contrôlée. C’est la création des religions strictement formationnelles, comme celles qui rattachent une divinité fixe à une formation à laquelle tout le monde doit faire des offrandes et des cérémonies officielles d’adoration. C’est aussi la naissance d’une caste de fabricants d’armes et de techniques guerrières typiques, d’embrigadement militaire de générations entières. C’est le développement des académies littéraires et artistiques [3], des collèges de savants de l’Université [4], y compris des collèges médicaux. Cela se continuera par la création de « hautes autorités » qui prolifèreront et permettront un contrôle de plus en plus tatillon, pour exiger le respect de protocoles contraignants établis par des « métaphysiciens » aux ordres.

L’éducation se réduit à être purement normative et conditionnante, avec un programme officiel qui dit ce qu’il faut apprendre de connaissances labellisées, sanctionnées par des « diplômes » n’ayant cours que dans la formation. Des rééducations « cognitivo-comportementales » forcées viennent rattraper, si besoin, les échecs de l’éducation, y compris par des mises au pas normatives, sous forme de sanctions financières et disciplinaires et par des incarcérations très nombreuses. Des « ordres » encadrent et recadrent ceux qui seraient trop déviants en assurant la police professionnelle. La presse se réduit à être une émanation de la classe dirigeante, qui ne répercute que les opinions de celle-ci etc.

 


 Révolutions et révoltes initiées par les progressistes aliénés


 

Des soubresauts de révolte vont s’observer chez les filiations progressistes, trop soumises et dévalorisées par le renforcement de l’autoritarisme formationnel. Comme elles ne reçoivent plus beaucoup de subsides, à mesure que leurs qualités d’invention se détériorent et qu’elles sont complètement assimilées, elles vont s’appauvrir. Elles vont perdre tout lustre et toute capacité de progresser. Pour lutter contre cela, les membres les plus lucides de ces groupes vont s’aménager des petits groupes où ils recréent leurs filiations libres et leurs recherches propres, sans avoir à rendre-compte au pouvoir de la formation. Des sectes initiatiques, des cercles d’art ésotérique, des sociétés secrètes à enseignement réservé, y compris politiques, des collèges indépendants et élitistes, le développement de disciplines absconses qui échappent à l’entendement des dirigeants, comme les écoles philosophiques, des livres et journaux diffusés sous le manteau, vont servir à mûrir les ferments de la révolte. Les chefs de file de ces mouvements y retrouvent les honneurs perdus, dans une grande valorisation discrète ou même secrète. Des apparitions symptomatiques de révoltes progressistes vont menacer le pouvoir de la formation quand ces mouvements prennent assez d’importance et de confiance en eux pour vouloir secouer le joug qui les opprime et retrouver leur liberté de fonctionnement. Ils vont chercher à canaliser les protestations identitaires qui bouillonnent. Ils vont élaborer une idéologie, justifiant les contestations des classes soulevées, en y mêlant astucieusement des idées progressistes sur l’évolution nécessaire de la situation.

> Voir, à ce sujet, l’élaboration d’une idéologie de ce type : Document clinique : Les 12 articles des revendications paysannes de la révolution de 1525 (Guerre des paysans)

Les idéologies ainsi construites sont exprimées dans des textes « carpe-lapin » qui unissent les contraires. Les termes utilisés en donnent souvent la clé : un « dieu fait homme », un « matérialisme historique », un progrès résultant de la « sélection naturelle », un « sujet de l’Inconscient »...

En psychopathologie, si on considère le symptôme comme le retour anormal et involontaire du refoulé, il est licite de « prescrire le symptôme », afin de lever le refoulement et enlever les causes mêmes des troubles. Cette prescription du symptôme peut prendre deux aspects principaux, dans ce cas de figure. Deux stratégies peuvent se dessiner pour les chefs de file de ces révoltes :

  • soit les progressistes s’efforcent de susciter une révolution complète qui, d’un coup, par la force et l’astuce, réussira carrément la transformation totale de la formation où ils sont englués ; il leur faudra prendre temporairement le pouvoir dans la formation, par une dictature ad hoc ; le problème est de réussir cette transition libératrice, sans se dénaturer au passage ou se faire déborder ;
  • soit les progressistes suivent une stratégie par étapes de réformes successives de plus en plus profondes dans l’établissement de républiques ou de royautés constitutionnelles : cela évite de faire appel à trop de violence ; cette voie des réformes se veut plus efficace que la révolution, par le travail en profondeur dans la population de la formation que cette évolution permet ; toutefois, cette voie « réformatrice » reste beaucoup plus longue et complexe à mettre en œuvre que la voie « révolutionnaire », qui peut apparaître préférable à suivre ; elle peut sembler interminable.

 


 

Les tenants de la révolution radicale vont, pour prescrire le symptôme, vouloir s’allier aux plus pauvres de la formation, ceux qui sont le plus réduits aux abois. C’est pour créer un esprit révolutionnaire général dont ils prendront la tête idéologique et morale. Ils essayent de profiter des exactions commises par les « prolétaires » dans leurs protestations sporadiques, pour prendre le pouvoir de la formation. Ils vont, par exemple, pousser au massacre d’une grande partie de l’oligarchie dominante, en légitimant de telles exaspérations. L’émeute générale en est le summum, menée par les progressistes révoltés, avec l’aide de la force motrice de la classe formationnelle la plus aliénée. Le but est d’établir une société nouvelle par une mutation sociale. Cette émeute générale, celle du « Grand soir », est un aspect typique de cette situation révolutionnaire.

Si cette révolution réussit, grâce au passage heureux d’une dictature temporaire vers une vie plus libérale, le problème est résolu. Le succès des révolutions vers une plus grande liberté des progressistes est, pour reprendre des exemples récents, l’espoir fondamental des intellectuels éclairés, dirigeant les révolutions radicales marxistes ou fascistes et maintenant islamistes.

Pourtant, ces révolutions ont abondamment montré combien cette voie est pleine d’embûches insoupçonnées pour les progressistes. Comme les humains des formations n’ont pas eu le temps de changer de mentalité, ils sont vite réduits au rôle de figurants, alors qu’une nouvelle oligarchie identitaire brutale s’installe. Les meneurs les plus violents des « prolétaires » prennent le pouvoir. Ils établissent, pour eux-mêmes, une dictature pérenne. Ils considèrent très vite les progressistes comme des alliés temporaires, des « compagnons de route » opportuns et voués à disparaître, à subir l’exil ou à rentrer dans le rang, une fois qu’ils ont joué leur rôle de caution morale de la révolution. Si un progressiste reste apparemment à la tête de la formation, ce sera juste comme potiche, utile à décorer l’évolution totalitaire de la formation post-révolutionnaire. Il ne reste bientôt plus, aux progressistes supplantés, que la voie de la terreur, s’ils veulent survivre comme mouvement révolutionnaire. C’est, par exemple, l’évolution actuelle des terroristes islamistes de l’organisation Qaïda Al-Jihad, « la base du jihad ». Ils y perdent leurs justifications morales qui leur permettaient de se placer à la tête des révoltes identitaires, afin de les transformer en révolutions et ne peuvent qu’ouvrir la voie à encore plus violents qu’eux si possible.

 


 

Les révoltes bourgeoises sont moins radicales et plus profondes, mais elles nous montrent les difficultés de transformer progressivement une formation naturelle en groupe évolué, moins aliénant pour les progressistes. Cela nécessite des révoltes successives, qui n’en finissent pas d’essayer de lutter contre l’aliénation toujours retrouvée des prolétaires appauvris.

Les filiations temporelles le font grâce à des réformes adéquates, qui sont censées entraîner une évolution imparable de la formation vers un aspect de plus en plus « progressiste ». Les progressistes cherchent à transformer la société naturelle entière en une démocratie temporelle éclairée. Ils veulent créer le paradoxe idéaliste d’une filiation de masse, qui associe des traits formationnels typiques avec suffisamment de traits progressistes pour que les filiations temporelles y jouissent de la liberté nécessaire à leur fonctionnement. Ils créent, par exemple, une unité politique trans-formationnelle, qui réunit en un même ensemble des formations naturelles diverses, grâce à un progrès commun censé être de plus en plus fédérateur. C’est l’idéologie de la république comme transcendant les différences locales et de l’internationalisme moderne.

Leurs premières réformes sont d’instaurer une éducation obligatoire, la possibilité d’une recherche libre effective (privée), l’instauration d’une démocratie de plus en plus égalitaire de « concitoyens » et d’une presse « libre ». Il leur est nécessaire de réaliser une réelle séparation des pouvoirs, qui peut être plus ou moins souple, plus ou moins horizontale et verticale selon les situations de départ [5]. Toutefois, cette voie a montré combien les effets pervers et imprévus de telles évolutions « réformistes » ont pu faire déraper les espoirs de libération des progressistes éclairés. Au 19e siècle, par exemple, ils n’ont pu éviter la constitution d’empires immenses, créés par les néo-formations redevenues puissantes. Ils n’ont pu éviter la prolétarisation affreuse d’une grande partie de la formation, sous l’effet du développement du machinisme rendant obsolète tous les petits métiers pragmatiques. Le remède s’est alors révélé pire que le mal.

> Voir à ce sujet l’article : Illustration clinique : La crise de la révolution industrielle et la mondialisation des Droits de l’homme

La révolution égyptienne du 25 janvier 2011, destituant le tyran Moubarak, va nous montrer quelle voie va gagner, entre les deux courants en ébullition, celui de la révolution islamiste des « Frères » et celui de la démocratie progressiste des modernistes. C’est une bonne occasion de mettre ces descriptions à l’épreuve. Mais il est à craindre, en cas d’échec de l’une ou l’autre voie, que la porte soit ouverte à un nouveau tyran encore plus totalitaire [6] . Une nouvelle prospérité de cette formation égyptienne s’enfonçant actuellement dans la misère, ne va pas ressurgir d’un coup de baguette magique, quelles que soient les aides venues de l’étranger. Le totalitarisme est souvent l’issue de tels échecs, par une augmentation des moyens de défense formationnels.

 


 Accentuation totalitaire des moyens de défense formationnels


 

Si ces alliances révolutionnaires ou réformistes échouent, elles n’arrivent pas à faire retrouver aux progressistes opprimés une liberté qui leur est nécessaire. C’est le règne de la répression sans scrupule des mouvements progressistes dissidents par les plus puissants des possédants de la formation en crise. Souvent, en partant de la lutte contre le terrorisme et de questions sécuritaires, cette répression entraîne une nouvelle soumission encore plus surveillée et contrôlée de l’ensemble du corps social de la formation, y compris celle des membres les plus puissants qui ont échoué à maintenir l’ordre immuable.

Dans un véritable mode de défense, le groupe formationnel dirigeant devient vite dirigé par un « seul » qui se met au-dessus de tous les autres. Cet « unique » dissout le sous-groupe du « petit nombre » dirigeant ou le transforme en « Sénat » docile. Ce dirigeant unique se radicalise, de façon tyrannique, pour assurer « l’ordre » dans la formation, en soumettant l’oligarchie habituelle qui s’est montré fautive. Le « petit nombre » se réduit à un seul, au nom de l’efficacité.

L’émergence d’un tyran caractérise cette évolution. Pour le tyran, il s’agit de contrôler les autres possédants devenus trop faibles et de réprimer les pauvres qui risquent de trop déranger l’ordre nouveau établi. S’installe une prosternation générale obligée [7] envers lui, même dans l’intimité de chacun.

L’autoritarisme habituel de la formation naturelle vire au totalitarisme complet, où il n’y a plus de vie privée possible. Dans l’autoritarisme formationnel, même le plus crispé, si le membre de la formation se contente de vivre dans son intimité, il restera toléré. Mais, dans une société totalitaire, mêmes les pensées secrètes des sujets sont à surveiller, à dénoncer, à redresser et à punir. La culture de la délation devient obligée. Il n ’y a plus de presse du pouvoir, il n’y a plus que des textes idéologiques à apprendre par cœur et des feuilles de propagande. C’est là que l’on voit le degré supplémentaire du moyen de défense utilisé, afin d’empêcher tout retour possible à une situation révolutionnaire ou réformiste.

 


 

Le tyran autocrate organise aussi des procès immoraux, pour traîtrise, envers les membres progressistes discrets ou secrets, qui se sont montrés dangereux dans leurs volontés de révolte. Une police « morale », religieuse, artistique, scientifique, culturelle, de plus en plus tatillonne et répressive, caractérise l’évolution de ces formations. Les rivalités progressistes ne sont plus tolérées. C’est évidement, plonger ces filiations progressistes opprimées vers un excès d’égalité misérable, de plus en plus délétère pour leur continuation même. L’affadissement complet de la recherche devient inéluctable pour elles. Elles ne peuvent plus du tout apporter les techniques nouvelles nécessaires à la survie des membres de la formation. L’enseignement y devient complètement répétitif et soumis à la censure tatillonne du pouvoir en place.

La situation de pénurie de la formation ne peut que s’aggraver inexorablement. Les tensions internes vont s’accentuer, avec une escalade nécessaire de la répression tyrannique envers toute protestation envisageable. On neutralise tout ferment pouvant aboutir à une pensée de révolte. Hannah Arendt : « Toute neutralité, toute amitié même, dès lors qu’elle est spontanément offerte, est, du point de vue de la domination totalitaire, aussi dangereuse que l’hostilité déclarée : car la spontanéité en tant que telle, avec son caractère imprévisible, est le plus grand de tous les obstacles à l’exercice d’une domination totale sur l’homme. » [8]. C’est un point très important.

Les pauvres de la formation, quant à eux, sont massacrés suffisamment pour que soit réduit le nombre de leurs leaders ou leur masse trop nombreuse. Ils retournent ainsi à leur place inégalitaire de soumis sans broncher. L’esclavage ou le quasi esclavage, gonfle sans mesure.

Tout le monde y perd, jusqu’à l’implosion complète. Car le pouvoir ne peut pas solutionner réellement le problème du manque de solidarité de sa formation. La pénurie ne disparaît pas de la formation en la transformant en une grande caserne totalitaire, en un panoptique omniscient interdisant toute intimité. Le totalitarisme transforme les habitants de la formation en un groupe complet d’esclaves de plus en plus misérables [8].

Il faut redoubler de courage, aujourd’hui, pour considérer que le totalitarisme n’est pas limité aux dérives du XXe siècle, mais qu’il est une constante de l’évolution de certaines formations. La mise en esclavage d’une quantité de plus en plus importante des membres de la formation, peut certainement servir de critère pour juger de la nature totalitaire d’une formation.

 


 


 Involution terminale de la formation


 

Un jour, la formation tyrannisée, de plus en plus pauvre, s’effondre sur elle-même. La formation résiduelle, qui peut en surnager, est très limitée, fermée complètement et en danger certain vis à vis des expansions territoriales voisines. Souvent, elle est vite transformée en colonie par un voisin intéressé et en meilleure forme qu’elle. Mais, ce voisin peut reculer devant les problèmes redoutables qui l’attendent, d’avoir à absorber une telle misère. Il peut aussi sentir le risque de conflit avec une autre formation puissante, s’il touche à cette formation totalitaire en déliquescence. Se retrouvant située dans une espèce de « no man’s land », cette dernière peut arriver jusqu’à l’extinction formationnelle, au bout d’une plus ou moins longue agonie. Il y a une involution fatale due à la pénurie totale des moyens de survie. La situation de la Corée du Nord, avec ses famines incroyables et son totalitarisme achevé, gelée entre les empires américain et chinois, en est un exemple contemporain saisissant [9].

 


 Actualité du sujet


 

Pourquoi insister autant sur le chemin qui mène à l’installation des totalitarismes formationnels ? Un problème persiste dans l’analyse actuelle des évolutions totalitaires. C’est que des philosophes, comme Marcel Gauchet, pensent que l’évolution totalitaire des autoritarismes est limitée à une époque et à des circonstances particulières, qui seraient derrière nous aujourd’hui. Ils ne comprennent pas vraiment ce qu’est une alliance religieuse. Il n’arrivent pas à voir que c’est le ratage de cette alliance, dans une situation de pénurie, qui amène ce genre d’évolution. Ils ne peuvent envisager que l’avenir des totalitarismes soit plutôt devant nous.

En effet, la situation de pénurie mondiale est en aggravation certaine à cause de la convergence :

  • d’une part, d’une démographie toujours en progression,
  • d’autre part, de la raréfaction inéluctable des ressources, en commençant par celle, imminente, de l’extraction du pétrole sur l’exploitation duquel, une bonne partie de l’économie mondiale repose (en commençant par l’agriculture et ses engrais).

Les prétentions progressistes de toujours pouvoir trouver des solutions technologiques, afin de pallier aux causes des problèmes économiques et écologiques des formations mondiales, risquent vite de se retrouver battues en brèche.

Il est donc crucial, pour moi, de continuer à se préoccuper du problème des régimes autoritaires et du risque persistant de leurs dérives totalitaires. Ne pas croire que ce problème est, maintenant, dépassé ! Il est important de se rendre compte que les révoltes démocratiques sont en déclin sur la planète et que s’observe plutôt « la combativité accrue des régimes autoritaires les plus puissants au monde », à cause de « l’incapacité ou le refus croissants de la part des démocraties mondiales de tenir tête aux régimes autoritaires ».

> Voir, au sujet de la progression de l’autoritarisme et du totalitarisme dans le monde, l’article : « Le nombre des pays libres est en baisse, selon une étude » 

Michel Rocard (Journal Le Monde - 23-24 janvier 2011) : « Un peu partout on voit naître la fragmentation identitaire et le terrorisme. C’est un cocktail explosif et personne n’a encore trouvé la solution. »

Mais, suivant, parallèlement à l’écriture de cet article, les réussites de la révolution tunisienne de janvier 2011, je lis avec admiration ces paroles du Pr Essine JEDDI : « Cette Révolution a apporté et nous apporte, à nous autres Tunisiens, la Fokhra, la fierté, de réhabiter notre identité, de réhabiter notre corps, de réhabiter notre demeure, notre environnement, notre culture et notre histoire, ceci pour nous réapproprier un discours historicisé et historicisant, ouvert sur autrui, acceptant la différence par elle-même comme source d’enrichissement. »

Les progressistes peuvent-ils, de leur côté, proposer valablement aux régimes autoritaires et totalitaires, une alliance qui les ferait revenir à une forme de gouvernance plus proche des « Droits de l’Homme » ? Doivent-ils faire attention à ne pas se faire toujours manipuler à cette occasion ? Il est vrai que donner à boire à un âne qui n’a pas soif n’est pas très efficace. On risque plutôt de se faire mordre, par la même occasion. Le dernier rapport de Human Rights Watch est assez pessimiste à ce sujet et réclame plus de fermeté... Lire l’introduction du Rapport mondial 2011 : L’inaction face aux abus - Les risques du dialogue et de la coopération avec les gouvernements qui violent les droits humains

 


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[1Cette expansivité naturelle des formations vers la création de colonies plus ou moins vites rattachées et englobées, découle normalement des exigences de la métonymie constitutive du groupe (holonymie) : le « tout » pour la « partie ». Il n’y a pas de limite au « tout » de l’holonymie, si ce « tout » trouve de nouvelles « parties » à inclure

[2La non-possibilité d’utiliser la monnaie territoriale pour acheter des propriétés dans la formation émettrice, est le point essentiel de la restriction, même si, comme en Suisse, des aménagements intéressés peuvent se voir, par exemple dans l’utilisation de locations de longue durée. La Suisse, en effet, a longtemps été une formation montagneuse pauvre redoutant l’envahissement. Elle a donc gardé un grand soupçon des motivations réelles des étrangers. Encore aujourd’hui, même si elle est devenue riche et en proie à des tensions de faction entre alémaniques et francophones, il reste très difficile d’acquérir la nationalité suisse et d’y devenir propriétaire, si l’on est un étranger.

[3Académie : grec ancien Ἀκαδημία A̍kadếmia - Dicocitations.com : « Les termes grecs viennent sans doute de remède et peuple, qui guérit le peuple ; et de loin, qui est loin du peuple »

[4Université - Wiktionnaire : Du latin universitas (« corps », « compagnie », « corporation », « collège », « association »), comme abréviation de l’expression médiévale universitas magistrorum et scolarum (association/corps des professeurs et des élèves)

[5Voir, à ce sujet, l’article de Wikipédia : Séparation des pouvoirs

[6L’élection du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, ancien chef du renseignement militaire devenu président de l’Egypte en 2014, peut naturellement faire craindre le pire...

[7Prosternation : du latin prosternere, de pro, en avant et sternere, étendre - Wikipédia - La prosternation est l’action de se pencher jusqu’à terre, de se coucher par terre ou de se jeter par terre à genoux en signe d’adoration, de soumission ou de respect.

[8Hannah Arendt, Le système totalitaire, Éditions du Seuil, 1972 (Gallimard, 2002, Points #307)

[9Wikipédia - Corée du Nord : En 2008, l’administration américaine fournit à la Corée du Nord 500 000 tonnes de denrées alimentaires. Le Programme alimentaire mondial de l’ONU en distribue près de 400 000 tonnes, et les ONG américaines près de 100 000 tonnes 100. En 2010, un nouveau rapport d’Amnesty International affirme que des milliers de Nord-coréens sont contraints de manger de l’herbe et des écorces d’arbre pour survivre.

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