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IV - Clinique de la vie religieuse - Introduction à une clinique de la monnaie

D 11 janvier 2011     H 17:25     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 La monnaie comme symbole religieux


 

La monnaie est un des aspects du symbole religieux. Dire cela, revient à la considérer comme un « médiateur » indispensable au succès d’une alliance entre groupes sociaux d’essence différente. Elle facilite les échanges qui concrétisent cette alliance. Cela ne veut pas dire qu’elle ne soit que cela aujourd’hui. Sa dimension est beaucoup plus vaste. Mais, je vais privilégier cet aspect, en le situant comme le cœur du principe de la monnaie. Cela va nous servir à aborder les premiers éléments d’une clinique de certains dysfonctionnements sociaux éprouvants. Ce sont ceux qui résultent précisément de tricheries morales ou matérielles sur la monnaie, quand elle est utilisée dans de tels échanges.

 


 

La monnaie est, de cette façon, un outil crucial d’une économie spirituelle. Elle fait partie, en rendant possible ces échanges particuliers, de ce qui améliore l’homme. Elle participe à l’une des vibrations psychiques spirituelles, celle que j’ai développé comme étant la vibration religieuse [1]. Cette dernière associe oscillation symbolique et oscillation libidinale, dans une même unité fonctionnelle. La monnaie est, à la fois, un « totem » symbolique, comme représentation des échanges communs et un « phallus » libidinal, comme représentation de l’envie réciproque de soulagement entre fondamentalement « autres ». La monnaie a donc un aspect symbolique, mais aussi un aspect libidinal qui n’a pas encore été assez discuté depuis que S. Freud a pu l’aborder ainsi en 1917. Cela empêche de bien comprendre son utilité religieuse et la clinique des ratages de son utilisation.

 


 

Je pense qu’il est temps de ré-apprendre à concevoir la monnaie pour une économie spirituelle plus jouissive. Dans celle-ci, les pulsions sexuelles étayent heureusement le fonctionnement social et langagier (symbolique). Ces pulsions sexuelles ne s’opposent pas au symbolique, comme dans le marxisme « fraternel » asexué qui ne supporte pas le « désir » de chacun. Elles ne se soumettent pas non plus au symbolique, par régression, comme dans le libéralisme narcissique, auto-érotique. Nous pourrons, avec ce rétablissement, remettre les « rapports » entre groupes sociaux d’essence différente, au cœur d’une conception spirituelle et religieuse des relations humaines. Comme application pratique, une meilleure science politique pourra se profiler à l’horizon. La clinique économique actuelle est vraiment pressante par les souffrances incroyables qui en résultent. Les solutions à trouver sont toutes aussi pressantes. L’humanité est maintenant poussée, par nécessité, à reconsidérer des éléments aussi fondamentaux et sous-estimés, que ceux que nous allons voir. Cela pourra sembler complexe au lecteur peu au fait de ces sujets ou très éloigné de la spiritualité. Il verra, tout de même, que des solutions sont possibles et envisageables, si on dénoue les problèmes en utilisant les bons bouts de l’écheveau du fonctionnement psychique humain.

L’important, dans cet article, sera de se rappeler que la monnaie permet des échanges entre groupes sociaux qui ne sont pas des « mêmes », mais qui sont vraiment différents. C’est la possibilité d’un véritable « autre » social, de constitution « autre », avec lequel un groupe humain naturel, de taille quelconque, de la famille à l’empire, peut établir des rapports. C’est le fondement de la religion, qui n’est pas limitée, loin de là, aux échanges avec les esprits ou les dieux, comme les matérialistes, se cantonnant à leur formation naturelle, aimeraient bien l’imposer. C’est aussi la possibilité, pour les progressistes, membres des filiations évoluées, de toucher terre. Ils peuvent mettre en question, dans ces échanges, leurs élucubrations « rationnelles » et voir en quoi elles peuvent être « justes ».

 


 Construction de la monnaie


 

Monnaie, en français, est un mot qui vient du latin moneta. La déesse Junon, à Rome, était surnommée l’Avertisseuse (Moneta), car elle aurait averti les romains d’un tremblement de terre. Le temple de Junon Moneta a servi d’atelier pour la frappe des monnaies de l’empire. Cela nous montre le lien persistant, à Rome, de la monnaie avec la spiritualité [2]. Les premières utilisations en sont moyen-orientales. La naissance des cités grecques a favorisé son utilisation. Chaque cité a frappé sa monnaie, à l’image de héros ou de dieux. Les grecs ont propagé la monnaie dans leurs conquêtes orientales. La drachme antique, pesant environ 4,36 grammes d’argent, a longtemps servi de monnaie commune. A la suite d’Aristote, les grecs ont définit la monnaie par trois fonctions :

  •  unité de compte (pouvant être calculable et mathématisable),
  •  réserve de valeur (trésor durable malgré les aléas),
  •  intermédiaire des échanges (servant de témoin d’une alliance pour un marché).

 


 

Gardons en mémoire que la monnaie ne prend réellement son autonomie spirituelle que quand elle se détache assez de sa fonction « d’unité de compte » et de « réserve de valeur ». Elle le peut, grâce à sa charge symbolique, héritée des métaux précieux des anciens qui introduisaient une note spirituelle. Les égyptiens disaient déjà : « L’or est le sang des Dieux ». Wikipédia - Monnaie : « L’utilisation de l’or et de l’argent est attestée depuis les temps les plus lointains (4000 ans av JC). La force symbolique de ces métaux précieux et rares était très forte et touchait à la religion et au pouvoir dans tout le bassin méditerranéen ». Les métaux précieux, l’or, l’argent, le cuivre, le bronze et même le fer, étaient des productions de formations humaines locales et manifestaient des propriétés non habituelles d’inaltérabilité ou de plus grande solidité. Ils avaient des qualités qui pouvaient passer pour surnaturelles, car résultant de « révélations » évoluées et d’applications technologiques. Ces métaux pouvaient devenir symboles de cette alliance très particulière que nous allons découvrir. La monnaie pouvait se mettre à servir d’intermédiaire pour des « échanges » religieux.

Il y a d’autres étymologies évoquées en français. Par exemple, selon le site RACINES et TRADITIONS en Pays d’Europe : « notre mot “monnaie” viendrait du latin Munus, “charge” et “présent”, mais le gaulois moinos signifie “trésor” ce qui prouve que nous n’aurions pas eu besoin du latin envahisseur pour utiliser ce mot. Quoiqu’il en soit, ils viennent l’un et l’autre de l’indo-européen : *Mei, “changer, échanger”. Ce sont donc des échanges réglés par l’usage interne et liant les membres de la communauté. (Tristan Mandon)  »

Cette dernière définition porte trop l’empreinte d’une idéologie « territoriale » exclusive, mais elle introduit utilement la notion d’échanges réglés. Nous verrons ceux-ci, non pas seulement à usage interne d’un groupe humain, même si la monnaie s’est mise à servir aussi aux échanges internes, mais comme échanges entre groupes humains de nature différente. Ceux-ci réalisent la création d’un symbole spirituel commun, en s’appariant grâce à l’utilisation des pulsions sexuelles, comme deux amants peuvent le faire. C’est la manière de réaliser ce côté d’appariement amoureux de groupes différents, que nous allons prendre en considération pour l’utilisation de la monnaie.

Dans les religions reliant des groupes humains territoriaux à des esprits ou des dieux alliés, des chamans ou des prêtres peuvent jouer le rôle de médium. Ils servent à transmettre les messages de part et d’autre. Un dieu parle par un intermédiaire humain particulier. Il donne, à travers lui, des instructions et des connaissances au groupe humain allié. Le médiateur peut porter, en retour, dans ses transes surnaturelles, les demandes, les messages de gratitude et les offrandes du peuple choisi au dieu allié. Des symboles, comme une idole ou un Phallus, peuvent servir au même emploi. Mais, entre groupes humains différents, à part l’utilisation humaine des femmes pour les échanges, voire des enfants dans certains cas, il faut un symbole d’un autre genre pour permettre le commerce religieux. Il faut un symbole non-humain qui puisse donner confiance à chacun et servir à réaliser des échanges concrets. Il faut qu’il puisse passer de l’un à l’autre et réciproquement, ce que pourraient difficilement faire des humains. C’est de là que vient la monnaie comme invention, à la fois symbolique et sexuée. Elle incarne la confiance et la possibilité de l’amélioration de la situation de tous, dans des échanges réciproques, spiritualisés et humains.

Dans la construction du symbole, dit « religieux », nous avons vu que l’une des libres oscillations psychiques caractéristiques de cette appariement du symbolique et du sexué, se passe entre « foi » et « adoration ». C’est la vibration de la « vie religieuse » proprement dite, qui constitue, en association avec les oscillations de la « vie mystique » (entre espérance et amour commun), le spirituel de l’humain.

 

La définition minimale de la vie religieuse :

 


adoration / foi

 

La monnaie va établir une « confiance » dans l’établissement d’une foi commune et d’une adoration mutuelle possible. La monnaie est souvent appelée « fiduciaire », du latin fides, qui veut dire justement « confiance ». Wiktionary : Confiance - Du latin con- (« ensemble ») et fidere (« se fier », « croire »). La confiance découle bien d’une foi commune. C’est la confiance que partagent des éléments sociaux différents pour construire une « économie ». Wikipédia - Economie : L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d’un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume ») est l’activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services. Notons que, dans cette définition trop myope, le mot économie est réduit aux affaires domestiques, c’est à dire au troc. L’économie monétaire permet de dépasser le troc interne pour régler les échanges avec « d’autres », avec ceux qui sont vraiment différents.

Les dérapages pourront découler d’une « foi » mal établie, à cause de la « mauvaise foi » d’une des parties, qui ne s’occupe pas assez de la réciprocité juste des échanges. Mais, les ratages peuvent résulter aussi d’une « adoration » mal réussie, par une tricherie concrète d’un des protagonistes des échanges, qui utilise pour réaliser cela de la « fausse-monnaie ». Avant d’aborder plus largement les dysfonctionnements de l’utilisation de la monnaie, rappelons un peu plus de quoi il s’agit dans ces concepts de « foi » et « d’adoration ».

 


 


 Foi et confiance partagée


 

La foi est élaborée dans une « confession de foi », unique et distincte. C’est un accord moral établi, par compromis, entre les « territoriaux », qui sont ceux qui créent une formation naturelle sur un territoire et les « progressistes », qui sont ceux qui se considèrent issus d’une même filiation d’informations et d’organisations. C’est une élaboration morale commune partielle, réservée à ces fins pratiques d’échanges restreints entre groupes sociaux différents. Ces groupes sont constitués par leur détermination spatiale ou temporelle, selon la prévalence qu’ils ont choisi pour établir un chef. Ce chef est d’abord un chef spatial ou un chef temporel. Un groupe humain complexe peut, bien sûr, tenir les deux rôles. Il peut représenter l’occupation, comme formation naturelle, d’un territoire par rapport à un groupe plus évolué techniquement ou le contraire, être le groupe le plus évolué, grâce à sa filiation temporelle, par rapport à un groupe humain territorial plus frustre. On peut même concevoir que les deux situations alternent lors d’un même échange. C’est ce que nous avons vu comme rencontres possibles entre groupe de « physiciens » et groupe de « métaphysiciens », dans l’article « Description de la vie religieuse ». Mais, nous simplifierons le problème, dans cette première exploration, en nous limitant à la rencontre de groupes censés tenir toujours le même rôle l’un vis à vis de l’autre. Cela nous limitera aux échanges possibles entre eux, grâce à la création d’un marché qui améliore le sort de chacun. Cela dit, toute description d’une situation concrète d’échange, devra pouvoir envisager la complexité probable du marché et la constitution complexe des sociétés humaines. Dans de grands marchés comme les foires annuelles, le travail général est arrêté pour que les membres de la formation puissent s’y rendre, le vieux verbe français foirer signifiant chômer. La prévision du déroulement y permet aussi l’arrivée concomitante « d’étrangers ». On pourra laborieusement s’atteler à dénouer, à cette occasion, la complexité des échanges effectués et des alliances réalisées. Mais, cela dépasserait la tâche d’exploration sommaire de ce texte.

Le « marché » est régulé par une loi morale qui donne « confiance ». C’est une activité de gré à gré qui concerne, avec confiance, la recherche d’un soulagement réciproque. Il faut que ce soulagement soit équivalent pour chacune des parties de l’accord afin d’être juste. La monnaie ne brise pas le troc, comme le disait, à tort, M. John M. Keynes. Elle le libidinalise pour permettre des échanges spécifiques entre groupes de « physiciens » et groupes de « métaphysiciens ». En dehors de ces échanges très particuliers, la monnaie N’A PAS DE LEGITIMITE SPIRITUELLE, même si elle peut être pratique, à première vue, pour des échanges entre groupes de « mêmes ». Elle n’est alors qu’une unité interne de troc intra-groupal ou de compte inter-individuel. Elle ne devrait pas être confondue avec la monnaie spirituelle. On peut même penser qu’elle devrait être mieux réservée pour ce rôle spirituel, si son rôle propre était vraiment compris. La sortie de la clinique de la monnaie n’est donc pas l’abolition de la monnaie, comme le voulait M. K. Marx, mais son retour à la possibilité d’une réelle fonctionnalité spirituelle. Cela sera réussi grâce à l’accentuation de ce rôle. Ce sera le retour à ce « Bien commun » nécessaire, qu’appelle toujours de leurs voeux nombre d’économistes post-modernes. C’est ce que préconise, par exemple, le Pr Pierre Manent, qui le distingue heureusement des pratiques coutumières des identitaires territoriaux [3]. Pour cela, il devrait arriver à revoir ce Bien commun comme devant être réalisé par l’échange sexué de groupes différents, aux fins de soulagement et d’équilibration de chacun.

 


 

Le troc a la réputation de désigner les manières de réaliser les échanges entre humains peu évolués, où la valeur, appelée VALEUR D’USAGE, est surtout fixée par la coutume, donc très statique et non évolutive. Le troc est fondamentalement administré par la coutume des groupes de « physiciens ». L’administration d’une formation humaine naturelle suit une règle coutumière qui n’est pas celle du marché. Elle tient à la répétition des situations qui ne mette surtout pas en danger l’ordre établi. Il ne faut pas que la valeur des productions soit éminemment variable. Il y a, au minimum, fixation administrative des prix et des conditions d’échange. Le troc se pratique toujours aujourd’hui à grande échelle et concerne, au moins, un quart des échanges mondiaux. Cela se pratique, notamment, entre états qui veulent des conditions d’échanges stables. Il est en progression naturelle depuis la disparition d’une monnaie commune, avec l’abandon progressif de l’étalon-or des années 1970-1980. La monnaie, par contre, devrait permettre à une réelle variabilité de la valeur d’exister lors de ces échanges spéciaux que nous allons découvrir. C’est une grande différence. Elle devrait empêcher le marché de se figer dans un système de troc.

 


 

La monnaie n’est pas, non plus, une UNITE DE COMPTE entre « métaphysiciens ». Une unité de compte permet l’évaluation d’une utilité présumée, comme cela se passe pour les valeurs de Bourse. Elle se réduit à des écritures ou, maintenant, à des bits informatiques. Elle permet l’évaluation des nouveautés et des techniques élaborées, avant même leur mises à l’épreuve dans des applications concrètes. Cela permet leur « cotation » (cote vient du latin quotus, « en quel nombre »), par une note prédictive. Si l’estimation s’emballe à vide, cela donne ces bulles incroyables des valeurs boursières, qui nous montrent la déshérence des échanges religieux. La monnaie doit pouvoir s’échanger concrètement pour des soulagements concrets. Elle nécessite des échanges concrets de biens et de services, tout en portant, en elle-même, la confiance de l’alliance réalisée. Elle doit permettre, justement, de limiter les bulles inflationnistes des cotations.

En résumé, la monnaie doit être concrète comme les objets de troc des formations, biens et services effectifs, y compris pour les échanges entre monnaies différentes (le Change). Elle doit aussi pouvoir se compter et être mathématisable comme les unités de compte des financiers. Celles-ci servent à évaluer, par ces financiers, les trouvailles et les nouveautés techniques. Ce sont leurs capacités d’être vendables, c’est à dire d’être applicables et achetables par les territoriaux, qui sont comparées de façon égalitaire par une mise en concurrence. Une bourse des valeurs financières peut donc s’établir à partir de ces évaluations prédictives. Mais, la monnaie doit surtout pouvoir servir d’intermédiaire à des échanges effectifs entre groupes sociaux différents, en les rendant possibles. Elle doit permettre que chaque groupe corrige dans cette rencontre, grâce à l’autre, ses déséquilibres internes. C’est son rôle religieux et nous allons voir pourquoi il faut une telle élaboration pour y arriver.

 


 Adoration et détermination de la « valeur »


 

De l’autre côté oscillatoire de la vibration religieuse psychique, en face de la foi, il y a l’adoration. Rappelons que l’adoration, c’est baiser la main de l’autre en signe de respect. C’est la main qui sert à entrer en contact avec l’autre et se retrouve bénie. L’adoration n’est pas réservée aux relations de la formation des « territoriaux » avec le divin, même si le terme a été presque entièrement capté par les religions sacrificielles mythiques, religions abîmées par les matérialistes dans des raidissements défensifs. Il faut que se crée, plus largement, une adoration commune, entre « physiciens » et « métaphysiciens ». Le terme de « physiciens » désigne ceux qui sont des groupes de « formationnels », constituant une formation territoriale stable et spontanée, une Gestalt capable de production répétitive de biens et de services. Ils sont d’abord localisables dans un espace. Quand au terme de « métaphysiciens », il désigne, ici, ceux qui sont des groupes « d’informationnels », constituant une lignée temporelle développant des informations et une filiation les accumulant au fil du temps. Ces groupes sont capables de réaliser et de proposer des services expérimentés, utiles à un « progrès ». Il faut cette adoration réciproque entre ces groupes construits différemment, pour que la vibration sociale et sexuée psychique,- et la jouissance en découlant, puisse s’élaborer et fonctionner convenablement.

L’utilisation du divin métaphysique à ces fins n’est qu’un cas particulier de cette fonctionnalité. Les groupes de « métaphysiciens » les plus en pointe aujourd’hui, sont plutôt les groupes de techno-scientifiques, dont les mathématiciens. L’élaboration des principes de fonctionnement de l’Univers a connu, en effet, grâce à eux, des avancées considérables depuis quelques siècles, faisant sortir la métaphysique de son obscurité révélée relative. Ils ont amélioré la prise en compte du tri de la temporalité, que symbolise au mieux l’expérimentation logico-déductive avec, à sa tête les élaborations de la mathématique, la Science des sciences. L’efficacité technique de ces « métaphysiciens », s’est, en conséquence, considérablement accrue. Se sont améliorées, aussi, leurs capacités de vente des applications en découlant.

 


 

Malgré cela, l’espace-temps reste, au fond, descriptif et peu expérimental. On y baigne, sans pouvoir prendre de recul par rapport à l’inclusion que nous représentons. On est incapable d’aller dans un autre espace-temps ou d’en créer un autre. Les religions restent, du coup, très vivantes et adaptatives. Elles disent mieux connaître cela, grâce à des révélations d’êtres plus évolués ou de nature divine, capables d’une certaine extériorité par rapport au monde.

La philosophie, par contre, y compris la philosophie politique, est toujours plongée dans une grande restriction à la logique aristotélicienne. Elle pense toujours trop en binaire, en dialectique, pour pouvoir faire des avancées notables. Elle a trop perdu la pensée de l’alliance des anciens. Elle oppose, en conséquence, la techno-science en marche, aux coutumes statiques des identitaires territoriaux. Elle nourrit le combat entre groupes de « progressistes » et groupes de « conservateurs », au lieu de montrer l’intérêt d’établir des relations d’échanges. Cela tend à déconsidérer la démocratie aujourd’hui, en la transformant en foire d’empoigne insurmontable. Les philosophes ont une responsabilité certaine dans l’origine des désordres socio-économiques actuels, alors que la misère humaine ne cesse de progresser à pas de géants. Ils sont un grand obstacle à la résolution de cette misère.

L’adoration, comme pôle réverbérant de l’oscillation religieuse, va avec la louange de l’autre partenaire et la volonté d’une obligation commune, d’un culte rendu à l’autre. On y cultive des relations privilégiées et précieuses entre « physiciens » et « métaphysiciens ». Ces relations ont, par là, de la VALEUR D’ECHANGE. La valeur est donnée par l’action d’adorer et non par la foi commune. Il ne faut pas croire que la valeur est du côté du pacte moral, de la « confiance ». La valeur d’échange est VARIABLE selon l’intensité et la nature, plus ou moins adéquate et utile, des échanges effectifs du marché. Elle n’est pas fonction de la foi, qui doit être moralement absolue pour le domaine partiel concerné. Le prix utilisé dans les échanges est la valeur d’une transaction actualisée chaque fois. C’est le résultat d’une négociation pratiquée à chaque échange. La foi, par contre, est un principe qui ne peut bouger sans redéfinition de l’alliance à réaliser. La foi doit être basée sur la justice, qui considère que chacune des parties doit arriver à se soulager effectivement dans l’échange. Le compromis juste doit être effectif. Il doit se réaliser pour chacun. Il y a coïncidence, alors, de la justesse et de la justice. On ne peut se soulager de tout, mais chacun doit être délivré partiellement de son trop-plein de tensions internes, grâce à l’autre. Surtout, cela doit concerner les tensions qu’il n’arrive pas à résoudre seul. Sinon, s’il n’y a pas cette action réciproque, il y a abus de confiance. L’échange n’est alors pas juste. Il y a tricherie et déni de justice.

 


 

Oublier cette notion religieuse, peut amener beaucoup d’incohérence dans la façon d’aborder le problème de la monnaie. La monnaie a une partie qui varie dans le symbole d’alliance. C’est une amélioration du symbole pour mieux en dégager la partie variable, selon l’envie de soulagement manifesté et reconnu. Le pacte moral donne, lui, sa légitimité intangible, car posé « juste » dans un compromis adéquat. Le pacte de confiance, qui permet les échanges, est ce qui est intouchable, sauf rupture. La monnaie, sous toutes ses formes, réuni ces deux côtés dans un symbole spirituel, même sous sa forme la plus archaïque, celle des « pièces » de monnaie. L’auréus romain, la monnaie d’or qui valait 25 deniers d’argent, a vu sa valeur varier constamment, sa forme et son poids changer souvent, alors même que la figure apposée sur la pièce gardait la même fonction de foi commune en l’Empire. Elle portait souvent des « voeux » ou des remerciements adressés aux divinités, même après l’adoption du Christianisme par l’Empire. Un symbole monétaire comporte nécessairement une partie variable et une autre invariable, dans la logique de l’oscillation religieuse. Le prix d’une marchandise est issu de sa part variable : c’est ce qui est inscrit sur le REVERS d’une pièce de monnaie. Mais la partie invariable de la monnaie, c’est ce qui est inscrit à l’AVERS d’une telle pièce de monnaie. On dit aussi « pile », pour le côté où est inscrite la valeur (du latin pila, balle pour jouer et, donc, échanger) et « face », pour le côté où est représentée la figure de confiance. Il est intéressant, à ce sujet, de voir comment sont dénommées ces deux côtés d’une pièce de monnaie dans les différentes langues du monde. On y a un aperçu, souvent amusant, du génie humain de la langue de chacun.

Dans l’alliance effectuée pour permettre à un marché de se tenir, le groupe des « physiciens » se place, temporairement, en apprentissage. Il prend le rôle d’un groupe à élever par le groupe des « métaphysiciens ». Il va pouvoir recevoir, de celui-ci, des savoir-faire, des techniques et technologies adaptées à ses tensions internes. Il va les acheter avec de la monnaie. Il produit celle-ci à ces fins, dans des « émissions » de monnaie. Le groupe des « métaphysiciens », par contre, va se placer provisoirement comme une formation instruite qui va obtenir l’application de connaissances utiles à son amélioration. Il va vendre ses techniques aux territoriaux pour faire le tri des applications valables. Cela va l’aider à se soulager de ses problèmes de comparaison et le faire avancer. Il va pouvoir aussi, avec la monnaie redonnée aux territoriaux, rétribuer les biens et les services des productions de la formations utiles à sa prolongation et diminuer ses tensions de survie. Il va aussi se soulager de la monnaie acquise, par là-même.

La monnaie commune peut ainsi passer de l’un à l’autre, indifféremment. C’est plus commode que toute autre façon de faire. C’est pour cela que la monnaie s’est imposée. Elle a une valeur fondamentalement variable, donc adaptée à un marché de ce type. Elle permet à chacun de se soulager avec le même outil symbolique. Chacun, grâce à cela, se soulage de sa monnaie qui, si elle n’est pas utilisée dans des échanges, perd sa valeur puisqu’elle sert à ça. C’est ce qui permet, d’ailleurs, de mieux la définir quand elle prend des aspects exotiques en anthropologie. Il y a une atteinte de sa valeur inhérente à sa non-utilisation correcte. La monnaie ne peut que pousser aux échanges entre groupes d’essence différente, puisqu’elle ne sert à rien de crucial, au fond, en dehors de cela. Insistons sur le fait que la monnaie permet à une variabilité de valeur d’exister en fonction de l’ENVIE de tels échanges soulageants. S’il n’y a pas de tels échanges, donc d’envies, sa valeur est faussée.

Utilisée dans le troc, intra-formation ou entre formations, la valeur de la monnaie n’est que la valeur d’usage fixée par la coutume administrative. Mais elle se retrouve vite inutile, dans une spirale déflationniste car il y a toujours trop de monnaie par rapport à son utilité. Le blé ne pousse pas sur la monnaie et la monnaie n’a pas de bras pour le faire pousser. La surface de la monnaie est vite dévoilée comme nulle.

Comme unité financière de compte, par contre, la monnaie n’a qu’une valeur de plus en plus fantasmatique si elle ne sert pas effectivement à des échanges religieux. Sa valeur se gonfle irrésistiblement dans des bulles inflationnistes dues à l’accélération de la temporalité, par manque de « surface » d’application. Il n’y a pas assez d’échanges religieux concrets pour permettre à une réelle valeur d’apparaître, qui ne soit pas celle des estimations toujours trop enthousiastes. Il y a une surestimation des « produits métaphysiques » mis en jeu qui devient collective. Ces bulles irréalistes n’ont qu’un destin, dans le meilleur des cas, qui est celui de se dégonfler aussi vite qu’apparues dès qu’un peu de vrai marché religieux ré-apparaît. C’est ce que l’on voit dans les marchés financiers actuels, qui ne sortent presque plus des échanges entre « mêmes ». Les financiers sont presque complètement déconnectés de la vraie valeur marchande des « produits » proposés. La cause en est une enflure inconsidérée des assurances depuis la disparition de l’étalon-or due à l’insécurité accrue des échanges, vu que les « physiciens » ne proposent plus que des monnaies locales pour les échanges religieux. Mais la temporalité accrue des échanges entre financiers, à la micro-seconde même, ne peut pas tenir longtemps et s’abolit d’elle-même périodiquement, face à la réalité des échanges. Il peut arriver que l’inflation et les tensions internes soient tels, que tout vole en éclat, le système d’évaluation des « métaphysiciens » et le groupe lui-même.

C’est la clinique, bien sûr, qui va nous permettre de soutenir une telle conception. On ne peut pas dire que la clinique correspondante soit discrète dans le monde actuel. Ce qui est sûr, c’est qu’elle demeurera longtemps incompréhensible, si on ne se met pas à retrouver la fonction essentiellement religieuse de la monnaie.

 


 Les sources des tensions internes dans les deux sortes de groupes humains


 

Précisons encore ce qui crée l’envie de pratiquer des échanges religieux, dans les deux différents types de société humaine que nous prenons en considération. Ce sont des tensions internes qui poussent à cela, par de trop grandes envies d’élimination ou par des absences de capacités d’élimination. Ces tensions mettent en péril l’existence même des groupes constitués, si elles sont non résolubles par le groupe lui-même. Ce sont celles qui ne peuvent trouver de solutions satisfaisantes que dans des soulagements effectués lors de la tenue de marchés religieux adéquats. Ces marchés sont donc indispensables pour les groupes humains en tension, sous peine de crises affreuses et inéluctables, voire de disparition.

 

1 ) Les tensions des territoriaux identitaires :

Rappelons que les groupes de « physiciens » sont constitués d’éléments contingents rassemblés sur un même territoire. C’est une surface qu’ils peuvent parcourir et occuper. Ils constituent une formation naturelle d’éléments INEGALITAIRES ET SOLIDAIRES. Ces éléments sont en équilibre forcé, plus ou moins stable, entre eux et avec leur environnement. Le territoire est fait de morceaux continus ou non. La formation humaine est sédentaire ou nomade, cela n’a pas grande importance. Les groupes humains parcourent leur formation à l’intérieur de leurs limites et frontières. Ils y trouvent leur subsistance pour y survivre à l’identique.

Ces groupes conservateurs sont constitués de possédants ayant une grande surface de contrôle et d’une clientèle coutumière moins fortunée, qui dépend des grands possédants. Chacun tient une place dans le territoire, mais les places ne sont pas égales. Il y a en qui ont de grandes surfaces, d’autres plus petites, et d’autres, enfin, qui utilisent une surface concédée par ceux qui tiennent une grande surface, selon différents contrats possibles. Le principal est qu’ils fournissent, en redevance, une partie de leurs productions et services aux propriétaires nominaux.

Ces groupes privilégient les enfants légitimes, ceux qui sont fait de manière « normale », dans des mariages coutumiers de classe. Les héritages sont inégalitaires, pour ne pas bouleverser l’ordre répétitif de la formation. Le troc interne fixe la production de chacun et sa valeur dans des limites étroites, afin de garder les équilibres inégalitaires de la formation. Les membres les plus importants sont censés faire régner l’ORDRE IMMUABLE de leur formation, si besoin par la force ou l’expulsion. Ils vont capter les surplus du travail collectif et les redistribuer à leur convenance. Cela leur permet d’assurer le contrôle de leur clientèle par des récompenses et des sanctions. Ils vont aussi réaliser des « trésors » pour accumuler la monnaie nécessaire aux échanges par des émissions monétaires. Dans le monde moderne, les trésoriers « physiciens » sont les banquiers qui créent la monnaie à l’occasion des prêts qu’ils font aux possédants voulant participer aux échanges, contre des garanties de capacités productives ou de territoires gagés. Que le contrôle des banques soit confié au mains des chefferies, au nom de tous, ou qu’il reste aux mains des propriétaires privées les plus importants, ne change pas grand chose. Le but de tout ça est de garder la formation à l’identique, pour occuper le territoire sans modifier les équilibres inégalitaires qui caractérisent chaque formation.

Ces formations sont spatialement expansives en établissant des colonies par l’intimidation, la ruse ou la force sur de nouveaux territoires. Ceux-ci se retrouvent alors englobés dans une nouvelle unité territoriale. Il y a élimination, si nécessaire par la guerre, de ceux qui pouvaient déjà s’y trouver. Les victimes innocentes, dans ces conquêtes territoriales, sont surtout les hommes. Il peut y avoir assimilation des soumis, en les réduisant à des places inférieures ou d’esclaves. Cela concerne surtout les femmes et les enfants.

Leurs tensions internes peuvent venir d’un excès d’inégalité ou d’un trop-plein de solidarité. Des risques majeurs en découleront pour l’existence même de la formation en tension. Cela peut concerner tous les types de groupes sociaux naturels, quelque soit leur taille et leur situation, de la famille à l’empire.

a ) Le risque d’implosion par trop d’élimination : il vient d’un EXCES D’INEGALITE par raréfaction, plus ou moins volontaire, des ressources internes et blocage de l’expansivité territoriale. Des éléments naturels défavorables ou une trop grande augmentation de la population sur un même territoire, vont précipiter trop de gens de la formation dans la misère. Il y a une grande accentuation des inégalités de classe. La constitution de classes trop pauvres menace la solidarité indispensable au clientélisme, par défaut de redistribution et accentuation inhérente de la lutte des classes. Des révolutions violentes vont chercher à exterminer une classe sociale, celle des plus gros possédants ou celle des plus miséreux, voire la classe moyenne toute entière, comme on l’a vu dans les génocides du 20e siècle. Il y a recherche d’élimination physique d’une partie des membres de la formation et risque d’implosion complète, par destruction des clientèles constitutives.

 

> Voir l’article : IV - Clinique de la vie religieuse - 1 ) Tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie : de la pénurie au totalitarisme

 

b ) Le risque de morcellement par manque d’élimination : il découle d’un TROP-PLEIN DE SOLIDARITE. Il y a production de trop de richesses produites, ou il y a trop de succès dans les conquêtes extérieures. Cela menace, dans les deux cas, le pouvoir des plus possédants. En effet, ceux-ci ont moins besoin de redistribuer des biens acquis à leurs clients, qui ont profité, eux-aussi, de l’augmentation globale de la richesse. Les gros possédants deviennent moins attractifs pour ceux qui ont moins de surface qu’eux. Cela désorganise la constitution de leur clientèle et affaiblit la cohérence sociale de l’ensemble de la formation territoriale. Il n’y a plus assez de capture des richesses par les plus puissants. Il n’y a plus assez de gaspillage des succès productifs pour maintenir assez de pauvreté. Cela pousse la formation à se morceler de fait. Cela crée le risque de guerres expansives entre factions mêmes de la formation. C’est la source des guerres civiles, par exemple à l’occasion d’une succession. Cela peut même faire exploser la formation initiale dans un morcellement définitif. Cela amoindrit, aussi, considérablement la formation vis à vis des menaces extérieures et elle peut disparaître en se faisant coloniser.

 

> Lire l’article : IV - Clinique de la vie religieuse - 2 ) Tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie : de l’abondance à la guerre civile et son résultat

 

2 ) Les tensions des filiations progressistes :

Les groupes de « métaphysiciens », par contre, se reconnaissent par une même filiation commune. Ils ne sont pas localisés spatialement, par définition. Le territoire, où ils peuvent être accueilli, peut changer sans problème. Leur histoire les rassemble et leurs mythes les rattachent, souvent, à une filiation d’origine divine ou à un héros fondateur. Ces groupes d’affinité sont faits d’éléments EGALITAIRES et CONCURRENTIELS. Ils savent remettre, à chaque génération, les pendules des acquis de chacun à la même heure. Ils aiment bien les procréations inventives et les métissages résultant de choix amoureux. Ils savent améliorer les capacités d’adaptation du groupe par des héritages égalitaires. Ils favorisent, en effet, les plus aptes selon les circonstances rencontrées. Ils utilisent l’expérimentation plus que la coutume.

Ces groupes progressistes sont souvent des filiations masculines car, depuis le néolithique, les interdits larges de l’inceste ont montré leur intérêt et l’échange des femmes a servi aux rapports entre groupes différents. Celles-ci n’ont pu se transmettre que des techniques légères aisément transportables. Et les femmes, de par leurs maternités, ont plus besoin que les hommes d’une place stable, d’un espace constant. Elles se rattachent plus facilement aux formations territoriales, qui assurent une place coutumière à chacun. Les lignées religieuses, philosophiques, artistiques et techno-scientifiques sont devenues, le plus souvent, de filiation masculine et patriarcale, mais ce n’est absolument pas une nécessité.

Elles se régulent par des tribunaux arbitraux qui rendent à chacun ce qui lui revient de sa création adaptative et des possibilités d’applications techniques, par des évaluations comparatives justes.

Les « métaphysiciens » ont des « financiers ». C’est un sous-groupe qui utilise des unités de compte pour chiffrer les évaluations nécessaires. Ils utilisent les outils mathématiques hérités de Fibonacci. Ils créent des Bourses d’échanges des valeurs probables. Les financiers savent aussi établir des assurances permettant à une recherche ou à une prise de risque, de ne pas avoir d’effet trop graves en cas d’échec et de ratage. Cela va permettre que ces actions incertaines existent. Le but de tout ça est de permettre que se réalise une COMPETITION loyale tout au long du développement temporel.

Ces groupes de « métaphysiciens » sont expansifs de façon temporelle, en se rattachant à de plus en plus d’ancêtres évolués et de dieux, pour développer leurs accumulations de savoirs métaphysiques. Il le sont aussi par l’utilisation de composantes infra-humaines, afin de les élever progressivement vers la dignité d’humain évolué. Pour cela, ils englobent des postulants domestiques : groupes humains plus frustres, animaux, plantes, minéraux. Ces domestications sont à la base de la révolution néolithique. Elles se sont bien développées aujourd’hui vers l’inanimé, avec le développement des machines et des ordinateurs qui préfigure l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Leurs trop pleins internes sans solution ou leurs trop grandes éliminations délétères, seront aussi sources de tensions inquiétantes. Des risques en découleront, menaçant l’existence même du groupe.

a ) L’émiettement par perte de la comparaison ordonnée : les tensions résultent d’un EXCES DE CONCURRENCE qui aboutit à des sous-lignées rivales trop fortes. Elles perdent leurs liens égalitaires et le respect nécessaire à leurs comparaisons régulières et aux partages horizontaux de connaissances. Il n’y a plus d’évaluation et d’émulation possible pour l’anticipation des succès à venir. La compétition est faussée. Le secret ou la trop grande protection des exclusivités des branches trop rivales empêchent aussi ce groupe de mettre en commun et d’assurer ses composantes les plus virtuelles, celles qui pourraient se révéler les plus utiles lors des changements de circonstances. La recherche est donc atteinte en général. Les meilleurs éléments du groupe, ceux capables de plus d’invention et de créativité, sont tentés de le quitter. Finalement, le groupe est menacé d’explosion et d’émiettement entre branches devenues trop divergentes.

b ) L’affadissement par manque d’élimination des impasses inutiles : cela résulte de l’apparition d’un EXCES D’EGALITE, par la prédominance d’un consensus idéologique trop facilement admis par tous. Cela empêche la concurrence des sous-lignées rivales de se développer suffisamment. Elles ne peuvent plus fournir les preuves de la pertinence de leurs voies de recherche et de leurs expériences propres. La notation s’en ressent, en devenant trop coulante. Il n’y a plus assez de dévalorisation des branches les moins performantes. Les recherches peuvent se perdre trop longtemps dans des impasses. Les estimations deviennent folles par manque du tri résultant de la mise à l’épreuve des applications effectives. Le groupe perd sa pertinence d’ensemble, si tous ses membres sont trop estimés. Il y a appauvrissement général des capacités « métaphysiques » du groupe dans un risque d’implosion.

 


 En conclusion de cette introduction


 

Chaque groupe social, confronté à des tensions internes non résolues et dangereuses pour sa cohérence, va être intéressé, s’il en a le ressort nécessaire, à rencontrer un groupe fonctionnant de manière différente, un « autre » type de groupe. Il va chercher à obtenir, dans des échanges de type religieux, les manières et les moyens de surmonter ses propres crises internes. C’est un moyen de secours crucial pour la survie même des groupes. On comprend alors que la monnaie puisse avoir un rôle clé dans ce genre de résolution de crise, en facilitant la possibilité effective de ces échanges particuliers.

Les échanges de type « physiciens » / « métaphysiciens » vont donc permettre, à chaque groupe participant, de corriger les dérives qui risqueraient de les mettre à mal. C’est vrai pour les formations territoriales naturelles établies, qui maintiennent les équilibres inégalitaires. C’est vrai aussi pour les filiations temporelles, celles qui développent les principes expérimentaux de la réalité pour s’adapter empiriquement aux changements. Ce qui est remarquable, c’est que, dans des échanges vraiment réussis, la correction des déséquilibres d’un groupe va pouvoir permettre de corriger des déséquilibres contraires chez un groupe d’un autre type. Mais cela peut, aussi, mal tourner. Les échanges vont rater leurs buts correctifs chez l’un ou l’autre des deux participants, voire chez les deux. C’est ce que nous allons voir cela dans le prochain article, à propos des tricheries morales sur la monnaie.

 

 


Popularité :
4700 lecteurs le 25/03/2016


[2Wikipédia - Temple de Junon Moneta : Junon Moneta la déesse qui avertit et qui conseille, mais elle était aussi considérée comme la protectrice des femmes et la gardienne des Finances . Son temple était construit sur le Capitole à côté du temple de Jupiter Capitolin et contenait les bureaux de la monnaie où étaient fabriquées les pièces et conservées les précieuses matrices, ancêtres de la planche à billet. Une église s’élève maintenant sur son emplacement. 

[3« Le regard politique » par Pierre Manent et Bénédicte Delorme-Montini , Flammarion, Paris, septembre 2010

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