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Note clinique : la culpabilité de Montezuma lors de l’écroulement de l’empire Aztèque

D 4 septembre 2010     H 11:18     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 L'empire aztèque


 

15e siècle : l’empire Aztèque, ou empire Mexica, se développe en Amérique centrale de façon incroyable en quelques générations. Ses plus lointaines colonies sont à 1000 km de sa capitale Mexico-Tenochtitlan. Comme pour tout empire, il faut que rien ne bouge des rapports sociaux solidaires-inégalitaires, au fur et à mesure de son développement spatio-temporel. Le puissant s’affilie une clientèle qui doit lui rendre une obéissance aveugle en proportion des largesses qu’il lui distribue. Cela lui permet aussi de montrer sa puissance et de garder sa place vis à vis des rivaux internes à son groupe social. Pour cela, « un chef devait s(y) montrer très généreux, voire humilier ou obliger ses rivaux par ses prodigalités. Si ceux-ci n’étaient pas en mesure d’en faire autant, ils perdaient la face et admettaient leur infériorité. » [1]

L’Etat lui même, « de plus en plus puissant, devait pouvoir tenir son rang.... L’Etat devait donc se défendre et payer (ou récompenser). Pour cela, il lui fallait s’emparer de richesses de plus en plus importantes au fur et à mesure que l’empire grandissait. Il était pris dans un cercle vicieux. Pour conserver les nouvelles acquisitions, il fallait des armées, des alliés et donc des tributs. Pour se procurer ces moyens, il fallaît conquérir et accroître l’empire. Pour protéger ces nouvelles conquêtes, il fallait de nouveaux trésors et de nouvelles guerres... » [2].

Le cercle vicieux dont parle le Pr Graulich, spécialiste bien connu des Aztèques, est caractéristique, en fait, des empires en développement. L’extension spatiale à tout prix devient un but en soi, à mesure que se radicalise l’abus de confiance de la formation « physicienne ». Le temps y reste circulaire, répétitif, pris dans le collage aux récits mythiques. C’est sa faiblesse intrinsèque car l’imprévu ne peut y exister que s’il est tout de même prévu dans la répétition du temps, celle du mythe du Serpent à plumes !

 

> Voir à ce sujet l’article : Le temps circulaire du mythe chez les Aztèques

 

Tout réel vraiment imprévu sera, du coup, à l’origine d’une crise inouïe. C’est ce qui se passe pour les Aztèques avec l’arrivée des Espagnols. L’effondrement d’un empire mêle toujours des causes internes et externes. Ici, ce sont les causes externes qui amènent les plus grands bouleversements par l’arrivée d’étrangers nettement plus évolués techniquement, puisque les Aztèques ne connaissent pas la roue.

 


 

Au début du 16e siècle, en 1502, Montezuma II (1480 ? - 1520) [3], devient empereur après avoir été formaté, comme il le fallait, pour tenir son rôle de chef conquérant sans scrupule. Il va avoir, comme politique, de soumettre les dernières enclaves échappant à l’empire et de mettre au pas les dernières cités alliées. Il n’est réellement intronisé qu’après avoir fait sa première guerre et ramené quelques milliers de prisonniers d’une ville voisine, qu’il peut alors sacrifier sur la pyramide du Grand Temple de Mexico. Il extraie lui-même le cœur de ses prisonniers personnels. Il liquide ses frères et les serviteurs déjà en place du palais pour prendre à son service, comme otages et pour les conditionner, les enfants des puissants de l’empire. On est exécuté si on le regarde en face ou si on entre dans son palais avec des sandales. Et c’est cet empereur absolu, au faîte de sa gloire et de son pouvoir, à qui on obéit sans broncher même pour être sacrifié et mangé, qui va s’écrouler de honte devant un aventurier imprévu, lui aussi sans scrupule : Fernando Cortés Monroy Pizarro Altamirano ou encore appelé Hernando Cortés (dit pour nous Cortez).

 


 Hernando Cortés


 


Les espagnols débarquent en Amérique centrale en 1519, en petite troupe de soldats aguerris par les guerres européennes. Ils fondent aussitôt une cité, la Villa Rica de Vera Cruz. Cela permet à Cortez de se libérer de ses allégeances au gouverneur de Cuba et de se faire nommer capitaine général. Il réquisitionne les troupes et part à la conquête de l’empire des mexica. Il profite du fonctionnement mythique de l’empire où les changements de pouvoir, dans les cités-états, se font dans des substitutions régulières du pouvoir. Un pouvoir prend l’ascendant sur l’autre et, grâce au sang versé de quelques milliers de victimes sacrifiées en guise de rachat, les puissants restent en place dans leurs cités sous la surveillance d’un gouverneur qui s’assure qu’ils paieront tribu à l’empereur. Cortez bat par les armes des cités soumises et des peuples tributaires à l’empire. Il en fait des alliés, plus ou moins convertis au christianisme et qui restent anthropophages, notamment en mangeant les guerriers ennemis capturés. Ils vont l’aider à foncer droit jusqu’à Mexico.

 


 L'effondrement de l'empire


 

Montezuma II voit, sous ses yeux, s’effondrer son empire. Les peuples soumis et opprimés se révoltent les uns après les autres, avec, à leur tête, ces incroyables guerriers en armures et épées, dont une trentaine de cavaliers. Les batailles les plus énormes avec des dizaines de millier d’indiens, les traquenards les plus incroyables, les trahisons les plus sombres, les ruses les plus perfides, les dons intéressés d’or, de femmes et d’esclaves à sacrifier et à cuire, les interventions machiavéliques des magiciens, rien n’y fait. Cortez entre, avec sa troupe et ses alliés indiens, dans l’immense capitale de l’empire. Comme celle-ci a son cœur bâtie sur une île, l’empereur va essayer d’en faire une nasse en prétendant sa soumission pour mieux arriver à amollir les chrétiens et les assassiner. Toutefois, la conscience de son infidélité foncière à l’alliance qu’il aurait du suivre et sa culpabilité angoissée, transparaissent bien dans son discours de réception et d’allégeance à l’Empereur du Saint Empire romain germanique, Charles Quint, roi de Castille, dont Cortez se prétend indûment l’envoyé.

 


 

Ainsi parle Montezuma II, selon les paroles rapportées par Cortez lui-même [4] : « Il y a bien longtemps que, par nos livres, nous avons appris de nos ancêtres que ni moi ni aucun de ceux qui habitent cette contrée n’en sommes les naturels ; nous sommes étrangers et nous sommes venus de pays lointains. Nous savons aussi que ce fut un grand chef, dont tous étaient vassaux, qui nous amena dans ce pays (Quetzalcóatl) ; il retourna dans sa patrie d’où il ne revint que longtemps après, et si longtemps qu’il retrouva ceux qu’il avait laissés derrière lui mariés avec les femmes de la contrée et vivant en famille dans les nombreux villages qu’ils avaient fondés. Il voulut les emmener avec lui, mais ils s’y refusèrent et ne voulurent même pas le reconnaître comme seigneur.

« Alors il repartit. Nous avons toujours cru, depuis, que ses descendants reviendraient un jour pour soumettre ce pays et faire de nous ses sujets ; et d’après la partie du monde d’où vous me dites venir, qui est celle où le soleil se lève, et les choses que vous me contez de ce grand seigneur ou roi qui vous a envoyés, nous croyons et tenons pour assuré que c’est lui notre seigneur naturel ; d’autant plus que, depuis longtemps, il est, dites-vous, au courant de nos affaires. Soyez donc certain que nous vous obéirons et que nous vous reconnaîtrons pour maître au lieu et place du grand roi dont vous parlez. "

Montezuma culpabilise de son infidélité à sa filiation royale, celle qui le rattache à la civilisation des Toltèques par la figure du mythique Quetzalcóatl, le serpent à plumes de l’oiseau Quetzal (qualifiant ce qui est divin ou précieux en langue nahuatl), le civilisateur apportant le maïs aux hommes, inventeur des livres et du calendrier et opposé aux sacrifices humains. Infidèle à sa temporalité, Montezuma n’a pu qu’être traître à tous ses alliés du temps, les soumettant pour mieux les démembrer et les assimiler dans son expansion impériale territoriale de plus en plus totalitaire.

Pris en otage par Cortez, Montezuma finit par se déclarer vassal de Charles Quint. Cortez croit, un moment, pouvoir jouer le jeu et garder l’empire en état, avec lui-même comme gouverneur général représentant son empereur européen et récoltant l’or des indiens. Mais la déchirure du rêve mythique se révèle bien vite. 29 juin 1520 : Montezuma est lapidé par la foule. Les espagnols échappent au piège de Mexico, les armes à la main, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520. Cette nuit est surnommée la « nuit triste » (Noche Triste). 400 espagnols et 2000 alliés indiens sont tués, mais Cortez s’échappe de justesse. Ralliant les indiens révoltés, il fait l’assaut de Mexico. Trois mois après, la capitale de l’empire est prise au prix de dizaines de millier de morts dont pas mal seront sacrifiés et dévorés par ses alliés. Les successeurs de Montezuma sont ensuite tués les uns après les autres. L’empire Mexica s’effondre en quelques années malgré une résistance acharnée et des massacres terribles. Les microbes amenés font leurs ravages et 90 % de la population indigène va mourir. Le rachat par le sacrifice dépasse tout ce qui était concevable pour les personnes attachées au mythe du Serpent à plumes. Le christianisme, qui va suivre, restera intensément marqué, y compris en Espagne, de ce génocide inaugural de la conquête par une culpabilité intense, née du nouvel abus de confiance, celui des « métaphysiciens » cette fois-ci.

 


 

> Voir, au sujet de l’écroulement final de cet empire, le récit de la vie de Cortez sur Wikipédia : Hernán Cortés.

 

La gloire de Cortez, devenu à la fin de sa vie Marquis de la Vallée de Oaxaca [5], sera estompée par les immenses trésors ramenés par Francisco Pizarro, autre célèbre conquérant destructeur d’empire, au Pérou cette fois-ci. Ce dernier profitera d’une guerre civile dans l’empire Inca pour tout détruire et mourra lui-même lors d’une guerre civile, entre espagnols cette fois-ci.

 


Popularité :
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[1MONTEZUMA - Michel Graulich, Fayard, Paris, 1994, page 55

[2Ibid

[3Retranscription du patronyme d’origine nahua Motecuhzoma, souvent aussi écrit Moctezuma

[4ibid p. 379

[5Le titre reviendrait aujourd’hui à un lointain descendant de Cortez :
Nicolo ’Aragona Pignatelli Cortes, né à Naples en 1923
Prince du Saint Empire romain germanique,
19e Duc de Terranova,
17e Prince de Noja,
17e Prince de Castelvetrano,
20e Marquis de la Vallée de Oaxaca etc.
La devise en latin de la famille Pignatelli Aragona Cortes vient directement de Cortez : « Iudicium Domini appréhendé eos et courage eius corroboravit brachium meum » (Le jugement du Seigneur sur eux et son courage pour renforcer mon bras).

Le titre de Marquis de la Vallée de Oaxaca, est, toutefois, contesté en Espagne par une autre branche des descendants de Cortez : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marquisat_de_la_vallée_d’Oaxaca

Ci-dessous un billet de banque espagnol de Mil Pesetas à l’effigie de Cortez :

 

 

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