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Enigmes spatio-temporelles

D 13 août 2010     H 11:00     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Introduction


 

L’étude du monde symbolique humain, notamment des articulations socio-langagières et de leur logique, m’ont amené à concevoir la formalisation de l’espace et du temps, chez l’humain, comme un fait symbolique. Il y a, collectivement, construction d’une suite de réductions du désordre. Il y a une lutte commune pour freiner la perte d’information de la réalité entropique et délétère pour l’humain, grâce à la constitution de sociétés et de langues qui rajoutent de l’information là où elle se disperse. C’est une réduction paradoxale de la réalité dissolvante selon diverses manières.

La clinique des phobies, notamment, m’a singulièrement forcé à travailler ces réductions afin de les rendre plus intelligibles, mais aussi la clinique de la vie spirituelle. On trouvera les articles correspondants sur ce site.

Il existe, toutefois, des faits cliniques qui mettent en jeu cette construction de l’espace et du temps et que je suis incapable de comprendre et d’expliquer, sans vouloir ni les banaliser, ni les oublier. Il reste de l’inexplicable. Cela montre combien ce que je considère comme de réelles avancées cliniques, reste bien imparfait. Je vais placer progressivement ces faits dans cet article, en attendant de trouver des pistes valables. Ce ne sont pas les suppositions qui me manquent à leur propos, mais la capacité d’en faire une explication scientifique, même par ce moyen assez faible de l’inférence. Le lecteur pourra toujours faire preuve de sagacité.

 


 Deux bouteilles de bière


 

Marc est, un soir, au lit. Il regarde un film avec sa compagne, dans un doux état de somnolence commune. Tout à coup, il se redresse. Il dit à sa femme qu’il boirait bien une bière, alors qu’il n’en a pas du tout l’habitude. Il lui demande si elle en voudrait une aussi, ce qu’elle acquiesce.

Juste après cela, le film fait une transition brusque par un changement de scène. On voit, en gros plan, une main poser deux bouteilles de bière sur une table. Marc se sent choqué de la coïncidence. Il remet plusieurs fois le film en arrière pour contrôler ce qu’il a bien vu. Il explique sa surprise à sa femme qui lui dit que cela lui arrive souvent. Elle ne voit pas pourquoi il s’étonne. Mais son compagnon, très matérialiste, reste interloqué.

 


 

Je vérifie que, dans le film, il n’y a guère de moyens de prévoir que cette scène des deux bières soit amenée et suggérée par les scènes précédentes. Celles-ci se passent en pleine action de rue. Les deux éléments du couple regardent ce film pour la première fois et n’en connaissent pas l’histoire.

Marc crée une interruption dans la parcours commun du couple qui est tout occupé, alors, à plonger ensemble dans l’univers du film. Comme cela se passe généralement dans les interruptions brusques de parcours communs, la temporalité devient très présente. Cela se remarque dans son redressement vigilant et l’accord à l’amiable qu’il cherche avec sa femme. Mais, il y a plus que du sur-gissement du présent. Il y a « prémonition » de la scène suivante, quelques secondes avant que celle-ci n’arrive. Comment expliquer cela ?

Marc présente, par ailleurs, une phobie des chiens : vertige quand il rencontre inopinément un chien.

 


 Le tableau du restaurant


 

Le même homme me raconte une semblable « prémonition » de sa compagne dans un restaurant, pour justifier ce qu’elle a dit, de vivre cela souvent. Ils dînaient dans un restaurant un peu chic. Le Maître d’hôtel les avait placés seuls, en amoureux, dans une petite salle, un peu à part. Sa compagne commence, à un moment du repas, à s’agiter. Elle veut absolument quitter la table, sans pouvoir vraiment dire pourquoi. Marc essaie de la raisonner, mais rien n’y fait. L’angoisse est trop grande. Il se résout à en faire la demande au serveur qui les aide à déménager dans la salle commune. Ils y continuent leur repas.

Quelques minutes après le déménagement, ils entendent un gros bruit qui vient du petit salon d’où ils venaient. Les serveur se précipite et l’homme va voir aussi. Un gros cadre s’est détaché spontanément du mur et est tombé sur la chaise de sa compagne, là même où elle était placée auparavant. Elle aurait sûrement été blessée. Le patron se déplace pour voir lui aussi. Il ne peut s’empêcher de venir commenter l’affaire à la table de ses singuliers clients qui sont eux, à la limite du fou-rire. Marc me raconte comment l’atmosphère de la suite du repas fut curieuse. Il me dit que les sorciers d’autrefois devaient supporter, comme eux de la part des serveurs, de tels regards superstitieux, faits de craintes et d’attirance à la fois. L’interprétation commune était, visiblement, celle d’une apparition du surnaturel.

 


 

Le déroulement du parcours du repas a donc été mis en cause par sa compagne. Une grande attention anxieuse de sa part en ressort. Là aussi, il y a un retour en arrière pour revenir voir ce qui a pu se passer dans « l’autre scène », à la suite de cela.

Mais, si dans l’affaire des deux bières, c’est une envie qui a été anticipée, dans le cas du tableau, c’est un danger qui a été prévenu. Comment cela est-il possible ?

La compagne de Marc présente, par ailleurs, un certain de gré de claustrophobie. Elle craint les foules et les cabines de téléphérique, où elle a peur d’étouffer en étant comprimée par les voyageurs.

 


 Une expérience de mort imminente ravissante (EMI ou OBE positive)


 

Lylianne, par moment dépressive, raconte son expérience de mort imminente ravissante (EMI ou OBE positive) :

« C’est un soir de février 1982 en Afrique. La vie me semble pénible. Mon mari me délaisse pour des »bistrots". J’ai un fils de 12 ans et demi.

J’avale de nombreux somnifères. Très vite, je commence à me sentir fatiguée. Ma conscience me fait comprendre que mon fils sera seul. Je lui dis d’aller chercher du secours, car j’ai fait une bêtise. Il part chercher les patrons de mon mari qui habitent l’étage du dessus. Il me conduisent à l’hôpital, en m’obligeant à parler. Je m’écoute parler... Je parle comme dans un confessionnal.

A l’Hôpital, en réanimation, je me vois partir à grande vitesse vers un long tunnel. J’arrive dans une clairière. L’herbe est bien verte, fraîche, parsemée de nombreux boutons d’or. J’adore les boutons d’or. Petite, j’en faisais des bouquets. Que je m’y sens bien ! C’est reposant ! Quel beau soleil !

 


 

BRUSQUEMENT, une voix me dit :

  • Ce n’est pas encore le moment.
    A la vitesse de l’éclair, je réintègre mon corps. L’infirmier africain dit :
  • Elle revient !
    Je reprends connaissance. Je me souviens clairement attraper l’infirmier par les oreilles, le secouer en lui disant :
  • Pourquoi m’avez-vous fait revenir ? J’étais si bien là-bas...

Je n’oublierai jamais mon séjour dans la clairière, ni la voix qui m’a renvoyée. C’était comme si une personne parlait avec un haut-parleur. "

> Voir aussi le récit de Marie : Une expérience de mort imminente angoissante (EMI ou OBE négative)

Lylianne présente donc une interruption temporelle de sa vie due à sa tentative de suicide. C’est l’espace, qui, cette fois-ci, devient prépondérant dans cette extension si vertigineuse jusqu’à la clairière, qui évoque le Paradis. C’est plus agréable que le séjour de Marie, planant au-dessus de son corps dans la salle d’opération où elle était morte cliniquement. Il y a persistance incompréhensible de l’espace dans la mort et la rupture de la temporalité personnelle. Ne faisons pas des banalisations neurologiques trop rapides, car nous nous plaçons ici, en ce qui concerne la symbolisation de l’espace-temps, dans une construction collective. Comment cela peut-il se réaliser ? Comment cette réduction paradoxale, cet incroyable moyen de défense contre la suprême dissolution, peut-elle s’effectuer ? L’idée serait de l’intervention d’un psychisme collectif qui continuerait de fonctionner au profit de la personne en détresse, lui assurant de persister un minimum hors du corps, par une projection inouïe. Mais comment arriver à concevoir la faculté de projection à ce point ?

 


 Marc et les attentats du 11 septembre 2001


 


Marc passe la nuit du 10 au 11 septembre 2001 à ne pas dormir. Sa nuit blanche l’étonne et l’exaspère, car cela ne lui arrive jamais. Surtout, il a été préoccupé toute la nuit, en se tournant et se retournant dans son lit, par la pensée de « sauver le monde ».

  • Ça commence à être grave, dit-il à sa femme le lendemain matin. Je commence à me prendre pour le Christ !.

L’après-midi du 11 septembre, un résident de la maison de retraite où il travaille, l’aborde pour lui dire combien c’est terrible, ces avions qui font s’effondrer les tours. C’est le matin à New-York et quatre attentats-suicides islamistes sont perpétrés, dont ceux qui provoquent la destruction des tours jumelles du World Trade Center [1]. Mais Marc ne comprend pas ce qui arrive à ce moment-là. Il répond des banalités sur la performance des effets spéciaux dont sont capables les réalisateurs de films catastrophes.

Ce n’est que le soir, en regardant les informations, qu’il se rend compte de l’énormité de la nouvelle.


A ce sujet, lire l’article : Retour vers le futur - Mis en ligne le 15/11/2010 par Vincent Verschoore


Popularité :
1012 lecteurs au 01/12/2013


[1Wikipédia : Attentats du 11 septembre 2001

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