Vous êtes ici : Accueil » ILLUSTRATIONS CLINIQUES : DOCUMENTS ANCIENS ET CONTEMPORAINS » Illustration clinique : La crise de la révolution industrielle et la (...)

Illustration clinique : La crise de la révolution industrielle et la mondialisation des Droits de l’Homme

D 27 juin 2010     H 07:11     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 

Après la Renaissance, le développement des techniques et de la pensée scientifique en Occident est remarquable. Les inventions du Moyen-âge commencent à être diffusées progressivement, sous l’influence des philosophes des « Lumières ». Mais, c’est bientôt la source d’un effroyable dérapage des « métaphysiciens » et d’une nouvelle crise aigüe entre « métaphysiciens » empiristes et matérialistes pragmatiques. Les libéraux du 18e siècle sont prudemment vertueux, mais certains deviennent de plus en plus souvent abusifs, en voulant faire évoluer trop vite la classe productrice. Cela débouche sur la « révolution industrielle » qui se développe, notamment en Angleterre, dès la fin du 18e et au début du 19e siècle. La révolte des matérialistes producteurs est inéluctable. Elle commence par la destruction des nouveaux outils de travail qui se répandent alors.

 


 1) La casse des machines et la prolétarisation des ouvriers :


 

Des destructions de machines à ruban ont lieu en Angleterre dès 1675. Le métier à tisser mécanique, inventé en 1785 par Cartwright après son invention des filatures de coton mécaniques, met à mal les nombreuses professions artisanales, qui assurent la production des tissus. Le développement excessif de la métallurgie industrielle a lieu également. En quelques décennies, des centaines de milliers d’artisans anglais sont obligés de devenir ouvriers. Ils tombent souvent dans la misère la plus noire, avec des conditions de travail proches de l’esclavage. Parallèlement, des millions d’esclaves africains sont importés en masse, en Amérique du Nord, pour produire le coton comme matière première. Le blocus continental de Napoléon accentue la crise. De mauvaises récoltes menacent le peuple anglais de famine. De grandes émeutes se font jour en 1811. De manifestations réprimées en casses de machine, c’est la révolte des luddistes, qui signent leurs actions armées et casquées du nom d’un capitaine imaginaire, John ou Ned Ludd. Le gouvernement anglais, en plein libéralisme, se sent menacé et réprime durement. Il vote la peine de mort pour les émeutiers en 1812 et envoie la troupe. « On estime qu’à une certaine période, l’Angleterre (a) mobilisé plus d’hommes pour combattre les luddistes que pour combattre Napoléon au Portugal. » [1]. La pendaison pour bris de machines est instaurée. Mais, les artisans disparaissent inéluctablement, en devenant ouvriers d’usine ou chômeurs, et perdent la force de se révolter. La misère s’étend encore plus lors de la Guerre de Sécession américaine, qui prive les usines capitalistes anglaises des matières premières et aggrave la condition servile des ouvriers. Le gouvernement anglais va jusqu’à interdire aux ouvriers le droit d’émigrer comme pour les colons romains de l’Empire. Il suscite une industrie cotonnière de remplacement en Chine, en Egypte et aux Indes, en empiétant sur la culture locale du riz. Cela détraque aussi les équilibres des pays colonisés. Plus d’un million d’hommes meurent ainsi de faim au Bengale en 1866...

Parallèlement aux crises anglaises, des révoltes ont lieu lors de la Révolution française, révolution de « métaphysiciens modernistes » qui répriment sans pitié la contestation. Les premières pendaisons pour émeute ont lieu en 1789, après des bris de métiers automatiques. Les émeutes à Vienne, puis à Lyon, montrent le même mouvement de révolte en France, toujours présent en 1819. Les artisans de la soie brisent les nouvelles machines à tisser, inventées par Jacquard. C’est la célèbre révolte des « canuts ». Les émeutes et les bris de machines gagnent toute l’Europe et concernent tous les métiers, à la campagne comme en ville. Dès 1844, les révoltes de la faim des tisserands de Silésie et de Bohême annoncent la vague des soulèvements révolutionnaires européens de 1848. De nombreuses pétitions parlent toujours de restreindre la diffusion des machines, notamment des machines à vapeur et des chemins de fer, qui conduisent les peuples au chômage, à la famine et à une forme d’esclavage.

 


 

Ainsi, en s’étendant à l’Europe, la révolution industrielle détruit l’organisation du travail des producteurs, en ville comme à la campagne, au nom du progrès techno-scientifique. Les petits producteurs traditionnels tentent bien de se révolter, en se fermant aux intrusions de la classe métaphysique, devenue la bourgeoisie capitaliste, mais la classe sociale des producteurs se prolétarise irrémédiablement, en devenant salariée et en perdant ses moyens autonomes de production. Des soubresauts périodiques de refus de la techno-science restent toutefois observables par la suite. Les mouvements néo-luddistes actuels, faucheurs de cultures d’OGM et écologistes partisans de la décroissance et du terroir, en sont toujours les résurgences. Le réchauffement du climat sert de base à la contestation contemporaine, culpabilisant les « métaphysiciens » qui se prétendraient défenseurs des Droits de l’Homme.

> Voir à ce sujet l’article : Changeons le Système ! Pas le Climat ! - Déclaration des peuples au Klimaforum09 - Copenhague 21 décembre 2009

> Journal Le Monde du 15/08/10 : « Pour la deuxième fois en moins d’un an, l’essai de vigne transgénique conduit par l’Institut national de la recherche agronomique sur son centre de Colmar (Haut-Rhin) a été détruit. Alors qu’il n’y a plus en France de culture ou d’essais en champ de maïs OGM, longtemps une cible estivale des »faucheurs volontaires« , une soixantaine d’entre eux ont saccagé, dimanche 15 août, des pieds d’une vigne porteuse d’un transgène destiné à la protéger du virus du court-noué, transmis par un vers du sol. Le 7 septembre 2009, c’est un militant agissant seul qui avait sectionné ces 70 pieds de vigne. »

> Journal Le Monde du 17/01/11 : « La cour d’appel de Colmar a sérieusement alourdi, lundi 17 janvier, la peine prononcée contre Pierre Azelvandre, un militant anti-OGM qui avait coupé 70 plants de vigne transgénique à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) en septembre 2009. En première instance, il n’avait écopé que de 2 000 euros d’amende et un euro symbolique de dommages-intérêts. Lundi, il a été condamné à un mois de prison avec sursis, 2 000 euros d’amende, et il devra verser à l’INRA de Colmar 50 015,77 euros de dommages-intérêts... Les vignes transgéniques sectionnées par M. Azelvandre avaient pu être récupérées grâce à des greffes. Mais 62 faucheurs anti-OGM ont de nouveau tout arraché le 15 août 2010. L’INRA n’a pas encore pris de décision quant à une éventuelle reprise de cette expérience qui portait sur le court-noué, une maladie de la vigne. »

De nombreux scientifiques s’insurgent toutefois contre la culpabilisation des néo-luddistes pour essayer de minorer les impacts de la techno-science et maintenir la foi en la « Science ». Voir sur Wikipédia : Controverses sur le réchauffement climatique

L’Académie des sciences française prend position à ce sujet dans un rapport d’octobre 2010 : « Le changement climatique »

 


 


 2) La crise morale de la classe techno-scientiste :


 

Dès les débuts de la révolution industrielle, des sociétés de secours mutuels sont créées sous l’influence de catholiques « métaphysiciens » et de moralistes descendants des Lumières, culpabilisés et catastrophés de l’évolution des choses. Elles remplacent, en France, les rassemblements ouvriers et paysans, interdits depuis la révolution bourgeoise, sous prétexte de détruire les corporations et pour faciliter la libre entreprise. Les mutuelles ouvrières sont illégales, mais pas les patronages religieux. Ces sociétés de secours seront la source d’une pensée « socialiste » réformiste, qui veut atténuer les misères des producteurs par un renouvellement de la morale, celle des Droits de l’Homme. L’esclavage est supprimé en Angleterre en 1833 mais, en France, il ne l’est définitivement qu’en 1848. C’est en 1864, enfin, que le délit de « coalition ouvrière » est abrogé en France et que le droit de grève commence à être reconnu. En 1884, la constitution de syndicats devient légale. Progressivement, les Droits de l’Homme vont devenir la référence morale en Occident.

La culpabilité métaphysicienne fait surtout évoluer la classe techno-scientiste des capitalistes empiriques après la Guerre de Sécession, sous l’influence des progrès démocratiques aux USA.

 


 

Du côté métaphysicien, la crise symptomatique de conscience se cristallise dans la Guerre de Sécession aux Etats Unis d’Amérique. Celle-ci débute en 1861, après l’élection de Lincoln, partisan de l’abolition de l’esclavage. Sept états font sécession aussitôt, sans attendre l’abolition légale effective, mais ratent leur projet d’assassinat de Lincoln. Cette guerre, qui dure quatre ans, marque le conflit entre deux partis de la classe des « métaphysiciens », ceux du Nord culpabilisants et ceux du Sud crispés sur leurs abus de classe. Son aboutissement heureux, a des répercussions très importantes, bien au-delà des frontières des USA. C’est le parti de la démocratie et d’une techno-science maîtrisant son développement, qui gagne.

Déjà auparavant, les révoltes ouvrières n’existent pas dans la partie industrielle du Nord de l’Union, au contraire de l’Europe. Le Nord est plus protectionniste, avec des droits de douane élevés, tourné vers un marché intérieur et assez égalitaire. Mais, il y a le problème de l’esclavage des états cotonniers du Sud, dont l’élite est libre-échangiste et tournée vers l’exportation. Ce problème de l’esclavage empêche la ratification d’une constitution de l’Union, après la guerre d’indépendance. L’opposition des deux parties ne fait que s’accroître et, en 1861, onze états bourgeois et esclavagistes du Sud font sécession des États-Unis pour former les États confédérés d’Amérique [2]. La guerre est inévitable. En septembre 1862, la proclamation d’émancipation de Lincoln fait, de la fin de l’esclavage, un but de cette guerre.

Le développement des chemins de fer est une cause importante de la supériorité du Nord, dans ce qui devient une guerre totale, préfigurant les guerres mondiales du 20e siècle. La prise du port de La Nouvelle-Orléans en 1862 est un tournant important, empêchant l’exportation du coton par le Sud. Pris dans une spirale hyper-inflationniste, les Confédérés ne s’écroulent qu’en 1865. Le conflit fait plus d’un million de victimes, dont Abraham Lincoln, assassiné cinq jours après la signature de la paix. L’économie du Sud, ruinée, retourne un temps à un système de troc, tandis que l’industrialisation du Nord progresse et que les USA deviennent la principale puissance économique du monde.

 


 3) La constitution de partis ouvriers révolutionnaires et de mouvements totalitaires


 


 

Du côté de la classe matérialiste, l’organisation de la révolte violente anti-bourgeoise se cristallise dans une révolution « prolétarienne » de plus en plus hégélo-marxiste. Elle aboutit, spectaculairement, à la destruction de l’Empire russe en 1917. La dynamique léninino-stalinienne crée un nouvel empire matérialiste, l’URSS. La révolution gagne aussi l’Asie, avec Mao Zedong. Celui-ci crée un nouvel empire chinois, en annexant de force les zones vassales voisines comme le Tibet et en se propageant à l’Indochine. Marx commet une erreur d’appréciation effroyable par ses conséquences, en déclarant la lutte à mort irrémédiable entre prolétariat et bourgeoisie. Il étend, avec ses disciples, la lecture de la lutte implacable des classes à toute l’histoire de l’humanité, au lieu de tenir compte des régulations religieuses des échanges et des crises résultant des abus. Les morts, par exterminations, se comptent en dizaines de millions. Pour ce mouvement révolutionnaire, les « métaphysiciens » doivent périr dans un communisme final, une fois terminé le travail d’éradication de la bourgeoisie capitaliste par le dernier carré vertueux des militants communistes. Mais, en même temps, la volonté du mouvement hégélo-marxiste de créer une prothèse métaphysicienne provisoire, sous la forme d’un parti communiste et d’une élite instruite, introduit une contradiction interne impossible à soutenir. L’utopie serait que cette élite soit capable d’assimiler la techno-science, utile à la conquête du pouvoir, sans cesser d’appartenir à la classe ouvrière, qu’elle soutienne un « socialisme scientifique » de reconquête du pouvoir.

L’URSS finit par éclater en 1991, plus sous la pression de ses « métaphysiciens » internes que par influence extérieure. Le rôle culpabilisant d’Alexandre Soljenitsyne est encore dans toutes les mémoires. Par contre, la Chine, autre grande construction « prolétarienne », se transforme rapidement pour survivre en état totalitaire, du temps même de Mao. Elle essaie de réussir avec les recettes qui ont pourtant échoué, auparavant, en Europe occidentale. Son évolution n’est pas terminée, ni celle des états communistes indochinois, car une nouvelle classe métaphysicienne, néo-confuséenne, n’arrive toujours pas à y reprendre pied [3]. Son sens de la vertu est plutôt détourné aujourd’hui par les impérialistes anti-occidentaux qui veulent que la Chine prenne sa revanche sur la domination occidentale.

Les mouvements marxistes révolutionnaires échouent, entre-temps, en Europe occidentale. Cette partie de l’Europe connaît, elle, le surgissement du totalitarisme national-socialiste et du fascisme autoritaire, mouvements fondamentalement anti-bourgeois eux-aussi. Pour Hitler, identifiant le capitalisme aux banquiers juifs afin de sortir de l’hyper-inflation en cours, la lutte devient une lutte ethnique qui doit délivrer l’Allemagne des exploiteurs, par la force et l’extermination des « métaphysiciens ». Les buts en sont de régénérer la classe des producteurs, par l’extension d’un nouvel empire matérialiste basé sur un noyau germanique fanatisé, continuateur de l’expansion prussienne et dirigé par un leader paranoïaque.

Pour les fascistes, héritiers de la droite révolutionnaire française et de la victoire des italiens de Mussolini, il s’agit de revenir aux corporations et à un état fort de type militaire, muselant les capitalistes par la peur et tuant les « traîtres », soumettant la religion à des fins dictatoriales et utilitaires par une sorte de césaro-papisme renouvelé. Dans le fascisme, le contrôle économique doit spécialement s’effectuer dans les secteurs financiers et la production des matières premières, mettant entièrement l’économie au service de l’État. L’intervention des capitalistes démocrates des Etats Unis d’Amérique, lors des deux énormes Guerres mondiales du 20e siècle, permet un échec de ces mouvements totalitaires en Europe occidentale. Mais, les résurgences des dictatures fascistes restent périodiques en Amérique du Sud. Ce mouvement a aussi envahi, aujourd’hui, considérablement, le monde issu de la décolonisation européenne, ainsi que le monde islamique et chinois. L’islamisme radical en est un exemple certain, à comprendre comme un mouvement révolutionnaire totalitaire, utilisant la religion selon les méthodes fascistes et dérivant vers une violence paranoïaque inconsidérée. L’incertitude reste donc sur son évolution probable, avec le déclin moral actuel des USA, qui ne sont plus en mesure de contrôler les abus inouïs de la finance internationale et de rembourser leur dette publique.

Au cours des deux derniers siècles, les famines ont tué plus que toutes les guerres. Les aléas du climat ont pu déclencher ou aggraver certaines d’entre elles, mais les causes en sont, avant-tout, humaines.

Nous assistons actuellement à une nouvelle et grave prolétarisation d’une bonne partie du monde, même dans les pays « développés » où les classes moyennes, après quelques décennies d’émergence correctrice, tendent à rebasculer vers une prolétarisation irrémédiable. Le milliard d’humains souffrant de faim est dépassé en 2008 et ce chiffre n’est pas du tout en réduction depuis [4]. Aujourd’hui, les deux-tiers de l’humanité n’ont pas de droit de propriété, base essentielle des Droits de l’Homme. De nouvelles et graves révoltes sont certainement devant nous.

> Voir à ce propos l’article : Les États-Unis et les Nations unies prônent la coopération dans la lutte contre la faim - où l’on s’efforce de minorer l’extension de la faim dans le monde.

> Lire à ce propos : « Le droit de propriété, moyen pour sortir de la pauvreté et de la guerre » - un article où peuvent s’affronter les idéologies.

> Sur les dérives paranoïaques des révolutions, lire l’article : « La perversion-psychose dans le registre social du psychisme : passages à l’acte agressifs paranoïaques, attentats, massacres, génocides, guerres totales, “suicides” collectifs... »

> Le « localisme » est une des propositions d’une solution nouvelle qui refonderait une alliance effective et morale entre identitaires et « métaphysiciens ». Voir sur Wikipédia : Localisme


[1Voir l’article : « Luddisme » sur Wikipédia 

[2Il s’agit de la Caroline du Sud, du Mississippi, de la Floride, de l’Alabama, de la Géorgie, de la Louisiane, du Texas, de la Virginie, de l’Arkansas, du Tennessee et de la Caroline du Nord.

[3Voir l’article de M. Joël Thoraval, « Sur la transformation de la pensée néo-confucéenne en discours philosophique moderne. Réflexions sur quelques apories du néo-confucianisme contemporain ». Extrême-Orient, Extrême Occident 2005, 27, p. 91-119. Texte intégral de l’article disponible sur Persée

[4Mai 2010 : « Le nombre de personnes en proie à la faim augmente toujours alors que le monde en développement continue de souffrir des conséquences croisées des crises internationales financière et alimentaire », a déclaré Mme Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondiale (PAM), lors d’une récente conférence de presse à Washington.

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Rechercher

Rubriques

 

Dernières brèves