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Document clinique : Les 12 articles des revendications paysannes de la révolution de 1525 (guerre des paysans)

D 27 juin 2010     H 06:19     A     C 0 messages


> Ce texte est une illustration de l’article : La vie spirituelle : IV - Clinique de la vie religieuse - 1 ) Tricheries morales des « physiciens » sur la monnaie : de la pénurie au totalitarisme

La Guerre des paysans a lieu dans les régions rhénanes et en Thuringe au début du 16e siècle. Elle aboutit à une série de massacre des insurgés. Près de Saverne, en Alsace, le duc de Lorraine fait assassiner 22 000 paysans d’un coup, le 17 mai 1525, dans une atmosphère d’Apocalypse et près de 10 000 autres, le 20 mai, à Scherwiller près de Sélestat. La cavalerie autrichienne n’est pas en reste plus au Sud. Les derniers insurgés sont vaincus en novembre, près de Belfort. En Thuringe, la révolte, dirigée par le réformateur Thomas Münzer, est aussi anéantie. « On estime généralement qu’environ 300 000 paysans se révoltèrent, et que 100 000 furent tués » (Wikipédia [1] )

Le programme des revendications paysannes, connu sous le nom des « douze articles », fédère les diverses sections paysannes. Il est écrit par M. Wendelin Hippler et publié le 1er mars 1525 à Memmingen, dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. Il est traduit par M. Charles Serfass dans son ouvrage : « La tourmente 1525 » [2], qui raconte par le menu cette guerre, les mouvements précurseurs, les conséquences de l’échec de cette révolution, l’articulation avec la Réforme religieuse en cours. Je le remercie d’accepter de publier ici cette traduction.

A Saverne, aucune plaque commémorative ne rappelle le souvenir du massacre des paysans. Il est vrai que les horreurs de la Guerre de trente ans qui va suivre, estompent dans la mémoire collective ce qui s’est passé alors. Toutefois, une grande méfiance reste en Alsace envers les lorrains, qui ne s’explique guère autrement...

 


 

LES DOUZE ARTICLES

 

 Article 1

Chaque communauté doit pouvoir choisir elle-même son pasteur. Elle doit pouvoir le destituer, s’il se conduit indignement. Ce guide élu doit prêcher l’Evangile dans toute sa pureté, sans y ajouter aucun point de doctrine ni d’obligation, de sa propre initiative.

Seule l’annonce de la vraie foi, nous conduit à la grâce de Dieu. L’Ecriture dit clairement que nous ne pouvons y arriver que par sa miséricorde seule qui nous rendra bienheureux. Un tel guide nous est nécessaire et notre requête est fondée sur l’Ecriture.

 

 Article 2

Nous sommes disposés à fournir la vraie dîme des céréales qui a été établie par l’Ancien Testament [3]. Elle est due au pasteur qui prêche la parole de Dieu dans sa pureté et ne doit être recueillie que par un serviteur de l’Eglise choisi par la communauté. Qu’il soit donné au pasteur ce que celle-ci estime nécessaire à son entretien ainsi qu’à celui de sa famille. Une partie du surplus devra être équitablement distribué aux nécessiteux du village comme le dit la sainte Ecriture. Le reste devra être mis en réserve pour pourvoir aux besoins du pays en cas de guerre.

Les acquéreurs de dîmes, vendues par nécessité, seront remboursés équitablement dans des délais convenables. Ceux dont les ancêtres se sont appropriés la dîme par la force ne seront pas remboursés.

Quant à la petite dîme inventée par les hommes, nous ne voulons pas la donner du tout, ni aux ecclésiastiques, ni aux laïcs car Dieu a créé le bétail pour l’homme sans poser de conditions.

 

 Article 3

Il est lamentable que nous soyons considérés comme des serfs [4] vu que le Christ en donnant son sang, nous a tous sauvé et racheté, sans exception, du plus humble au plus grand. Nous voulons être absolument libres, comme nous l’apprend l’Ecriture. Nous devons cependant obéir de bon cœur à toute autorité élue, ou instituée par Dieu en tout ce qu’elle ordonne de convenable et de chrétien. Vous nous affranchirez certainement en votre qualité de vrais et d’authentiques chrétiens ou vous nous montrerez dans l’Evangile que nous sommes serfs.

 

 Article 4

On défend aux pauvres de prendre du gibier, des oiseaux ou des poissons dans les eaux vives. Nous estimons cela inconvenant et anti-fraternel, très égoïste et contraire à la parole de Dieu. En plus l’autorité nous oblige à supporter le grand dommage que nous cause le gibier. Ces animaux privés de raison dévorent et détruisent capricieusement nos récoltes que Dieu a fait pousser pour notre service. Par notre silence, il nous faut accepter ces contraintes qui sont contraires à la volonté divine et à l’intérêt du prochain. Quand Dieu créa l’homme, il lui a donné le pouvoir sur tous les animaux, sur les oiseaux de l’air et sur les poissons de l’eau. C’est pourquoi nous demandons que celui qui détient une étendue d’eau, prouve par des titres suffisants, qu’elle a été achetée au su des paysans. Si tel devait être le cas, nous ne demanderons pas sa restitution mais il doit en user fraternellement dans un esprit communautaire chrétien. Mais celui qui ne sait pas justifier suffisamment son acquisition, est tenu de restituer ses prétendus droits à la communauté.

 

 Article 5

Nous sommes opprimés quant au bois. Nos seigneurs se sont appropriés toutes les forêts. Quand le pauvre homme a besoin de bois, il faut qu’il l’achète au double de sa valeur.

Les forêts détenues par les ecclésiastiques ou par des laïcs et dont le titre de propriété ne résulte pas d’un achat, doivent retourner à l’ensemble de la communauté. Celle-ci laissera chacun de ses membres chercher gratuitement le bois de chauffage qui lui est nécessaire. Il en sera de même pour les bois de construction. Celui-ci doit également être disponible gratuitement, après information d’un responsable désigné par la communauté.

Si une forêt n’a pas été achetée honnêtement, on devra s’arranger avec le détenteur dans un esprit de fraternité chrétienne.

Lorsqu’il s’agit d’un bien d’abord accaparé et vendu à un tiers par la suite, il faudra trouver un arrangement conforme à la situation et inspiré par l’amour fraternel et par l’Ecriture sainte.

 

 Article 6

Nous sommes durement chargés de corvées qui augmentent de jour en jour [5]. Nous demandons que l’on s’applique à comprendre objectivement notre situation. Qu’on s’abstienne de nous charger si durement et que l’on se tienne à ce que l’on exigeait de nos parents. Tout doit se réaliser en conformité avec la parole de Dieu.

 

 Article 7

Nous ne voulons pas qu’à l’avenir les seigneurs nous imposent de nouvelles charges. On se tiendra aux conditions de location convenues entre le seigneur et le paysan. Le seigneur ne doit pas le contraindre à de nouvelles astreintes non rétribuées. Le paysan doit pouvoir user et jouir du bien loué, sans tracas et en toute tranquillité. Mais si le seigneur avait besoin d’un service, il sera du devoir du paysan de lui rendre volontiers et docilement, à condition que le moment choisi, ne le désavantage pas. Le service rendu doit alors être rétribué convenablement.

 

 Article 8

Nous nous plaignons du fait que ceux qui cultivent les terres louées, soient incapables de supporter les redevances exigées. Les paysans y perdent leur bien et se ruinent. Que les seigneurs fassent réexaminer les conditions de location des terres, par des gens objectifs et que la redevance soit établie équitablement. Le paysan ne doit pas travailler pour rien car chaque journalier mérite son salaire.

 

 Article 9

Nous nous plaignons au sujet des amendes, vu que l’on édicte sans cesse de nouvelles dispositions d’application. On ne nous punit pas d’après la nature des faits. Tantôt on applique une sévérité excessive tantôt on prodigue une grande faveur. Notre avis est que l’on punisse d’après les paragraphes concernés et non selon le bon vouloir des juges.

 

 Article 10

Nous nous plaignons de ce que plusieurs ont accaparé des prés ou des terres labourables qui appartiennent à la communauté. Nous remettrons ces terres à la disposition de tous, à moins qu’on ne les ait achetées honnêtement. Mais s’il s’agit de biens mal acquis, on devra s’entendre à l’amiable et fraternellement selon les données objectives.

 

 Article 11

Nous voulons que soit complètement aboli l’usage de payer une redevance en cas de décès. Jamais nous ne tolérerons ni n’admettrons que l’on dépouille honteusement les veuves et les orphelins, de ce qu’ils possèdent. Cette procédure est contraire aux lois de Dieu et de l’honneur. Cela est arrivé sous des formes multiples, en de nombreux lieux, de la part de ceux qui devraient les assister et les protéger. Ils nous ont écorchés et étrillés. Si même on leur concédait un droit restreint dans ce domaine, ils se sont arrogé ce droit dans toute son ampleur. Dieu ne tolérera plus cet excès qui doit être complètement supprimé. Personne ne sera plus obligé de donner quoi que ce soit en cas de décès.

 

 Article 12

Voici notre conclusion et notre avis final : Si un ou plusieurs articles ici proposés n’étaient pas conformes à la parole de Dieu, (ce que nous ne pensons pas) et si on nous expliquait par l’Ecriture, qu’ils sont contraires à la parole de Dieu, nous y renoncerions. Si on admettait maintenant plusieurs articles et que l’on trouvât par la suite qu’ils fussent iniques, ils devraient être considérés aussitôt sans valeur et déclarés nuls et non avenus. De même, si on découvrait dans l’Ecriture encore d’autres articles qui feraient apparaître des choses contraires à Dieu et nuisibles au prochain, nous voulons nous le réserver. Nous voulons nous exercer dans toute la doctrine chrétienne et l’appliquer. Nous prions Dieu le Seigneur de nous accorder ce que lui seul peut nous accorder. Que la paix du Christ soit avec nous tous.

 

Le duc de Lorraine :

 


Le duc de Lorraine

 


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[1Wikipédia : Guerre des Paysans allemands 

[2« La tourmente 1525 - La Réforme et la Guerre des paysans - Incidences en Alsace bossue », par Charles Serfass, Editions Scheuer, Drulingen, 2007 

[3Dîme : impôt pour l’entretien du clergé

[4Wikipédia : le serf n’appartient pas à son seigneur, mais à la terre, ou encore au fief, la contrepartie étant qu’il ne peut être chassé de cette terre, puisqu’il ne fait qu’un avec elle

[5Wikipédia : La corvée (du latin corrogare, « demander ») est un travail non rémunéré imposé par un seigneur/maître à ses dépendants, qu’ils soient de statut libre ou non.

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