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La vie spirituelle : III - Pourquoi des esprits et des dieux dans les religions humaines

La double façon de constituer le symbolique

D 2 novembre 2009     H 05:12     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 


 Pourquoi des esprits et des dieux dans les religions humaines ?


 

Pourquoi y a t-il des esprits et des dieux dans les religions humaines ? Pourquoi des humains se disent-ils en relation et en affaire avec des êtres immatériels, dont l’existence même peut sembler problématique ? Je ne prétends pas résoudre tout le problème, mais je vais poser des jalons pour la réflexion commune.

Je pars de ma recherche clinique sur la religion qui commence à se stabiliser au fil du temps. La religion y est comprise comme une des composantes de la vie spirituelle, définie elle-même comme érotisation du monde symbolique humain. Avec la vie mystique, la religion est la deuxième manière de réaliser le grand équilibre jubilatoire de cette vie spirituelle. Elle permet, en pratique, aux groupes humains concernés, d’enchanter un peu plus le monde, d’en augmenter collectivement la jouissance. Elle est une activité humaine intéressante, toujours en renouvellement et en recréation. Mais, ses ratages peuvent être particulièrement calamiteux, comme l’histoire de l’humanité nous le montre si cruellement.

 


 Définition de la religion


 

Je dois, d’abord, mieux préciser ce que j’entends par « religion ». La religion est un fait social qui associe le monde symbolique de l’homme à son monde libidinal. On peut trouver des caractéristiques propres à la vie religieuse dans tous les groupes humains, mais il faut savoir les reconnaître. Ces caractéristiques seront celles du plus petit dénominateur commun de ce qu’on peut appeler religion, en général. Cela ne se résumera pas à ce que l’on peut apeller religion chez nous, de façon beaucoup trop restreinte.

Abordons l’espace de la religion d’une façon plus étendue, notamment à propos de son volet matérialiste. Une religion peut, en effet, être « matérialiste » ou « spiritualiste ». Oublier un des côtés ne permet pas d’en comprendre la logique de constitution.

Les traits typiques des religions se regrouperont autour d’une oscillation analogue du psychisme, à la fois dans le registre symbolique et à la fois dans le registre sexué. Cette oscillation résulte d’une réverbération entre deux pôles :
1/ Le premier pôle permet que se créent des échanges entre groupes sociaux différents, comme les amants échangent entre eux des éléments dans une relation sexuelle.
2/ Ces échanges seront, sans cesse, sous le contrôle du deuxième pôle. Celui-ci est le pôle des lois morales sociales, comme les relations sexuelles sont sous le contrôle de l’idéal d’amour des amants et de leur morale.

 


 

Notons que les échanges entre groupes humains différents se distinguent des partages intérieurs à chaque groupe. Les partages redistribuent, à chacune des composantes du groupe, les productions collectives. Les échanges entre groupes différents ne sont pas des partages. Ils permettent, à chacun, d’acquérir des éléments non-produits par lui-même, contre le don d’éléments surabondants chez l’autre. Ce que chaque groupe donne à l’autre dans les échanges, ce sont les éléments qui l’encombrent de son côté. C’est une action collective de la pulsion anale. Cela permet, à chaque groupe, d’expulser ses propres productions non-nécessaires pour les faire disparaître dans l’autre. Il reçoit, en échange, des éléments symboliques non-produits par lui-même. Chacun se soulage grâce à l’autre, mais y gagne par la même occasion.

C’est la base de l’économie de marché, dirait-on aujourd’hui, si l’on n’y oubliait volontiers l’effet de « soulagement » des trop-pleins que les échanges réalisent pour ne souligner que ce que chacun y gagne [1]. C’est comme dans la relation sexuelle où chacun se soulage de sa tension interne grâce à l’autre, dans une même idéalisation amoureuse. Chacun y gagne aussi le don amoureux de l’autre.

 


 La double façon de constituer le symbolique


 

Commençons par étudier le premier registre psychique utilisé, celui du symbolique. C’est le registre socio-langagier. Il organise les sociétés humaines et leurs langages. Le registre symbolique pose un problème particulier, qui est celui du bout par lequel les humains d’un groupe constitué appréhendent l’entropie du réel. Cette entropie, c’est la dégradation inéluctable des liens sociaux des humains plongés dans la réalité ambiante.

La réalité dissout les groupes humains selon deux manières :
1/ Le premier bout en question S2 est de prendre en compte la réduction entropique causée par l’existence du VIDE qui s’étend à l’infini. L’infinité du vide provoque une dissolution des éléments sociaux qui se dispersent à l’infini. [2]
2/ L’autre bout en question S2 est de voir la réduction causée par l’existence du TEMPS qui passe. La pression incessante du temps pur fait tout oublier des relations simples entre les éléments d’un groupe, en les compliquant sans cesse.

L’extension infinie du vide comme la pression incessante du temps sont entropiques, en ce sens qu’elles empêchent et démolissent sans cesse la constitution de groupes sociaux cohérents et permanents.

 

1) Vide unitaire / espace vide/ espace volumique :

 

Si l’humain prend en compte le vide et son extension infinie, dissolutoire, il va s’efforcer de réduire cette entropie de façon défensive. Il va, pour cela, commencer par le transformer en VIDE UNITAIRE, celui du groupe et pas celui de chacun. L’identification au vide du chef permet une première réduction de ce vide. Une seconde réduction sera de ralentir temporellement son déploiement en le pensant, en le considérant dans une vitesse de déploiement. Prendre le temps en considération lui sert à créer un espace de déploiement qui est une réduction de la matérialité entropique du vide infini. L’humain va pouvoir mesurer cet espace. Le vide unitaire, d’infini, devient un ESPACE VIDE. L’humain va y réfléchir, le concevoir de façon réflexive, ce qui est une forme de dématérialisation. La mesure crée l’espace humain.

Les groupes humains se constituent, alors, comme se déployant dans des espaces successifs, dans un « espace-temps » qui est un ESPACE VOLUMIQUE, autre forme de réduction. Ils créent, ensemble, un parcours sur un même territoire fait de volumes successifs où ils résident. La famille, le clan, le peuple... sont des formations en mouvement dans un espace volumique. Leur société est unie parce qu’elle est composée de membres effectuant un même circuit où habiter.

Par contre, ce qui semble échapper complètement au déploiement inéluctable de l’espace, reste le SACRE comme lieu d’involution du vide. Le sacré se distingue en étant non parcourable, retranché de l’espace habitable comme mystère insondable. Il ne concerne pas directement la religion, mais la mystique.

 


 

Si l’on considère le vide infini comme le comble de la matérialité (hors du temps), l’espace-temps reste du « matériel » qui se volumise progressivement à cause du temps et qui perd de sa matérialité infinie. L’espace-temps se dématérialise progressivement dans des volumes et des parcours ralentis, mais sans arriver à « l’immatériel » complètement. Cette évolution vers l’immatériel est une dérive vers l’immatériel par réductions successives.

 

2) Temps unitaire / temps dimensionnel / temps chronologique :

 

Mais, l’humain peut d’abord prendre en compte le temps et sa flèche dégradant tout, inéluctablement. Le temps fait oublier tous les liens entre humains. L’usure est totale en un instant. La première réduction anti-dissolution est celle de l’identification de chacun au TEMPS UNIQUE du chef social. Cela évite que chacun se trouve dispersé dans son temps propre. L’humain peut le réduire ensuite, de façon toujours défensive, en ralentissant son déroulement par le déploiement de l’espace du PRESENT. Le temps pur, immobile, a-dimensionnel, devient TEMPS DIMENSIONNEL. Il acquiert des dimensions. Cette spatialisation réflexive du temps va permettre une mesure du temps, avec un passé et un futur et, surtout, un présent à leurs intersections spatiales. Cela borne le déroulement entropique implacable du temps qui passe. L’humain va pouvoir se situer à l’actuel, au maintenant (qu’on peut tenir en main) qui est différent de l’instant immédiat et usant.

Les groupes humains se constituent aussi, autre réduction possible, comme pris dans le « temporo-spatial », par la succession chronologique des générations, une génération après l’autre. Ils ont le repère de la génération présente, vis à vis des autres générations, dans une progression linéaire. Le TEMPS CHRONOLOGIQUE permet de tenir compte des liens de parenté avec les membres issus des ancêtres communs et avec les descendants de chacun. Cela permet de construire des généalogies solidaires. La famille, le clan, le peuple... sont une information qui s’incarne dans la succession des présents. La société est celle de ceux qui descendent ensemble le temps, qui suivent une même ligne temporelle qui les regroupe dans le présent.

Par contre, le SACRE est ce qui semble échapper radicalement à la pression du temps. C’est ce qui garde le mystère d’un goût d’éternité inhumaine. Ce sacré du hors-temps ne concerne toujours pas plus la religion, mais la vibration mystique.

 


 

Si l’on considère la pression infinie du temps comme le comble de l’immatériel dissolutoire, le temporo-spatial reste donc de « l’immatériel » qui se matérialise progressivement à cause de l’intervention de l’espace. Le temps perd de son immatérialité infinie et se matérialise progressivement en ralentissant dans les moments et les instants, sans arriver complètement à la matérialisation. Son « maintien » reste relatif !

 


 Le symbole S1 « RELIE » le spatio-temporel et le temporo-spatial


 

In fine, « espace-temps » et « temporo-spatial » sont censés être confondus dans la construction du registre symbolique, donnant une définition mixte, syncrétiste, de la société ; celle-ci inclut ceux qui marchent ensemble le même parcours, de génération en génération, entre parents. Un SYMBOLE va servir à marquer cela, index de la double origine réunie. C’est un symbole qui « conjoint » les deux natures du groupe social. Dans tout objet symbolique, dans tout totem, dans tout mythe, dans toute confession de foi, dans toute pièce de monnaie, on pourra chercher la jointure de ces deux sources symboliques. Le symbole est donc une unité qui n’a de sens que par ses parties inclusives [3].

Cette double origine de la symbolisation va toutefois laisser des traces inégales qui pourront être investies pour créer un champ d’échanges possibles entre sociétés différentes, selon l’approche préférentielle qu’elles auront suivies chacune (selon qu’elles soient d’abord plutôt matérielles, ou qu’elles soient d’abord plutôt immatérielles). Ces échanges sont importants pour leur permettre d’échapper, soit à la rivalité mimétique de sociétés trop semblables, condamnées à s’absorber ou à se détruire, soit à l’isolement total de chacune, qui les fait s’appauvrir dans la stagnation et même involuer lors de crises adaptatives insurmontables. Il leur faudra, pour cela, permettre des rencontres spécifiques entre groupes de constitution différente afin de permettre des échanges correcteurs de crise. Nous verrons, plus tard, qu’il s’agit d’une véritable sexuation du monde symbolique et de la constitution d’un Phallus unitaire.

La religion traite de cela. C’est une ingénierie érotico-sociale qui permet aux groupes humains d’échapper à la guerre et à la pauvreté. D’où son succès et les conséquences dramatiques de ses échecs ! D’où l’intérêt d’établir une clinique correspondante pour les comprendre et les traiter. Faire la guerre au nom de la religion, s’isoler au nom de la religion, par exemple, sont des échecs religieux complets et sources de souffrances indescriptibles... Une clinique peut donc s’en élaborer.

 


 Matériel et immatériel - Formationnel et informationnel


 

De tout cela, on peut dire que le vide persistera d’être « matériel » tout en se temporisant spatialement dans des volumes et des parcours, dans un mouvement qui va du matériel à l’immatériel, mais sans devenir jamais complètement immatériel. Il y a immatérialisation progressive. Ce sera le cas pour la société issue principalement du compagnonnage de parcours communs dans un territoire propre. Cette société utilisera, principalement, un droit du « sol » avec des titres de passage et de propriété, des principes de subsidiarité et de suppléance et des artéfacts symboliques unitaires. On peut la voir comme une société de sédentaires ou de semi-nomades, parcourant rituellement un territoire donné, se mettant à se poser temporairement, à ralentir encore plus sa course et faisant un arrêt pour pouvoir rencontrer l’autre, celui qui est l’étranger plus temporel.

Le temps, par contre, se défendra en restant « immatériel », tout en se spatialisant jusqu’à devenir chronologique. L’autre mouvement va de l’immatériel au matériel, sans que le temps ne devienne jamais complètement matériel. Il y a matérialisation progressive. Ce sera le cas de la société définie surtout par ses liens de parenté et ses généalogies. Elle utilisera un droit du « sang », avec ses lois de solidarité et d’héritage, ses pactes, ses mythes d’origine et ses formules rituelles symboliques d’alliance. On peut la voir comme société de lignées généalogiques, se mettant en quête d’une autre société plus territoriale. Elle va être obligé de migrer jusqu’au territoire de l’autre pour rencontrer l’autre.

Le lieu et le temps du « marché » religieux, permettront l’effectivité de la rencontre.

Ouf ! Ne vous arrêtez pas trop aux mots de matériel et d’immatériel ! L’important est d’y voir des mouvements où, d’une part, l’immatériel (le temps) intervient pour donner la forme du matériel (le vide), vers un espace volumique et, à l’opposé, le matériel (le vide unitaire) fixe, ralentit la pression du temps (l’immatériel) pour donner un déroulement plus progressif du temps dans des moments et des instants chronologiques. Ce sont des mouvements dynamiques vers une rencontre et c’est cela l’important !

C’est la clinique qui nous impose de partir de ces concepts dynamiques, car la clinique est le résultat de la perte calamiteuse des oscillations psychiques en résultant. La clinique est une altération du « marché » religieux, sous une forme ou sous une autre, par les abus d’un groupe ou d’un autre.

En résumé, la construction du symbole utilise deux voies dynamiques :

  • Le formationnel : la voie de la formation = matériel vers immatériel
  • L’informationnel : la voie de l’information = immatériel vers matériel

La voie préférée de la « formation » aboutira à une religion plutôt « immatérialiste », en route vers l’immatériel, où celui de l’échange est en quête d’immatérialité, de métaphysique et de spiritualité.

La voie préférée de « l’information » aboutira à une religion plutôt « matérialiste », où celui de l’échange est en quête de matérialité, d’incarnation objective, de justifications et de preuves matérielles des hypothèses existantes.

Une science religieuse ne doit donc pas, elle, sélectionner une voie plutôt que l’autre sous peine de perdre l’intelligibilité de l’ensemble. Elle ne peut restreindre la religion à la seule voie métaphysique, ni, non plus, la restreindre à la voie matérialiste en en faisant, par exemple, une espèce de science humaine un peu archaïque.

 


 La réalité des sociétés humaines


 

Si les rencontres entre groupes humains, aux fins d’échanges, sont, comme je le promeus, réalisables en relation d’analogie avec les échanges sexuels, il faut rechercher quel groupe, dans l’échange rituel, incarne plutôt le « matériel » en voie d’immatérialisation et quel groupe incarne plutôt « l’immatériel » en voie de matérialisation. C’est ce qui les fait entrer dans une démarche religieuse, donc spirituelle.

En pratique, chaque société est le résultat pragmatique d’un mélange des deux façons dynamiques de faire, même si chacune se présente à l’autre sous des traits d’un type particulier (plutôt matériel ou plutôt immatériel). Les échanges vont pouvoir s’appuyer sur les différents dosages établis par l’histoire de chaque groupe. Chacun va pouvoir fonctionner pour l’autre, partiellement, des deux manières. Il faut qu’ils mettent, ensemble ces deux mouvements pour qu’une unité symbolique d’échange puisse se faire, en un lieu et un temps commun. Cela permettra une mise en commun des lois morales, un compromis valable entre droit du « sol » et droit du « sang », au contact des droits analogues de l’autre. Ces compromis doivent justifier, inciter et limiter les échanges du « marché » entre groupes. Ceux-ci seront toujours un partage réciproque d’artéfacts, de propriétés, de personnes symboliques, de manifestations de solidarités et de paroles rituelles d’alliances. La relation sexuelle, elle-même, officialisée comme mariages entre membres résultants d’échanges de chaque groupe, prendra un aspect religieux avec échanges matériels de dons divers et échanges immatériels de promesses rituelles.

 


 

 


 Esprits et rituels magiques


 

Mais les humains ne se sont jamais privés de chercher la difficulté. De là, sont nées les religions telles qu’on en parle aujourd’hui, qui concernent des échanges entre, d’une part, êtres purement matériels au départ, créatures possédant des capacités de progresser vers plus d’immatérialité et, d’autre part, êtres purement immatériels au départ mais possédant des capacités remarquables de corporéité, d’incarnation.

En anthropologie, il est remarquable de constater que les groupes humains ont toujours développé des capacités d’échange avec des groupes « autrement humains » ou non-humains, censés posséder réellement ces dynamiques des deux genres : « matérialité vers immatérialité » ainsi que « immatérialité vers matérialité ».

La domestication des animaux (par la sélection, etc.), végétaux (par la mutation, etc.) et minéraux (par la cristallisation etc.), nous montre l’homme, se prenant pour une créature immatérielle capable de donner, par ses interventions, une meilleure forme, une meilleure âme, aux éléments matériels de la nature. Notons que ceux-ci, parfaitement domestiqués, n’arriveront jamais à avoir réellement une conduite quasi-humaine, même si l’humain s’attendrit sur ce qu’il observe chez eux de plus approchant. Les humains peuvent ainsi entrer dans des rapports réciproques avec certaines races vivantes et développer une éthique de respect et de protection des échanges avec elles. Nous sommes, bel et bien, dans un cadre religieux, celui d’une religion « matérialiste ». La révolution néolithique, d’il y a douze mille ans, en est la genèse. Cela a donné l’élevage, l’agriculture, l’industrie, qu’il faut décoder comme constructions religieuses, même à travers leurs ratages extrêmes. Cela va de pair avec la naissance de la civilisation qui s’occupe des hommes restés « sauvages ».

On a ici la réalité d’une religion « matérialiste », au sens où la belle âme humaine s’abaisse au niveau des humains « sauvages » et des espèces naturelles pour assurer des « échanges équitables » avec eux et les éduquer en améliorant la forme matérielle de l’autre par son action spirituelle. Aujourd’hui, l’utilisation raffinée des cristaux nous conduit à vouloir créer une I.A. (Intelligence Artificielle).

Inversement, on peut avoir des religions « métaphysiques », spiritualistes, où c’est le contraire qui se produit. L’humain se considére alors, principalement, comme créature matérielle en voie d’immatérialité. Il va chercher des échanges qui l’amènent vers plus d’immatérialité avec des groupes censés être immatériels au départ. Ces groupes seront capables, eux, de se manifester sous diverses matérialités. Ces êtres immatériels ne se matérialisent toutefois jamais complètement, car ils gardent des caractéristiques spéciales qui échapperont toujours aux humains. Ces êtres immatériels peuvent aussi se retrouver incarnés imparfaitement dans un groupe social humain spécial, dans une race animale ou végétale particulière et même minérale, si les minéraux présentent des développement inouïs comme le font les cristaux. Ces groupes seront possédés par de mêmes « esprits » et seront censés être « magiques », quand transparaissent trop de leurs origines immatérielles. Les groupes humains peuvent s’en déclarer partenaires d’échanges et espérer y gagner des pouvoir magiques, donnés par l’autre groupe. D’où l’extraordinaire succès des essais de ces entreprises.

Les mots « esprit » et « magie » sont connotés par notre histoire occidentale. Le mot esprit est d’origine latine : spiritus, dérivé de spirare, souffler. Il signifie donc : souffle, vent. Cela rend bien compte de l’origine immatérielle de l’esprit qui est censé occuper le cœur des créatures matérielles. Le mot magie vient du perse : mag, qui signifie « science, sagesse » mais toujours science réservée, celles des rituels magiques. Il est donc important de comprendre, dans le reste du monde ce qui est l’équivalent de ces concepts, à partir de la situation d’échange supposée et vécue entre entités immatérielles, se manifestant magiquement, et humains matériels, à la recherche de plus d’immatériel. On reconnaîtra les entreprises de ce genre aux « pouvoirs surnaturels » recherchés par les humains ouverts à ces échanges. Un des pouvoirs les plus appréciés est le pouvoir de guérir les malades, par action directe de l’esprit sur la forme matérielle humaine, y compris pour le vieillissement.

> Voir le document clinique d’un médium psychographe expliquant le don de guérison : Flotter avec grâce

« La guérison sur Terre passe par le refroidissement de la lumière et le chauffage de l’eau. »

 


 

Des personnes spéciales peuvent être désignées comme capables de faire la jointure entre le monde humain et le monde des esprits, en présentant des transes. Si elles laissent un esprit s’incarner en elles, elles manifestent une transe de possession par leur changement de forme physique et les messages « surnaturels » qui en découlent. Ce sont les médiums par incorporation. Si ce sont ces personnes spéciales qui gagnent le monde des esprits, elles semblent vidées de conscience et rêvent la visite à leur allié dans le monde des esprits, comme le font les chamans. Le « transi » est le lieu même de ces échanges entre humains et esprits.

> Illustration : Une transe « artistique » chez un psychologue spirite particulièrement doué, médium spectaculaire à incorporation : Luiz Gasparetto

 


 Divinités et cérémonies d'adoration


 

Les entités divines sont souvent confondues avec des esprits majeurs, influence de la pensée des chefferies hiérarchiques terriennes, qui projettent des hiérarchies analogues dans le ciel. Mais, il faut être plus subtil, à mon avis, pour comprendre comment des relations avec des divinités ont pu s’envisager pour les groupes humains. Les divinités, ce sont des êtres immatériels qui, symboliquement, dans la finalité unitaire des deux origines de la construction du symbolique, sont le côté immatériel d’origine des groupes humains. Ce sont des entités forcément en relation avec la part d’humanité considérée et cette portion d’humanité va forcément être associée d’emblée à une partie divine. Les cultes rendus aux divinités sont plus que des rites magiques d’échanges où il faut rechercher un esprit disposé à cela, ce qui n’est pas garanti. Les relations avec les dieux sont des célébrations de l’unité symbolique accomplie, de la non-dualité accomplie. Le dieu de l’homme est le côté immatériel, qui a un groupe humain comme son côté symbolique matériel. C’est pourquoi, chaque groupe humain a tendance à avoir son dieu propre et strictement réservé. Les romains excluaient les non-romains de leurs célébrations religieuses à Jupiter, à moins de leur faire des faveurs insignes, comme une adoption temporaire.

 


 

Dans la pensée religieuse déiste, l’homme comme société, est la créature adorée du divin, créature qui a juste à adorer son dieu à son tour afin de réaliser l’unité symbolique. Il y a recherche d’une adoration réciproque, comme les amants se baisent la main, pour se montrer leur attachement mutuel, leur union accomplie. Adorer, signifie, en latin, « approcher sa main de sa bouche, manum ad os admovere, comme pour la baiser ; parce qu’en effet dans tout l’Orient, ce geste est une des plus grandes marques de respect et de soumission » (Diderot - Encyclopédie). Dans l’adoration réciproque, on se baise la main réciproquement entre le dieu du ciel (immatériel) et l’humain de la Terre (matériel) dans une union accomplie qui dépasse la dualité. C’est l’unité réalisée dans un coït symbolique. Ceux qui organisent particulièrement cela et garantissent de telles cérémonies unitaires, s’établissent en clergé et construisent des religions spiritualistes.

C’est différent de la recherche des mystiques, qui lâchent toute différenciation réductrice de la réalité, pour retourner et fusionner dans le sacré éternel et non déployé. Ici, dans la religion spiritualiste, la créature, le groupe humain, est un « avatar » matériel de son dieu dans une unité réussie, dans un coït fabuleux. Ce coït nécessite une congruence avec les lois morales divines, qui doivent être strictement les lois humaines, sous peine d’infidélité, par ratage de l’union symbolique (voir l’épisode, dans le mythe de Moïse, de l’infidélité de la construction du veau d’Or égyptien et des tables de la Loi du livre de l’Exode). Si les lois humaines ne sont pas les mêmes, alors il y a tromperie ! La Bible des Israélites est pleine du thème de l’infidélité à celui qu’ils nomment JHVH. Les prophètes de celui-ci expliquent toujours les misères survenant à un groupe humain, perdant tout pouvoir surnaturel, à cause de ses tromperies vis à vis de la loi morale de son dieu de groupe. Mais, la Bible contient aussi le « Cantique des cantiques », qui rappelle la jouissance oscillatoire de l’humain dans ses relations érotico-symboliques avec le divin. Un dieu particulier nécessite un groupe humain très fidèle, car nous sommes toujours dans les échanges avec des groupes humains. Alors, le dieu juste inondera son peuple de ses bienfaits et celui-ci lui rendra grâce [4].

 


 

De telles religions ne se situent pas comme exclusives. Elles comprennent et tolèrent les différents dieux des autres groupes humains. Ce qui leur importe, c’est leur propre équilibre religieux, passé entre contractants précis, qui s’adorent mutuellement dans un respect des mêmes lois morales [5]. Mais celui qui change de religion individuellement, se prive de son groupe social par la même occasion et se retrouve mis au ban de son groupe. C’est un déserteur, un apostat.

Un problème religieux persiste tout de même dans l’existence de ces dieux partenaires des groupes humains. C’est que la rivalité mimétique entre groupes correspondant à des dieux différents, rivalité à l’origine des guerres et des destructions, et, aussi, la tentation de repli sur soi et d’appauvrissement, ne sont pas dépassées.

La religion « matérialiste » s’est développée, elle, dans l’apparition de nations et d’états, veillant à leurs équilibres intérieurs et à leur lois morales propres. Les philosophes ont élaborés encore dernièrement les droits de l’Homme et du citoyen en Occident, les droits du peuple en pays marxistes etc. Une élite « éduquée », d’avant-garde, idéologique, spirituelle, s’occupe des échanges avec le reste des citoyens ou du peuple qu’il s’agit de faire évoluer vers une amélioration de sa condition matérielle par une éducation adaptée. Cela n’a pas empêché des rivalités dramatiques et des isolements appauvrissants entre toutes ces constructions. Nous sortons d’un siècle effroyable de guerres mondiales entre groupes idéologiques, est-il besoin de le rappeler ?

 


 


 Le Dieu unique


 

Le Dieu unique des monothéistes est le passage du seul dieu qui compte pour un groupe de fidèles à un dieu unique proposant à l’humanité entière de pouvoir devenir « fidèle ». Ce dieu est nommé avec une majuscule : Dieu. Un peuple qui le choisit, ne peut plus changer de dieu à partir de là, pour se faire épouser ailleurs par un autre dieu. Il n’y a plus d’autre parti ! Chacun a le même dieu : c’est Dieu. Mais, si chaque groupe nomme ce dieu unique d’une façon propre, il pourra déclarer l’autre infidèle, quand même. Nous retombons dans les vieilles impasses et les guerres de religion. Il faut que cela apporte quelque chose de plus, que chaque fidèle de la religion monothéiste puisse devenir un transi, un canal pour le divin [6]

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Grâce à cela, les ralliés au Dieu unique prennent suffisamment d’immatérialité, pour devenir l’instrument de Dieu envers les autres humains non encore passés par là. Ils deviennent Dieu incarné pour les autres, restés dans leur matérialité en évolution. Les chrétiens transfigurés manifestent guérisons et résurrections par l’annonce de la « bonne nouvelle », les musulmans apportent la connaissance directe de la parole divine recueillie dans le Coran etc. Même les bouddhistes du Grand véhicule, adeptes de la Voie du Milieu, celle qui se situe dans la lignée des bodhisattva, reviennent aider les humains après leur propre éveil.

Chaque groupe de fidèles ne peut que proposer à l’autre de devenir fidèle à son tour en étant, pour l’autre, la manifestation surnaturelle du dieu unique. On ne fait pas la guerre en proposant des épousailles. On ne s’isole pas, si l’on veut se marier spirituellement, témoigner de l’envie de Dieu de proposer son alliance. La jouissance des épousailles religieuses est le signe de la réussite de l’alliance et appelle l’autre à la conversion, c’est à dire à rentrer dans l’échange, où se donne à l’autre la surabondance divine [7].

L’unification n’a pas eu uniquement lieue dans les religions « spiritualistes ». Une religion « matérialiste » unique s’est aussi construite parallèlement, sous les coups des douleurs incommensurables des malheurs du 20e siècle, avec l’élaboration de l’écologie globale mondiale et les Droits Universels de l’Homme, adoptés à l’ONU. L’Homme d’esprit civilisé essaie de gagner à sa cause et d’élever la conscience des groupes humains restés dans trop de matérialisme, ceux qui en restent à la guerre et à la concurrence capitaliste acharnée ou à l’égoïsme isolatoire forcené.

 


 

Pour terminer, laissez moi déplorer que la persistance si forte de la concurrence entre religions uniques ou universelles, y compris entre religions spiritualistes et matérialistes, continue de créer aujourd’hui de sombres problèmes et gâche autant l’appel à la jouissance de la vie religieuse. L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies, n’arrive toujours pas à être vraiment appliqué : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. » La mutation religieuse n’est pas encore terminée.

 

> Lire : ALLOCUTION DE LA SECRÉTAIRE D’ÉTAT HILLARY RODHAM CLINTON AU PROCESSUS D’ISTANBUL DE LUTTE CONTRE L’INTOLÉRANCE ET LA DISCRIMINATION FONDÉES SUR LA RELIGION OU SUR UNE CONVICTION

 


La suite dans l’article : La vie spirituelle : IV - Brève introduction à la clinique de la vie religieuse


 


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[1L’économie ne deviendra réellement scientifique que lorsqu’elle sera capable d’admettre cette double caractéristique.

[2La cruauté intrinsèque du vide, où se perdent les humains, cause un effroi qui a souvent empêché les penseurs, d’Aristote à Einstein, d’admettre le vide comme la matérialité première. Le bouddhisme ou le taoïsme ont mieux exposé ce fait sous la notion de « vacuité ». Les physiciens quantiques conçoivent aujourd’hui le vide comme source d’énergie : voir l’Effet Casimir sur Wikipédia

[3Le symbole est une illustration de l’opération symbolique appelée « holonymie ». Voir l’article : Qu’est-ce que l’holonymie 

[4Psaume 111(110),1-2.3-4.5-6 : "Alléluia ! De tout cœur je rendrai grâce au Seigneur dans l’assemblée, parmi les justes. /
Grandes sont les œuvres du Seigneur ; tous ceux qui les aiment s’en instruisent. /
Noblesse et beauté dans ses actions : à jamais se maintiendra sa justice. /
De ses merveilles il a laissé un mémorial ; le Seigneur est tendresse et pitié. /
Il a donné des vivres à ses fidèles, gardant toujours mémoire de son alliance. /
Il a montré sa force à son peuple, lui donnant le domaine des nations."

[5A propos des religions de l’antiquité, l’auteur de Wikipédia nous dit :« D’après Van Der Leeuw, toutes les religions antiques sont des religions d’équilibre : Aux rites qui constituent un mode d’échange entre les divinités et l’homme ne correspond pas une expérience intérieure. Les religions antiques sont, en ce sens, tolérantes, et ne revendiquent pas la totalité de la vie intérieure des adeptes. Pour la même raison, elles admettent à leurs côtés d’autres cultes et d’autres rites »

[6

Neale Donald Walsch - Conversations avec Dieu - un dialogue hors du commun - tome 1 :

« Cette fois-ci, plutôt que d’écrire une autre lettre à une personne dont je me croyais victime, je me suis dit que j’irais droit à la source, droit au plus grand de tous les bourreaux. J’ai décidé d’écrire une lettre à Dieu.
C’était une lettre pleine de dépit et de passion, de confusion, de contorsions et de condamnation, remplie d’une foule de questions furieuses.
Pourquoi ma vie allait-elle mal ?
Qu’est-ce qu’il me fallait faire pour qu’elle fonctionne ?
Pourquoi ne pouvais-je trouver le bonheur dans les relations personnelles ?
Allais-je à tout jamais manquer d’argent ?
Finalement (et par-dessus tout),
Qu’avais-je fait pour mériter cette vie de lutte incessante ?
À ma grande surprise, pendant que je griffonnais la dernière de mes questions amères et insolubles, et que je m’apprêtais à poser la plume, ma main est restée suspendue au-dessus du papier, comme retenue par une force invisible. Soudain, la plume s’est mise à bouger d’elle-même. Je n’avais aucune idée de ce que j’étais sur le point d’écrire mais, comme une idée semblait émerger, j’ai décidé de la laisser se dérouler. Et c’était...
« Veux-tu vraiment une réponse à toutes ces questions, ou es-tu seulement en train de te défouler ? »

[7Pape Benoît XVI : « Si cette joie jaillit de nous elle touche aussi le cœur des non-croyants. Sans cette joie, nous ne sommes pas convaincants. Mais là où elle est présente, cette joie - même sans le vouloir - possède une force missionnaire. En effet, elle suscite chez les hommes une interrogation : n’est-ce pas là la vraie voie, cette joie ne conduit-elle pas justement sur les traces de Dieu lui-même ? ». Rencontre du « Ratzinger Schülerkreis » - homélie du 30 août 2009 - Castel Gandolfo

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