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La vie spirituelle : III - Les deux aspects de la vie religieuse

D 1er janvier 2010     H 21:59     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

Rappel de l’article précédent : Description de la vie religieuse. La construction du symbole utilise deux voies dynamiques :

  • le formationnel : la voie de la formation = matériel vers immatériel ;
  • l’informationnel : la voie de l’information = immatériel vers matériel.

Je reviens sur quelques points essentiels de la vie religieuse pour mieux poser les bases logiques de la clinique correspondante.

 


 Un service mutuel


 

Nous partons de l’idée que la vie religieuse est un des aspects de la vie spirituelle, érotisation globale du registre psychique symbolique (socio-langagier). La vie religieuse a, comme caractéristique importante, de permettre aux groupes humains des alliances avec d’autres groupes. Cela se réalise par des échanges matériels et immatériels, grâce à des compromis moraux adéquats. Ces alliances concernent des groupes organisés. Ceux-ci peuvent être des humains « étrangers », ou des groupes qui ne sont pas forcément humains, « naturels » ou « surnaturels ». Nous ne limitons pas la religion à ce qui concerne les rapports avec le surnaturel pour un groupe donné. Dans des échanges, un groupe humain peut bien représenter le « culturel », par rapport à un autre groupe plus « naturel ». C’est aussi de la religion. C’est indispensable pour aborder logiquement la clinique de la vie religieuse.

 


 

Ces échanges entre groupes sont différents des répartitions internes de biens et de services de chaque groupe. Ils sont là pour pouvoir se débarrasser plus facilement de ce qui perturbe quantitativement et qualitativement chaque groupe en interne. Les accords moraux doivent permettre au groupe proposant l’échange de se soulager mais aussi de mieux décharger l’autre, qui accepte l’échange, de ses troubles respectifs. Il y a nécessité d’une envie de soulagement réciproque, qui aidera les deux parties sociales à se mettre d’accord pour progresser dans leurs équilibres propres. Au lieu d’une décharge isolée, cet établissement d’un accord moral avec un autre groupe fait en sorte que chacun donne à l’autre l’occasion de se soulager de ce qui l’encombre. Mais ce soulagement ne peut pas être de n’importe quoi, ni n’importe comment. C’est un service mutuel qui facilite les équilibres de chaque groupe. C’est comme pour les dons réciproques des partenaires amoureux. Cette érotisation particulière du registre symbolique facilite les équilibres entre rétention et expulsion d’un groupe humain. Par ce service mutuel, chaque groupe de l’échange va y gagner une meilleure oscillation fonctionnelle. Chaque groupe obtiendra une meilleure jouissance de vie.

Pour que ce service fonctionne, il faut que les groupes s’adorent. Il faut qu’ils se prient l’un l’autre, c’est à dire qu’ils se parlent l’un à l’autre et se respectent [1]. "L’adoration est originellement la prière ou le discours (oratio) adressé (ad) à un quelconque interlocuteur, ce qui souligne la dimension relationnelle de cet acte. Avant même d’exprimer une vénération ou une demande, l’adoration est ce geste de mettre la main à la bouche (ad os) pour envoyer un baiser à quelqu’un ou de porter à la bouche le bord du vêtement de celui que l’on veut honorer, ou encore de baiser la terre en signe de respect ( Dom Robert Le Gall) [2]. Il faut du respect de l’autre manifesté par chacun, car ces échanges doivent être contrôlés par une élaboration morale commune les permettant. Ce compromis moral, établi pour l’occasion, doit absolument garantir que chacun en profite aussi bien que l’autre. Il doit contrôler que chacun rende effectivement service à l’autre, sans lui faire de tort. L’accord moral doit dialectiquement, sans cesse, moduler pour cela l’intensité et la nature des échanges réalisés. Les échanges matériels et immatériels pourront concerner des membres humains du groupe comme pour les mariages, mais il faut absolument pour l’occasion qu’un compromis moral « juste » soit réalisé qui les rende licites. Il faut que la justesse et la justice aillent de pair. C’est comme cela que la fonctionnalité de l’oscillation religieuse, la danse entre adoration réciproque et lois morales, sera efficace et jouissive.

A partir de là, nous aurons deux sortes de configuration principales, permettant à de telles alliances de se créer. Nous allons voir plus en détail :

  • la vie religieuse comme mission de cession d’informations à concrétiser ;
  • la vie religieuse comme pratique d’offrandes et d’élévation avec un groupe plus « évolué ».

Attention : pour parcourir cette clinique de la vie spirituelle, j’utilise les termes de « physique » et de « métaphysique ». Ils évoquent, traditionnellement, pour la « physique », la science du mouvement, ce qui crée le « spatial » et, pour la « métaphysique », la science du devenir, ce qui crée le « temporel ». L’alliance des deux termes se réalise dans la construction symbolique d’un « spatio-temporel » humain. C’est un des pôles du registre socio-langagier ou registre symbolique.

 


 La vie religieuse comme mission de cession d'informations à concrétiser


 

Une mission, c’est une charge d’envoyé (vers l’autre) [3]. La mission religieuse, poursuivie par le groupe le plus évolué (le plus riche en informations), sera celle de la voie informationnelle. Cette voie va vers une plus grande matérialisation progressive des données immatérielles. Il y a « émission » effective de données transmises, qui vont pouvoir être appliquées concrètement par l’autre. Elles montreront, par là, leur valeur d’échange.

Ce groupe « métaphysicien », initiateur des échanges, est celui qui déborde d’informations sur les origines, les causes et les conséquences des choses. Ces connaissances sur les causes et les effets sont issues de la symbolisation du temps avec ses anticipations. Pour anticiper, il faut utiliser les connaissances accumulées et acquises :

  • techniques transformatrices,
  • méthodes de reproduction et de dressage,
  • tours de main améliorés, brevets,
  • connaissances mythiques,
  • arbres généalogiques,
  • organisations politiques,
  • corpus liturgiques et littéraires,
  • écoles artistiques,
  • coutumes, modes de vie,
  • pratiques magiques et thérapeutiques,
  • connaissances universitaires,
  • méthodes de divination dont sont issues finalement les connaissances scientifiques.

En ce qui concerne les connaissances scientifiques, notons particulièrement qu’elles restent valables longtemps dans le temps et permettent des prédictions fiables. Elles sont des informations métaphysiques par excellence. Les bases en sont la mathématique, la « science des sciences », la pure connaissance. Cette connaissance mathématique offre une vision persistante du monde, dans des relations stables et transmissibles, là où l’entropie temporelle bouleverse tout, en compliquant sans cesse toutes les relations réelles.

 


 

Tout cela peut se transmettre utilement à une formation vivante, basée sur des valeurs surtout matérielles. Cette dernière regorge de « matières premières » à céder en contrepartie. Mais elle a largement de la place pour accueillir de telles informations, les mettre en application concrète, pour pouvoir évoluer temporellement. C’est le cas du groupe humain « sauvage » ou moins « civilisé », mais qui a de bonnes capacités pratiques de production, de reproduction et de récolte de biens matériels. Il en est de même si la formation recherchée est un groupe animal remarquable par son fonctionnement collectif, en vue d’une domestication et d’une reproduction sexuée abondante. Il peut s’agir aussi d’un groupe végétal particulier par ses capacités d’organisation productives et de conquête de son biotope, ou même d’un groupe minéral capable de s’organiser et de se répandre comme les cristallisations. L’alliance se fera par un échange entre des données immatérielles et des productions matérielles. Chacun sera censé y gagner, en se soulageant de son abondance propre sous la houlette missionnaire du groupe le plus évolué. On peut y voir l’origine de la révolution néolithique et du développement scientifico-technique et civilisateur, transformant aujourd’hui l’humanité et le monde entier. Constatons d’ailleurs, que les épistémologues modernes laïques ont du mal à comprendre le côté religieux de la démarche missionnaire de la techno-science, réservant la religion aux relations humains/esprits [4]. La procédure scientifique, par ses aspects hypothético-déductifs, est une procédure métaphysique par excellence, face à la production matérialiste fondamentalement pragmatique. On y prouve à l’autre, par l’expérience concrète, la validité morale du contenu informationnel des hypothèses soutenues. La loi morale des droits de l’homme est venue parachever, au niveau mondial, les évolutions morales que ces échanges nécessitent.

On voit que la moralité de ce genre d’opération va dépendre essentiellement des conséquences des cessions d’informations. Il est important qu’elles ne soient pas inconsidérées. Elles le seront si elles débordent les capacités d’admission du groupe receveur et le démolissent comme formation matérielle. Il est primordial aussi que la cession d’informations soit suffisante, assez élaborée pour provoquer chez l’autre une réelle élévation. Il faut donc que le groupe missionnaire évalue sans cesse, très attentivement, le degré d’assimilation et d’interprétation du groupe matérialiste pour s’y ajuster.

 


 La vie religieuse comme pratique d'offrandes et de recherche d'élévation avec un groupe plus « évolué »


 

Cette fois-ci, le groupe humain, ayant envie d’échanges, est porteur de grandes capacités de productions matérielles pragmatiques. Il peut les offrir sans problème pour créer une alliance, en contrepartie d’informations immatérielles reçues de groupes plus « informés ». Il est le porteur de la voie formationnelle vis à vis de l’autre groupe, acceptant de recevoir des informations pour évoluer. L’autre groupe peut être un groupe humain plus développé en connaissances métaphysiques (y compris scientifiques). Dans le cas d’échanges avec un groupe humain plus évolué, ce groupe matérialiste fournira d’abondantes matières premières que l’autre devra accepter pour les transformer en son sein. Le groupe matérialiste verra sa production matérielle devenir de plus en plus immatérielle dans son absorption par l’autre et par le raffinement qu’elle y subira. Par ces échanges, la voie religieuse lui permettra une poursuite plus élaborée de la voie de la formation. C’est une voie qui cherche à immatérialiser un tant soit peu la matérialité. Cela lui apportera une jouissance inégalée.

L’autre groupe, recherché par le groupe matérialiste, peut être un groupe d’esprits ou de dieux. Ces êtres surnaturels acceptent de passer alliance avec le groupe humain en question. Ces esprits et ces dieux possèdent un savoir surnaturel, cherchant à s’incarner dans le monde selon sa voie propre. Les groupes humains pragmatiques prennent leurs productions et reproductions comme cela vient. Ils les évaluent grâce à des comptages et des méthodes statistiques. Mais ils se sont toujours tournés vers des esprits et des dieux, pour leur offrir leurs biens et services. Les dieux sont des sortes de principes des esprits, dont l’humain décèle les actions dans l’univers. L’évolution de la recherche de l’alliance avec un Dieu unique est un mouvement vers la recherche de l’information la plus originelle, celle qui se passe des intermédiaires métaphysiques, celle qui est la source même de l’information. Dieu est une entité immatérielle, qui se tourne vers la réalisation d’elle-même la plus matérialiste, à savoir sa création entropique. Dieu est l’autre le plus radical que l’on puisse envisager pour ces échanges religieux. C’est le modèle idéal du genre.

Tout effet extraordinaire dans une vie de groupe humain ordinaire et son environnement, pourra être rattaché à une telle origine immatérielle. Cela sera considéré comme la matérialisation de productions d’êtres immatériels, qui introduisent des connaissances nouvelles dans la réalité ambiante. Cela fera brusquement et remarquablement changer l’aspect basal de la nature normale, en bien ou en mal. C’est ainsi que l’on a des esprits du feu et un dieu de l’orage, entités prouvées par les surprises et les transformations observées. Les manifestations concrètes inattendues, qui en découlent, attestent de leurs interventions. Les groupes humains matérialistes se considèrent alors comme des groupes naturels. Ils peuvent recevoir aussi, aux fins d’alliance comme pour les autres groupes naturels, de telles productions immatérielles se matérialisant par ces effets surprenants d’êtres supputés invisibles. C’est une vision très pragmatique des choses qui continue d’avoir un grand succès planétaire.

 


 

On ne peut aborder les échanges avec les esprits et les dieux, si l’on ne comprend pas le pragmatisme des groupes matérialistes ! Ces entités immatérielles ne sont pas des concepts de « métaphysiciens ». Ce sont ceux de « physiciens » qui cherchent l’origine de conséquences inexplicables et pourtant bien rencontrées dans la réalité. Le groupe humain matérialiste peut envisager des échanges avec ces êtres immatériels, pour se soulager de ses productions matérielles trop grandes ou trop perturbatrices, en leur faisant des offrandes de biens vouées à se dématérialiser à leur contact. Créer des échanges avec les entités immatérielles, par une intense pratique religieuse d’offrandes, a toujours été un moyen d’espérer augmenter l’intensité de la jouissance psychique. Il s’agit de trouver quelles productions matérielles peuvent devenir immatérielles et servir de base d’échange. Les parfums et les louanges, par exemple, ont toujours été utiles à cela. Il faut aussi accepter, en retour, de recevoir de la part des êtres immatériels des informations de l’au-delà, grâce à la réception complaisante du groupe humain matérialiste. Celui-ci doit accepter la possession par l’esprit et l’incarnation temporaire de l’entité, soit dans des éléments privilégiés du groupe, soit dans des possessions plus collectives.

Si cette manœuvre de services réciproques réussit très bien, un lien spécial se crée avec un groupe particulier d’esprits, ou avec un dieu propre, voire avec le grand Dieu suprême. Le renouvellement de la construction du symbole religieux, témoignant des échanges pratiqués, en sera grandement facilité. La religion, dans ce sens très restreint et limité aux relations humains/esprits, est un fait social d’un groupe humain pragmatique, érotisant son action productive. Quand un humain matérialiste pratique un rituel religieux, c’est un acte érotico-symbolique. Un prêtre n’adore pas seul son dieu, il le fait pour son groupe dans une liturgie. Il tient le rôle de symbole religieux vivant, à la fois porteur de la louange à son dieu et retransmettant la parole divine reçue à son peuple. Ces transmissions sont généralement tirées d’écritures sanctifiées par la tradition. Plus sûres, elles sont, néanmoins, à ré-interpréter à l’occasion des échanges. Les informations obtenues en temps réel sont réputées, elles, plutôt susceptibles d’altérations diverses dont il faut tenir compte [5].

Le risque est, bien sûr, pour le groupe matérialiste, de consacrer trop d’énergie et d’enthousiasme dans ces recherches d’alliances qui ne lui ramènent pas toujours les retours escomptés. Cela va se produire si le partenaire « évolué » trouve que le forçage relationnel est un peu trop poussé et qu’il rompt le contact ou renvoie des malédictions à la place des bénédictions attendues. La crise morale qui en découle sera la porte ouverte à la clinique.

 


 Offrande religieuse et sacrifice mystique


 

Comprenons bien toutefois que, dans de telles pratiques, il s’agit d’offrandes matérielles, pour réaliser un rituel d’adoration, et/ou d’une gestuelle de prosternations et de paroles d’adoration, qui sont des formules de louange, des flatteries adéquates célébrant la valeur de l’autre. Il ne s’agit pas du sacrifice des fêtes mystiques, où l’on retire du monde le trop plein de conquêtes obtenues dans un gaspillage heureux. Même si, souvent, offrande religieuse et sacrifice mystique sont confondus, il s’agit ici de bien distinguer ce qu’est exactement une offrande religieuse, comme partie d’un processus d’échanges avec un esprit nécessitant une adoration réciproque. On attend un retour effectif dans l’adoration religieuse puisqu’il s’agit d’échanges, mais pas dans le sacrifice où l’on est en symbiose avec le non-créé. Dans l’adoration, on se tourne vers un autre immatériel, mais qui n’est pas hors du réel. On adore une entité qui se tourne de son côté vers la matière vivante sur laquelle elle répand ses bénédictions et ses bienfaits. On y attend d’être sa créature adorée. Quand les musulmans se prosternent dans la direction de la Mecque où se tient symboliquement Allah, ils ne pratiquent pas le sacrifice mystique du mouton, mais ils font un geste collectif d’adoration, en attente des bénédictions du dieu suprême. Dans le sacrifice mystique, par contre, on retire la matérialité, mais aussi l’information contenue dans ce qui est sacrifié, pour se retourner symboliquement vers le non-créé, vers ce qui reste radicalement hors de l’espace et du temps. On s’y efface avec le monde, de façon symbolique. Le sacrifice du mouton, à l’occasion de l’Aïd el Kebir, n’est pas dans le Coran. Toutefois, on peut le transformer en bénédiction au nom du divin par le don des restes du sacrifice aux pauvres et aux affamés au nom d’Allah, le Seigneur de l’univers, pour ajouter un peu d’esprit de mission à celui de la communion. Les groupes humains aiment souvent faire d’une pierre deux coups.


 


Psaume 67(66),2-3.5.6.8.

 

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations.
Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ; tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre, tu conduis les nations.
Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l’adore !

 


La suite dans l’article « La vie spirituelle : IV - Clinique de la vie religieuse - PREMIER TABLEAU CLINIQUE : LES ABUS DU GROUPE METAPHYSICIEN »


 


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[2in Dictionnaire de Liturgie - Editions CLD

[3Etymologiquement, mission vient de « missus », participe passé du verbe « mitto » qui signifie « envoyé »

[4Ce n’est pas le point de vue de tous les scientifiques, bien sûr. Entres autres, Charles Townes, prix Nobel de physique en 1964, écrit ainsi : « Science et religion représentent toutes deux les efforts de l’homme qui cherche à comprendre son univers et doivent en fin de compte traiter de la même substance. Alors que nous progressons dans les deux domaines, ces derniers doivent évoluer ensemble. » (in Le Monde des religions N° 39 - janvier-février 2010)

[5Ces altérations sont bien rendues dans la réponse d’outre-tombe de Shakespeare à Mme Hugo par spiritisme dans la Séance du vendredi 27 janvier 1854 in « Les tables tournantes de Jersey. Procès-verbaux des séances présentés et commentés » par Gustave Simon, Librairie Louis Conard, 1923

  • Mme Hugo : Shakespeare, tes hésitations et tes reprises dans les vers que tu nous dictes semblent indiquer un effort et une gêne qui mʼétonnent. Je croyais quʼune fois sortie de la prison de chair, la pensée, débarrassée de toute entrave, ne rencontrait plus dʼobstacle et se dégageait limpide et puissante. Explique-moi donc cette difficulté que tu parais éprouver à exprimer ton idée.
  • Shakespeare : La pensée, dans le langage du ciel, parle, chante, vit sans travail. Elle habite le Verbe. Mais quand elle descend du ciel sur la terre et du verbe divin dans le langage humain, elle est forcée de laisser là ses ailes, comme un oiseau qui rentre en cage. Elle doit marcher et non voler pour que vous la suiviez. Elle remet donc les sandales pesantes quʼelle avait quittées au seuil du tombeau. Le verbe plane ; la parole voyage, la parole gravit, la parole trébuche, la parole tombe. Je tombe donc puisque je parle, je trébuche puisque je marche. Lʼesprit humain est un cachot. En mʼemprisonnant avec vous, je me soumets aux règles de la prison, je travaille. Je bois à la cruche dʼeau de votre poésie, je mords au pain noir de votre idéal, je redeviens le poète humain, plus grand peut-être, mais non plus libre. Je crée laborieusement et je sens tomber de mon front des gouttes de sueur, ces larmes du travail humain.
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