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Vie de Sainte Catherine de Gêne (1447 - 1510) - extrait

Un exemple de jouissance mystique par la fondatrice de l’Hôpital moderne

D 15 juin 2009     H 20:22     A     C 0 messages


 


 

Le langage humain ne fournit pas de termes propres à exprimer et à faire comprendre le degré d’amour de Dieu auquel était arrivé Catherine. Depuis le jour où la grâce l’avait terrassée aux pieds de son confesseur, cet amour, dégagé de tout alliage impur, de toute attache aux créatures, de toute influence exercée par les sens, de tout mélange d’amour-propre, ne s’était pas refroidi un instant, et seul il avait rempli son cœur et son esprit. Elle affirmait elle-même ne pas savoir ce que c’était que souffrir intérieurement ou extérieurement par la chair, le monde, le démon ou quelque autre cause que ce soit ; transformée et fondue entièrement en son Dieu, sa volonté ne pouvait considérer comme choses adverses rien de ce qui lui arrivait ; loin de là, elle prenait tout, plaisir et peine, santé, maladie ou souffrance, comme lui étant envoyé par celui qu’elle aimait ; et dès lors elle y trouvait sa volupté et sa joie. Souvent Dieu la faisait boire au torrent des délices des bienheureux, et la remplissait d’une suavité spirituelle si exquise, que le corps lui-même y participait et en ressentait les surprenants effets. Cela lui arrivait en particulier après la communion. Lorsqu’elle éprouvait ces joies qui lui faisaient connaître par anticipation le bonheur des élus, elle s’adressait au Seigneur et lui disait : « O Jésus, voulez-vous m’attirer par ces douceurs ? C’est vous-même que je désire et que j’attends, et non pas ce qui vient de vous. Je n’ai pas besoin de ces secours, pour m’approcher de vous. Je veux vous aimer d’un amour pur et sincère, sans aucune nourriture pour le corps ou pour l’âme. Je fuis ces goûts délicieux qui, si je les savourais, mettraient obstacle au désintéressement de mon amour. Je ne recherche pas ces suavités dans la vie présente ; vous le savez, ô mon Dieu, je n’aspire qu’à jouir de vous seul ; je dois donc tenir mon cœur dégagé de ces consolations et n’y attacher aucun prix, car souvent elles corrompent l’amour. Je vous résisterai, ô mon Dieu, tant que je le pourrai, je ne me prêterai à aucune de ces jouissances, et je vous supplie de ne les accorder désormais, ni à moi, ni à ceux qui ne cherchent et ne veulent que votre amour, car ce ne sont pas les moyens qui y mènent ! »

Mais Catherine avait beau faire, plus elle refusait les consolations spirituelles, plus Dieu les lui accordait, précisément parce qu’elle les refusait. Elle eût désiré que toutes les créatures aimassent Dieu et le servissent sans aucun espoir de récompense. Notre -Seigneur lui avait fait connaître un jour la pureté de l’amour qui, pendant sa vie terrestre, l’avait poussé à souffrir pour elle. Cette vue avait allumé un sentiment de reconnaissance si passionné dans le cœur de Catherine, qu’à son tour elle voulait aimer Dieu pour lui-même et sans aucun intérêt. « O mon très doux Jésus, s’écriait-elle, avons-nous besoin de consolations et de l’espérance d’être récompensés sur la terre et au ciel, pour nous engager à vous aimer et à vous servir ? Vous qui êtes le Seigneur de toutes choses, vous n’avez pas consulté les satisfactions de votre âme et de votre corps, lorsque vous êtes venu ici-bas pour opérer le salut du monde ! L’homme donc, à son tour, devrait n’avoir aucun égard aux siennes dans l’accomplissement de votre sainte volonté. Ce qu’exige d’ailleurs cette volonté souverainement aimable est pour notre bien et notre utilité ».

La bienheureuse Catherine avait sans cesse présentes à la mémoire les paroles de Jésus-Christ : « Celui qui connaît mes commandements, et qui les observe, a pour moi un amour véritable.« Et il lui semblait que, plus que personne, elle était tenue d’obéir à la loi sainte, pour exprimer à Dieu sa tendresse et la violence de son amour. » O Seigneur, disait-elle souvent, si les autres ont une obligation d’observer vos commandements, si pleins de suavité et si conformes à l’esprit, bien que contraires à la sensualité, j’en veux avoir dix. Vous nous les imposez pour nous procurer la paix, le bien suprême, l’union avec vous !" La sainte, ajoute encore son premier historien, était si dégagée des créatures, des affections, et des sentiments propres de l’âme et du corps, et si complètement plongée, avec l’entendement, la volonté et la mémoire, dans le paisible océan de son amour, que souvent elle ne trouvait plus de mots pour exprimer ce qu’elle éprouvait, et alors tout son parler était soupirs remplis de flammes ardentes avec perte des sens.

Il lui paraissait que chacun pouvait se précipiter avec les moelles de l’âme et du corps dans le même amour qu’elle, et que, puisque Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu, nous devons tous nous faire Dieu par participation. Elle sentait en elle-même un continuel rayon d’amour venant d’en haut ; ce rayon lui avait été donné dès le commencement de sa conversion, et la liait au Seigneur comme par un fil d’or pur et indescriptible. Elle savait que jamais ce fil ne se délierait, que jamais elle ne perdrait Dieu, et toute crainte mercenaire et servile avait disparu de son cœur. Sa confiance était telle, que lorsqu’elle était attirée à prier pour quelque chose, il lui était en l’esprit : Commande, car l’amour le peut faire. « O mon doux Amour, s’écriait-elle alors, je ne saurais comprendre que l’on puisse aimer autre que vous, et si je la comprenais j’en aurais une peine extrême ».

Puis, s’adressant à ceux qui l’entouraient, elle ajoutait, les yeux enflammés et le visage brûlant : « L’amour divin est proprement et vraiment notre amour, car nous avons été créés pour lui ; mais l’amour de toute autre chose n’est en réalité que de la haine, car il nous prive de notre propre et vrai amour qui est Dieu. Aimons donc celui qui nous aime, à savoir le Seigneur ; laissons ce qui ne nous aime pas, c’est-à-dire, toutes les choses au-dessous de Dieu, car elles sont ennemis du vrai amour et lui font obstacle ! » « C’est amour est si doux et si plein de charmes ineffables, qu’à côté de lui tout autre amour parait triste et désolé ; il rend l’homme si riche, que tous les biens de ce monde lui semblent une pure misère : il élève et porte si fort les affections en haut, qu’on ne sent plus la terre sous les pieds et que l’on ne connaît plus les peines d’ici-bas ; il donne enfin à la créature une si parfaite liberté, qu’elle demeure toujours avec Dieu sans aucun empêchement ». De semblables expressions étaient fréquentes dans la bouche de Catherine ; elles ravissaient ceux qui avaient le bonheur d’entendre cette femme séraphique.


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