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La vie spirituelle : I - Description de la vie mystique

D 30 mai 2009     H 20:15     A Louÿs Jacques     C 1 messages


 


 Description de la vie mystique


 

Je vous invite à aborder la description de la vie mystique. Le mot mystique vient du grec μυάω muaô, qui signifie « se taire », « être silencieux ». Le silence en question, n’en est qu’un des pôles constitutifs. Il nous manque une appellation plus précise. Nous suivrons l’hypothèse de l’oscillation mystique comme oscillation psychique jouissive entre des pôles opposés de réverbération, dont le pôle du « silence ». L’appel du silence est en tension avec l’appel du monde. Une jouissance en résulte, par le fait que ces pôles psychiques se renvoient sans cesse l’un à l’autre. Ils sont reliés par une instabilité foncière. A partir de là, des dérèglements pourront s’en déduire, sous la forme de divers blocages de l’oscillation. Les conséquences de ces blocages entraînent, bien entendu, la perte de la jouissance fonctionnelle. Cela nous permettra de construire une clinique logique de la vie mystique. En confrontant cette clinique avec l’observation des faits, nous en vérifierons la pertinence et travaillerons ainsi, scientifiquement, l’hypothèse de départ.

Comme explorateurs de cet aspect du fonctionnement psychique, nous partirons de l’idée que l’oscillation mystique est la conjonction fonctionnelle, chez une personne, d’une oscillation du registre sexué et d’une oscillation analogue du registre symbolique. Plus précisément, il s’agit de la superposition d’une oscillation fonctionnelle analogue, entre action ternaire et réaction duelle de ces deux registres.

 

Action ternaire / réaction duelle

 

Les deux registres psychiques marchent au même pas, à l’unisson, dans cette oscillation. Il ne s’agit pas d’une régression du registre sexué dans le registre symbolique, mais d’une activation en harmonie. La jouissance en découlant prend, par là, un aspect particulier que nous allons décrire.


 


 Pourquoi une telle oscillation complexe ?


 

Une explication de la vie mystique est que l’humain cherche, en associant étroitement et particulièrement ces deux registres psychiques, à les rendre moins fragiles, moins susceptibles de perdre leur jouissance fonctionnelle. L’union favorise la réalisation et le maintien de la jouissance. Elle rend la fonctionnalité socio-langagière particulièrement intense. L’humain mystique trouve cette astuce fonctionnelle performante et s’y attache. Elle lui sert à trouver et garder, volontairement, en société, un enchantement du monde, malgré le côté délétère de la vie plongée dans les soubresauts du monde. Cela l’aide à ne pas être démoli par « les intempéries de la vie et l’usure du temps », ou à s’en remettre rapidement. Cette astuce devient, pour lui, un mode de vie, plus ou moins réussi et efficace. C’est une solution première à ses difficultés d’élaboration et de construction de son psychisme, depuis l’enfance. C’est aussi un moyen efficace de se redresser après les traumatismes terribles et déstructurants qu’il subit, telle Angèle de Foligno qui perdit, coup sur coup, sa mère, son mari et ses enfants. Le lecteur trouvera facilement, autour de lui, des exemples de ce type.

 


 


 Oscillation mystique et vie spirituelle


 

Il faut rappeler, dans la conception du psychisme que nous suivons sur ce site, que le registre « sexué » n’existe pas en soi, détaché des autres registres psychiques, appelés : dyadique, narcissique, symbolique (ou socio-langagier). Le registre sexué en est une émanation, par articulation logique. Il ne se construit que conjointement et solidairement aux autres. Son caractère propre est de permettre à l’humain l’accès psychique conscient au « manque », comme résultant d’une réduction particulière de la réalité  [1]. Ce registre sexué sert, ainsi, de base fonctionnelle aux relations sexuelles et affectives, celles qui sont aux prises avec le manque radical sexué de l’autre.

Avec le registre dyadique, héritier des relations dyadiques mère-enfant, le registre sexué entre en jeu dans les relations amoureuses stables. En phase avec le registre narcissique, celui de l’élaboration du corps propre et de l’autonomie, le registre sexué entre en jeu dans le développement personnel et ses sublimations. Quand nous le voyons appliqué conjointement au registre symbolique, que nous avons défini comme étant le registre social et langagier du psychisme, nous sommes dans cet aspect particulier de la vie sociale et sexuée qu’est la vie spirituelle, avec ses composantes mystiques et religieuses. La vie sociale prend, alors, une coloration beaucoup plus intense, qui va charmer ses membres constitutifs.

 


 Mystique et religion


 

La vie spirituelle est un effet de la vie sociale de l’humain associée à un charme sexué. Elle peut être analysée, elle-même, sous la forme de deux types de vibrations fonctionnant ensemble, mais que l’on distinguera toutefois, pour en faciliter la description. Ces deux aspects de la vie spirituelle sont l’oscillation de la vie mystique et celle de la vie religieuse.

Nous nous intéresserons, plus précisément ici, à la vie mystique, qui oscille entre action ternaire et réaction duelle. Elle redonne un espoir de jouir de la vie dans le monde et de retrouver de nouvelles réjouissances, aux personnes affreusement désenchantées. Elle est donc du côté de l’espoir.

Nous aborderons la vie religieuse dans des articles ultérieurs. Cette dernière concerne l’autre oscillation fonctionnelle spirituelle, qui se passe entre action duelle et réaction ternaire, cette fois-ci. C’est celle qui permet à ceux qui se sont perdus dans la vie, ceux qui n’ont plus de repères, de retrouver un itinéraire en lequel ils peuvent, enfin, avoir confiance. Elle est donc du côté de la foi. Elle a aussi une clinique propre.

En bleu : l’oscillation mystique, entre l’espérance et la communion d’amour.
En vert : l’oscillation religieuse, entre la foi et l’adoration.

 


 

Remarquons comment ces quatre pôles sont indiqués, simplement, dans la prière que l’Ange de la Paix de Fatima apprend aux trois petits bergers. C’est en 1916, en pleine guerre mondiale :
« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime !
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas
 »

 


 

Même si religion et mystique sont souvent indissociables, la clinique nous montre qu’une distinction est possible, car on peut trouver une expression clinique qui se rapporte plus à un blocage oscillatoire d’un type, qu’à un autre. Le problème peut être plus du côté de l’espoir/amour, que de la foi/adoration, ou inversement. Il est donc justifié de les exposer dans des chapitres différents, tout en rappelant leur profonde unité fonctionnelle. Tout cela est fait pour fonctionner psychiquement ensemble.

 


 Les pôles de l'oscillation de la vie mystique


 

1/ Tout d’abord, dans la relation sexuée, l’oscillation entre action ternaire et réaction duelle se passe entre :

  • le pôle psychique de l’attrait irrésistible du manque de l’autre (le « désir » sexuel, dans sa crudité vertigineuse),
  • l’autre pôle psychique de la réaction de pudeur sexuée, qui inhibe cet attrait et préserve la personne de la tension de la séduction du manque.

 


 

2/ Ensuite, dans la relation symbolique (ou relation socio-langagière) proprement dite, l’oscillation entre action ternaire et réaction duelle est celle qui fonctionne entre :

  • d’une part, le pôle psychique de l’action unificatrice du chef ; ce dernier sert de source d’identification aux membres de son groupe, pour une bonne tenue face à l’entropie dévoilée (l’entropie, c’est ici la dégradation inéluctable des liens sociaux inhérente au déploiement du temps pur et du vide infini) ;
  • de l’autre côté oscillatoire, le pôle psychique de la communion, dans le retrait festif du sacrifice et du sacré ; c’est ce qui permet d’échapper, quelque peu, à cette plongée dans l’entropie et à sa dégradation, en adhérant à ce qui reste hors du temps et du vide [2].

 


 

3/ La vie mystique est celle qui conjoint les deux relations sexuée et symbolique ; elle pose, en résumé, deux pôles d’oscillation comme deux mystères du monde :

  • le premier, c’est celui du dévoilement mystérieux de l’attrait merveilleux du monde, dans une double action ternaire, action volontaire et consciente ;
  • le deuxième, c’est celui du voile du sacré caché, dans une double réaction duelle de communion profonde et indissoluble, non-mondaine, « non-née », qui reste tacite et préconsciente.

 


 

C’est l’oscillation du surnaturel, si l’on ne définit pas le surnaturel comme quelque chose qui serait « au-dessus » de la nature. C’est ce qui conjoint et superpose fonctionnellement deux natures psychiques, celle de la nature sexuée et celle de la nature symbolique, ou socio-langagière. Le Verbe et le Silence sont ainsi reliés en tension oscillatoire.

Voyons, maintenant plus en détail, les deux pôles de l’oscillation fonctionnelle de la vie mystique, ces pôles qui créent cette jouissance permettant de vivre l’enchantement du monde, malgré le choc de son entropie foncière.

 


 Le pôle du dévoilement : le chef mystique


 

Nous avions défini le chef social normal comme celui qui, pour un groupe, unifie, par sa tenue propre, la confrontation de chacun à l’entropie. C’est l’ambassadeur, qui accepte de représenter son groupe, dans l’entropie du monde. L’entropie, c’est celle de l’extension infinie du vide, qui dissout toute humanité, et de la flèche implacable du temps, qui rend tout impermanent, y compris les groupements sociaux  [3]. En maintenant ainsi la cohésion de son groupe, il empêche ses membres de subir trop isolément l’entropie dissolvante. Il assume l’entropie pour tous et ceux-ci lui donnent leur soutien, en retour. Le chef se pose, et est posé, comme ambassadeur pour tous, vis à vis de cette réalité éprouvante du changement qui affecte les relations sociales et qui est, inéluctablement, dégradant. Il réduit la multitude des destins au sien. Il permet, aux membres de son groupe, d’unifier leurs efforts, pour assumer les affres de l’entropie. Cela correspond, dans les langues humaines, à l’utilisation d’un sujet de la syntaxe et à l’élaboration d’un nom propre. Le chef, c’est celui qui porte le nom propre du groupe, comme le drapeau rassembleur de l’épreuve. Un groupe social est, par conséquent, un rassemblement d’humains, qui prennent le même chef, celui qui est censé les représenter comme un ambassadeur vis à vis de la réalité ambiante, afin d’assumer celle-ci à moindre prix. C’est « ternaire », car il y a les éléments du groupe, le chef de groupe, et la réalité entropique « extérieure », que le chef « supporte » pour tous. C’est une action de nomination construite et qui n’est pas spontanée. Elle nécessite une volonté commune. Il faut quelqu’un qui veuille bien assumer volontairement ce rôle d’action symbolique, même si ce chef se fait aider par une « chefferie », plus ou moins étoffée.

Un chef « mystique » aura une qualité supplémentaire, qui résulte de l’érotisation de sa fonction, face à la prudence précautionneuse des chefs habituels. Il sera celui qui fait plus que supporter l’entropie, au nom de tous. Il va être celui qui la « désire », qui la recherche et la supporte dans ses manifestations les plus avancées, dans ses extrémités les plus dissolvantes et les plus impermanentes. La position sexuée est, en effet, dans son pôle d’action ternaire, celle qui supporte l’attirance pour le vide et le manque, qui va l’assumer comme désir. Un manque de potentialités concrètes se dévoile au contact d’un autre, dans la relation sexuée. Cela se traduit par ce vertige si intéressant du manque sexué de l’autre, dans une séduction qu’il est si difficile d’expliquer à qui ne l’a pas vécue, mais que reconnaît facilement celui qui a déjà ainsi « perdu la tête » pour l’autre. Ce n’est pas un « objet », sinon sous la forme du fétiche. C’est le pôle, lui-même, du manque qui fait perdre la tête. Le chef mystique est un chef, une tête, mais c’est aussi celui qui perd ainsi la tête pour le monde entier, posant le monde comme « autre » du groupe. Il est, pour cela, choisi par son groupe, comme celui qui supporte l’attirance pour le côté le plus « vide » et le plus séducteur du monde. Le chef mystique est un chef extrémiste, en ce sens qu’il est à la pointe de ce qui permet de supporter la déglingue entropique. Il la recherche dans ses apparitions les plus outrancières. Il est faux de dire qu’il aime le monde entropique, car il le désire ! Il va surtout pouvoir servir de source d’identification pour les gens les plus en danger dans leur existence, les plus éprouvés par l’entropie. Il va pouvoir redonner du désir et de l’espérance aux plus improbables, comme les marginaux, les oubliés, les déclassés, les discriminés, les répudiés, les méprisés, les perdants, les repentis, les affligés, les humbles, les pauvres en esprit, les pauvres tout court (et parfois les riches et les puissants complètement perdus !), les affamés, y compris les affamés de justice, les paisibles, les persécutés, les calomniés, les esclaves, les prisonniers, les émigrés, les femmes, les enfants, les malades, les mourants et même les morts aussi... Par l’érotisation qu’il permet de leur condition, par son intrépidité dans l’existence, le chef mystique est un chef charismatique, qui redonne de l’espoir, là où il ne semble pas possible ou perdu.

Si, dans la religion du groupe social concerné, il existe un dieu créateur qui désire le monde en le créant, le chef mystique va pouvoir se définir comme un « fils » ou une « fille » de Dieu. Il va être logiquement de la lignée même du Créateur et de son désir pour un monde entropique. Mais, notons que la posture de chef mystique ne nécessite pas forcément un environnement religieux déiste. Toutes les mystiques ne sont pas déistes.

L’érotisation du monde par le chef mystique peut lui être révélée « subitement », dans une illumination jouissive. Cela va changer sa vie, en lui permettant de devenir un chef de file. Le maître Zen Dōgen raconte, en 1240 [4] :
« Le maître de méditation Lingyun Zhiqin s’adonnait à l’étude de la Voie depuis trente ans. Un jour, au cours d’une de ses pérégrinations, il s’était arrêté pour se reposer au pied d’une colline et contemplait un village au loin. C’était le début du printemps. Voyant les fleurs de pêcher s’épanouir, Lingyun réalisa soudain l’éveil. Il composa une stance qu’il présenta à Dagui :
Depuis trente ans, (j’étais) pareil à celui qui cherche son sabre.
Combien de fois les feuilles sont-elles tombées, dénudant les branches ?
Il m’a suffi de voir les fleurs des pêchers
Pour n’avoir plus l’ombre d’un doute.
 »

Dans cette histoire, remarquons qu’il ne s’agit pas seulement du dévoilement de l’érotisation du monde dans la grâce si fragile de la fleur de pêcher. Il s’agit aussi d’un point de jouissance qui associe vibratoirement le pôle symbolique opposé, celui du mystère du sacré. En l’occurrence, insiste, pour ce moine, en contre-point de la fleur, le repos de la position d’immobilité profonde de la méditation bouddhique. Entre la ternarité de la si belle fleur de pêcher, comble de l’impertinence fragile, et la dualité de cette position méditative (Lingyun et le silence intérieur foncier), l’oscillation mystique permet qu’une jouissance incomparable s’éprouve pour ce maître tchan. D’ailleurs, celui-ci médite comme le Bouddha, les yeux mi-clos et non pas fermés, découvrant la vibration de l’entre-deux, comme seule réalité foncière. C’est la Voie du Milieu, où le Milieu en question n’est pas une position, bien sûr, mais la réalité d’une jouissance mystique, qui dissout la nature fixiste des pôles de la vibration, bien que ces pôles ne soient pas niés. Le bouddhisme n’est pas, en effet, un nihilisme.

 


 

J’ai rappelé que l’entropie est affaire de vide, ou de temps. Le chef mystique peut être un chef plutôt attiré par le dévoilement entropique extrême du vide, s’étendant d’emblée à l’infini, ou un chef plutôt tourné vers le déroulement le plus implacable de la flèche entropique du temps, et son impermanence fatale.

Si le chef mystique est tourné principalement vers l’infinité du vide, il va proposer l’attrait de cet infini sans limite, d’une façon ou d’une autre. C’est le cas des chefs explorateurs, qui entraînent leur groupe dans la séduction de l’au-delà des limites connues. C’est le cas des explorateurs proprement physiques, à la recherche de la Terre promise, ou de la Cité d’or. Il peut s’agir aussi d’infinis sans limite, plus allégoriques, comme les espaces artistiques, ou ceux d’autres dimensions, d’espaces et de temps « parallèles » (avec l’au-delà de la vision du monde normal des shamans). La recherche de l’au-delà des limites physiques est en pleine recrudescence, depuis que des groupes humains se sont rendus compte que le ciel physique fait partie de la création. Les voilà prêts à explorer et coloniser l’univers tout entier. Plus allégoriquement, toutes les connaissances peuvent être ainsi assimilées comme un monde infini à découvrir et à désirer, comme des limites à dépasser.

 


 

Si c’est plutôt le temps, qui est investi symboliquement dans la recherche du dévoilement désiré de l’impermanence, le chef sera alors un chef métaphysique ou eschatologique. Ce chef montre la voie de la transformation personnelle vers une nature spiritualisée, ce que symbolise, dans notre exemple, la grâce de la fleur de pêcher de Lingyun. Il va explorer la transformation mystique de l’humain au-delà de sa fragilité foncière, dans la « vie après la mort », et la réincarnation. Il va annoncer la « fin des temps », l’ultime destinée du genre humain dans la transformation d’une génération, voire de l’humanité toute entière, dans l’au-delà de la résurrection. Il va conduire son peuple vers une ascension globale de l’humanité, mutant à un stade plus spirituel de sa nature profonde [5]. Le chef mystique peut aussi, plus prosaïquement, évoquer la possibilité d’un autre futur plus désirable, fondamentalement meilleur, car d’une autre nature. Il va entraîner son groupe à le réaliser comme chef politique ou révolutionnaire, leader charismatique tenant son groupe social par les merveilleuses promesses annoncées, malgré les risques encourus, en sortant de la prudence de la conduite du chef normal. Il « désirera », comme espérance, l’entropie temporelle qui brûle le vieil homme. Comme pour l’explorateur de l’infini, plus il sera funambule, plus le risque clinique sera grand, bien sûr. Mais, il sera capable, dans les épreuves, de créer une unité sociale, là où le chef normal n’y arriverait pas, ou plus.

« ...dans les premiers temps du séjour de Catherine (de Gênes) au grand hospice, on y avait recueilli une tertiaire franciscaine, personne de sainte vie, atteinte d’une fièvre pestilentielle. Cette femme eut une agonie de huit jours, pendant lesquels elle perdit l’usage de la parole. Notre sainte la visitait fréquemment, et l’engageait à appeler Jésus. La moribonde ne pouvait proférer un son ; mais le mouvement de ses lèvres et l’expression de son regard prouvaient qu’elle avait la volonté de le faire, et que son cœur était brûlant d’amour. « Alors, dit encore le vieil historien, Catherine, lui voyant la bouche pleine de Jésus, ne se contint plus ; elle baisa avec transport les lèvres de la mourante, pour y recueillir le nom sacré de son bien-aimé. Mais, elle y prit aussi le germe de la peste qui la réduisit à toute extrémité. Elle en guérit contre toute espérance, et rentra dans ses fonctions habituelles ». »

Font évidemment partie de ceux qui portent ces annonces visionnaires, les capitaines d’industrie nouvelle, les financiers et économistes géniaux, les enseignants exceptionnels, les chercheurs scientifiques hors-pairs,- qui posent la science comme un champ désirable sans limite etc.


 


 Le pôle du voile : le sacré caché


 

Nous avions défini le pôle social opposé au chef, comme celui du sacré. Le sacré, c’est le hors-entropie. C’est ce qui semble échapper, pour le groupe, à l’extension infinie et dissolutoire du vide, et au déroulement inéluctable de la flèche dégradante du temps. Le sacré désigne ce qui est inaccessible, indisponible, mis hors du monde normal (Wikipédia). En fait, c’est ce qui semble rester identique et hors d’atteinte des transformations entropiques, et ce, déjà, pour les liens sociaux. On s’y retrouve pour la fête et le ressourcement du groupe, pour y panser ses blessures et gaspiller ses surplus inutiles, en les redistribuant. On s’y détache de ce qui entraînerait trop le chef à prendre trop d’importance, en commençant par les risques d’une reproduction incestueuse, qui lui permettrait une accumulation trop grande de biens (avec le comble du clonage). Grâce à ce détachement, grâce à cette mise à mort symbolique du chef, on y communie avec bonheur, dans une fraternité étendue.

L’application de la pudeur sexuée, c’est à dire du plus retenu au sacré, va déterminer un sacré particulier, qui est la racine même du sacré, cachée dans le sacré habituel, comme sa source ou son origine. C’est le sacré mystérieux le plus essentiel, le plus au cœur de cette mise hors du monde normal, celui qui est réservé au groupe des « initiés » au cœur pur, ceux qui sont capables de s’y laisser entraîner. Une initiation ésotérique [6], permettra à ce groupe de communier affectivement, dans une éternité et une pleinitude amoureuses d’une grande intensité, bien au-delà de la mise entre-parenthèse, qu’éprouvent les humains, en pareil cas. Il s’agit d’une mise en retraite commune, où l’on est sanctifié, en se purifiant radicalement des « miasmes » du monde. On y retrouve ensemble la pureté originelle, la virginité essentielle, au cœur de l’ab-straction du « Ciel ». C’est évoqué dans ce qui reste de non-créé dans le monde, avant même la vie et la mort, qu’entraîne la vie dans le monde. C’est le partage d’un même énorme sacrifice, celui du détachement entier du désir du monde. Ne pas s’attacher au monde, pour connaître le « royaume des cieux » et sa « vie éternelle », celle qui n’est pas intrinsèquement mortelle. Etre dans le monde, sans être du monde, dit le Christ. Plus que d’un moment de détachement, de mise entre-parenthèses, il s’agit d’un état profond de non-incarnation, essentiel au cœur de chacun, et commun à tous. C’est le noir de la nuit d’une innocence totale, d’une pauvreté inouïe, d’une ingénuité complète, pôle psychique qui ne peut se tenir que parce qu’il oscille avec celui de la posture du chef mystique [7].

Dans ce sacré le plus inaccessible, le plus secret, le chef mystique retrouve lui-aussi, comme ses affiliés, sa naïveté profonde. Il rentre dans le rang de la fraternité la plus complète, puisqu’elle est d’avant la génération. En effet, le sacrifice, le « fait de rendre sacré », inhérent à la purification nécessaire à aborder ce pôle du sacré caché, est, logiquement, le sacrifice des capacités, génératrices en elles-mêmes, d’abord celles du chef mystique. Cela dépend, bien sûr, de la manière de découvrir l’enchantement du monde pour celui-ci. Chez les éleveurs aryens, le sacrifice du beurre clarifié est le sacrifice de la lumière, que recèle le beurre riche de leur vache. Le faire couler sur une représentation des sexes emmêlés (le lingam dans la yoni), c’est le vouer à l’intimité, au caché d’avant la différence des sexes. Dans l’Islam ou le Judaïsme, on sacrifie le bélier, symbole de la puissance reproductrice en elle-même (et pas seulement de la reproduction incestueuse en vase clos). C’est une émasculation symbolique, bien plus radicale que le sacrifice animal habituel. Notons d’ailleurs que l’Aïd el-Kebir, en Islam, n’est pas une obligation religieuse, coranique. C’est une pratique mystique, commémorative de la substitution d’Ismaël, symbole de la lignée comme premier-né, qui devait être sacrifié par son père Ibrahim. Il s’agit de marquer symboliquement une purification initiatique, en sacrifiant le principe de génération en lui-même, d’une manière moins cruelle que le sacrifice de celui qui porte le nom de la descendance. Il s’agit, en effet, dans ce sacrifice mystique, de créer un pôle extrême d’une danse jouissive maximale, et non pas de démolir de chagrin le sacrificateur !

 


 

Un jeûne peut aussi faire l’affaire, s’il est pratiqué dans cette optique sacrificielle, pour une purification radicale. On peut aussi marquer une période de chasteté complète, une veille prolongée, un retrait en immobilité méditative totale, un partage charitable avec la veuve, le pauvre, l’orphelin, l’indigent... L’important est que cela se situe comme acuité, dans une démarche de retrait de fond : vie tempérée, absence de luxure, de paresse, d’orgueil et de tous les « péchés capitaux », ceux dont découlent tous les autres, ceux qui sont à la racine de tous les autres [8].

En résumé, la vibration mystique associe le désir sans cesse renaissant du chef mystique pour le monde et, dans une même vibration, sa défaillance profonde dans le sacrifice radical des « frères », le sacrifice qui fait retrouver le hors du monde originaire, celui de la communion éternelle. Renaître désirant au monde, et s’en retirer radicalement sans cesse, telles sont les clés de cette jouissance vibratoire, entre le Ciel et la Terre. Le Ciel traditionnel, c’est la potentialité de l’incréé, qui n’est pas encore activé. La Terre, c’est le créé, comme réduction achevée. Ciel et Terre sont indissociables, comme pôles de réverbération extrêmes entretenant la jouissance vibratoire, qui surnage, seule, dans l’accomplissement mystique. « Lorsqu’un homme atteint l’éveil, il en va comme de la lune se reflétant dans l’eau. La lune n’est pas mouillée, l’eau n’est pas troublée. La lumière de la lune, bien qu’infinie, tient dans un peu d’eau. La lune et le ciel tout entiers s’abritent dans la rosée d’un brin d’herbe ou dans une goutte d’eau. » [9]

 


 

DIALOGUES AVEC L’ANGE (relatés par Mme GITTA MALLASZ) :
Toute ivresse est hommage à Dieu.
L’Ivresse la plus grande absorbe la plus petite.
Mais la plus petite continue à vivre
Dans la plus grande.
Rien n’est perdu !
Qu’il n’y ait donc pas de doute en ton âme !
LE PLUS SACRE, C’EST L’IVRESSE.

(1er Octobre 1943)

 


 Ascétisme et ésotérisme


 

Si l’on rajoute des éléments du registre narcissique, la vie mystique prendra une coloration plus ascétique. Le chef mystique montre d’abord l’exemple par une réalisation personnelle. Celle-ci peut se réaliser dans une manière de vivre isolée, où il va pouvoir se perfectionner (Yoga, bouddhisme theravāda, érémitisme, monachisme en clôture...), ou dans une création artistique personnelle (écriture initiatique, peinture sacrée, musique spirituelle...) etc.

Si l’on rajoute des éléments du registre dyadique de maîtrise réciproque, le chef mystique prend l’aspect d’un Maître créateur, ou continuateur d’une école ésotérique. Le groupe social constitue, alors, en entier, la chefferie, comme groupe de disciples. Le concept de mystique vient d’ailleurs des écoles de l’antiquité occidentale initiant à l’aporrhton, à la chose ineffable qu’on ne peut révéler [10].

Ces derniers éléments d’ascétisme et d’ésotérisme peuvent être prépondérants, ou moins marqués en mystique. Leur rôle sera de consolider encore plus, si possible, le fonctionnement vibratoire de la vie mystique, pour y entraîner le psychisme tout entier.

 


 La clinique de la vie mystique


 

Hélas, de par sa radicalité, cette réalisation mystique restera fragile et pourra échouer terriblement. Plus on vise loin, plus on risque de rater sa cible. Les atteintes de la jouissance mystique résulteront de la disparition de l’oscillation, de celle des pôles psychiques du chef mystique. Il y a perte du désir sans cesse renaissant pour le monde, le désir de la « chair », et perte de celui du sacré caché éternellement, hors du monde, dans la douceur du parfum du paradis retrouvé.

Une fixation exagérée à un pôle ou à l’autre, entraînera, logiquement, l’apparition catastrophique d’un symptôme, à un moment donné. Ce symptôme signera la ré-émergence, douloureuse et forcée, du pôle opposé.

> Document clinique : La jouissance vibratoire de l’oscillation mystique peut devenir telle qu’elle trouble et gêne la personne qui la vit ; voir à ce sujet l’article : Vie de Sainte Catherine de Gêne (extrait) : Souvent Dieu la faisait boire au torrent des délices des bienheureux, et la remplissait d’une suavité spirituelle si exquise, que le corps lui-même y participait et en ressentait les surprenants effets

 


La suite dans les articles :

 


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[1Voir l’article : « Totipotence et castration »

[4in Dōgen, La vision immédiate - Nature, éveil et tradition selon le Shōbōgenzō - traduction Bernard Faure, Editions Le Mail, 1987

[5Voir l’article sur l’eschatologie de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Eschatologie

[6Esotérique vient du grec εσώτερoς (esôteros), qui signifie « intérieur » (dérivé de l’adverbe έσω, « en dedans »)

[7En logique, il s’agit de revenir par le pôle du « ni-ni » au plus près de la totipotence initiale - voir l’article « Totipotence et castration »

[8Wikipédia : Les sept péchés capitaux sont, dans la religion catholique, la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie. Ils sont nommés capitaux non en raison de leur gravité (le meurtre n’y figure pas), mais parce que ce sont d’eux que découlent les autres.

[9in Dōgen, ibid

[10Louis Ménard, 1863 : Les Grecs désignaient sous le nom de Mystères, du mot muein, fermer la bouche, rester muet, certaines cérémonies religieuses qui s’accomplissaient dans la nuit, et en silence. Un mystère n’était pas, pour eux un dogme incompréhensible pour la raison et imposé par l’autorité ou accepté par la foi ; cette idée est tout à fait étrangère au polythéisme ; c’était seulement un secret qu’on ne devait pas révéler, aporrhton, une chose ineffable.

1 Messages

  • 1
    Daniel Hourès
    26 février 2012 @ 19:01
    DÉMARCHE MYSTIQUE ET DÉMARCHE INITIATIQUE.

    PRÉAMBULE. Il est bon de rappeler tout d’abord que c’est René Guénon qui le premier (et le seul) a aussi clairement explicité les différences qui existent entre une démarche mystique et une démarche initiatique. Il l’a fait avec une détermination qui ne pouvait, semble-t-il, se justifier que par la nécessité impérieuse qu’il y avait à établir cette distinction aux yeux de ceux qui seraient intéressés par une perspective initiatique véritable et devant qui, on ne faisait figurer alors qu’une notion unique, celle de la mystique, avec tous les inconvénients que pouvait présenter pour eux une telle méprise. C’est pourquoi, il me semble assez nécessaire de prendre pour référence les différentes remarques de René Guénon La confusion entre une démarche initiation et une démarche mystique est l’œuvre de ceux qui veulent nier la réalité de l’initiation par réduction à quelque chose d’autre. De la même façon, les milieux occultistes tentent d’annexer l’initiation et d’y faire rentrer des choses comme le mysticisme qui y sont étrangères.

    QU’EST-CE UNE DÉMARCHE MYSTIQUE ? Si le mysticisme occupe une place importante et dangereuse chez beaucoup de personnes, c’est à cause de l’importance excessive qu’elles attribuent aux phénomènes occultes. C’est la raison pour laquelle le mysticisme séduit des personnes qui s’illusionnent sur sa portée réelle. Même si le mysticisme est légitime car rattaché comme toutes les sciences traditionnelles aux principes supérieurs, il est cependant très peu considéré car situé dans les derniers rangs des applications secondaires et en fait l’une des sciences inférieures du monde de l’ésotérisme. On peut considérer la démarche mystique comme une recherche expérimentale En effet, les mystiques, dans leur démarche, sont livrés à eux-mêmes et ils manient dans l’ignorance des forces redoutables. Dans le cas du mysticisme, l’individu reçoit simplement ce qui se présente à lui, tel qu’il se présente, sans que lui-même y soit pour rien, il est ouvert à toutes les influences quelles qu’elles soient, il ne peut établir de discrimination entre elles et n’a pas la préparation doctrinale nécessaire. Cette passivité mystique explique les erreurs modernes qui confondent les mystiques avec les médiums et les « sensitifs ». Il a les défauts de son type ; rêveur, visionnaire, non-pratique, émotionnel, et manquant de cette qualité mentale que nous appelons la discrimination. Il est intuitif, enclin au martyre et au sacrifice personnel. Du coup, le mystique est trop facilement dupe de son imagination dont les productions se mêlent de façon inextricable aux résultats réels de son expérience. C’est pourquoi, il ne faut jamais accepter sans contrôle les « révélations » des mystiques. D’où les déplorables accidents qui résultent de leur imprudence et qui consistent en de gros risques de déséquilibre. Ce déséquilibre est la conséquence de la communication avec le « plan vital », domaine de la manifestation subtile dans ses modalités les plus proches de l’ordre corporel et donc le plus facilement accessibles à l’homme ordinaire. La cause en est le développement de certaines possibilités individuelles d’un ordre assez inférieur : Si ce développement se produit de façon anormale, désordonnée et inharmonique, au détriment de possibilités supérieures, le résultat est forcément au minimum ce déséquilibre, voire le déclenchement en réaction de forces qui peuvent être terribles avec lesquelles l’individu se met inconsidérément en contact. Guénon emploi le mot « forces » plutôt qu’ « entités » pour ne pas donner lieu à des personnifications fantaisistes de la part de ceux qui ne manient pas bien les symboles.

    QU’EST-CE UNE DÉMARCHE INITIATIQUE ? Si le processus initiatique de sociétés ou cultures anciennes comportaient un certain nombre d’épreuves, parfois cruelles ou mutilantes, au cours des cérémonies d’initiation, aujourd’hui, en Maçonnerie, l’impétrant ne subit fort heureusement que des épreuves symboliques. La Franc-maçonnerie est une vraie démarche initiatique par la voie proposée, symbolique par son enseignement, traditionnelle par son incontestable historicité et sa référence au Rite, à l’Histoire des Hommes, et spirituelle par son invocation au Grand Architecte de l’Univers qui renvoie l’homme à ses origines comme vers son destin. Ainsi la Maçonnerie, société de pensée de nature initiatique, à caractère fraternel et philanthropique ne peut être assimilée ni à une secte, ni à une Eglise, ni à un parti politique, car elle n’a pas à conquérir le pouvoir. La démarche initiatique représente la spécificité majeure du Rite Ecossais Ancien et Accepté. La première spécificité de ce Rite est la notion de spiritualité, c’est-à-dire :

    Il prône la primauté se l’esprit sur la matière, - Il croit en la perfectibilité de l’Homme et met à sa disposition une méthode de perfectionnement individuel. La progression initiatique qu’il propose, apporte à l’initié une Connaissance spirituelle de plus en plus élevée, avec la conscience d’appartenir à un « Tout » ordonné, cohérent, en évolution permanente, tout en participant personnellement à l’amélioration constante de l’humanité. Ainsi, le fondement de l’initiation se situe dans un accès à la transcendance par une communication des mystères traditionnels, et qu’il ne peut pas avoir d’initiation en dehors d’une transmission dans le cadre d’une institution traditionnelle, gardienne des secrets et mystères qu’elle transmet à ceux qu’elle juge dignes de les recevoir. Dans les mystères antiques, la dimension initiatique se faisait dans le cadre d’une œuvre, d’une action créatrice, participant ainsi à l’œuvre génératrice du monde par la nature. Si on fait référence à une définition classique du rite : « C’est un ensemble de pratiques, au sein d’une même institution, destiné à rassembler ses membres, autour d’une même Tradition, orientés vers le même objectif : l’accès à la notion de sacré et le perfectionnement de l’homme », encore convient-il de préciser que tout rite est initiatique lorsque ses rituels d’initiation mettent l’impétrant dans une ou plusieurs situations successives favorables à une prise de conscience.
    EN CONCLUSION. Etre un Initié ou être un mystique, ce n’est pas la même chose. L’initiation, la compréhension intuitive des mystères que la raison ne peut expliquer, est un processus abyssal, une lente transformation de l’Esprit et du Corps, qui peut amener à l’exercice de qualités supérieures et jusqu’à la conquête de l’immortalité, mais c’est quelque chose d’intime, de secret. La démarche mystique et la démarche initiatique présentent des caractères forts différents et sont deux voies distinctes et incompatibles. Le mysticisme est passif et l’initiation est active. Il faut cependant expliquer clairement ce que cela signifie. Dans le cas du mysticisme, l’individu :

    reçoit simplement ce qui se présente à lui, tel qu’il se présente, sans que lui-même y soit pour rien,
    est ouvert à toutes les influences quelles qu’elles soient,
    ne peut établir de discrimination entre elles,
    n’a pas la préparation doctrinale nécessaire. Cette passivité mystique explique les erreurs modernes qui confondent les mystiques avec les médiums et les « sensitifs ». Dans le cas de l’initiation, l’individu :
    a l’initiative d’une réalisation qui se poursuivra méthodiquement sous un contrôle rigoureux et incessant,
    devra normalement aboutir à dépasser les possibilités mêmes de l’individu comme tel. Certes, l’individu ne saurait se dépasser lui-même par ses propres moyens mais son initiative constitue obligatoirement le point de départ de toute réalisation comme nous le rappelle René Guénon.
    Daniel Hourès


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