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Document clinique : l’unique moyen selon Léon Tolstoï (extrait)

D 16 août 2008     H 15:26     A Léon Tolstoï     C 0 messages


Cet extrait d’un article de Léon Tolstoï illustre l’article : L’espace, le temps, le sacré, le sacrifice de l’anthropophagie et de l’inceste- la seule façon de réaliser la révolution prolétarienne, selon Tolstoï en 1901, passe par une purification des membres de la classe ouvrière...

 


 

8 ) Les ouvriers doivent eux-mêmes se purifier pour que les
gouvernements et les riches cessent de manger leurs vies.

La gale ne peut se montrer que sur un corps malpropre et elle s’en nourrit
tant qu’il reste tel. C’est pourquoi, pour délivrer les ouvriers de leurs maux, il
n’y a qu’un moyen : la purification d’eux-mêmes.

Pour l’obtenir, il est
nécessaire de se débarrasser des superstitions ecclésiastiques,
gouvernementales et scientifiques, et d’avoir foi en Dieu et en sa loi.

C’est le seul moyen d’affranchissement.

Autrement, on rencontre un ouvrier
soit instruit, soit simple et illettré ; tous deux sont pleins d’indignation contre
l’ordre existant. L’ouvrier instruit ne croit ni en Dieu ni en sa loi, mais il connaît
Marx, Lassalle, suit l’activité des Bebel, des Jaurès dans les parlements et
prononce d’admirables discours sur l’injustice de l’accaparement de la terre,
des instruments de travail, de la transmission des biens par héritage, etc.

L’ouvrier ignorant, bien qu’il ne sache pas les théories et croie en la Trinité,
à la Rédemption, etc., est également révolté contre les propriétaires fonciers,
contre les capitalistes et trouve mauvais tout l’ordre existant. Mais, donnez à
ces ouvriers — savants ou ignorants — la possibilité d’améliorer leur
situation, soit en produisant certains objets à meilleur marché que le font les
autres, bien que cela ruinerait des dizaines, des centaines, des milliers de
camarades ; soit en leur donnant la possibilité d’entrer comme employés chez
des capitalistes avec un gros salaire ; soit en leur donnant la possibilité
d’acheter des terres, d’installer des établissements avec le travail loué, et 999
sur mille, sans réfléchir, feront cela et défendront leurs droits fonciers ou leurs
droits de patrons encore plus âprement que les propriétaires et capitalistes
nés.

Et aucun d’eux ne pense que sa participation au meurtre, c’est-à-dire au
service militaire, ou dans la levée des impôts destinés à l’entretien des
armées, est un acte non seulement mauvais moralement, mais le plus
nuisible pour ses compagnons et pour lui-même, et que c’est l’acte qui
précisément, sert de base à l’esclavage ; mais aucun d’eux n’y pense et tous
donnent volontairement l’impôt pour l’armée, ou entrent eux-mêmes comme
soldats, trouvant cela tout à fait naturel.

Est-il possible que de tels hommes organisent une société autre que celle
qui existe actuellement ?

Les ouvriers accusent de leur situation l’avidité et la cruauté des
propriétaires fonciers, des capitalistes, des violateurs, mais enfin tous les
ouvriers ou presque tous, sans foi en Dieu et en sa loi, sont eux-mêmes des
propriétaires, des capitalistes, des violateurs, seulement de très petits et sans
succès.

Un garçon de la campagne ayant besoin d’argent vient en ville chez son
compatriote qui est cocher chez un riche négociant, et il lui demande de lui
trouver une place quelconque, satisfait même d’un salaire moindre que le
salaire ordinaire. Le garçon de la campagne est prêt à rentrer en place ; le
matin du jour suivant, en arrivant chez le portier, il entend par hasard les
plaintes d’un vieillard qui a perdu sa place et ne sait comment exister. Le
garçon a pitié du vieillard, il refuse la place, ne voulant pas faire à un autre
homme ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fît.

Qu’un paysan avec une
nombreuse famille entre dans une place très bien payée, comme employé
d’un propriétaire riche et sévère. Le nouvel employé sent sa famille garantie,
il est content de la place, mais aussitôt entré en fonctions, il doit infliger des
amendes aux paysans parce que leurs chevaux sont entrés dans les champs
de son maître ; punir les femmes qui, pour se chauffer, ramassaient des
branches dans la forêt du maître ; il lui faut diminuer le salaire des ouvriers et
les forcer à travailler jusqu’à l’exténuation. Et celui qui est entré comme
employé sent que sa conscience ne lui permet pas de s’occuper de cette
besogne, il refuse, et malgré les plaintes et les reproches de sa famille reste
sans emploi et se met à un autre travail qui lui rapporte beaucoup moins.

Ou
encore on ordonne à un soldat, amené avec sa compagnie contre des
ouvriers rebelles, de tirer sur eux, il refuse d’obéir et subit pour cela de cruels
tourments.

Tous ces hommes agissent ainsi parce qu’ils voient ce mal qu’ils
font aux autres et leur cœur leur dit nettement que ce qu’ils font est contraire
à la loi de Dieu : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te
fassent. Mais si un ouvrier diminue le prix du travail et ne voit pas ceux
auxquels il fait du mal, le mal ainsi causé à ses frères n’en subsiste pas
moins. Et si l’ouvrier vient du côté des maîtres et ne sent pas le dommage
qu’il fait aux siens, le dommage reste quand même.

La même chose avec un homme qui entre au service militaire et s’y
prépare à tuer ses frères le cas échéant. Si en entrant au régiment il ne voit
pas encore qui et comment il tuera ; en apprenant à tirer, à enfoncer la
baïonnette il peut comprendre ce qu’il arrivera à faire.

Ainsi pour que les ouvriers se débarrassent du joug et de l’esclavage, leur
faut-il élever en eux le sentiment religieux qui défend tout ce qui empire la
situation générale de leurs frères, même s’ils ne remarquent pas cette
augmentation du mal. Il leur faut s’abstenir religieusement — comme les
hommes s’abstiennent maintenant de manger du porc, de faire gras en
carême, de travailler le dimanche, etc., 1° de travailler chez les capitalistes si
seulement ils peuvent vivre sans cela ; 2° de proposer le travail pour un prix
moindre que celui établi ; 3° d’améliorer leur situation en passant du côté des
capitalistes et en les servant ; 4° principalement, de participer dans la
violation gouvernementale, soit sous forme de service policier, douanier ou
en général militaire.

Seulement par tel rapport religieux à leur forme d’activité, les ouvriers
pourront se délivrer de leur asservissement.

Un ouvrier est-il prêt, pour le profit ou par la peur, à entrer dans les rangs
des organisés assassins-soldats ; ou sans éprouver de remords de
conscience, est-il prêt, froidement, pour l’augmentation de son bien-être, à
priver du gain un homme qui en a plus besoin que lui ; ou pour l’argent, à
passer du côté des oppresseurs en aidant à leur activité, il n’a pas à se
plaindre.

Quelle que soit sa situation, il la fait lui-même, et lui-même ne peut être que
l’opprimé ou l’oppresseur.

Et cela ne peut être autrement, N’ayant pas la foi en Dieu et en sa loi,
l’homme ne peut pas ne pas désirer recevoir pour lui, dans sa vie éphémère,
la plus grande quantité possible de biens, quelle qu’en soit la conséquence
pour les autres. Et aussitôt que tous les hommes désirent chacun pour soi le
plus grand bien possible, quelle qu’en soit la conséquence pour les autres,
alors, inévitablement quelque mesure on n’introduirait pas, ces hommes se
grouperont tous en un amas conique au sommet duquel seront les dominants
et à la base les opprimés.


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