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Qu’est-ce qu’une lignée paternelle ?

D 27 mars 2019     H 20:00     A Louÿs Jacques     C 0 messages


introduction

Le délire est un mensonge dans lequel une personne s’enferre en y assujettissant le langage, à partir d’un moment-clé où elle éprouve elle-même l’effet d’un mensonge fondamental. C’est comme sur la route, quand vous passez au feu orange : il y a souvent quelqu’un que vous auriez tenté à déraper et qui passe au rouge derrière-vous ! Une telle situation de mensonge remarquable est celle où la personne rencontre un « père » qui se montre incapable de transmettre les valeurs de sa lignée paternelle. Mais de quelle transmission s’agit-il, au juste ? Et avant cela : qu’est-ce qu’un père ?

Qu’est-ce qu’un « père » ?

Nous avons l’habitude qu’un « père » soit une personne concrète, en chair et en os [1]. Un jour, une femme lui dit son désir authentique d’enfanter avec lui. Il acceptera l’aventure de la procréation, en la mettant enceinte. Il acceptera librement « d’engendrer », selon le terme technique utilisé pour l’homme. Cette petite scène du désir et de la demande d’enfant, toujours émouvante, suffit pour qualifier l’homme de futur père. A la naissance de l’enfant, il deviendra père pour de bon. Si le couple va mal par la suite, la mère de l’enfant continuera généralement de l’appeler ainsi, même si elle n’est plus d’accord avec lui.

Notons bien que le père est une « personne particulière ». C’est une « personne », car c’est un humain en relation avec une autre personne, sa femme. C’est une personne « particulière », car c’est avec elle qu’il va réaliser cet engendrement, qu’il va « s’engager ». Pour que son accord soit valable, il faudra qu’il soit libre de le faire. C’est une condition nécessaire. Une personne aliénée ne peut, par définition, s’engager avec une autre. Cela veut dire, pour l’homme sollicité, de disposer d’assez de libre arbitre personnel, pour pouvoir effectivement répondre à la demande féminine. Il faut aussi qu’il bénéficie d’assez de liberté sociale, pour que sa volonté soit réelle et non obérée d’avance.

Le désir authentique de maternité d’une femme et la liberté entière de la décision d’engendrer du futur père, sont un préalable indispensable à toute procréation humaine qui ne soit pas aliénée.

Pour la femme, cela va encore plus loin. L’homme reproducteur choisi est celui avec qui elle va se rendre féconde, en perdant sa virginité, en ne prenant pas ou plus de contraception pendant les rapports sexuels. Elle attend aussi que cet homme l’accompagne et la soutienne, pour qu’elle puisse réaliser, dans de bonnes conditions, cette production sexuée si étonnante qu’est celle d’un enfant. Elle compte, de façon plus ou moins explicite, sur sa protection et sa bienveillance pour la période de gestation et ensuite, pour celle du maternage, où elle aura à s’occuper spécialement de son nourrisson. A lui de s’occuper plus particulièrement des « relations extérieures » du couple dans ces moments-là, quand elle va avoir à se consacrer à « l’intime » et à un intime spécialement prenant.

Proposition d’engendrement par le père

Parfois, c’est l’homme qui initie l’aventure, en proposant à sa femme de la rendre enceinte. Il se montre sensible au désir d’enfant de celle-ci et à l’envie concrète de procréer que cela implique. Il s’identifie à sa femme désirante et accepte de jouer un rôle déterminant dans l’enfantement d’un enfant commun. Celle-ci va pouvoir disposer de la proposition de l’homme. Elle peut même être entièrement dans l’attente de cette proposition, qui lui semble la procédure normale pour enfanter. Même aujourd’hui, il est fréquent de rencontrer une jeune femme absolument frustrée par l’attente trop prolongée, à son goût, de cette proposition d’engendrement, que devrait absolument lui faire son compagnon. Elle peut même ressentir ce manque comme une preuve absolue du non-amour de celui-ci. Il vaudrait mieux qu’elle accepte que beaucoup d’hommes ne sont pas très doués pour comprendre l’âme féminine et ses sous-entendus implicites et qu’à ce sujet, le sien ne dénote pas vraiment des autres.

Une fonction paternelle

Cela nous permet de penser à l’existence d’une fonction paternelle. Tout d’abord, il s’agit, pour un homme, de répondre librement à la demande d’enfantement d’une femme. Ensuite, il lui faut l’accompagner dans sa grossesse. Puis, il devra continuer de la soutenir au moins dans la période de maternage et d’accordage des premiers mois de l’enfant. Pour l’homme, en voie d’être père ou qui l’est déjà devenu, c’est assumer des responsabilités de chef vis à vis de l’extérieur du couple et de la famille. Il partage les tâches du couple, avec l’approbation de sa femme, considérablement occupée pour sa part à la création du corps et du psychisme de leur enfant. En effet, c’est un travail considérable que cette réalisation, même si tout va parfaitement bien pour elle et l’enfant. Enfin, pour le père, cette fonction paternelle consiste à établir une relation particulière avec l’enfant produit : être père d’un enfant qui a dépassé le stade du nourrisson, celui des yeux dans les yeux avec sa mère et qui est devenu capable de varier ses vis à vis. Pour ce père, se crée une « relation filiale » avec un autre humain, l’enfant qui est maintenant son enfant à lui aussi. En même temps, survient le problème de la gestion de la « dette », que sa décision d’engendrer a occasionné pour son enfant, même avant la conception de celui-ci. Pourquoi se mettre à parler d’une dette qu’aurait contracté l’enfant avec son père ? Il s’agit au moins d’une dette morale, celle de sa propre existence, même s’il n’y a pas à considérer, pour lui, d’autre héritage bien conséquent.

Paternité et dette filiale

Pour l’enfant, ce qui est notable, c’est cette responsabilité particulière que son père a eu dans sa naissance. Vis à vis de sa mère, l’enfant vit le désir persistant de celle-ci à son égard,- sauf situation traumatique, pour sa conception ou son développement, ce que je n’aborde pas ici. C’est une situation assez simple et naturelle. Mais, pour son père, l’enfant doit comprendre l’accord que celui-ci a dû donner pour son existence de rejeton. Le père a une responsabilité particulière dans sa création, puisqu’il a dû acquiescer librement à celle-ci. Un désir n’a pas besoin d’acquiescement par le désirant ; il existe et s’impose par lui-même, en submergeant tout, parfois. Pour un homme, un engendrement a besoin d’une prise de décision consciente, sauf irresponsabilité caractérisée. C’est ce que le père incarne pour l’enfant : cette responsabilité si particulière pour son existence même, cet engagement tenu de le faire exister. Il se retrouve ainsi redevable de cette décision paternelle, à qui il « doit » la vie. Il a une « dette » vis à vis de ce père, qui est la dette d’être venu à la vie. Comment rembourser cette dette si singulière ?

Même si l’enfant ne comprend pas pourquoi son père a pris cette décision si cruciale de sa conception et de sa réalisation, il est forcé d’accepter que cela s’est bien passé ainsi, puisqu’il est là, en vie, sur Terre ! Les jeux sexués enfantins de la période oedipienne, qui rappellent d’ailleurs les jeux sexués des petits mammifères, peuvent se terminer par un refoulement complet des intérêts pour la sexualité. La période de latence est souvent une période de tranquillité à ce sujet. Les poussées hormonales de l’adolescence reviendront ouvrir immanquablement la question de la reproduction sexuelle et de la dette que cela entraîne pour l’enfant. Il devra tenir compte de ce qu’il a un père et un passif avec lui. Il lui faudra répondre à la manière de se libérer de cette dette, s’il veut devenir un adulte libre à son tour.

La gestion paternelle de la dette d’exister de son enfant

Pour le père, cela veut dire gérer cette dette que ressent son enfant avec lui. La situation ne sera pas tout à fait identique, si son enfant est une fille ou un garçon.

1) Pour une fille, la dette est celle de rester respectueuse des valeurs de son père, en étant digne de l’exemple donné par ce père dans sa manière d’engendrer. Suivant cet exemple, il est nécessaire que l’homme qu’elle choisira pour procréer, dispose de son libre arbitre, comme son père a pu en disposer avec sa femme. Or, son propre père ne dispose pas de son libre arbitre personnel pour se reproduire éventuellement avec elle, puisqu’il est déjà engagé dans une relation avec sa mère. Et, même s’il pouvait ou voulait décider de choisir sa fille comme nouvelle femme, ou d’accepter d’être pressé par celle-ci de le faire, cela se heurterait à l’interdit de l’inceste. Cet interdit comportemental rédhibitoire est celui par lequel les sociétés humaines confortent les évitements spontanés d’accouplements génétiquement trop proches.



Une fille va pouvoir ainsi rembourser sa dette par l’acceptation d’un sacrifice, qui est celui de sacrifier ses possibles désirs incestueux et la facilité que cela serait, pour elle, de réaliser de cette façon ses envies de maternité. Par là, elle se montrera digne de sa filiation, qui nécessite, comme préalable, de respecter la liberté de l’homme de pouvoir décider d’engendrer ou non. Son sacrifice pourra être offert à son père comme témoignage de sa filiation effective et sa fidélité pourra servir à liquider sa dette envers lui.



Au père de se contenter de cela et de rester garant de cet interdit de l’inceste, en sachant préserver la pudeur de sa fille et en accueillant favorablement le gendre qu’elle voudra bien lui présenter un jour. Il n’y a plus de dette pour elle, elle est libre de procréer avec un compagnon choisi. Si sa fille enfante à son tour, il méritera honorablement le titre de grand-père. La dette d’existence sera entièrement remboursée par cette nouvelle nomination que le père recevra de sa fille, quand elle lui présentera, sans réserve, son nouveau-né.

 Notons que les détournements honteux du patriarcat envers la liberté des femmes à ce sujet, s’estompent heureusement aujourd’hui. Le patriarcat est la maladie honteuse des lignées paternelles et souhaitons que la guérison en cours se poursuive et s’étende.

Mariée russe pleurant devant son père :

2) Pour un garçon, la situation est évidemment différente. Il s’agit, pour cet enfant, d’envisager de devenir père un jour, à son tour, comme son propre père l’était devenu, c’est à dire librement. Il lui faudra résoudre le problème de la dette d’exister, mais d’une autre façon que le ferait une fille. En effet, quel sacrifice lui serait-il possible de pratiquer pour se libérer d’une dette aussi conséquente, que celle de sa propre existence ? Qu’est-ce qui pourrait être à la hauteur de cette dette ? 

Bien sûr, le garçon a aussi à respecter l’interdit de l’inceste vis à vis de sa mère et de ses soeurs, mais ce n’est pas vis à vis de son père.

Il est nécessaire que le père du garçon effectue un geste de compassion, lui témoigne de la miséricorde, en lui remettant lui-même cette dette. Remettre une dette nécessite que celui à qui l’on remet la dette acquiesce à cette remise généreuse. Il est indispensable que le garçon accepte volontairement et librement d’être libéré de sa dette. Cela veut dire que le garçon comprend qu’il ne pourra jamais rembourser sa dette d’exister autrement que par cette remise paternelle de la dette à son égard. C’est comme cela qu’il pourra gagner assez de libre arbitre pour devenir, un jour, capable d’être père à son tour. Le sacrifice qu’il lui faudra faire est celui de sa propre fierté. C’est un sacrifice difficile, qui oblige d’être capable de sacrifier assez de son idéal pour échapper à la névrose. Il nécessite aussi de s’engager à remettre cette dette, à son tour, à sa descendance, de la même façon. Il lui faut être capable de se considérer comme incapable, en quelque sorte.

Pour le père, celui-ci devra réussir à transmettre cet état d’esprit de la bienveillance envers la dette des fils. Il devra également transmettre l’envie à son propre fils d’en transmettre l’esprit à son tour.



C’est alors, dans cette remise générale de dettes, que se réalise vraiment une lignée paternelle. Celle-ci se définit comme être père, de père en fils, avec le partage d’un même esprit de compassion et de liberté pour soi et envers l’autre.


[1Je traiterai des pères symboliques et spirituels et de leurs lignées respectives dans un autre article

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