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Articulation clinique : déréalisations, tics odieux, suicides inopinés, disparitions impulsives, hyperactivités, envies d’infanticides, avec névrose imaginaire compensatoire

D 14 septembre 2004     H 16:51     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Introduction


 

Pour développer son autonomie, le petit enfant doit arriver à développer des capacités psychiques « narcissiques » dans une relation équilibrée entre lui et lui-même, entre action propre et réflexion propre.

Un des aspects de cet équilibre va se jouer entre une affirmation d’un « moi discret », séparé de l’entourage et celle d’un « moi-même » réflexif, où l’entourage va servir de miroir pour lui renvoyer une image unitaire de lui-même.

L’intérioriation de ce miroir va être la source du développement des capacités dites « cognitives » dont la base est constituée des fonctions « imaginaires » corporelles, c’est à dire de traitement d’image. Il se construira ainsi un « moi idéal » réflexif et il mettra sa mère au service de cette réflexion personnelle, comme témoin de celle-ci.

Tandis que sa création d’un « moi discret » au niveau de l’action va l’amener à pouvoir élaborer un schéma corporel valide, en écartant les influences externes sur son corps propre et en privilégiant les mouvements internes qui ont de l’effet sur son activité motrice globale. Il va se distinguer de la motricité conjointe de la dyade mère-enfant en développant ses propres ressources motrices, non en s’opposant mais en s’éloignant quelque peu, en se cachant, en disparaissant de la vue de sa mère.

 

 

En clinique, nous retrouverons l’implication de ce niveau de développement dans des symptômes caractéristiques et des moyens de défense contre le risque de surgissement de ces symptômes.

L’action de construction et de développement d’un moi « discret » peut ainsi, après une période de trop grand effacement et de blocage fonctionnel, resurgir comme symptôme. Il s’agit d’un « retour du refoulé » calamiteux sous l’effet consécutif de l’affaiblissement opposé de l’image spéculaire de lui-même et sous l’effet du fonctionnement d’ensemble du psychisme qui déborde le blocage local. A chaque cas, il faut pouvoir évaluer ce qui ressort plus ou moins de l’atteinte de l’image réflexive et donc du caractère plus ou moins « réactionnel » de l’apparition du symptôme. Et on ne décèle pas toujours de cause particulière qui déclencherait le symptôme. Il faut alors penser à des causes plus générales.

Nous allons décrire succinctement l’aspect de ce type de symptôme et ensuite les moyens de défense spécifiques qui peuvent être utilisés par la personne en risque de tel symptôme pour l’empêcher d’apparaître.

 


 1 ) Le déchaînement du « moi discret » comme symptôme


 

 

L’utilité de pouvoir distinguer dans l’action entre ce qui provient de mouvements externes et ce qui résulte de mouvements propres (internes) est importante. Il s’agit de pouvoir soustraire son corps à des déterministes moteurs externes afin de rendre fonctionnel un schéma corporel latent, préparé neurologiquement. Mais quand ce mécanisme va surgir symptomatiquement, de façon forcée, il ne va être ni volontaire, ni normal. Nous allons nous trouver devant des impulsions irrésistibles d’isolation chez une personne qui doit se soustraire sans précaution de son environnement et notamment de ses proches et qui va donc en souffrir par là même.

  • La fugue en est une figure caractéristique. Elle n’a pas de préparation, pas d’élaboration, pas de but autre que celle de fuir intempestivement l’environnement habituel.
  • La tentative de suicide en est une autre, non préparée, non dépressive, soudaine et inexplicable, comme une fuite hors du monde entier. La personne ne peut expliquer pourquoi son impulsivité à pris une telle tournure catastrophique, et l’entourage ( et le soignant naïf ) reste saisi d’incompréhension devant un tel comportement. A moins qu’il ne cherche des explications pseudo-rationnelles qui ne font que banaliser le problème (voir les déficiences de prise en charge de ces TDS aux urgences des hôpitaux).

 

 

Ces « discrétions » impulsives peuvent prendre des aspects plus inattendus :

  • tics moteurs incoercibles de rejet de l’autre ( gestuels, verbaux... ),
  • comportements répugnants ou menaçants involontaires qui font s’écarter les autres,
  • bagarres impulsives qui cassent toute relation, où l’on casse sa réputation en quelque sorte,
  • cassages concret de vitres, de miroirs qui reflètent trop la personne, au moment elle se regarde dedans ou quand elle passe inopinément devant et s’y voit reflété,
  • envies irrésistibles de meurtres de proche comme dans les envies effroyables d’infanticide ou de meurtre de son conjoint ou de meurtre d’intervenants où il s’agit de faire disparaître les témoins de l’image idéale ; voir sur le site l’exemple clinique de Madame T... que rapporte Esquirol,
  • se cacher chez soi soudainement, sans que ses proches s’en rendent compte et les laisser se faire rechercher sans tenir compte de leurs inquiétudes,
  • certaines hyperactivités où l’on se rend insaisissable, impulsions brouillonnes soudaines où la personne disparaît de la vue des autres dans une activité peu construite
  • émigration immotivée et désastreuse,
  • citons enfin la déréalisation, où c’est la réalité du monde entier qui est évacuée, où c’est le sentiment interne même de la réalité qui se trouve rejeté, symptôme de plus en plus fréquent aujourd’hui.

Il y a sûrement beaucoup d’autres aspects à ce symptôme, qu’il faudrait rassembler pour les rendre compréhensibles.

La déréalisation, particulièrement pénible, est souvent associée à la dépersonnalisation en clinique, quand les effondrements cognitifs du moi idéal s’associent aux effondrements affectifs du même registre corporel psychique. Mais, elle peut tout à fait se retrouver seule comme symptôme.

 


 2 ) La névrose imaginaire comme moyen de défense


 

Une adaptation pathologique à ce type de symptôme peut être de renforcer au maximum l’image spéculaire de soi-même dans ses diverses élaborations après le stade du miroir originel.

 

 

Rappelons que dans le stade du miroir, un enfant va anticiper dans un reflet une image idéale de lui-même, par exemple le fait qu’il soit capable de tenir debout d’un bloc alors que son corps n’est pas vraiment capable encore d’y arriver.

Cette anticipation idéale va être le trait marquant pour reconnaître un tel type d’image ; les capacités neurologiques cognitives vont être utilisées d’abord à ces fins comme capacités imaginaires idéales. Nous aurons une personne qui va surinvestir ses capacités cognitives d’anticipation unitaire, par la résolution réussie de « problèmes » qui lui montreront sa valeur idéale, depuis le calcul mental jusqu’aux problèmes philosophiques ou métaphysiques les plus complexes. Souvent, on parle d’obsession, de TOC, à propos de ces ruminations cognitives, mais cela n’est pas la même chose en clinique. Elle doit être sans cesse plus « brillante » à ses propres yeux. Mais, il lui faudra résoudre des problèmes toujours plus difficiles pour garder active cette anticipation cognitive idéale d’elle-même. Ce sera donc quelqu’un qui se prendra, qui s’identifiera à sa cogitation toujours en recherche. Cela pourra aller de la recherche d’un style remarquable le plus basique, comme de se peigner longuement, aux recherches philosophiques ou scientifiques les plus élaborées. Cela dépendra de la conception du moi-idéal que se fera la personne. La réification, la rigidité de ce moi idéal nous montrera la personne cherchant à éloigner, à tout prix, le risque du symptôme d’effondrement narcissique. Cela prendra même, parfois, le chemin du développement de capacités peu communes d’analyse, y compris psychologiques, et de capacités cognitives rares et spectaculaires qui montrerons la « passion » cognitive à l’œuvre. Ce sera l’aspect du « savant » idiot ou maladroit que la littérature a abondemment décrit : « Le prince Mychkine est un être fondamentalement bon, mais sa bonté confine à la naïveté et à l’idiotie, même s’il est capable d’analyses psychologiques très fines. » (Wikipédia : L’Idiot, roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski.

 

 

Cela contrastera avec la baisse de ses capacités d’action, puisque c’est pour lutter contre le risque de leur déchaînement intempestif qu’il se cassera autant la tête. Il n’arrêtera pas de « réfléchir » mais il sera très inhibé en contrepartie, ne pouvant se servir de ses capacités réflexives pour une action effective. Nous reconnaîtrons ici le trait principal du caractère autrefois dit « hystérique », que nous appellerons : névrose imaginaire compensatoire.

Bien sûr, le retour chez cette personne, si inhibée et si cogitatrice, de fugues ou de tentatives de suicide, viendra montrer l’échec de ce moyen de défense et l’écroulement de la structure psychique de la personne.

 

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