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Traumatisme et symptôme psychiques

samedi 27 février 2010, par Louÿs Jacques

Article lu à 3039 reprises

Article de février 2008 - révisé en février 2010


 

Dans un fait clinique réactionnel, notre conception du psychisme doit nous permettre d’articuler,- sans pour autant les séparer complètement, les deux processus suivants :

  • Un événement de vie provoque, chez quelqu’un, un effondrement des régulations homéostatiques du psychisme ; cela réalise chez celui-ci une véritable effraction psychique traumatique, sans qu’apparaisse, apparemment, une possibilité de métabolisation et d’apaisement.
  • La même sorte d’événement peut engendrer, chez un autre, l’échec de l’utilisation habituelle d’un mode de défense ; celui-ci est entretenu par refoulement de fonctions psychiques, dans un ou plusieurs registres psychiques ; l’événement en question, va provoquer, chez celui-là, un retour du refoulé sous forme du surgissement forcé et douloureux de symptôme(s) incompréhensible(s).

 

 


L’effraction psychique traumatique


 

Quand un fait clinique persistant apparaît comme traumatique, secondaire à une atteinte importante des équilibres délicats des fonctions contraires réalisant le psychisme, quand apparaît un effondrement plus ou moins complet de ces équilibres, le clinicien doit se poser la question de la persistance de la reviviscence de la scène traumatique. Pourquoi ne cicatrise t’elle pas ? Pourquoi ce non-refoulement qui ne résorbe pas l’imprévisible atteinte fonctionnelle ? Le traumatisé, dans sa persistance à rester sous le coup du trauma, ne présente pas de symptôme conçu comme retour du refoulé. Il ne peut / veut plus utiliser un retour à un fonctionnement psychique basé sur les modes de défense car celui-ci n’a pas tenu le coup dans le choc rencontré. Le traumatisé résiste, justement, à ce retour à la situation antérieure en continuant à être un “traumatisé”. Il utilise l’effondrement traumatique à ces fins, en y stagnant. La personne s’obnubile alors sur son trauma. Elle va le faire, par exemple, dans la construction d’une espèce d’état confuso-onirique. En rêve éveillé, elle rejoue sans cesse la scène traumatique comme étant toujours là, dans un présent qui s’éternise. Ce présent est hors du lieu et du temps de la personne. Celle-ci cherche à pousser le clinicien à croire que son incapacité à refouler est réelle, qu’elle est une pauvre et complète victime des circonstances.

 

 


L’apparition d’un symptôme psychique par la force du réel


 

Quelqu’un symptomatise quand il ne veut pas remettre en question son fonctionnement psychique dysharmonique et déséquilibré de base. Celui-ci résulte de l’utilisation habituelle de modes de défense. On est amené à considérer en clinique qu’il ne peut / veut plus aborder le côté traumatique de son existence. Il réduit, par exemple de façon névrotique, le conjoncturel et le moment du traumatique à un élément de fantasme. L’oubli du réel est corollaire du refoulement, quel que soit l’aspect et la manière de celui-ci. Il continue, de façon répétitive et monotone, à être pervers, névrosé, autiste, dépressif... C’est sa manière de mettre sa volonté au service de son incapacité à aborder facilement le “trauma” et l’imprévu, avec les capacités d’accomodation que cela nécessite. Du coup, cette difficulté est considérée et présentée par lui comme foncière, comme totale et irrémédiable. Il oublie, par là, ses oublis, en quelque sorte.

Le clinicien tombe dans le piège tendu s’il se met à y croire lui aussi, s’il se dit, par exemple : "le Réel n’est pas la réalité ; on n’a pas accès au Réel qui est toujours hors du monde représentatif de l’être humain". Il ferait mieux plutôt de considérer que nous avons accès à un réel limité. Notre réalité humaine est un réel limité, réduit à cause de nos filtres transducteurs inconscients. Ce n’est pas un en deçà du Réel. On ne fonctionne pas psychiquement hors du lieu et du temps réel. Le psychisme utilise des bouts du réel en les actualisant, en révélant leurs potentialités articulatoires mais le réel n’est pas un au-delà inaccessible, un Réel philosophique avec un grand R.

 


Réponse au traumatisé psychique


 

Il y a un risque d’opposer ce qui serait chez certains "traumatisme", avec son absence foncière de refoulement, de ce qui serait, chez d’autres, "refoulement" chronique et indépassable à la source du symptôme. Ce serait se mettre dans l’incapacité de prendre en charge et de traiter les problèmes psychiques des personnes.

S’il échappe au piège tendu par le traumatisé, le clinicien doit, sans nier la difficulté de la personne choquée dans des circonstances et moments particuliers, arriver à l’interpeller ainsi :
« D’accord, vous avez des difficultés à oublier mais vous vous ingéniez aussi à croire ces difficultés complètes. C’est comme si vous n’aviez jamais connu un état préalable, comme si vous n’aviez pas de passé ni d’avenir. Quelle est alors votre recherche de faire cela ? Ne voulez-vous pas vous apercevoir que la danse psychique nécessite un choix des éléments retenus pour danser ? Ne voulez-vous pas comprendre qu’un choix n’est pas un refoulement calamiteux ? Que cela ne vous empêchera pas de vous adapter quand même aux circonstances et de renaître un tant soit peu à la vie normale ? »

Le traumatisé sera considéré ainsi comme quelqu’un qui redoute trop le refoulement, comme quelqu’un qui doit rester sans cesse dans l’insupportable sous peine de ne plus être jamais capable de s’adapter à l’imprévu. Il ne s’agit donc surtout pas de ressasser avec lui l’événement traumatisant, en commençant par éviter le "debriefing" post-événement où on lui fait repenser à l’insupportable. Déjà, ne pas remuer le couteau dans la plaie...

 


Réponse au symptomatisant psychique


 

Par contre, avec quelqu’un ne voulant pas sortir du refoulement et du symptôme, avec quelqu’un ne voulant plus jamais se confronter au réel si insupportable, le clinicien doit pouvoir l’interpeller sur son refus de considérer que la joie de vivre existe. Il doit lui témoigner que la réalité n’est pas d’abord traumatique et souffrante. Et ce, malgré ce que le symptomatisant a pu tirer de son expérience de vie et qu’il voudrait absolument oublier. Il devra lui dire que la jouissance de vie nécessite une utilisation du réel même si elle n’est que partielle. Il devra lui montrer que cela lui permettra justement de supporter les inévitables blessures de la vie qu’il peut encore rencontrer. Il ne s’agit donc surtout pas de ressasser le symptôme avec lui, en cherchant un sens autre au symptome que d’être un retour intempestif du refoulé. Le fantasme n’est qu’un rêve et son point de ratage n’est pas forcément traumatique. Il peut être jouissif...

 


Conclusion


 

Etre thérapeute sera donc arriver à amener le traumatisé, scotché à l’événement effroyable, à décoller du pont de son bateau une fois la tempête passée, pour regagner une cabine plus vivable. Ce sera aussi considérer, avec le symptomatisant, qu’il n’est pas, lui, condamné aux fers. Il devra soutenir que la résilience n’est pas réservée à une élite mais que le symptomatisant peut toujours arriver à sortir de son fond de cale et voir de nouveau le soleil. Son travail sera de tirer un tant soit peu le premier, le traumatisé, vers l’ombre de la cale. Tandis qu’il aura comme tâche de ramener le prisonnier du fond de cale, vers un peu plus de soleil du pont.

Nous comprenons maintenant que le clinicien doit apprendre à être prudent quand quelqu’un se présente, à lui, comme un "traumatisé" ou comme un "symptomatisant". Car, de coller à la clinique revendiquée, de l’entériner, lui ferait perdre aussitôt ses capacités de thérapeute. Il persisterait alors, lui-même, dans l’éternité de l’indépassable du traumatisme ou dans la répétition, monotone et stérile, du symptôme. En effet, dans le collage au patient, il a la possibilité de créer des tableaux cliniques particulièrement complets et immuables, “caractérisés”, comme celui de l’Etat de stress post-traumatique (ESPT) ou PTSD en anglais. Ce sont alors des tableaux cliniques suffisamment congelés et stables pour qu’il puisse les travailler à coup de statistiques vérifiables sur de longues périodes. Mais, en satisfaisant les épidémiologistes de la Santé mentale et les utilisateurs du DSM/CIM, il risque de devenir parjure en renonçant, dans les faits, à soigner les souffrances qu’il aurait démontrées ! Il y a un conflit d’intérêt entre le clinicien et le thérapeute, si l’élaboration clinique contribue à "geler" l’évolution d’un patient "traumatisé". C’est tout aussi bien le cas pour un patient "symptomatisant".

Le thérapeute doit alors, s’il veut jouer son rôle, cesser de croire à la clinique, tout en la comprenant. Rude métier...

Un document québecois récent sur l’importance des répercussions de l’effraction psychique traumatique > rapport de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail daté de janvier 2010 et intitulé : "Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un événement traumatique chez les policiers - Volet rétrospectif" (document .pdf)

1 Message

  • Le 17 juillet à 18:43

    A traumatic event involves a single experience, or an enduring or repeating event or events, that completely overwhelm the individual’s ability to cope or integrate the ideas and emotions involved with that experience.

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