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Document clinique : Mademoiselle R... et ses symptômes hystériques

D 27 décembre 2003     H 16:39     A Jean Etienne Esquirol     C 0 messages


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Jean Etienne Esquirol

Le cas de Mademoiselle R... est exposé dans le premier tome de l’ouvrage célèbre de E. Esquirol : « Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal » ( pages 538 à 540 de l’édition de 1838)

> Articulation clinique correspondante : Dissociation de l’image idéale (conversion hystérique ) et autisme

 


 

Une demoiselle, âgée de seize ans, fut sur le point d’être violée par son père ; elle en éprouva tant d’horreur, qu’elle eut de fortes convulsions. Le surlendemain, elle avala en une fois, une potion opiacée préparée pour plusieurs jours. Les accidents qui suivirent furent très graves, et cette jeune personne resta sujette à des attaques de nerfs, très rapprochées et très violentes. Deux ans après, fatiguée de cet état, elle avala quinze grains de tartre émétique : elle vomit beaucoup ; les convulsions augmentèrent.

Mademoiselle R... fut envoyée à Paris, elle était âgée de dix-neuf ans : elle était d’une taille élevée ; elle avait de l’embonpoint, le teint vermeil ; cependant elle éprouvait presque continuellement les souffrances et les convulsions les plus variées et les plus singulières ; elle était successivement aveugle, sourde ou muette, incapable de marcher ou d’avaler. Et cet état persistait pendant quelques heures, pendant un jour et même pendant deux jours ; quelquefois sa langue sortait de deux pouces hors de la bouche, se tuméfiait ; dans d’autres instants, la malade ne pouvait avaler, quelques efforts qu’elle fit : elle a passé sept jours une fois, sans pouvoir rien prendre. Je l’ai vue tomber de toute sa hauteur sur un parquet, tantôt sur le dos, tantôt sur la face, je l’ai vue tourner sur elle-même pendant une heure sans qu’il fût possible à quatre personnes de l’empêcher.

J’avais appliqué un vésicatoire à Ia jambe gauche lorsque mademoiselle R... devenait aveugle, sourde muette, ou sans mouvement, I’application d’une seule goutte de vinaigre sur les plaies du vésicatoire lui rendait subitement la vue, l’ouïe, la parole ou le mouvement. Après quinze jours ce moyen s’usa. Tout le monde jugeait que cette malade était hystérique. On parlait si souvent à cette demoiselle du bien que lui ferait le mariage, qu’enfin elle se laissa séduire dans Ia seule pensée de se guérir.

Après sept à huit mois, son état ne changeant point, Mademoiselle R... avala douze grains de tartre émétique ; elle fit des efforts de vomissemens atroces et vomit un peu de sang ; cependant, elle se rétablit des accidents consécutifs, mais non de ses maux de nerfs. Désespérée, elle disparaît : ses parents, ses amis la crurent noyée ; quatre mois après, passant près de la porte Saint-Martin, je me sens saisi au collet de mon habit, je fis un grand effort pour me dégager : « Vous ne m’échapperez pas », me dit une voix que je reconnus ; je me retourne et m’écrie :

  • que faites-vous là, mademoiselle ?...
  • je me guéris, n’ai-je pas tout fait tout pour me guérir, n’ai-je pas essayé vainement de terminer ma déplorable existence, tout le monde ne m’a-t-il pas répété, vous comme les autres, que le mariage me guérirait ? qui eût voulut se marier avec moi ? eh bien si l’horrible remède que je fais ne me guérit pas, j’irai me jeter dans la rivière.

Cette malheureuse personne était vêtue des haillons de la prostitution la plus abjecte, elle était dans la plus grande misère, et souvent privée des moyens de satisfaire aux premiers besoins de la vie.

Six mois après Mademoiselle R... fit une fausse couche, les maux de nerfs, les convulsions, les phénomènes décrits plus haut furent moins intenses et moins fréquents. Un an plus tard, c’est à-dire vingt-deux mois depuis que Mademoiselle R... menait ce genre de vie, elle accoucha. Dès lors, presque tous les symptômes disparurent, elle se retira chez une domestique qui l’avait servie, à son arrivée à Paris, elle se rétablit parfaitement, réclama de retourner dans sa famille, s’y maria quelque temps après, et est devenue mère de quatre enfants.

 


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