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Articulation clinique : dissociation de l’image idéale (conversion hystérique) et autisme

D 27 décembre 2003     H 16:26     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

Un des équilibres psychiques à réaliser par le petit enfant, pour construire son autonomie, est celui de la construction d’une image idéale de soi. C’est une image réflexive de lui-même, intériorisée. Elle se fait en contrepoint d’une image d’action discrète. Celle-ci est une image du « moi » lui permettant de se donner une identité à part, une autonomie par rapport à l’action de la dyade mère-enfant, car cachée et secrète dans son environnement : un « moi-discret ».

 


 

Moi discret / moi idéal

 


 Moi-discret / image idéale de soi


 

Cette construction oscillatoire, entre un « moi-discret » et un « moi-idéal », peut être plus ou moins équilibrée, plus ou moins « harmonique ». Une dysharmonie, à ce niveau, peut se retrouver réactivée plus tard, dans l’élaboration de tableaux cliniques. Il est donc intéressant de comprendre, un tant soit peu, cette construction imaginaire, pour aborder cette clinique.

Une image, c’est ce qui réunit des éléments disparates dans un ensemble. Le corps est essentiellement une machine à construire des images. C’est, fondamentalement, une machine à imaginaire. Tout ce qui pourra l’atteindre dans sa fonction de base, notamment tout ce qui perturbera le fonctionnement du système nerveux, se retrouvera impliqué dans la genèse des troubles de la construction imaginaire de soi. Une atteinte régressive, par échec de construction d’autres fonctions psychiques, pourra aboutir, elle aussi, à déstabiliser un équilibre précaire. Cette atteinte régressive contribuera, de même, à l’émergence d’une clinique de ce registre imaginaire.

1 ) L’image spéculaire de soi est celle où la conscience réflexive d’un moi-idéal peut s’établir. Elle est ternaire, dans sa construction et son fonctionnement. Il y a, en effet, l’enfant, son image et un miroir assurant la réflexion [1]. C’est le miroir qui assure, alors, la cohérence des morceaux corporels en les soumettant idéalement, ensemble, à la même réflexion. Cela se réalisera même si la coordination des différentes parties du corps reste encore peu assurée. Toute image de soi-même globale, qui passera par une réflexion imaginaire intériorisée, découlera de cette construction initiale d’une image idéale.

2 ) La construction d’un moi d’action est nécessaire, par contre, pour assurer à l’enfant un schéma corporel indispensable à son efficacité corporelle. Elle sera duelle, dans ce cas, par la construction d’un « moi discret ». Le moi, comme construction imaginaire, se crée par soustraction de l’ambiance, par détachement du dehors et de ses influences, par distinction du corps de l’environnement, par dissimulation et camouflage. Et cette soustraction entière de ce corps permet de construire une unité corporelle d’action qui offre un contraste maximal avec l’image spéculaire dépendant de l’environnement, que nous venons de voir auparavant.

Pas moyen de comprendre la clinique que nous allons décrire sans avoir conscience de ces élaborations imaginaires. Il faut les garder encore plus à l’esprit si l’on veut intervenir de façon thérapeutique et logique .

Nous allons articuler le tableau clinique complexe où l’image idéale ressort comme symptôme, image réflexive biaisée, involontaire et malencontreuse. Cela entraîne une adaptation pathologique contre ce surgissement intempestif. C’est ce que cherche à créer le comportement autistique.

 


 1 ) L'image idéale comme symptôme : la dissociation imaginaire idéale symptomatique (ex-conversion hystérique)


 

Pendant un temps, l’image idéale reste peu élaborée, peu fonctionnelle. Celle-ci va resurgir, un jour, de façon intempestive comme symptôme, c’est à dire sous une forme altérée, involontaire et très déplaisante. Le psychisme, en effet, dans son fonctionnement général, va chercher à forcer l’utilisation de cette image idéale dans son mouvement général oscillatoire. D’autre part, on constate que l’image moïque discrète (le « moi-discret »), qui fait contrepoint à l’image idéale, s’affaiblit en même temps. Les causes en sont toujours complexes. On a toujours des facteurs de fond et des facteurs contingents dans l’apparition d’un symptôme. L’importance relative de chacun des types de facteur, est à étudier au cas par cas.

Cette image idéale altérée et forcée, va être tronquée de tout ce qui ne rentre pas dans l’idéalisation du corps. La personne, en proie à un tel problème, ne va plus avoir conscience des parties du corps qui restent à l’écart. Elle va être focalisée à ne reconnaître, comme image corporelle, que ce qui va entrer de force dans l’image idéale symptomatique. On a donc une dissociation que l’on qualifie d’ « hystérique » pour des raisons historiques. Il s’agit du symptôme de « conversion » hystérique qui marquait le passage d’un état anxieux à un symptôme plus corporel. Il faut parler, plus exactement, de « dissociation imaginaire idéale symptomatique », bien que cela soit moins pittoresque.

 


 

L’image captatrice peut être directement l’image externe du miroir : la personne, si elle passe devant un miroir, est obligée de se regarder plus ou moins longtemps, en devenant insensible à son environnement. Ou, elle va rester captée par un autre soi-même idéal, dans une adoration amoureuse forcée et elle ne va plus faire attention aux autres. Mais, cette dissociation peut devenir très élaborée. Un bras reste à l’écart, parce qu’il est un peu moins utile idéalement que l’autre. Par exemple, le bras gauche est négligé dans une situation où tout presse pour qu’une personne devienne idéalement le « bras droit » d’un supérieur, alors qu’elle ne se sent pas capable de l’être. Cette personne, prise dans la suggestion, ignorera involontairement ce bras gauche et se présentera avec une fausse paralysie du bras gauche très handicapante, par « oubli » de ce bras en quelque sorte. Seul le bras droit restera fonctionnel de trop. C’est le même problème quand la personne est obligée de rester sur la pointe des pieds et qu’elle ne peut plus utiliser confortablement le « posé » de ses pieds. Elle est souvent obligée de regarder vers le haut, comme si elle incarnait une image idéale forcée, sans pouvoir regarder vers le bas et la trivialité. Dans les aphonies dissociatives, la voix devient inexistante si elle ne doit pouvoir dire que des mots idéaux ou elle deviendra une voix blanche, presque inaudible.

C’est le même problème dans les amnésies dissociatives. Si une personne a traversé une mauvaise passe où elle n’était pas très glorieuse, elle va « oublier » cette période dans une dissociation qui concernera sa mémoire, en tant que celle-ci permet une image réflexive de soi-même temporelle. Elle se présentera alors comme amnésique, juste au moment où elle devrait présenter un curriculum vitae avantageux etc.

De même au niveau de la pensée : une dissociation de la cohérence de la pensée donnera des troubles du cours de la pensée, si fréquents et si pénibles. La pensée se bloquera sur certains sujets « idéaux » au détriment des autres, passés à la trappe, au lieu de pouvoir passer souplement d’un point de vue à un autre. C’est un symptôme difficile pour celui qui perd la fluidité d’une pensée qui n’est pas forcément toujours très glorieuse, oscillant habituellement entre hauts et bas. Des signifiants idéaux particuliers se mettent à capter totalement sa pensée. Mais, c’est involontaire et douloureux. Ce n’est pas la polarisation de celui qui veut négliger tout ce qui ressort de la pulsion anale, qui ne veut pas du clair-obscur et du trouble que cette dernière amène. L’idéalisation est, au contraire, forcée et martyrisante. Un bout de chanson peut tourner dans la pensée des heures durant. La reviviscence d’un but de football particulier peut devenir complètement envahissante. Un compte juste occupe la pensée de façon incroyablement répétitive. Des comparaisons d’horloges pour trouver l’heure juste n’ont pas de fin. La personne ne peut s’empêcher de radoter toujours le même récit d’une scène particulière et se faire moquer etc.

Que la dissociation soit spatiale, à propos de l’unité spatiale du corps, ou qu’elle soit temporelle, à propos de son unité narrative, la dissociation pourra se comprendre finalement si on s’intéresse à la partie du corps, ou de l’histoire du sujet, qui est mise de côté dans le symptôme, afin de comprendre pourquoi cette partie reste à l’écart. Certaines guérisons spectaculaires, telles que l’on a pu en voir à Lourdes, montrent jusqu’où peut aller cet « oubli » calamiteux de parties du corps. Cela peut aller jusqu’à presque toutes les parties du corps, avec une partie résiduelle fonctionnelle très minime où pourtant se loge l’image idéale symptomatique, comme la paume de la main. La levée du refoulement, après l’acmé idéale du passage à la piscine et le retour à la vie normale plus discrète, est, dans ces cas, particulièrement étonnante, notamment quand elle a lieu sur une courte période de temps. La bascule vers l’idéalisation réussit tout à coup et l’idéalisation n’est plus symptomatique. « Entrée sur une civière aux piscines, elle en ressort debout ». La personne est « guérie » et peut retrouver la paix de l’âme. Les médecins chargés de l’étude de tels cas n’ont pas les connaissances qui leur permettraient de se rendre compte, par exemple, de la « guérison » fonctionnelle d’une dissociation du cours de la pensée. Ils fuient plutôt tout ce qui est trop psychiatrique. Néanmoins, le clinicien ne peut être que passionné par les cas rapportés par le Bureau des Constatations Médicales et le Comité Médical International de Lourdes. L’Association Médicale Internationale de Lourdes publie un bulletin à ce sujet, auquel chacun peut adhérer.

 


 

Les « guérisons miraculeuses » de Lourdes sont très importantes pour nous montrer jusqu’où peut s’étendre la dissociation corporelle au niveau immunitaire. Il y a narrations, très vraisemblables, de guérisons de maladies infectieuses chroniques au dernier stade (tuberculoses) et même de sarcomes ! La pensée médicale n’a pas les moyens scientifiques de comprendre de tels faits cliniques, sauf à travailler pour de bon les dissociations de l’image idéale du corps et à rejeter un rationalisme débile.

 


 2 ) Le moyen de défense contre la dissociation de l'image idéale : l'autisme comme adaptation pathologique


 

Pour lutter contre le risque éprouvant du symptôme de l’image idéale du corps, la personne peut être tentée de raidir sa dysharmonie initiale et de tout faire pour renforcer la construction de son « moi-discret ». Il s’agit d’en faire un « moi » très secret, une personnalité hors du monde, « autistique », auto-suffisante, à l’écart de toute compréhension de l’environnement possible, impénétrable et énigmatique. C’est un mode de défense et non un symptôme, en ce cas.

 


 

Bien sûr, l’aspect clinique de ce comportement autistique peut sembler très différent quand il apparaît dans le cadre d’une psychose infantile précoce. Là, ce sont les prémices mêmes de l’image spéculaire qui se sont révélés insoutenables. L’autisme prend l’aspect le plus basal qu’il soit : ne penser qu’à se cacher et à se dissimuler, par exemple. Cela donne l’aspect d’un caractère anomal (plutôt que anormal). Les termes « psychose précoce » ou « psychose infantile » et « psychose infantile précoce » sont, aujourd’hui, contestés par les experts de la HAS, « en raison des difficultés d’interprétation qu’ils entraînent » (janvier 2010). C’est à dire que ces termes ne sont pas utilisés dans les travaux inféodés aux conceptions anglo-saxonnes de l’autisme, qui servent de références exclusives à ces experts. Mais, c’est se vouer à ne jamais comprendre ce qu’est une psychose au niveau corporel, comme impossibilité ou difficulté à élaborer et à faire fonctionner valablement une image ternaire de soi, image idéale comme celle de l’image du miroir. Si nous définissons, plus généralement, la psychose comme l’impossibilité ou la difficulté des constructions ternaires du psychisme, nous obtenons un meilleur abord de l’autisme, en particulier. Là aussi, une rationalité trop étroite entraîne blocage scientifique et même, actuellement, régression de la recherche.

Quand il apparaît dans le cadre d’une psychose adulte, l’énigmatique peut devenir très élaboré et raffiné comme dans l’ésotérisme, mais aboutit, de même, à une dissimulation tout aussi efficace. Il s’agit de comprendre la lutte contre la dissociation qui est au cœur de ces comportements d’occultation.

Ces comportements défensifs peuvent se révéler plus ou moins efficaces. Des symptômes dissociatifs peuvent resurgir, signes certains de gravité de l’état de la personne et de l’effondrement de sa structure psychique.

 


 

> Document clinique correspondant : Mademoiselle R... et ses symptômes hystériques, par Jean Etienne Esquirol

 


 

> Voir aussi un article d’actualité : L’AUTISME : HANDICAP OU MALADIE MENTALE ?

 


 

> A découvrir, un symptôme de dissociation spectaculaire, le symptôme de stigmatisation : Note clinique : le symptôme de stigmatisation

 


 


Popularité : 16658 lecteurs au 08/12/2014


[1Lacan a fortement insisté sur le « stade du miroir » à la suite de Wallon et à mis en valeur ce caractère fortuit à l’occasion d’une image reflétée de soi, anticipatrice de la verticalité

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