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Explication aux psychiatres des deux totalitarismes

D 30 novembre 2007     H 09:26     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 

....et pisse tes mots ! logique
(François Oury)

 

Le totalitarisme envisagé est celui du monopole idéologique, c’est-à-dire de la conception d’une vérité qui ne supporte aucun doute, qui s’impose à tous les membres du social, y compris dans la pensée des membres du social, c’est à dire dans leur langage intérieur.

Nous sommes des êtres de langage et nos sociétés dansent les éléments langagiers de façon tellement évidente que cela nous aveugle. Le langage gestuel, non verbal, est au cœur de la fonctionnalité sociale. Un élément important de cette danse sociale gestuelle, comme du langage verbal, c’est une métonymie que l’on appelle « holonymie ». Le mot est encore peu répandu, mais n’est pas du tout difficile à comprendre. Cette métonymie, c’est celle qui utilise une généralité pour désigner un élément particulier. C’est une des opérations de base du langage : un “tout” pour la “partie”. On parle d’une totalité pour évoquer un composant de cette totalité. On utilise, par exemple, un nom “commun”, un nom de classe, pour désigner un objet concret : je vais dire un "chien” pour parler du toutou que je montre.

Socialement, on utilise une société étendue pour évoquer un social plus restreint. Il y a donc nécessité pour les hommes qui dansent le social de créer de telles sociétés étendues et de s’interroger sur les limites à donner à leurs extensions. Le groupe restreint n’existe que dans un social plus étendu, mais le risque est que ce social étendu devienne un impératif au lieu d’un interrogatif.

 

 

Deux façons de réaliser l’extension sociale nécessaire à la réalisation de l’holonymie ont été utilisées au cours des siècles par les humains :

  • soit l’extension par intégration vers une société encore plus grande, dans une conception “métaphysique” d’amélioration ; on intègre la société humaine dont on fait partie dans des sociétés de l’au-delà, sensées être plus évoluées, en passant des alliances chamaniques et religieuses, ou en s’alliant avec d’autres cultures humaines de la planète vers une société plus globale au nom d’un progrès à mener ; on crée ainsi une dynamique de perfectionnement par le moyen de filiations temporelles extensives qui intègrent de plus en plus d’ancêtres communs ou de descendants adoptés ;

 

 

  • soit l’extension par inclusion de façon « physique », c’est à dire territoriale ; on enrichit le social par une intégration interne territoriale de tous les genres d’humains qui s’y trouvent, chacun devenant un inféodé ; on prête même des propriétés humaines à des éléments “physiques” qui n’étaient pas considérés jusque là ; les “physiciens” ont ainsi réalisé la révolution néolithique en intégrant progressivement à leur social des éléments animaux (élevage), végétaux (agriculture) et minéraux (industrie) qui deviennent des composantes à part entière de leur territoire ; cela leur permet d’occuper leur territoire en adoptant tous ceux qui s’y trouvent, humains de toutes sortes et non-humains ; cela permet aussi de réaliser des colonies où trouver de nouvelles ressources sans bousculer les hiérarchies territoriales, en agrandissant le territoire et en assimilant les conquis.

 

 

Le capitalisme aujourd’hui fait partie de l’extension sociale métaphysique en établissant progressivement un marché unique, une globalisation où il n’est pas question que le médecin s‘isole de trop avec son patient. La transparence qui y est nécessaire, c’est le regard de l’autre sans limite puisque la perte qui y est corollaire, c’est la perte du trop personnel, du trop individuel au profit de la lignée temporelle. Les statistiques y sont maîtres et prouvent quelle est la meilleure démarche utilisée au moindre coût. Les lignées humaines y sont progressistes. La concurrence nécessaire permet une optimisation assurantielle en dégageant la meilleure démarche de soin. Concurrence égalitaire des méthodes et assurance des insuffisances et des échecs sont les moyens essentiels de cette démarche temporelle de perfectionnement.

Les sociétés “physiciennes”, coutumières par essence, faites par les producteurs territoriaux, éleveurs, cultivateurs et industriels, ont besoin, elles, de règles efficaces de production pour chacun dans son domaine et dans son lieu. Il leur faut des guides de conduites propres, voire secrets, qui les identifient et leur permettent de réaliser les inclusions recherchées. Ces visées solidaires et corporatives de mise en place de protocoles de production sont toujours une manière de tenir la dragée haute aux tenants du marché. Il y a une manière de faire identitaire qui ne souffre pas de remise en cause. C’est celle qui permet aux clientèles d’exister par la redistribution des produits réalisés. L’inégalité foncière des sociétés de producteurs se conjugue avec une solidarité clientéliste tout aussi concrète envers les affiliés. C’est le paternalisme bienveillant qui redoute ce qui pourrait le remettre en cause, à savoir le marché capitaliste et assurantiel. Chaque organisation territoriale va construire des défenses pour pouvoir se pérenniser dans son immuabilité en utilisant une seule bonne manière de faire. C’est cela la coutume.

N’oublions pas que ce sont les prétentions scrutatrices des assurances aux USA qui ont provoqué cette réaction corporative des travailleurs américains du psychisme de définir eux-mêmes ce qu’ils ont vraiment à faire, ce qui dépend de leur domaine de compétence propre. Ils ont tout fait pour que leur science soit respectée par les assurances en leur clouant le bec avec le D.S.M. Le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4) est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux. Il a été publié par l’Association américaine de psychiatrie en 1994 (Wikipédia). Notons que le DSM 5, paru en mai 2013, poursuit la même logique « physicienne », c’est à dire a-scientifique et corporative, élaborée par consensus entre pairs. Les protocoles réalisés par des praticiens aux ordres, sont regroupés et validés par des « hautes autorités » ad hoc afin d’obtenir le respect des financiers et des assureurs.

Le psychiatre n’a pas à privilégier, dans sa pensée, l’un ou l’autre camp dans leur extension par l’intérieur ou par l’extérieur. Il n’a pas à pencher du côté du camp métaphysique capitaliste internationaliste concurrentiel et assurantiel ou du côté du camp productiviste nationaliste identitaire et protocolaire.

Cela doit rester pour lui deux aspects de la danse sociale qui réalise cette métonymie fondamentale qu’est l’holonymie. Les deux manières de faire, « temporelles » et « territoriales », sont bonnes. C’est leurs excès qui sont totalitaires quand une façon de faire veut exclure l’autre dans la tête même du praticien.

Le totalitarisme, c’est soit le totalitaire “métaphysicien”, soit le totalitaire “physicien”. Choisir l’un contre l’autre des totalitarismes, c’est passer de Charybde en Scylla. C’est le naufrage assuré !

Le groupe « métaphysicien » est une société de fonctionnement égalitaire - concurrentiel. Le groupe « physicien » est une société de fonctionnement inégalitaire - solidaire. Chaque type de groupe peut se raidir dans des autoritarismes correspondants et devenir intolérant aux autres genres de groupe. Il devient totalitaire si chaque membre d’un groupe donné doit intérioriser complètement le mode de fonctionnement de son groupe et prouver qu’il le fait.

L’éthique du psychiatre est de ne pas accepter la récupération par un type de totalitarisme. Il s’agit bien de les connaître ces totalitarismes concurrents et de ne pas les mélanger. Il s’agit de construire un discours clair à ce propos et de se rendre compte comment le langage nous pilote pour notre bien mais aussi pour notre aliénation.

Dans la demande même du patient que le psychiatre doit arriver à dégager dans les premières consultations, il aura très souvent à faire à une demande de patient “métaphysicien” ou à une demande de patient “physicien”, radicalisé dans son appartenance. Il aura à comprendre dans quel totalitarisme son patient est coincé et aliéné.

  • Le patient “métaphysicien” attendra de lui un éclectisme indispensable avec l’absence de discrimination, l’utilisation des réseaux, l’hospitalisation en cliniques diverses, la discussion sur l’argent et le temps à donner, la prise en compte de la personnalité, du conjoint, de la famille, de la langue, de la culture d’origine, de la généalogie, la communication la plus libre par les associations d’idées dans la cure de parole, l’utilisation possible des médecines exotiques ou alternatives, l’extension à la philosophie et à la religion etc.
  • Le patient “physicien” attendra de lui le secret absolu, l’absence de latitude par la stricte biologie avec les examens complémentaires standards, les médicaments psychotropes indiscutables, la rééducation comportementale et cognitive éthologisante, le centrage sur le symptôme et la norme, les protocoles strictement validés par les autorités etc.

 

 

L’éthique de l’écoute du psychiatre se manifestera alors dans sa réponse au patient :
« Cher patient, j’entends bien votre demande mais mon rôle est de ne pas me coincer avec vous dans l’idéologie où vous fonctionnez car c’est une mutilation de la jouissance de la vie. Ce faisant, je vous ouvre la voie de la libération. Accepteriez-vous d’en profiter ? »

 


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