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Clinique logique des phobies : phobies d’origine physique et phobies d’origine métaphysique

D 11 décembre 2007     H 17:26     A Louÿs Jacques     C 0 messages


> Ré-écriture de l’article en août 2010, suite aux progrès de formalisation accomplis dans l’article : L’espace, le temps, le sacré, le sacrifice de l’anthropophagie et de l’inceste, les phobies en étant des illustrations cliniques directes.

 


 INTRODUCTION


 

Les phobies sont des problèmes psychiques facilement repérés et déclarés, du coup, très fréquents. Or, le terme grec phobos évoque plus une peur irrationnelle qu’une angoisse. C’est donc un assez mauvais terme pour étudier des troubles anxieux particuliers. Ceux-ci peuvent amener, secondairement, une peur chronique de se remettre en situation d’éprouver cette sorte d’angoisse. Cette peur amplifie le problème de façon irraisonnée, en transformant des crises réactionnelles angoissantes en pathologie affective chronique, sous la forme d’un retrait particulier et d’une grande inhibition.

Il est donc nécessaire de se concentrer sur la fixation fonctionnelle psychique d’origine et sur le symptôme anxieux qui y correspond, avant de parler de phobie proprement dite. Sinon, on ne comprendra pas vraiment cette clinique, en mélangeant trop angoisse (cognitive) et peur (affective). Pour échapper à cette confusion, le clinicien devra prendre cette pathologie par le bout de la logique tétravalente, qui nous sert à comprendre, ici, le fonctionnement du registre psychique symbolique.

 


 LOGIQUE CLINIQUE DES PHOBIES


 

La phobie, en général, est :
- une décompensation affective
- suite à un trouble anxieux réactionnel (crise d’angoisse)
- du registre socio-langagier (symbolique).

 


 

C’est tout cela, une « phobie » en clinique. Il nous faut en articuler, au mieux, les éléments constitutifs, afin d’expliquer et prouver la logique du trouble fonctionnel qu’une phobie réalise. Pour cela, nous avons fourni des explications préalables sur le registre socio-langagier dans de précédents articles, auxquels pourra se référer utilement le lecteur intéressé.

 


 

Cela lui indiquera ce qui constitue les éléments de base du registre socio-langagier, ou registre « symbolique ». La science actuelle du langage, ou du social, dégage mal ces éléments de base. Elle ne les articule pas entre eux de façon utile pour la clinique. Ici, il s’agit de l’articulation / opposition entre « holonymie » et « antonymie », comme opérations psychiques dans le langage et dans la danse sociale, que nous considérons comme le côté non-verbal du langage. L’équilibre fonctionnel entre « holonymie » et « antonymie », n’est pas réalisé dans les phobies. Si les mots « holonymie » et « antonymie » ne sont pas d’un emploi courant, les concepts sont, par contre, faciles à comprendre.

1 ) Dans l’holonymie, s’affirme un “tout” composé d’éléments constitutifs et inconcevable, hors de cette partition constitutive.

 


 

L’holonymie c’est le “le tout pour la partie” ; c’est une forme de métonymie qui se sert du “tout” pour indiquer la “partie” ; nous en avons vu des exemples :

  • dans le « nom commun » du langage,
  • dans « l’objet » du verbe de la syntaxe,
  • dans le groupe nucléaire social, qui inclut tout individu constitutif qui s’en retrouve « membre » (famille, clan, tribu, nation, peuple etc.),
  • dans l’artéfact qui sert de symbole de ralliement, de signe d’alliance coutumière aux individualités concernées par un rassemblement usuel et qui suivent un même parcours commun (ce qui nécessite la construction d’une spatio-temporalité commune : être ensemble le long d’un itinéraire spatial et temporel),
  • par érotisation, dans l’utilisation d’une monnaie commune.

2 ) L’antonymie a été définie, par contre, comme la “partie sans tout”.

 


 

Dans l’antonymie, se dégage, métaphoriquement cette fois-ci, un élément isolé hors de son contexte et déniant ce contexte :

  • dans le langage, le verbe incarne ça très bien, puisqu’il peut faire son propre antonyme en étant mis à une forme négative ; par exemple : manger / ne pas manger. La forme négative de « manger », cela peut être tout ce que l’on veut, sauf manger et c’est ce “tout” que l’on négative dans l‘antonymie, pour ne laisser apparaître que l’assertion isolée du verbe « manger »,
  • dans le social, il s’agit de toute unité (individu, famille, groupe plus ou moins étendu), qui sera considérée en elle-même, dégagée de tout lien qu’elle pourrait avoir avec le reste du social. Il y a négation du social en entier, quand on en distingue une partie pour elle-même, et la partie dégagée est une métaphore de cette négation.

 


 L'OSCILLATION HOLONYMIE / ANTONYMIE


 

L’oscillation fonctionnelle entre contraires se comprend comme une opposition dialectique entre un élément qui ne peut être isolé dans la réalité, car toujours trouvé dans un “tout” plus global (holonymie), et un élément isolé, considéré comme tel de façon réflexive, artificiellement mis hors de son environnement, détaché de son milieu ambiant (antonymie).

C’est l’oscillation psychique : holonymie / antonymie

Un artéfact, par exemple, ne peut, dans la réalité, être construit hors de son environnement symbolique et des conditions spatio-temporelles de sa fabrication. Mais, il peut s’admirer pour lui-même de façon artificielle, comme exemplaire remarquable dans un musée, ou comme œuvre d’art.

Un individu ou un groupe social n’est pas localisable, non plus, hors du contexte social où il se trouve intégré de façon plus vaste, que cela soit géographiquement ou historiquement. Mais, il peut, de même, être considéré en lui-même, si l’on veut l’étudier séparément et le distinguer idéalement.

Dans la syntaxe, un verbe a toujours la possibilité d’un objet, même si c’est de façon sous-entendue (intransitive), mais ce verbe peut être étudié en dehors de tout contexte par les grammairiens, qui cherchent les idéaux syntaxiques.

On voit que l’oscillation se passe entre :

  • une inclusion nécessaire d’un élément, découlant de la nature globale même de la réalité et
  • une isolation idéale de cet élément, résultant d’une opération réflexive.

Le psychisme travaille cette opposition holonymie / antonymie dans le langage et le social, selon des équilibres raffinés et en perpétuels ajustements, en suivant la règle générale de l’homéostasie psychique. Les déglingues de cette homéostasie nous donnent les clés d’une clinique, dont fait partie la clinique des phobies,- et qui prouve la validité de cette conception. Si l’on ne veut pas se contenter d’un catalogue invertébré (pragmatique) des phobies, si l’on veut comprendre de quoi il s’agit rationnellement, ce détour et cet effort de compréhension logique seront nécessaires au clinicien du psychisme. Le moindre détail clinique lui deviendra accessible et compréhensible, s’il veut s’en donner la peine. Chaque cas clinique étant unique, il verra les variations infinies que peut prendre cette clinique des phobies, tout en gardant des invariants remarquables. Cela lui donnera, par la même occasion, les clés logiques du traitement de ces affections psychiques, très éprouvantes pour ceux qui les vivent et en souffrent.

 


 FIXATIONS A L'HOLONYMIE


 

L’holonymie est une opération psychique foncièrement extensive, puisque toujours à la recherche du « tout » le plus vaste, celui qui englobe, par définition, le plus d’éléments inclusifs.

Nous avons dégagé, dans l’article sur l’holonymie, deux formes singulières pour une société d’envisager cette extension. En « métaphysique », on place la société humaine dans des unités plus étendues de façon temporelle, dans une même temporalité qui se poursuit. En « physique », par contre, on intègre à la société humaine des éléments rivaux de façon spatiale, dans un même lieu en extension.

1 ) L’extension « métaphysique » : elle réalise une extension TEMPORELLE vers une unité plus vaste, par inclusion progressive du groupe social vers le monde des ancêtres, vers les cieux, vers la société des dieux et les esprits de l’au-delà ; cela crée des sociétés « métaphysiques », qui incluent, petit à petit, l’homme dans des unités toujours plus vastes, supra-humaines ; elles utilisent une filiation, ou une pseudo-filiation, généalogique pour y parvenir, en remontant le temps, jusqu’à une divinité créatrice ou au fondateur originel ; mais, cela peut concerner aussi une extension par une intégration progressive, dans le social humain, de composantes infra-humaines, composantes animales, végétales et minérales, en prêtant progressivement, à des éléments naturels, des propriétés quasi-humaines ; les sociétés humaines réalisent cela par une intégration progressive et une domestication progressive, y compris celle des autres groupes humains voisins considérés comme « inférieurs », plus proches de la nature, plus « animaux ». Ceux-ci seraient destinés à être « élevés » jusqu’à atteindre une pleine et entière intégration, dans un avenir plus ou moins lointain.

2 ) L’extension « physique » :

Le fondement de l’holonymie, sous son aspect SPATIAL, est aussi extensif. Cela réalise, pour un groupe, un agrandissement du parcours, en lui faisant annexer, ou en l’amenant à faire disparaître, ceux qui suivent des parcours différents et créent des territoires différents. Il s’agit de « coloniser » les territoires voisins, pour les fondre en un territoire unitaire, en rattachant les membres du territoire voisin à un parcours collectif de la formation sociale colonisatrice. Si ce parcours est fait de l’utilisation successive de morceaux épars, on aura un mode de fonctionnement collectif, plutôt semi-nomade. Si les morceaux territoriaux n’ont pas de solution de continuité, on aura un mode de fonctionnement collectif plutôt sédentaire, sous la forme de parcours à l’intérieur d’un territoire unique. L’unification spatiale peut se faire aussi bien par une unité interne, qui relie des morceaux épars, que par un même contenant (les frontières), mettant tous les morceaux ensemble par contiguïté. L’important, c’est l’unité fonctionnelle d’un parcours commun.

 


 LOGIQUE DE LA CLINIQUE DES PHOBIES


 

L’exagération du collage au fonctionnement de l’holonymie peut être globale, mais elle est, souvent, de tonalité plus « métaphysique », pour un individu ou un groupe ou, au contraire, plus « physique ». Un groupe utilise plus la voie « métaphysique », ou plus la voie « physique », ce qui donnera la construction d’un pôle de l’holonymie insuffisant à terme, trop faible pour assurer durablement sa fonction d’équilibre des contraires, avec l’antonymie. Cela se retrouve, en clinique, dans la clinique des phobies, car le refoulé (ce qui est moins utilisé dans l’holonymie) pourra ressortira de force, dans un symptôme d’angoisse, comme antonymie douloureuse.

 


 

La logique clinique développée sera celle-ci :

1) Fixation habituelle d’un groupe social à la fonction socio-langagière appelée : holonymie. C’est la fonction qui permet l’élaboration du symbole comme union de la spatialité et de la temporalité, dans la réalité d’un « spatio-temporel » commun. Cette fixation entraîne, pour ses membres, un défaut d’utilisation habituelle du pôle fonctionnel opposé, celui de l’antonymie. Celui-ci supporte la fonction permettant la construction de l’individualité. Il y a, normalement, équilibre entre la situation d’union et le dégagement individuel. Cet équilibre est donc insuffisant d’emblée.

2) Affaiblissement soudain de l’investissement du pôle de l’holonymie, pour un élément du groupe (sous-groupe ou individu), soit par affaiblissement « métaphysique » du temporel constitutif du symbole d’union, ou soit par affaiblissement « physique » du spatial. Le pôle opposé de l’antonymie ressort en symptôme anxieux, chez ce membre trop individualisé. Le retour du refoulé peut être de coloration plutôt « métaphysique » (temporelle), ou plutôt « physique » (spatiale).

3) Un moyen de défense consécutif, pour l’élément en question, qui peut tenir plus ou moins longtemps, est de renforcer, de toutes ses forces, le pôle de l’holonymie par des manœuvres diverses, qui consolident son appartenance au groupe global, afin d’empêcher le surgissement du symptôme. Mais, il va le faire en exagérant ce qui était déjà trop investi auparavant, plutôt que de corriger l’insuffisance préalable.

4) S’il y a un échec trop fréquent des moyens de défense, il peut se développer, secondairement, chez cet élément, une peur chronique de la situation d’affaiblissement et du surgissement du symptôme. Il y a, alors, inhibition émotionnelle au long cours ou « phobie » proprement dite, dans une attitude d’évitement et d’inhibition.

Pour une GUERISON, il faut que le groupe corrige, à la fois, le déséquilibre au niveau de la construction de l’holonymie entre extension « métaphysique » et « physique », mais, aussi, qu’il améliore la fonctionnalité du pôle de l’antonymie et qu’il arrive à se « prescrire » le symptôme, afin qu’il devienne effectivement fonctionnel. Un traitement, qui ne prendrait pas en compte les deux facteurs de déséquilibre, n’aboutirait pas à une disparition de la phobie. Cela peut sembler assez abscons sous cette formalisation théorique, mais la compréhension de cela permettra au clinicien de pouvoir s’envisager comme thérapeute efficace.

 


 LES TYPES DE PHOBIES


 

Nous obtenons deux grands tableaux cliniques logiques, que j’appellerai, pour garder une continuité avec les travaux anciens, de noms connus : claustrophobies, pour les phobies de type « métaphysiques » et agoraphobies, pour les phobies de type « physiques ». Mais, il ne faudra pas oublier les avancées logiques décrites ici, qui vont nous permettre de réaliser une description beaucoup plus riche et complète de ces entités cliniques.

La distinction, entre phobie d’origine « physique » et phobie d’origine « métaphysique », est donc utile, en clinique, pour comprendre ce qui est en jeu chez une personne, dans sa fixation incertaine à l’holonymie. En fait, nous nous trouvons souvent devant des phobies complexes :

  • mélange de divers traits de phobies, d’origine « physique »
  • mélange de divers traits de phobies, d’origine « métaphysique »
  • mélange de divers traits de phobies, d’origine « physique » et « métaphysique »
  • mélange de divers traits phobiques, avec des symptômes fonctionnellement analogues appartenant à d’autres registres psychiques

 

On trouvera cette clinique détaillée dans deux articles :

 

 


Popularité :
7881 lecteurs le 01/12/2013

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