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Explication de l’antonymie

D 19 janvier 2007     H 12:52     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 AVERTISSEMENT


 

Le lecteur peut se demander l’utilité de revenir à des notions élémentaires de grammaire, comme celles qui vont suivre. Les notions, sur la langage et le social, sont devenues tellement complexes aujourd’hui, qu’il nous faut faire un grand effort de simplification pour retrouver les éléments permettant d’en comprendre la fonctionnalité commune. Ces notions élémentaires, une fois éclairées par la logique tétravalente, qui en est le fil conducteur, ouvriront au lecteur des pans entiers du fonctionnement psychique et de la clinique qui en découle, avec des éléments connus et d’autres moins connus, mais, surtout, articulés logiquement entre eux. Sa patience sera donc récompensée...

 


 

 


 INTRODUCTION


 

Le registre socio-langagier, ou registre symbolique, associe :

  • le langage parlé dans des langues
  • et les organisations sociales correspondantes.

C’est une des occasions d’aborder l’organisation fonctionnelle du psychisme humain. Celle-ci est décrite, dans ce site, en équilibres de contraires, suivant des oscillations homéostatiques. Le psychisme est, ainsi, en recherche perpétuelle d’un état stable. Cette organisation fonctionnelle oscillatoire considère les pôles psychiques comme des pôles d’opposition et de réverbération. Ces pôles utilisent différents registres, pour y arriver. C’est le fonctionnement d’ensemble des registres, qui permet de reconstituer le réel psychique et la logique tétravalente du fonctionnement psychique. Nous trouvons la preuve scientifique de ces affirmations dans la clinique de ses dysfonctionnements.

Il nous reste à formaliser la fonctionnalité particulière du langage. Elle se constitue par des oscillations entre des opérations minimales, que nous avons reconnues comme : méronymie, antonymie, holonymie et synonymie (voir l’article : Préliminaires à une clinique du langage et du social pour la définition de ces termes ) :

  1. ) Le sens (sémantique) du langage est fourni par les métonymies (méronymie et holonymie) et par la constitution des groupements sociaux correspondants.
  2. ) La retenue de la signification est fournie, par contre, par les métaphores (antonymie et synonymie), ainsi que par les partages sociaux correspondants.

 


 

La syntaxe est la façon dont sont arrangés les mots, ou groupes de mots, des langues, pour réaliser ces opérations métonymiques ou métaphoriques. Ces opérations produisent d’ingénieuses et souples oscillations, entre ce qui donne et ce qui retient une signification. C’est une approche particulière du réel psychique qui est ainsi pratiquée, originale par rapport à celle des autres registres psychiques congruents (dyadique, narcissique, sexué). On peut supposer que le remaniement, incessant, des langues et des sociétés tient à ce que cette approche ne soit jamais complètement satisfaisante. La réduction opérée est, toujours, une réduction. Cela pourrait nous montrer la recherche éperdue par l’humain d’une meilleure adéquation d’avec le réel psychique logique, afin d’obtenir une meilleure jouissance psychique, dans les oscillations et réverbérations d’ensemble.

 


  LE REGISTRE SOCIO-LANGAGIER


 

Nous aborderons l’investissement du pôle de l’antonymie au niveau langagier. Nous décrirons sa nature d’être une substitution métaphorique d’un terme à son opposé. Cela nous conduira à comprendre ses défauts de construction et ses excès fonctionnels. Ce sont ces derniers qui amèneront le pôle qui lui est le plus opposé logiquement, le pôle de l’holonymie, à ressortir comme symptôme calamiteux. Cela aura lieu après un temps de minimisation, par une sorte de guérison anormale et forcée des équilibres de ce registre.

 


 

Nous utiliserons, comme définition du social, la danse collective où se trouve pris l’individu. Cette danse représente le côté gestuel du langage « commun », c’est à dire de la langue effectivement utilisée pour des échanges, dans l’ensemble social dont il fait partie, en commençant par sa famille. Nous opposerons ainsi, tout à fait artificiellement, “langage”, commun, socialisé, servant à l’échange, et “parole”, personnelle, narcissique, pouvant être intériorisée, pour mieux les différentier dans cet exposé. Etudier le langage revient à étudier le social sous cet angle particulier d’une gestuelle d’ensemble “verbale”, et souvent, aussi, gestuelle “d’écriture”. C’est une gestuelle particulière parmi toutes les autres qui servent à la fonctionnalité de ce registre socio-langagier. Le langage a l’avantage d’être disponible et compréhensible à chacun facilement, plus, en tout cas, que l’organisation sociale proprement dite. Aussi, nous partirons de lui pour retomber, ensuite, sur le reste du social de ce registre socio-langagier.

 


 UN PEU DE SYNTAXE


 

Pour aborder le pôle de l’antonymie dans le langage, il nous faut évoquer, brièvement et simplement, quelques éléments de syntaxe, c’est à dire de la façon dont se construisent les phrases, où nous avons tous l’habitude de reconnaître la présence du langage. Les langues utilisent des mots et des syntagmes (groupes de mots), qui ont diverses fonctions : sujet, verbe, objet, complément. Ce sont des présences remarquables des différents pôles logiques de ce registre.

 


 

L’ordre dans lequel sont énoncés ces éléments varie selon les habitudes de la langue utilisée. En français, on a différentes façons d’énoncer les éléments de la langue qui montrent la persistance de la syntaxe latine dans certaines phrases. Selon Wikipédia, le français fait partie des langues « SVO », ce qui donne l’ordre sujet-verbe-objet-complément. Ce sont les langues qui ont le plus de locuteurs. Voici le tableau que nous donne Wikipédia à cette occasion :

Fréquence de distribution de l’ordre des mots dans les langues
Ordre Équivalent français Proportion Exemples
SOV il la pomme mange 45% japonais, latin, tamoul
SVO il mange la pomme 42% français, chinois, russe
VSO mange il la pomme 9% irlandais, arabe, zapotèque
VOS mange la pomme il 3% malgache, baure
OVS la pomme mange il 1% apalai, hixkaryana, klingon
OSV la pomme il mange 0% warao
D’après Russell S. Tomlin

 

On voit, dans ce genre de classement, qui n’utilise que les permutations de trois éléments, le risque que l’objet et le complément soient confondus. Une logique tétravalente permet de lever ces risques.

C’est le verbe qui montre au mieux la présence de l’antonymie dans la phrase. Un verbe a la propriété de pouvoir se négativer lui-même pour pouvoir créer son propre opposé : “être / non-être” , “faire / défaire”. En français, on rajoute une négation pour faire l’opposé du verbe, mais il y a de multiples façons de faire dans les différentes langues. L’important est qu’il y ait une règle en position tierce pour permettre que le verbe soit, foncièrement, un moyen d’antonymie. On peut utiliser, alors, ce verbe dans une énonciation, sous une forme positive ou négative, au choix de l’énonciateur.

 


 NEGATION LOGIQUE ET ANTONYMIE


 

L’antonymie, la substitution métaphorique d’un terme à son opposé, permet le pôle logique de la négation dans ce registre. En effet, cette substitution met tout en opposition et fait disparaître la “totalité” (la globalité des signifiants actionnables dans une langue), pour n’en garder qu’une “partie”. C’est le pôle de la “partie” (sans “tout”). On négative le “tout”. Il ne s’agit pas seulement, dans le verbe, de marquer sa négativation possible. Il s’agit fonctionnellement d’un slash, d’un clivage, qui coupe tout en paires d’opposition pour n’en choisir qu’un des côtés, tout en considérant l’autre comme trop proche du “tout” des signifiants. Certains utilisent, pour marquer cela, un signe d’équivalence ayant subit une rotation de 90 degrés : |||. Voir l’article de Wikipédia sur l’antonymie.

Cela définit, au mieux, ce qu’est un verbe dans une langue, et comment le reconnaître. Si je dis “boire”, je l’oppose à “non-boire”, et je choisis, métaphoriquement, “boire”. Mais, “non-boire”, ce n’est pas simplement “cracher”. Cela peut être bien autre chose : “garder dans la bouche”, “ne rien faire”, “regarder”, “parler”, tout le reste du gestuel à la limite. C’est la totalité qui se retrouve ainsi clivée, de façon sous-entendue, dans cette métaphore. La négation du verbe n’est qu’une réduction qui rend compte de la négation logique, en elle-même.

Dans l’antonymie, le côté clivé est le “reste” de ce qui n’a pas été sélectionné dans la “partie” verbale. Ce reste est assimilé, à la limite, au “tout” de la langue. Que des langues essaient de tourner cela de toutes les façons par des raffinements extrêmes, cela n’empêche pas leur syntaxe de ne permettre que des approximations de la fonction logique de la négation. Elle le font par cette métaphore appelée « antonymie ». Le génie propre de chaque langue sera à découvrir ainsi, par sa façon singulière d’approcher la négation logique, en créant, à sa façon, une forme verbale.

> Lire l’article sur Wikipédia : Négation (linguistique)

 


 

 


 LES TYPES DE PHRASE


 

Les autres pôles tétravalents de ce registre se retrouvent indirectement dans le langage, par des éléments divers rajoutés au verbe. En français, cela donne, en gros : sujet, objet, complément. Ces éléments utilisent des déclinaisons et des conjugaisons du verbe. Cela revient à faire des phrases “déclaratives”, où la présence de "l’énonciateur”, le porteur du verbe, reste forte. Le “destinataire” est le témoin de cette présence, selon différentes places possibles dans l’énoncé. On appelle aussi phrases “assertives”, ces phrases centrées sur le verbe, car l’assertion, c’est justement choisir le bon côté du verbe.

Mais, les autres pôles tétravalents de ce registre peuvent aussi se retrouver plus directement, au niveau du langage, dans des tournures de phrases propres. Cela donne les phrases “injonctives”, “interrogatives” et “exclamatives”. Ces types de phrases utilisent des éléments conventionnels d’intonation prosodique (en français tout au moins), et des signes particuliers d’écriture.

 


 

Pourquoi ces deux façons de faire, dites “indirecte” et “directe” ? C’est que cela permet à l’énonciateur de s’occuper différemment du destinataire :

  • Dans le cas des phrases “assertives”, on met l’accent sur l’énonciateur par la place centrale que le verbe y occupe, sans nier la présence du destinataire, dans ses différentes places possibles vis à vis de l’énonciateur : “nous allons boire un bon verre ensemble”.
  • Dans le cas des phrases dites “injonctives” ou ”impératives”, on met l’accent sur le destinataire, qui doit s’affirmer face à l’énonciateur : “Alain, bois donc ce verre !”.
  • Dans le cas des phrases “interrogatives”, par contre, on met l’accent sur l’objet, comme symbole possible d’unité entre l’énonciateur et le destinataire : “Veux-tu un verre ?”.
  • Et, dans le cas des phrases “exclamatives”, “interjectives “, que nous pourrions dire aussi “indéfinies”, on met l’accent sur le complément, qui sert à replacer énonciateur et destinataire dans un ensemble affectif plus vaste : “c’est le verre de l’amitié...”.

Ces divers éléments de phrases et ces divers types de phrases, servent à élaborer cette oscillation homéostasique entre métonymie et métaphore :

  • le verbe de la phrase assertive, ou la tournure déclarative de la phrase, servent à élaborer l’antonymie = la “partie” clive le “tout” ;
  • le sujet de la phrase, ou la tournure injonctive de la phrase, servent à élaborer la méronymie = la “partie” représente le “tout” ;
  • l’objet de la phrase et la tournure de phrase interrogative, servent à élaborer l’holonymie = le “tout” représente la “partie” ;
  • le complément de la phrase et la tournure de phrase exclamative, ou suppositionnelle, servent à établir la synonymie = c’est le “tout” qui ne supporte plus la “partie”.

D’utiliser ainsi des règles syntaxiques permet d’étendre l’antonymie bien au-delà de l’utilisation d’un verbe. Ce jeu, entre l’énonciateur et le destinataire, selon que l’on penche plutôt du côté de la phrase assertive, ou plutôt du côté d’un autre type de phrase, est susceptible de grands raffinements. Une langue littéraire, comme le français, possède un très grand nombre de tournures de style. Ces tournures permettent à une infinité d’oscillations de se réaliser dans la suite des énoncés. Finalement, l’antonymie (et le verbe) est donc bien au cœur de la syntaxe, en opposant, eux-mêmes, les pôles du registre socio-langagier comme des antonymes.

 


 QU'EN EST-IL DE L'ANTONYMIE DANS LE SOCIAL ?


 

Comme les autres pôles du registre socio-langagier, l’antonymie se décline dans la gestuelle collective non-verbale, que l’on nomme le « social ». De distinguer la “partie” (sans “tout”), cette opération métaphorique de l’antonymie est responsable de la notion d’individualité, d’ “être” distinct des autres, à tous les niveaux de complexité de ce social. Cela se fait par la notion d’individu dans la famille, de famille dans le clan, de clan dans le peuple, de sujet dans la nation etc. Il y a, par là, de “l’être”, mais nous aurons aussi de l’ “avoir“. Tout ce qui valorisera la “partie”, en clivant celle-ci du reste du social considéré comme le “tout”, se trouvera positionné dans ce pôle psychique. Ce sera le cas de ce qu’on appelle les valeurs propres qualifiant les éléments du social, valeurs individuelles, de la famille, de la nation et les règles qui en découlent. Ce pôle est donc celui de l’éthique concrète, de l’idéal social et des règles de conduite, de la loi et de la légitimité...

 


 LA CLINIQUE EN DECOULANT


 

La clinique de ce pôle découlera directement de cette fonctionnalité :
1 ) En cas de fixation exagérée, il y a aura exagération de l’individualisme, ou de la partie sociale distinguée du reste. Il y aura, aussi, exagération des valeurs propres de cette partie sociale, par la constitution d’une morale, d’un idéalisme exagéré, ou d’une légalité rigide. Cela amènera au risque de surgissement de l’holonymie dans un symptôme éprouvant.
2 ) Par contre, en cas de manque de consistance de ce pôle de l’antonymie et surgissement secondaire dans un symptôme, il y a aura solitude forcée de l’individu, ou de l’élément social distingué du reste, dans une anxiété particulière pouvant conduire à la phobie.

Cette clinique peut aussi s’étudier dans les difficultés d’acquisition et d’utilisation du langage :
1) La fixation exagérée au verbe et à la négation peut s’accompagner d’un défaut plus ou moins grave d’acquisition des autres composantes des phrases : sujet, ou objet, ou complément, notamment de l’objet. Il y aura atteinte caractéristique du langage chez un individu ou une individualité sociale.
2 ) Tandis que le surgissement secondaire et symptomatique du verbe, réalisera ce qu’on appelle la dissociation du langage, où ce ne sont plus des distinctions, mais des coupures exagérées d’avec le reste des éléments syntaxiques qui s’amplifient, malheureusement.

Nous verrons plus en détail cette clinique dans l’article correspondant, mais il nous faudra auparavant nous intéresser, de façon plus précise, au pôle de l’holonymie. Il est l’antithèse fonctionnelle de ce pôle de l’antonymie. Voir l’article : Qu’est-ce que l’holonymie : pactes sociaux, production de symboles culturels et religieux.

 


 

Avril 2010 : Notons qu’un travail scientifique récent nous montre les différences neurologiques entre acquisition du « verbe » et du « nom commun » ; il y manque encore la notion d’équilibre fonctionnel, homéostatique, que ce travail clinique prévoit. La neurologie a toujours beaucoup de mal de se déprendre d’une vision « oligarchique » du système nerveux, alors que toute la fonctionnalité biologique dépend des équilibres homéostatiques. Lire l’article : « Le chemin des mots nouveaux dans notre cerveau »

 


Popularité :
5654 lecteurs au 01/12/2013

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