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L’inconscient comme filtre transducteur - La singularité du registre symbolique (socio-langagier)

D 9 novembre 2006     H 12:46     A     C 0 messages


 


 

 L'inconscient comme filtre transducteur

 


 

L’inconscient est expliqué sur ce site comme un filtre transducteur, dont les propriétés déterminent fonctionnellement celles du psychisme tout entier. Voir l’article intitulé : La théorie unitaire du psychisme .

A quoi sert, en fait, cet inconscient ?

Comment détermine t’il ce fonctionnement oscillatoire du psychisme, qui le rattache aux conceptions homéostatiques de régulations d’équilibres, issues de la biologie ?

Les informations potentielles sont issues du dehors vers le dedans, par les chocs du réel externe,- ou du dedans vers le dehors, par la force des pulsions de la personne.

Chocs et pulsions, donnent l’énergie du système ; les pré-informations deviennent, grâce à cela, des « messages », c’est à dire de vraies informations. Elles sortent de leur “totipotence” (de leur toute potentialité) fondamentale [1]. Les messages deviennent signifiant et les éléments articulés, qui les composent, deviennent logiquement des “signifiants”, au sens large du terme, fonctionnant toujours en temps réel (c’est un caractère important). Dehors et dedans poussent et attirent ; l’échange, entre-eux, passe par une transduction des messages.

 

 


 

 

L’inconscient se construit à l’interface de leurs échanges. S’il n’a pas d’énergie interne pour fonctionner quantitativement, il n’en a pas moins un rôle qualitatif de filtre et de transformation de la totipotence, celle des poussées et attractions du réel externe et interne. C’est comme pour une cellule vivante : le corps cellulaire est une machinerie transductrice, entre le dehors et le noyau. A part qu’ici, le corps en question est plus complexe que le corps somatique de l’individu, comme nous allons l’expliquer à propos des registres du psychisme.

 

 


 

 

 L’inconscient articule des signifiants pour transmettre des messages . Nous développons, ici, la notion de fonctionnalité tétravalente des articulations. Cela nous sort de la divalence et de la dialectique habituelle, qui est la réduction scientifique ayant permis, jusqu’à maintenant, de comprendre les règles de l’homéostasie corporelle. Toutefois, il n’est pas exclu que cette réduction divalente n’ait pas déjà été une réduction exagérée pour l’approche des régulations biologiques des cellules et des corps vivants ; il est possible qu’une approche tétravalente eût été préférable. On voit, de même, en physique actuelle, depuis les expériences sur les particules corrélées, que la divalence n’est plus du tout suffisante pour aborder le réel, à ce niveau épistémologique. Nous ne faisons donc pas de la fonctionnalité tétravalente une propriété du niveau psychique de la réalité, qui caractériserait particulièrement ce niveau.

Nous avions défini, dans l’article pré-cité, que nous ne faisions pas non plus du psychisme un niveau “supérieur” de la réalité, mais qu’il s’agissait d’une articulation « trans-niveaux » de différents registres. Ceci oppose cette conception à toutes celles qui veulent réduire le psychisme au fonctionnement d’un registre particulier, par une réduction excessive. Mais aussi, cela l’oppose à toutes celles qui voudraient voir le psychisme, lui-même, comme une transcendance, par exemple comme une émergence de propriétés nouvelles dans un réseau [2]. Ici, les propriétés restent bien « résultantes » et non émergentes. Toutefois, ces « résultantes » ne sont pas simples pour autant ; elles amènent le clinicien à concevoir une nouvelle réalité nécessitant l’emploi d’une logique tétravalente.

L’affirmation bien connue de M. Sperry [3] : « La neurophysiologie... contrôle les effets mentaux, et les propriétés mentales contrôlent à leur tour la neurophysiologie » devient, ainsi, une phrase inutile. Si on ne peut réduire le réel psychique à un registre particulier, ici le registre neurophysiologique, en rendant ce registre complètement distinct, indépendant d’autres registres, la notion même d’émergence à un niveau supérieur n’a plus de sens logique. S’il n’y a pas, réellement, de niveau inférieur, il n’y a pas de niveau supérieur, non plus. Réduction et émergence n’ont ainsi de sens que dans le cadre d’une logique aristotélicienne, que nous ne suivons pas ici. Nous ne nous plaçons pas dans ce que M. Kim appelle (pour le critiquer heureusement) le « modèle stratifié du monde », qui utilise, nous fait-il remarquer, le terme « niveau » comme une expression consacrée, après avoir utilisé aussi les termes « d’ordre » ou « d’étage » [4]. Ne voyons pas le terme « niveau » comme un terme hiérarchisant, mais comme un terme « résultant », une façon de voir dans une complexité. On peut se placer au niveau d’un registre, ou au niveau de l’articulation des registres (ce que nous appelons ici le niveau « psychique »), mais cela ne donne pas une supériorité, ou une infériorité, à un point de vue plutôt qu’à un autre. On échappe ainsi à une dérive fétichiste de la conception du psychisme, le fétichisme étant, justement, la recherche d’une « émergence » de l’objet de désir, par positivation transférentielle du manque ( voir l’article : La nature du fétiche sexuel ). Espérons que les neurophysiologistes actuels, qui sont tout à fait dans la ligne des conceptions émergentielles de M. Sperry, arrivent un jour à sortir de leur idéologie aristocratique et fétichiste. Le mieux serait d’abandonner carrément le concept de niveau, qui connote trop cette conception hiérarchisante du fonctionnement psychique.

 


 

 Signifiants et transduction

 


 

Le terme de « signifiant » a été extrait de la linguistique par J. Lacan. C’est, peut-être, dans le sens d’élément constitutif du psychisme langagier et social, qu’il est le plus juste, mais il a été utilisé par lui pour parler de l’inconscient. On peut dire que la base inconsciente du psychisme, c’est l’articulation tétravalente, dans différents registres, d’éléments transductés, issus des stimulations externes et internes. L’intérêt de ce concept de signifiant apparaît donc associé à celui de transduction. Un « message » constitué de « signifiants » peut être transmis selon différents substrats. A l’origine du concept de transduction, le message, transmis par transduction, voyait son substrat devenir électrique. Une pression physique sur des récepteurs de la peau devient ainsi de l’influx nerveux et une onde de dépolarisation le transmet aux centres nerveux. L’extension de la notion de transduction de signaux s’est fait, en biologie, comme articulation entre événements extracellulaires et intracellulaires. Ici, cela concernera tous les substrats investis, dans le fonctionnement psychique, entre le dehors et le dedans. Nous utiliserons ce concept pour le psychisme, dans l’oscillation entre le réel du dehors et le réel du dedans du psychisme, pour comprendre comment un même message, constitué de signifiants, va procéder dans les différents registres du psychisme.

Cela entraîne, comme conséquence, que l’inconscient réduit le « bruit » du réel totipotent et que cette réduction, indépassable, nous empêche d’avoir complètement accès au réel. Toutefois, il nous permet, de par sa nature même,- c’est à dire de fonctionner selon une logique tétravalente, de présenter une possibilité de libre arbitre et d’échappement des fixations aux pôles psychiques pour l’humain. Cela compense amplement la réduction regrettable du réel qu’il implique.

 


 

 Substrats et registres

 


 

Le filtre inconscient fonctionne donc dans différents registres psychiques appelés, selon le type de relation trouvée :

 

 


 

 

  •  registre dyadique (relation de maîtrise réciproque)  - le substrat en est les accordages neurologiques entre individus, dont la possibilité est pré-installée génétiquement, comme on le voit dans les constitutions d’ “empreintes” en éthologie et fait, sans doute, appel à des neurones miroirs ; cela ne veut pas dire que le neurologique, par ses possibilités d’accordage inter-individuel, par exemple en permettant l’établissement de relations de domination-soumission, soit le seul, ou le principal, registre du psychisme, car il n’est pas isolé des autres registres psychiques ;

 

 


 

 

  •  registre social (relation “aux autres”)  - le substrat en est le langage sous son aspect de langue commune et de gestuelle commune, dans la constitution de sociétés ; c’est le registre symbolique ; voir le social, aussi, comme un registre psychique servant à traiter les signifiants des messages, en parallèle avec les autres registres, est tout à fait nouveau ; cela contredit les prétentions de la sociologie à en faire un registre autonome, qui gouvernerait les conduites humaines ;

 

 


 

 

  •  registre narcissique (relation à soi-même)  - le substrat en est le corps propre, réinvestit consciemment dans sa physiologie homéostatique ; c’est là où le psychisme dépasse de façon épistémologique le niveau de la biologie individuelle, sans constituer pour autant un niveau “au-dessus”, comme un cavalier psychologique qui dirigerait (ou pas) sa monture ; le corps fait partie entièrement du psychisme ; il permet la conscience, mais pas de façon isolée ; il n’y a pas réellement de psychologie humaine [5] ; c’est très important de ne pas faire du Conscient une seule conscience corporelle ;

 

 


 

 

  •  registre sexué (relation au manque de l’autre)  - le substrat en est les défaillances et orifices naturels du corps, qui permettent, certes, que soient investis les “objets” entrant ou sortant du corps comme objets sexués, mais qui ne sont que des index d’un manque, sauf pour l’incroyable artifice précautionneux qu’est le fétiche ; que chez l’homme, la sexualité et sa visée reproductrice, soit mise au service du psychisme comme registre psychique à part entière, vient anéantir les prétentions de la sexologie à se constituer en science comportementale, qui gouvernerait éthologiquement les relations humaines.

Chaque type de relation a son substrat ; respectivement : le neurologique inter-individuel, le social, le psychologique individuel, le sacrifice reproductif. En permettant que se constitue, dans chacun d’eux, une fonctionnalité tétravalente, tous ces registres vont permettre à un inconscient de se constituer. Ce n’est que l’articulation d’ensemble des signifiants, par une même logique tétravalente, qui permet l’unité du champ psychique. Le psychisme joue sur ces registres et leur base inconsciente, en même temps, pour danser consciemment la danse de la vie. L’unité est assurée par la mise ensemble du traitement partiel de l’information, effectué dans chaque registre. Chaque registre “transducte” les éléments totipotents, à sa façon. C’est la coordination logique des articulations signifiantes partielles de chaque registre, qui donne ce fonctionnement trans-niveaux.

 


 

 Le modèle trans-niveaux du psychisme

 


 

Cette façon de voir permet d’éviter des réductions abusives, ce qui en science de l’humain est primordial et assez raté aujourd’hui. Ces réductions outrées ont abouti au développement de ces sciences autonomes, que l’on connaît : la neurologie, la psychologie, la sociologie, la sexologie, avec des accointances partielles qui sont autant d’essais de créer des super-modèles et de nouveaux paradigmes illusoires (par exemple neuropsychologique). Les axes de ces super-modèles ont été donnés dans l’article : Conditions pour psychothérapie.

 

 


 

 

Le psychisme est unitaire de par ses articulations logiques que le Dr Lacan a le premier formalisé, dans son élaboration des quatre discours.

 

 


 

 

Dans les quatre discours, les éléments constitutifs de chaque discours s’articulent au quart de tour, ce qui donne une compréhension saisissante du rôle partiel de chaque registre (appelé par lui “discours”) et, en même temps, de l’unité horizontale, et non verticale, du psychisme. La notion de “signifiant” ne doit, toutefois, pas nous faire trop limiter le psychisme à un seul registre, par exemple celui du langage. Il nous manque toujours un terme plus neutre, pour qualifier l’élément psychique discret qui ne soit pas un terme trop marqué d’un registre psychique, ni faisant croire au contraire à une substance commune. Je propose, éventuellement, celui de transducton, vu que chaque registre transducte à sa manière. Jacques Lacan n’a pu échapper au risque de faire des « signifiants » un substrat unique langagier, avec sa notion de « parl’être » . C’est une dérive que j’essaie d’éviter dans ce néologisme de « transducton », qui évoque une unité fonctionnelle et non de nature.

Si l’on veut garder le terme de « signifiant », il faudra, alors, parler de signifiant au sens « élargi ».

Chaque registre, en utilisant, à sa manière, une fonctionnalité tétravalente, offre, à la personne, la possibilité jouissive de ne pas rester prisonnier d’un pôle logique . Même si ça se bloque dans un registre, un autre peut assurer un échappement en fonctionnant efficacement ; il va provoquer, en retour, un déblocage du registre bloqué. Mais, ce déblocage n’est pas toujours une guérison. Il peut être un déblocage forcé, qui montre l’influence d’éléments signifiants inconscients, sans qu’une réelle souplesse et mobilité fonctionnelle du registre bloqué arrive à se réaliser consciemment. La liberté fonctionnelle tétravalente du registre bloqué n’est pas réellement rétablie ; ce n’est que l’influence fonctionnelle des autres registres, qui est en cause. La guérison n’est que partielle et douloureuse. Un symptôme émerge comme « retour du refoulé », imparfait, incompréhensible, forçant le Conscient. Le compromis n’est pas heureux. Cela ne fait pas retrouver la jouissance espérée, même si cela permet de fonctionner psychiquement. S’y résigner, transforme le symptôme en « sinthome ». Marcher avec un sinthome, c’est marcher en boitant. Cela peut sembler suffisant, y compris pour des psychanalystes, mais c’est une forme de résistance de leur part à la compréhension même du fonctionnement psychique jouissif.

La clé du fonctionnement de l’inconscient est donné par ce qui est, vraisemblablement, une empreinte articulatoire  non-blocable  de signifiants. Le but de la psychanalyse est de retrouver, pour chacun, cette clé. Elle est, c’est mon apport, de fonctionnement tétravalent. Chacun porte une clé personnelle, héritée de sa lignée féminine, avec quelques variations toujours intéressantes à déceler sur quelques générations. Elle est garante de la liberté jouissive du psychisme. Face aux blocages du fonctionnement neurologique, basé sur la répétition et le conditionnement, la clé de l’inconscient, le coeur, pourrais-je dire, de l’inconscient, c’est cette oscillation tétravalente de signifiants, qui ne peut se réduire et se figer. Même chez une vieille personne complètement démente, elle reste ce qui anime son fonctionnement psychique. Une fois mise en marche, elle reste indélébile jusqu’à la mort. Elle permet l’existence de la conscience, par les décrochages incessants des pôles psychiques de fixation. Par ailleurs, en forçant le psychisme à fonctionner de manière oscillatoire, elle est aussi à la base de la création du symptôme et de la clinique.

 

 


 

 

Une clinique peut, ainsi, se constituer dans chaque registre, qui conjoint fixation singulière à un pôle logique et surgissement intempestif et calamiteux du pôle le plus opposé, dans un symptôme, sous l’effet de l’influence plus générale du fonctionnement psychique. Cette clinique peut devenir, à son tour, trans-registre, quand des pôles analogues de différents registres psychiques se trouvent trop investis et provoquent l’émergence de symptômes analogues, dans d’autres registres psychiques. C’est ainsi que l’on peut établir une clinique trans-registres, dont les principaux éléments sont déclinés sur le site sous l’appellation de :

 


 

 Métaphores et métonymies du langage

 


 

Pour aborder la clinique plus particulière du registre social et langagier, l’important est de concevoir que le langage permette que s’établisse la relation sociale, relation “aux autres”, dont la base est le langage, comme parole commune dans l’utilisation d’une même langue et comme gestuelle commune dans la constitution de sociétés humaines. La langage est, à la fois, parole d’échange et gestuelle de groupe.

 

 


 

 

Le langage conduit les messages, en transformant (transduction) des éléments totipotents en messages “signifiants”, sous la forme de “signifiants” sonores et gestuels. Il filtre aussi, dans cette conception, les messages d’entrée dans le langage, différemment des messages de sortie ; l’émission de ces derniers a l’aspect de métonymies sous la forme :

  • de partie pour le tout (méronymie), comme dans le sujet de la phrase,
  • ou du tout pour la partie (holonymie), comme dans l’objet de la phrase.

 

 


 

 

Ce sont, par exemple, dans le langage parlé, les noms propres, pour la méronymie et les noms communs, pour l’holonymie. C’est une chance, en français, d’avoir ces deux catégories. On trouvera la définition de ces termes dans l’article : Préliminaires à une clinique du langage et du social. Le nom propre, dans la méronymie, sert à identifier une personne parmi les autres, selon une règle de nomination. Le nom commun, dans l’holonymie, est un index de classe générale, qui fonctionne à l’amiable entre utilisateurs.

Au niveau organisation sociale, que nous abordons ici comme la gestuelle commune du langage, nous avons, pour la méronymie, la détermination d’un chef qui s’impose à tous et qui va représenter le social constitué. Pour l’holonymie, nous avons la construction libre de sociétés spatiales de productions « physiques », occupant un territoire, et de filiations « métaphysiques » temporelles, se rattachant à une histoire et à une même origine [6].

Ces opérations métonymiques déterminent des actions collectives et les rendent possibles, en leur donnant un sens : on y organise, ensemble, le réel concrètement pour la représentation active et l’affirmation identitaire qu’elle donne (méronymie) et pour la production et l’alliance commune (holonymie). Qui dit sens élaboré, dit signifié. Il y a un signifié : le chef, la société productrice et ses alliances.

 

 


 

 

Mais pour les messages d’entrée ? Nous sommes, maintenant, dans la construction de métaphores et non plus de métonymies. Deux sortes essentielles de métaphores sont présentes :

  • dans l’antonymie, il s’agit de la métaphore du type “partie (sans tout)” ;
  • dans la synonymie, il s’agit de la métaphore du type “tout (sans partie)”.

Dans le cas de l’antonymie, de tout découper en paires d’oppositions, en signifiants “antonymes”, clive la partie du tout et oblige à ne concevoir possible la disparition des parties, qu’en une totalité transcendante, dans la fiction d’un sens à comprendre d’une phrase structurée ou dans de prétendus idéaux sociaux. Alors qu’il n’y a dans la syntaxe, que des règles de substitution de signifiants à suivre.

Ou alors, dans le cas de la synonymie, on met tacitement tous les éléments du langage ou du social sur le même plan, comme des signifiants “synonymes”, équivalents dans un même accent langagier commun, qui refoule les traits qui pourraient les rendre différents, qui refoule ce qui pourrait les séparer en paires distinctes.

Dans la métaphore, on occulte du sens, pour garder une part de mystère :

  • soit le mystère de la totalité, au-delà des différences dernières dans l’antonymie ; c’est la partie (sans tout) ; c’est maintenir une transcendance qui échappe ; c’est le cas du verbe de la phrase ;
  • soit le mystère de la réalité des différences, occultées par le “tout” massif de la synonymie ; c’est le tout (sans partie) ; c’est garder une réserve envers la partialité et le manque de communion sociale ; c’est le cas des accents et intonations de la langue.

On y sauvegarde donc de l’inconnu (le tout supérieur ou la partie inférieure ), au contraire de la métonymie qui donne un sens aux messages. La métaphore sert à cacher du sens, tandis que la métonymie sert à en créer.

Pour sortir de l’inconnu de la métaphore, on va donc pouvoir agir en créant de nouveau des métonymies. Mais, celles-ci sont toujours insuffisantes à piloter le réel et il est important de pouvoir en lire, en retour, les insuffisances par des métaphores. Le va et vient de l’oscillation langagière, dans la langue commune et la danse gestuelle commune des organisations sociales, assurera la jouissance de l’ensemble social.

Notons qu’il n’y a donc pas forcément un “signifié” positif qui ressort des opérations signifiantes, puisqu’avec la métaphore, c’est à une restriction de sens qu’on a à faire et à la sauvegarde d’un signifié qui nous dépasse (antonymie), ou que nous ne voulons pas nous abaisser à prendre en considération (synonymie). Si la métonymie est du côté de l’action, la métaphore est du côté de l’inhibition.

 


 

 Blocages et déblocages

 


 

Un échappement des fixations, que ce soit fixation dans le “sens” donné, ou fixation dans le “mystère” sauvegardé, sera toujours possible. C’est l’intérêt pour le psychisme d’utiliser une logique tétravalente, qui permette CONSTITUTIONNELLEMENT un échappement vis à vis de ses pôles constitutifs, si son application représente une réduction du réel logique. Cet échappement est un effet de la réduction psychique de la logique tétravalente, comme algorithme réel, comme plan originel, par altération des pôles constitutifs de l’algorithme en quelque sorte, par la création d’un « flou » polaire, par une bascule vers une logique qui devient plus « floue », dans la réduction pratique effectuée ; cet échappement perpétuel aux pôles d’attachement, qui deviennent des pôles de réverbération, n’en reste pas moins nécessaire, pour qu’une jouissance d’ensemble du fonctionnement psychique puisse se réaliser.

Il y a déjà un échappement possible dans chaque registre. D’autre part, l’utilisation de plusieurs registres en parallèle permet de continuer à fonctionner psychiquement dans un registre, si un autre se trouve bloqué et de garder une certaine jouissance du fonctionnement oscillatoire global du psychisme. Mais, cette dernière possibilité ouvre aussi la porte au surgissement du symptôme et à sa pénibilité de retour imparfait du refoulé, dans le registre bloqué. Le symptôme est le prix à payer pour que la jouissance globale se maintienne... malgré tout. Le symptôme fait sinthome selon le concept de Lacan, mais ce n’est pas de l’indépassable à se contenter, car c’est un pis-aller et la jouissance de la vie reste atteinte. Se contenter d’un « sinthome », c’est du stoïcisme ou de l’ascèse hédoniste, mais pas de la guérison. Cela reste une position philosophique complice de la pulsion de mort.

 


 

 L'importance de la clinique

 


 

Pourquoi ce filtrage différent entre entrées et sorties ? Y aurait-il deux sortes d’inconscient ? Non, car il faut justement garder en mémoire l’organisation logique tétravalente de l’inconscient qui, en donnant des valences à ce qui est messages en temps réel (venant du dehors et de ses stimulations ou du dedans et de ses pulsions), les transforme en signifiants et organise ces signifiants selon les opérations métonymiques et métaphoriques. Cela donne une définition de la mémoire, ici de la mémoire collective, comme étant une mémoire de l’attribution des valences aux opérations métonymiques et métaphoriques communes.

Chaque élaboration clinique pertinente au niveau social, sera une pierre apportée dans le jardin de cette conception, car on ne peut pas dire que la clinique du social soit aujourd’hui vraiment envisagée, ni développée autrement que par des méthodes anthropologiques. Or, celles-ci ne peuvent aller au-delà de collections statistiques, sources de toutes les interprétations idéologiques, sans permettre une intelligibilité de la situation.

C’est pourquoi je développe systématiquement cette clinique sur ce site, même si, comme dans tout débroussaillage, il reste énormément à travailler et à perfectionner les élaborations fournies. D’où le précaire aussi des tableaux cliniques ainsi exposés, à ne pas oublier...

 

 


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[1Le terme de totipotence est issu de la biologie mais c’est un concept utile à récupérer dans d’autres champs scientifiques. Si une cinquième dimension devait être prouvée en physique, ce pourrait être une dimension “totipotente”. Nous l’utilisons ici pour qualifier la pré-information avant son entrée dans le filtre inconscient et avant sa réduction à l’état de message par la formation de « signifiants » ou, mieux, de ce que je propose d’appeler « transductons »

[2Tentation à laquelle Freud lui-même n’a pas échappé dans son élaboration de la deuxième topique d’un ICH qui n’est pas loin de posséder des propriétés émergentes, selon les définitions de la philosophie anglo-saxonne qui lui était contemporaine

[3Sperry Roger Wolcott - 1969 - “A Modified Concept of Consciouness” in Psychological Review 68

[4Kim Jaegwon - 2002 - « The Layered Model : Metaphysical Considerations » in Philosophical Explorations 5 - Traduit en français dans « Trois essais sur l’émergence », coll. Philosophie , Les Editions d’Ithaque, Paris, 2006

[5Toute une dérive psychologisante actuelle de la psychanalyse est une séduction du cavalier, d’un « sujet » qui ne serait pas « barré »

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