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Les opérations de base du psychisme socio-langagier

D 3 août 2006     H 17:57     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 


 

Les opérations de base du psychisme socio-langagier ont été évoquées au niveau de leur logique dans l’article : Préliminaires à une clinique du langage et du social. Nous trouverons ces opérations à l’œuvre dans les articles qui suivent et cela permettra d’en comprendre l’intérêt clinique, mais il peut être utile de les regrouper et d’en dire un peu plus sur elles aux fins de comparaison.

 


  Déni, rejet, clivage, refoulement : opérations de base du langage et du social


 


 

DENI et REJET du côté de la métonymie, CLIVAGE et REFOULEMENT du côté de la métaphore, sont des opérations psychiques indispensables à acquérir afin que se réalise pour l’enfant la fonctionnalité langagière et sociale oscillatoire du psychisme. Sa danse avec les autres et parmi les autres de son social, par le langage verbal et par l’organisation gestuelle non-verbale du social, nécessite sa participation à des constructions imparfaites qui sont chaque fois des cas de figure du symbolique [1]. Notons que cela empêche les pôles du psychisme d’être coupés des autres pôles grâce à leur défaut intrinsèque. Chacun « visite » l’autre sans cesse. L’homéostasie fonctionnelle du psychisme dépend de cette visitation, sinon le système oscillant se bloquerait d’emblée par la prépondérance d’un des pôles sur les autres. Ce ne sont pas des mécanismes pathologiques à ce niveau, ce sont des imperfections nécessaires à constituer la tétravalence fonctionnelle de ce registre psychique. Grâce à cela, une fonctionnalité oscillante et surtout non blocable peut se constituer dans ce registre psychique à l’instar de ce qui se passe dans les autres registres psychiques.

Par contre, la clinique de ce registre social et langagier résultera directement de l’absence de constitution suffisante d’un des pôles du langage ou de sa trop grande prépondérance. La fixation à un pôle particulier entraîne terriblement le risque de surgissement intempestif du pôle le plus opposé dans un symptôme éprouvant.

 

Tableau 1 - La fonctionnalité du langage :

 

  MétonymieMétaphore
valence ternaire Méronymie :
déni
Antonymie :
clivage
valence duelle Holonymie :
rejet
Synonymie :
refoulement

 

Tout cela peut sembler assez aride car il manque les exemples cliniques qui rendent cette fonctionnalité vivante et compréhensible. Néanmoins, il s’agit de préliminaires indispensables à une clinique du langage auxquels on peut revenir quand l’intelligibilité de l’ensemble sera plus apparente.

 


 Similitudes et différences


 

Chaque opération psychique est ce qui permet l’établissement et la maintenance d’un pôle psychique de ce registre socio-langagier. En même temps, elle en constitue la limite et l’imperfection.

 


 

a ) Le déni : C’est l’opération constitutive de la métonymie appelée méronymie, où la partie représente le tout. Le déni, c’est refuser de reconnaître quelque chose comme le sien, le nier, ce qui est une affirmation, notons le. Ce qui est ainsi dénié, au fond, dans cette opération métonymique, c’est le pôle le plus contraire de celui de la méronymie, c’est à dire celui de la synonymie, celui qui entraîne l’égalité et l’acceptation de tous les êtres humains comme de tous les signifiants de la langue. Une partie de la population générale est niée, dans la méronymie et une partie est acceptée comme faisant partie du social considéré comme un tout. Il y a déni d’une unité globale entre humains afin d’arriver à constituer des groupes sociaux.

Dans le langage, une langue, un dialecte, un idiome, va fonctionner en mettant hors circuit certains signifiants ou groupes de signifiants pour n’en retenir qu’un bouquet qui sera le tout des signifiants que l’enfant aura à retenir. La partie va pouvoir représenter le social pris en compte, le tout, mais au prix de dénier l’appartenance du reste, de ce qui n’est pas pris en considération dans ce tout. Le déni est une action de refus de la communion sociale générale trop vague.

Mais, cela entraîne aussi une limite dans la différence, parce que les membres du social ainsi constitué resteront quand même, eux, des égaux. C’est parmi ces égaux d’un même social qu’une partie pourra être déterminée afin de permettre à une représentation de ce social d’émerger. Ce sera le rôle du chef, comme nous le verrons, ainsi que du nom propre pour le langage. Le sens de cette opération métonymique de constituer un social, c’est de permettre à un chef et à un Nom-du-chef (nom propre) d’émerger comme index de l’unité, mais pas de se différentier autrement des autres du même social. Il y a une limite au déni, sauf pathologie. Nous en verrons la clinique décrite dans l’article : La méronymie et les excès du déni dans la perversion sociale : dictature, anomie, révolution.

 


 

b ) Le refoulement : C’est l’opération constitutive de la métaphore par synonymes. Les signifiants ou groupes de signifiants y sont pris pour leur égalité permettant de construire une unité d’ensemble qui « oublie » leurs différences, qui les refoule. C’est le tout (sans partie). C’est le contraire de l’opération précédente. Il faut prendre, ici, le mot « refoulement » à la lettre, même s’il est souvent utilisé par commodité pour décrire les autres opérations psychiques. Cela repousse, fait reculer, s’oppose au fonctionnement du pôle contraire de la synonymie qui est la méronymie. Cela n’accepte pas la partie dont l’existence même est refoulée, pour établir un tout métaphorique d’égaux en soi (synonymes). Mais, ce n’est pas par une affirmation du tout que cela est réalisé. C’est par un manque de capacité de distinguer la différence irréductible qui empêcherait la synonymie de s’établir. Cela maintient l’indistinction des signifiants considérés comme équivalents symboliquement.

Au niveau du langage, c’est la prosodie, les accents et intonations du langage qui le permettent en rencontrant aussitôt l’assentiment de l’autre. La prosodie entraîne la familiarité immédiate des locuteurs et le partage collectif d’une communion d’emblée. Le « complément » dans la phrase sert aussi à cela ainsi que les tournures de phrase dites « exclamatives ». Au niveau social c’est ce qui fait « foule » sans tenir compte des individualités. C’est ce qui permet à la « foule » de garder sa même place, sa même empreinte communautaire intime. C’est ce qui la collectivise avant toute démarche individuelle, dans une même inhibition. Le refoulement est une inhibition métaphorique d’action (l’action étant dans la métonymie). Le mystère métaphorique qui y est gardé, c’est celui de la partition toujours possible du tout. C’est donc une restriction qui est celle de l’affect collectif et de l’abstraction sociale.

Il n’y a pas d’inégalité dans le collectif de la foule, mais cela contraint en même temps les membres constitutifs à l’égalité et à la tolérance forcée. Cela nécessite alors qu’un membre du collectif ne doit pas être insupportable. Il y a une communion nécessaire à tenir dans les limites du supportable, communion qui empêche le refoulement de s’étendre abusivement à la partie trop pénible car trop différente, sauf pathologie.

 


 

c ) Le rejet : C’est l’opération constitutive de la métonymie appelée holonymie, le tout pour représenter la partie. C’est une autre action signifiante que celle que nous avons vu dans la méronymie, avec la constitution d’un groupe ayant un représentant (le chef identifiable comme tel). Ici, c’est l’action de créer des sociétés capables de représenter les individus ou groupes qui les composent, de les désigner comme composantes individuelles. Les sociétés ainsi créées, sont essentiellement des sociétés de biens et de services communs, car elles produisent pour l’individu, elles agissent pour chacun. Le regroupement n’a de sens que pour le service de la partie. Ce sont des sociétés d’alliance commune à l’amiable, de contrat commun. Au niveau du langage, c’est la création des noms communs, qui utilisent un « index de classe » pour désigner un élément particulier. Il y faut donc le rejet du pôle opposé qui est celui de l’antonymie et du clivage perpétuel (ce pôle opposé étant celui de l’absence de tout accord à l’amiable possible). Remarquons que le nom commun est un tout signifiant, du tout des signifiants de la classe en question. C’est aussi le rôle de l’ « objet » en général dans la phrase et de la tournure de phrase « interrogative ».

La limite du rejet, c’est que la société, ainsi constituée, ne peut fonctionner qu’au service des individus et des groupes qui la composent. Elle ne peut accumuler pour elle propre. Elle doit se garder de fonctionner à son niveau comme un élément extensif se servant des individus pour ses fins propres, au lieu d’être au service de ses sociétaires, sauf pathologie.

 


 

d ) Le clivage : C’est l’opération de la métaphore par antonymes, c’est à dire par l’opposition de contraires. Un signifiant ou groupe de signifiant n’existe que dans son opposition / relation à l’autre. De cliver ainsi les signifiants, de pratiquer cette scission systématique et de ne considérer que les parties de la partition, amène à maintenir une ignorance, celle du tout de la langue qui reste à la trappe. L’antonymie, c’est la partie (sans tout). Au niveau social, c’est le maintien des individualités en ce qu’elle ne sont pas assemblables en sociétés contractuelles comme dans le pôle opposé, qui est celui de l’holonymie. C’est le contraire de la mise en commun. C’est la sauvegarde de l’idéal de la différence et de la distinction, bref, du « privé » et de l’altérité. Les règles de conjugaison d’une langue opposent et relient ainsi des parties entre elles. Il faut noter que cela nécessite au moins, dans la langue, la notion d’une négativité, afin que puisse se réaliser le clivage minimal : A / non-A. C’est le rôle du « verbe » qui est ainsi déterminé en pouvant être mis à la forme « négative ». C’est ternaire, car il y faut cette règle de grammaire qui permet les tournures positives et négatives de celui-ci. Une des premières phrases structurées que dit un enfant est d’ailleurs, souvent, une « déclaration négative ».

La limite du clivage, c’est de ne pas dépasser ce jeu d’opposition pour créer des individualités complètement distinctes et qui ne soient plus réellement articulées par leur relation / opposition. C’est de ne pas aboutir à un « isolisme » exagéré, sauf pathologie.

Notons que ce clivage créant des oppositions / relations nous sert à parler de la structure mouvante et non-blocable de la tétravalence logique du psychisme. Or, les pôles du psychisme ne sont pas vraiment des pôles d’opposition / relation avec les autres. Ils sont, au fond, radicalement hétérogènes les uns aux autres. Ce n’est que la présentation métaphorique que nous en donnons qui pousse à en parler comme des pôles d’opposition / relation. La fente du clivage, c’est celle de la dialectique d’Héraclite ; tandis que la distinction des pôles psychiques, c’est l’effet de khaos au sens d’Hésiode...

 


 


Popularité :
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[1Symbolique à opposer à diabolique selon la conception du Pr François Ost, auteur de Sade et la loi, Ed.Odile Jacob - 2005 ; ici, le diabolique qui « divise », c’est la clinique. 

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