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Totipotence et castration
samedi 17 juin 2006, par
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Sûrement déjà bien avant Aristote (IVème siècle avant J.C.) , on écrivait le tétralemme logique de cette façon :
| Ainsi | Non-ainsi |
| Ainsi et non-ainsi | Ni ainsi ni non-ainsi |
Aristote s’en est servi pour railler la logique tétravalente en prenant, comme exemple, le problème de la vérité ; le tétralemme s’écrit alors :
| Vrai | Faux |
| Vrai et faux | Ni vrai ni faux |
Une proposition est vraie ou fausse, disait-il ; cela n’a pas de sens de dire qu’elle est “vraie et fausse”. Il n’y pas de moyen terme entre des opposés, c’est une contradiction. Cela n’a pas non plus de sens de dire : “ni vrai ni faux”, car il n’y a pas de tiers possible en dehors de la vérité ou de la fausseté (principe du tiers exclu). Seul existe réellement, pour Aristote, le dilemme vrai / faux. La logique tétravalente n’est qu’un amusement de logicien. C’est la logique divalente qui est la seule utilisable en pratique.
En métaphysique, cela donne :
| Etre | Non-être |
| Etre et non-être | Ni être ni non-être |
Et c’est là que les choses se gâtent, selon que l’on a à faire à une métaphysique positiviste, qui va utiliser, comme Aristote, un prédicat positif,- et seuls les pôles psychiques divalents vont être fonctionnels. Ou que l’on a à faire à une métaphysique “apophatique”, qui ne va pas considérer l’Etre comme quelque chose de concret d’emblée. C’est cette voie "négative" que nous privilégions dans cette conception homéostasique du psychisme où les pôles du psychisme suivent une organisation logique tétravalente.
La façon d’écrire le tétralemme de façon apophatique est de le formaliser avec des négations logiques ¬ :
| (1) ¬ S | (2) ¬ (¬ S) |
| (3) ¬ (S et ¬ S) | (4) ¬ (¬ S ou ¬ ¬ S) |
S est alors un prédicat totipotent. Il reste capable de toutes les potentialités. On le "réduit" en l’écrivant ¬ S. On peut toutefois comprendre ¬ S de diverses façons. En particulier, écrire ¬ S peut être pris comme l’accent mis sur la perte en elle-même de la capacité de potentialité (comme dans le cas de la relation sexuée). La négation est celle de la notion même de potentialité. Il n’y a plus de potentialités activables. Il y a un vide de potentialité !
Dans ce cas, l’autre rencontré devient porteur de ¬ S, c’est à dire de la perte de toute potentialité. C’est le manque absolu, le vide intrinsèque, le trou constitutif de l’autre qui apparaît. Il y a extinction de tout, sauf de ce passage à vide. Le sujet n’existe plus, pas plus que le porteur de vide qui se résume à son vide. C’est la structure psychique qui permet cela, de pouvoir intégrer le vide dans son fonctionnement tétravalent grâce à cette formulation apophatique. Ce que ne peuvent réellement faire les aristotéliciens avec leur prédicat positif d’emblée. Il a fallut 23 siècles (!) pour que la notion de vide soit réanimée et réellement étudiée en science par l’anglais Dalton, au 19ème siècle, tellement l’horreur aristotélicienne du vide avait marqué les esprits en Occident.

C’est dans la rencontre du corps sexué de l’autre que se fera, pour l’enfant, la confrontation au vide et la mise en route fonctionnelle de cette formulation apophatique de la tétravalence. Celle-ci fait oeuvre de clé de voûte de la construction psychique. Le concept de “castration” des psychanalystes doit être compris ainsi : c’est d’emblée, dans la constitution même de l’appareil psychique, dans les permutations au quart de tour des éléments tétravalents du psychisme, que l’accès au vide, au manque, à l’absence, se réalise pour l’être humain qui est aux prises avec sa sexuation.
fig.1 - Le vide intrinsèque de la structure inscrit comme objet a dans le discours de l’Analyste de J. Lacan :

Cela ne veut pas dire que cet accès au vide soit d’emblée efficient, tant il nécessite un fonctionnement global et harmonieux du psychisme pour pouvoir se dévoiler un jour et servir à la jouissance de l’acte sexuel. Beaucoup de personnes n’y arrivent pas, ou mal.


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