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Clinique de la perversion-psychose : les crimes sexuels impulsifs

D 10 mai 2006     H 14:05     A Louÿs Jacques     C 0 messages


 


 Introduction


 

Des crimes sexuels terribles sont annoncés dans les moyens d’information. On ne peut pas dire qu’une accoutumance se passe. L’effroi surgit chaque fois, surtout quand cela concerne une personnalité célèbre, des meurtres en série ou que des enfants s’y trouvent impliqués. Des systèmes d’alerte sont mis en place pour les disparitions d’enfant ou d’adolescent qu’on ne qualifie plus systématiquement de “fugues”. Les crimes incestueux ne sont plus banalisés et occultés systématiquement. Mais, pour les adultes, une certaine fatalité se dégage toujours sous le terme de crimes passionnels. La sexualité entraîne des passions folles et c’est quasiment admis. La justice a tendance à plutôt considérer cela comme amenant à l’auteur des circonstances atténuantes. Cela fait croire à la moindre gravité des crimes sexuels.

Comment cela se fait-il ? Quelle clinique nous permet de les comprendre et d’en rendre compte ? Il s’agit de sortir des banalisations et des clichés de presse pour comprendre ce qui se passe réellement. Il nous faut, en réalité, inventer une nouvelle clinique et, pour cela, partir à la fois de la violence perverse et de celle de la psychopathie.

C’est l’alliance de l’algolagnie perverse et de la psychopathie qui va nous donner les clés cliniques du tableau de “perversion-psychose” et des crimes horribles qui en ressortent dans la relation sexuée.

 


 Définition de l'algolagnie active et de l'algolagnie active


 

Nous reprendrons dans ce texte les termes d’algolagnie active et passive -“Schmerzwollust”- d’Albert von Schrenck-Notzing (1892) car ils sont plus précis que les termes habituels de sadisme et de masochisme inventés par Richard Freiherr von Krafft-Ebing en 1886 comme aspects de la perversion sexuelle.

 


 

Le terme d’algolagnie est composé du grec algos, douleur, et de lagneia, le commerce intime.

Dans l’algolagnie dite “active”, une personne éprouve de la satisfaction sexuelle en infligeant une souffrance physique ou morale à quelqu’un d’autre. Insistons sur l’expression “souffrance morale”, car ce n’est pas forcément la douleur physique qui est en jeu. Ici, le terme “morale” est équivalent d’émotionnel élaboré, par exemple l’émotion de peur intense avec laquelle on va jouer [1].

Dans l’algolagnie dite “passive”, la satisfaction vient d’une humiliation ou d’une souffrance physique reçue par l’autre. Là aussi, l’humiliation renvoie à l’utilisation d’un émotionnel élaboré.

 


 

Souvent, quelqu’un est algolagnique actif dans un contexte et passif dans un autre.

 


 Définition de la psychopathie


 

Nous définissons ici la psychopathie par l’écroulement soudain chez une personne de ses capacités affectives et par l’impulsivité agressive qui en découle.

En résumé : le manque soudain d’action, lors de contrariétés, ou de réussites soudaines, entraîne un surcroît concomitant d’émotivité. Cela n’est pas supporté et le pôle psychique de l’affect s’effondre par surtension. Les capacités d’action réapparaissent, alors, en un symptôme de brusque impulsivité agressive. Voir l’article : “Psychopathie, sociopathie, personnalité borderline”.

Ce n’est compréhensible que dans une conception fonctionnelle d’équilibre homéostasique des fonctions psychiques comme celle utilisée sur ce site.

 


 


 Contradiction apparente de l'algolagnie et de la psychopathie


 

Il y a une contradiction logique, à première vue, entre, d’une part, le plaisir « algolagnique » qui transpose dans les relations sexuées adultes des éléments de la dyade mère-enfant associant la peine et le plaisir,- car dans la dyade, on se « donne du mal », les deux collés ensemble, pour fonctionner et être content, et, d’autre part, la notion de psychopathie.

1 ) L’algolagnie fait partie des pratiques perverses où le scénario de la douleur est mis en place pour essayer de pallier au manque de jouissance qu’entraîne le défaut relatif de fonctionnement de la sphère émotionnelle des participants. Le pervers est un “malin” qui ose agir, mais qui ressent affectivement peu. Il y a un manque d’équilibre dans la perversion qui ne permet au pervers que d’accéder à une jouissance restreinte. La jouissance psychique nécessite, pour s’établir, un équilibre relatif entre pôles fonctionnels logiques opposés,- ici entre le pôle de l’action structurée et celui de l’affect.

En essayant de pallier à son déséquilibre par l’augmentation artificielle de l’intensité de l’émotion, en utilisant la douleur physique ou morale, l’algolagnique essaie d’augmenter par contrecoup celle de sa jouissance. Comme cela ne marche que relativement peu, il est quand même la plupart du temps obligé de se masturber pour finir sa partie... Mais il n’est pas psychotique à ce moment, pour autant, en effet.

2 ) La psychopathie est en pleine accroissement sur notre planète. Les difficultés d’adaptation grandissantes aux bouleversements sociaux et économiques sont telles que le pôle de l’action structurée s’effondre chez beaucoup de personnes et d’enfants par épuisement. Une hyperémotivité réactionnelle s’ensuit, qui entraîne des états hyper-affectifs, aigus puis de plus en plus chroniques. Cela amplifie une fragilité génétique ou épigénétique particulière. Si le pôle affectif ne tient pas, s’il est trop peu solide pour encaisser pendant un moment suffisant la surtension émotive, par exemple par une dépression, il s’effondre à son tour aussitôt ou de manière à peine différée. Un passage à l’acte auto ou hétéro-agressif vient signer, à ce moment, la réapparition d’une action folle impulsive à la moindre contrariété et obstacle d’action. Il y a donc disparition de l’affect à ce moment d’impulsivité et de la possibilité de partager l’affect avec l’autre. Surgissent alors des symptômes de domination folle : hallucinations injurieuses, automutilations, dominations agressives qui peuvent être sexuées etc. La psychopathie est un des aspects de la psychose affective, sous la forme du tableau clinique de la personnalité « borderline ».

 


 Dépassement de la contradiction


 

Nous voyons pourquoi cela semble antagoniste :

  • l’un, le pervers, cherche à augmenter son ressenti affectif, notamment par la sexualité ;
  • l’autre, le psychopathe, ne tient absolument pas la charge de l’affect tout azimut.

Or, il se trouve bien des personnes qui présentent les deux, qui ont des symptômes « pervers-fous ».

 


 

Comment expliquer cela ? C’est que le pervers peut se tromper sur ses capacités à supporter un excès d’affect sans effondrer son pôle affectif. Il croît qu’il peut maîtriser indéfiniment la situation mais il dépasse dans les faits, à un moment donné, ce qu’il peut supporter. Sa faille émotive se révèle alors. Il augmente si bien l’intensité de son affect qu’il dépasse les capacités fonctionnelles de ce pôle de son psychisme. Le voilà « pervers-fou », violant et même tuant son dominant ou son dominé.

La jalousie, qui fait enfler la charge émotive, est souvent en cause sous diverses formes. Dans les cercles DS (domination/soumission) et sadomasochistes, c’est souvent une jalousie soudaine entre participants à propos du chef et de ses présumés favoris qui crée un surcroît de tension affective. Elle provoque le passage à l’acte mortel d’un adepte sur un autre. Dans les relations homosexuelles, la jalousie est souvent directement entre partenaires, l’un ayant plus de “succès” en général que l’autre dans les relations sexuées. Dans les crimes envers les enfants, la jalousie est plutôt envers les parents des enfants et leur supposé désir de possession d’enfant. Cela commence par le rapt du bébé ou de l’enfant mais cet enlèvement peut très mal tourner par excès d’émotion (dont l’émotion de la réussite).

A un moment donné, le refoulé affectif de la jalousie ne tient plus, par surtension ou sous l’effet d’une situation de vie inattendue qui va servir à fournir la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’impulsion agressive qui en ressort est particulièrement dramatique : on y tue l’innocent dominé sexuellement, on le viole, on le terrorise, on le martyrise et le torture de toutes les façons possibles en le blessant cruellement et en le mutilant, y compris soi-même dans l’algolagnie passive. C’est ce que ne fera jamais un pervers non psychotique qui ne tiendra pas à abîmer les éléments constitutifs de son scénario douloureux.

 


 

Toutes les émotions peuvent être en cause, y compris l’émotion consécutive de la réussite trop facile chez un pervers qui bascule vers le meurtre gratuit, voire le meurtre en série, dans ses manœuvres pour faire souffrir l’autre, par exemple en lui faisant peur.

Mais, il ne faut pas oublier l’algolagnie passive. C’est celle qui fait se mettre une personne en soumission sexuelle de l’autre pour souffrir. Elle pourra impulsivement, lors d’une décompensation psychopathique, se mettre en situation de danger face au risque d’acte meurtrier de l’autre. Il existe des ogres pervers qui vont en profiter [2].

Ces ogres peuvent voir leur victime se précipiter impulsivement vers eux pour se faire périr. Le cannibale de Rottenbourg, qui voulait goûter fétichistement à la chair humaine, nous en a fait une démonstration inouïe en 2001, ayant réussi à susciter par petites annonces [3], chez plusieurs personnes, une impulsivité calamiteuse à se faire manger. Il a du trier pour choisir sa victime [4]. Cette histoire est rendue encore plus scandaleuse par les difficultés de la justice pour arriver à condamner le criminel à la hauteur de son crime, vu que la victime était “consentante” ! La défense du pervers est ainsi souvent de dire que la victime l’a provoqué, en étant volontaire.

 


 


 Conclusion


 

Le tableau clinique de l’algolagnie-psychopathie dépend de sa compréhension fonctionnelle. Elle rend compte de beaucoup de crimes impulsifs (meurtres, viols, dons de soi inconsidérés à des personnes dangereuses...) dans la relation sexuée. C’est une donnée essentielle pour la compréhension des crimes répétitifs comme les meurtres en série. A chaque fois, le rituel est semblable mais la fin tragique aussi, par incapacité du criminel à contrôler ses impulsivités destructrices.

Ce tableau est indissociable d’une compréhension homéostasique des fonctions psychiques humaines. C’est un des aspects d’une entité clinique plus vaste qui est celle de la perversion-psychose en général, où l’impératif incontrôlé du Surmoi tourne à la violence folle. Ceci peut être en jeu dans tous les types de relation humaine. Nous en développerons les points essentiels dans d’autres articles. Voir déjà :

 


[107/11/08 - Selon une étude parue ce jour dans le Journal Biological Psychology, des examens au scanner du cerveau d’adolescents agressifs montrent que la zone cérébrale où siège le plaisir s’active quand ils visionnent une vidéo montrant quelqu’un faisant souffrir une autre personne accidentellement et volontairement. On peut donc objectiver maintenant l’algolagnie au scanner !

[2La notion clinique d’ogre pervers n’est pas une illusion : Dépêche AFP 03.01.07 - Un détenu de 35 ans, soupçonné d’en avoir tué un autre âgé de 31 ans, mercredi matin dans une cellule de la maison d’arrêt de Rouen, a affirmé avoir « mangé une partie de son cœur », a-t-on appris de source proche de l’enquête...Son meurtrier présumé, un délinquant sexuel, a été placé en garde à vue après que le corps sans vie de sa victime a été découvert à 07H00 par des surveillants au cours d’une ronde. 

[3En passant une annonce sur Internet : « Franky, alias Armin Meiwes, cherche candidat bien monté et âgé de 18 à 30 ans pour abattage et consommation immédiate. » 

[4Six candidats, parmi lesquels un cuisinier, un standardiste, un employé de bureau et un étudiant, entendus à huis-clos lors du procès, (avaient) été recalés par l’informaticien anthropophage pour des motifs divers : trop gros, trop vieux, taciturne ou finalement plus trop motivé. (AFP)

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