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Document clinique : L’état expansif de V....

D 28 décembre 2003     H 16:05     A Jean Etienne Esquirol     C 0 messages


Jean Etienne Esquirol

 

Le cas clinique de V... est exposé dans le deuxième tome de l’ouvrage célèbre de E. Esquirol : « Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal » ( pages 162 à 166 de l’édition de 1838 )

 

Dans l’observation suivante, nous voyons une jeune fille de 21 ans, habituellement mélancolique, dont la manie est précédée par le suicide . La marche de cette manie est moins régulière, elle est modifiée par la menstruation, sa durée est beaucoup plus longue .

V... âgée de 21 ans, fille de service, née d’un père qui s’est suicidé, élevée par une tante épileptique, est d’une taille au dessus de la moyenne ; son embonpoint est médiocre, ses cheveux sont blonds, ses yeux bleus, son caractère est triste ; V... est silencieuse, très laborieuse et d’une conduite régulière . Dès l’enfance sa santé fut délicate, elle eut la petite-vérole à 6 ans ; à 14 ans, elle fut sujette aux maux de tête, à la cardialgie, à la leucorrhée ; à 15 ans, la menstruation s’établit et depuis elle a été régulière et abondante . La santé se raffermit, mais si les menstrues coulaient peu, il survenait de la céphalalgie, de la tristesse et de l’insomnie .

A l’âge de 20 ans et demi, V... devient plus sédentaire, plus triste ; à 21 ans, elle donne des soins à sa tante qui est très malade, elle s’afflige et se fatigue beaucoup . Les menstrues se suppriment, V... a de l’insomnie, plus de tristesse, souvent des terreurs paniques, et des idées de suicide . C’était au mois de février 1813, trois saignées du pied sont pratiquées sans amélioration de la santé . Cette jeune fille est conduite chez sa mère, où son état s’exaspère . Peu de jours après, le 5 avril, pendant que les menstrues coulent, elle se jette dans la rivière ; lorsqu’elle est retirée de l’eau, elle ne parle point, s’obstine à garder le silence les jours suivants, mange peu par caprice, ne fait point de mouvement et ne dort pas .

Le 1er juin 1813, V... est admise à la Salpêtrière, elle est dans un état de stupeur avec des convulsions de la face et des muscles releveurs des épaules . Elle refuse de parler, de prendre des aliments, de marcher ; elle reste couchée ou assise dans le lieu où on la place ; les déjections sont involontaires ; des bains tièdes sont prescrits, des vésicatoires sont promenés sur les différentes régions de la peau, on applique des sangsues à la vulve . Les menstrues ne reparaissent point, jusqu’au mois de septembre ; elles se montrent en petite quantité en octobre et novembre ; le 15 décembre, l’écoulement menstruel est abondant ; alors, le sommeil se rétablit, la malade parle davantage et se nourrit mieux ; le 23, elle cause, et cherche à se rendre utile dans la maison, elle dort, elle est capricieuse pour prendre ses aliments, elle est propre, mais il faut prévenir ses besoins . Le 12 février 1814, délire, avec quelques symptômes fébriles, tels que : lèvres sèches, brûlées ; langue brunâtre ; pouls plein, dur et fréquent ; soif ; le mois de mars suivant, tous les symptômes fébriles disparaissent, mais la manie éclate avec toute son agitation, sa violence et l’incohérence des idées . La face est fortement colorée et exprime l’indignation, le délire est général, la loquacité est continuelle, la parole brève, les mouvements sont brusques, la malade est très agitée, ne conserve aucun vêtement ; elle jure, menace, frappe ; croyant reconnaître les personnes qui l’approchent, elle s’irrite parce que ces personnes ne lui parlent pas . Alternativement elle déchire, frappe, mord, crie, danse, rit, etc. ; pendant les mois de septembre, octobre, novembre, même agitation, même incohérence des idées, même loquacité, même disposition à la fureur, même insomnie, même constipation, même suspension des menstrues . Malgré le froid, V... reste nue, rejette les chaussures, marche nu-pieds dans les cours, vocifère, tient des propos obscènes, renverse, détruit, etc... ; les bains tièdes prolongés, la douche que la malade craint ne modifient pas son état ( pendant sa convalescence, V... m’a avoué qu’elle redoutait la douche, qui néanmoins lui avait fait du bien, quoique très douloureuse ) . Janvier 1815, les menstrues coulent abondamment ; depuis lors calme ; la malade dort un peu ; cherche à s’occuper, quoique toujours délirante ; pendant le mois de février, elle est plus tranquille, plus raisonnable, dans ses propos et ses actions ; février, la menstruation est plus abondante l’appétit est plus régulier ; le sommeil est meilleur, il n’y a plus de céphalalgie ; les traits de la face ne sont plus convulsifs ; le teint s’éclaircit . V... travaille beaucoup dans l’intérieur de la maison ; peu-à-peu elle prend d l’embonpoint ; les bains tièdes sont continués, une affusion aromatique est prescrite pour boisson ; pendant le mois de mars, V... entre en convalescence, raisonne juste, se souvient de son état et en rend parfaitement compte . Elle croyait, pendant son délire, que les personnes qui l’entouraient voulaient la tuer . V... est sortie de l’hospice, le 19 juin 1815, bien portante ; depuis lors elle a joui d’une bonne santé, a repris se occupations ordinaires ; mais six ans après, le 5 juin 1821, elle a succombé à la phtisie .

 


Planche VIII

 

La planche VIII représente la jeune V... pendant l’accès de manie, tandis que dans la planche IX cette même personne est dessinée après avoir recouvré la raison, quelques jours avant sa sortie de l’hospice .

 


Planche IX

 

Quel contraste dans la physionomie de cette jeune personne, dans les deux états si différents de l’intelligence et des affections . Le dessin de la planche VIII offre tous les traits de l’agitation, de l’indignation et de la colère, la physionomie du dessin de la planche IX est calme et posée avec une légère nuance de mélancolie si ordinaire après un accès de manie .

 

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